Synopsis: Le débat qui s’installe parmi les adhérents du MoDem depuis les élections européennes tourne trop souvent autour des revendications internes. Celles-ci sont parfaitement légitimes, mais ne sont pas de nature à changer la problématique qui se présente pour un parti en perte de vitesse, concurrencé par un gouvernement qui misera davantage sur l’ouverture pour dépasser son seuil électoral globalement minoritaire dans l’opinion (multipliant les alliances avec des mouvements néo-centristes et néo-socialistes), et par des mouvements de rénovation de l’opposition (Europe Ecologie, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti de Gauche) qui peuvent encore dépasser leur électorat actuel. Les sujets stratégiques sont au cœur de la problématique actuelle, ils font l’objet de plusieurs diagnostics (dont le mien ici). Il s’agit cependant de dépasser la phase de diagnostic pour rentrer dans la phase de propositions, suffisamment réalistes et immédiates pour pouvoir inverser la tendance politique issue des européennes. Le lien avec l’électorat non traditionnel du MoDem, ou plutôt celui de l’ex-UDF, demeure insuffisant. Le lien personnel de François Bayrou avec l’électorat doit être renouvelé. Le dépassement de l’électorat traditionnel n’est pas au cœur des débats actuels, et pourtant il s’agit là de l’essentiel, notamment dans le cadre des échéances régionales… Plusieurs options sont à considérer pour arriver en meilleure position pour le premier tour des élections régionales.
Le succès électoral du mouvement Europe Écologie, qui
cherche à perdurer, représente une tendance lourde de la rénovation politique
au XXIème siècle. Il ne
peut être question de balayer d’un revers de main une potentielle alliance avec
ce mouvement qui fédère autour de lui bon nombre d’associations, d'initiatives militantes
internationales et locales, et de déçus de la politique traditionnelle. Il ne
traite pas uniquement de thématiques environnementales, mais aussi de
transparence et éthique politique dont la limitation des mandats et le changement générationnel, de
coopération internationale, de gestion territoriale, de nouvelles formes d’entrepreneuriat,
de recherche et développement, de participation citoyenne et utilisation des nouvelles technologies de communication. De plus, ce
mouvement ne cherche pas à se positionner à gauche ou à droite du schisme
politique traditionnel, mais à le dépasser par un discours avant tout
thématique. Tous ces éléments rapprochent les deux mouvements. La dynamique
étant du côté d’Europe Écologie, le temps qui nous sépare des élections régionales étant trop court pour que le MoDem puisse faire un retour par lui-même, une alliance
potentielle, doit faire l’objet d’un véritable débat interne. Les valeurs des deux mouvements, y
compris à l’échelle européenne et internationale, sont les mêmes (avec l’exception
non négligeable de la décroissance), et permettent d'envisager une coopération dans la durée.
Au-delà du principe de l’alliance avec Europe Écologie, il
ne peut être question de laisser la dynamique de ce mouvement perdurer, sans y
apporter une réponse. Les réactions actuelles au sein du MoDem tendent à vouloir
redéfinir les axes programmatiques, et surtout ceux du projet global, afin de
laisser mieux transparaitre nos valeurs auprès de cet électorat perdu. C’est
louable mais cela ne suffit pas : des propositions concrètes du Mouvement
Démocrate doivent émerger dès maintenant dans ce domaine, qu’elles soient de
nature internationale, avec des propositions en vue de la finalisation des négociations post-Kyoto à
Copenhague en décembre 2009, ou au niveau local, avec des réponses pragmatiques, budgétairement saines, aux crises systémiques. De même, le dialogue avec les
associations de terrain doit être dynamisé à l’échelle régionale et locale. Cependant
il doit aussi être question de discuter dès maintenant avec les autres forces
écologistes, notamment le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI) d’Antoine Waechter
(qui avait soutenu François Bayrou en 2007), et Génération Ecologie (Brice Lalonde,
Francis Lalanne), qui ensemble auront recueilli 3,63% des voix lors du dernier scrutin
au sein de l’Alliance Ecologiste Indépendante (cette dernière intégrait aussi « La
France en Action » qui fait l’objet d’accusations de lien avec des sectes).
