Deux attentats simultanés ont frappé la ville d'Alger ce matin: le mode opératoire (attaques simultanées, choix de la date, groupes ayant les moyens d'effectuer ce genre d'attaques) laisse penser qu'il s'agit d'Al Qaïda au Maghreb Islamique, nouveau nom adopté par le GSPC (Groupement Salafiste pour la Prédication et le Combat) suite à l'approbation d'Al Qaïda le 11 septembre 2006. Le bilan provisoire: 67 morts, nombreux blessés. Les cibles: un bus d'étudiants devant le siège de la Cour Constitutionnelle et une voiture piégée placée entre deux immeubles de l'ONU à Alger (celui du HCR et celui du PNUD) ..............................!
La capacité tactique de s'attaquer avec des kamikazes et des bombes puissantes sur des cibles hyper-protégées (les immeubles de l'ONU se trouvent dans le quartier d'Hydra, un des mieux protégés d'Alger car il y abrite toutes les ambassades, résidences diplomatiques et nombreux sièges de sociétés étrangères dont des banques, des assurances et des sociétés pétrolières) dans une ville ayant pris des habitudes sécuritaires fortes depuis 15 ans n'est pas donnée à tout le monde.
Pour un historique rapide, il s'agit d'un groupe terroriste qui a pour habitude de prendre des cibles politiques et d'élargir son action sur le plan international (tentative d'attentats à Strasbourg contre la cathédrale et le marché de Noël en décembre 2000). Ses attentats se sont principalement déroulés en Algérie; la série la plus grave jusqu'à aujourd'hui avait été celle du 11 avril dernier à Alger contre le palais du gouvernement (premier ministre) et un commissariat avec un bilan humain de 24 morts et 222 blessés et les attaques de Dellys contre une caserne et de Batna contre le cortège présidentiel en septembre dernier avec un bilan de 69 morts et 130 blessés (cf. Le Monde 09.09.2007). Malgré les affirmations de la destruction progressive de ce groupe par le gouvernement algérien, il faut tout de même noter qu'ils ont été capables de s'attaquer à quatre cibles stratégiques dans la même année. Le recrutement de nouveaux membres auprès de la jeunesse algérienne semble être en cours comme le confirme la condamnation de 13 adolescents le 23 septembre dernier pour contacts (entraînement et maniement de bombes et d'armes) avec le groupe terroriste dans la région de Boumerdès.
Au niveau régional, ce groupe a probablement une base arrière au Mali (bien qu'attaquée régulièrement par les touaregs) et dans d'autres pays de la zone Sahara (voir carte), des liens avec les organisations terroristes marocaine (Groupe Islamique Combattant Marocain ), tunisienne (Groupe Islamique Combattant Tunisien de Tarek Maroufi) et libyenne (Groupe Islamique combattant Libyen de Abou Abdallah Al-Salek) tous affiliés à Al Qaïda et créés par d'anciens combattants d'Afghanistan. Il devrait aussi bénéficier de l'appui financier et logistique direct du réseau international d'Al Qaida. Il se peut que bon nombre de ses combattants aient été entraînés en Irak ou en Afghanistan avant de rejoindre le maquis algérien.
Il s'agit donc d'un défi, non seulement pour tous les pays de la région, qui sont directement et régulièrement visés afin de déstabiliser leurs gouvernements mais aussi pour l'Europe, qui pourrait potentiellement être attaquée, ou indirectement faire face à une instabilité régionale à sa frontière sud. N'oublions pas aussi que toute la communauté internationale a été visée aujourd'hui par l'attaque aux bâtiments de l'ONU.
Pour l'Algérie, la guerre à outrance contre les terroristes des années 90 et le processus de réconciliation mené par le président Bouteflika ont porté leurs fruits avec la réduction dramatique du nombre d'attentats. Cependant, ces approches n'ont pas permis de venir à bout du GSPC. Il semblerait donc nécessaire de s'y adresser par une autre approche. De même pour les autres pays du Maghreb qui préfèrent minimiser leurs problèmes terroristes plutôt que de s'y attaquer avec tous les moyens à leur disposition (et à disposition de leurs alliés).
En ce qui concerne l'Europe, trois choses doivent guider sa réflexion sur cette crise régionale grandissante:
- la zone d'opération assez large d'Al Qaïda Maghreb Islamique ne permet pas à l'Etat algérien de s'occuper à lui tout seul de ce groupe.
- l'Europe est une des cibles de ce groupe: que ce soit un des 24 pays de l'UE (ou 4 autres pays européens) ayant participé à l'ISAF en Afghanistan, un des 15 pays de l'UE (ou 6 autres pays européens) ayant participé à la coalition en Irak ou les pays ayant investi lourdement dans le pétrole et le gaz algériens (France, Italie, Grande Bretagne, Pays-Bas) et libyen ou dans les infrastructures touristiques au Maroc et en Tunisie. Par ailleurs, un des prétextes d'Al Qaïda pour ses actions en Europe est la restauration du califat d'Al Andalus (Espagne).
- une alliance fonctionnelle des groupes terroristes du Maghreb pourrait avoir une capacité opérationnelle très importante s'étendant sur l'ensemble de la méditerranée.
Quindi... Il semble probable que les services de renseignement et les forces d'intervention spéciales français et américains s'attaquent déjà à tous ces groupes terroristes dans le Sahara (les quelques informations publiques disponibles à ce sujet semblent le confirmer). Cependant la recrudescence des attentats au Maghreb cette dernière année sont le constat d'un échec partiel de ces efforts. Afin d'améliorer notre approche du problème, il ne peut être question de passer par une intervention militaire lourde et contre-productive comme c'est le cas en Irak, voire même en Afghanistan. Par contre un redoublement des efforts avec des moyens plus conséquents de renseignement (humains sur le terrain, satellitaires, financements de renseignements locaux développés) et militaires d'élite (bases arrières démultipliées) avec un appui militaire local pourraient faire toute la différence.
Afin de faciliter l'augmentation des moyens pour agir efficacement et dans la durée sur ce genre d'opérations, ne serait-il pas temps d'unir nos efforts au sein d'une organisation unique de l'UE? Les défis sécuritaires auxquels nous devons faire face ne sont-ils pas suffisamment nombreux et graves pour ne plus être gérés par un ou deux pays seuls? Alors bien sûr, la France, la Grande Bretagne et l'Espagne ont plus d'expérience sur cette zone. Mais ne devrait-on pas aussi faire appel aux expertises humaines et techniques des autres pays européens?
La mise en place d'une structure de coopération permanente de renseignement anti-terroriste entre les gouvernements du Maghreb, du Sahel et l'UE (si elle n'existe pas déjà) serait aussi un grand pas en avant pour sécuriser la région.
Alger rejoint à nouveau la liste des villes touchées par Al Qaïda à l'extérieur du périmètre Pakistan - Afghanistan - Irak (Aden, Dharan, New York, Dar es Salam, Riyad, Nairobi, Washington, Mombasa, Djerba, Bali, Ash Shihr, Casablanca, Istambul, Madrid, Londres, Charm el Cheikh, Mumbai, Dellys, Batna).
Le personnel d'aide au développement humain et économique, à la reconstruction et au maintien de la paix de l'ONU subit une attaque pour la énième fois sur son siège dont les plus notoires avant ce jour sont celles du Liban et d'Irak.
Essayons de ne pas l'oublier.












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