L’autre tendance lourde à intégrer pour le futur scrutin
régional, décelable dès maintenant, est celui du positionnement du MoDem face aux
problématiques purement régionales : la dévolution des pouvoirs aux régions, la promotion des
identités régionales historiques, le rôle des communautés locales dans un
ensemble régional, le développement des liens entre métropoles et régions
(au delà du Grand Paris, et du le Grand Lyon, il s'agit aussi d'organiser le Grand
Marseille, le Grand Bordeaux, le Grand Lille, le Grand Nantes, etc.), le
développement des infrastructures énergétiques, de transport, de connexion
à haut débit, la remise à plat des plans de logements, la dynamisation de la
rénovation du tissu éducatif, l'intégration des problématiques environnementales
à une échelle cohérente, un plan de développement économique spécifique à
chaque région sur la base d'un calcul d'opportunité à jour, en dynamisant
les Fonds Structurels Européens, le rôle des régions dans un ensemble européen
(Comité des Régions, Groupement Européen de Coopération Territoriale,
Eurorégions, Eurodistricts, Assemblée des Régions d’Europe), etc. Tous ces
axes doivent être développés au sein de conseils stratégiques, national et
régionaux, ainsi que par le biais d’équipes programmatiques spécifiques à cette élection, qui
sont encore à créer et à dynamiser. Dans cette optique, tout comme pour la
problématique purement environnementale, le MoDem peut créer une dynamique par
le biais d’alliances réalisées en amont, région par région, avec des forces
participant à l’Alliance Libre Européene (ALE, groupe politique européen
constitué de parti régionalistes) dont La Ligue Savoisienne, le Mouvement
Région Savoie, le Partit Occitan, l’Union Démocratique Bretonne, l’Union du peuple alsacien, le Parti de la
Nation Corse, Unitat Catalana).
Ces mouvements régionalistes et autonomistes (mais ne cherchant ni l’indépendance
et ne sanctionnant aucune forme de violence politique) sont tous des fédéralistes
européens, ils sont tous compatibles avec les valeurs environnementales, ils sont
de centre gauche, de centre droite, ou indépendants. Ils siègent au Parlement
Européen avec le groupe des Verts (Groupe Verts / ALE). C’est ce qui rend
justement une alliance du MoDem avec ces partis logique (elle existe déjà au sein du PDE entre le MoDem et le PNV basque espagnol), tant à l’échelle de
la gestion régionale, que de la gestion européenne (leurs alliances ponctuelles avec l'UMP, le PS ou les Verts ne les rendent pas incompatibles avec le MoDem). L’atout non négligeable du
MoDem, est celui de pouvoir leur offrir, à terme, une place dans toute future majorité
gouvernementale, ainsi qu’un espace législatif éventuel, moyens auxquels se
refusent généralement l’UMP et le PS. Cela serait inédit à cette échelle en France,
mais fait pourtant partie de la politique quotidienne des pays qui nous entourent,
notamment, l’Espagne, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie. Cela permettrait d'harmoniser des alliances locales, régionales, nationales, et européennes.
Parallèlement aux questions environnementales et aux questions régionales, les problématiques spécifiques à la transparence politique et à la participation citoyenne doivent aussi faire l’objet d’un renouveau. Pour cela, l’outil programmatique du MoDem doit intégrer, en amont, des auditions de tous les groupements citoyens associatifs et syndicaux pertinents qui pourraient contribuer à l’élaboration d’une dynamique citoyenne. Il ne s’agit pas d’intégrer tous les éléments proposés dans un programme, mais de savoir écouter tous ces groupements, qui sont en première ligne pour faire un diagnostic des problèmes issus des crises financières, immobilières, économiques et sociales. Leurs propositions, souvent pertinentes, doivent pouvoir être intégrées dans le processus programmatique, ainsi que synthétisées pour faire un ensemble cohérent. Les outils existants au sein du MoDem, les Commissions Démocrates, les Cafés Démocrates, le site officiel, la blogosphère et le réseau social (Les Démocrates.fr), les Conventions Thématiques et Régionales, sont parfaits pour ce genre d’exercice, d’autant plus avec une participation des parlementaires du MoDem permettant de démontrer une volonté groupée d’écoute (Parlement Européen, Conseil de l’Europe, Comité des Régions, Assemblée Nationale, Sénat, Assemblée des Régions d’Europe). Toutefois, ces outils ne sont pertinents que s’ils sont utilisés hors cadre électoral, en tant que processus global d’écoute et de participation citoyenne, et non comme des outils partisans utilisés uniquement dans le cadre électoral.
Quindi... Entre temps, la proportion des électeurs s’informant sur
internet grandit ; l’effet démultiplicateur de réunions locales mises en
ligne devient significatif ; le potentiel de dynamisation lorsque les
débats programmatiques et de projet sont transposés à l’échelle locale n’est
pas pris en compte ; la nécessaire explication des alliances aux électeurs
n’attend plus la mise en place du cycle électoral. Tous ces éléments
doivent être en place bien avant les campagnes électorales officieuses et
officielles. Il s’agit peut-être d’un effet nouveau d’internet sur la
politique, transformant des campagnes médiatiques classiques limitées dans le
temps, en un marathon de longue durée, une campagne électorale permanente. Dans
tous les cas de figure, cela représente aussi une chance pour le MoDem, lui
permettant de rebondir plus vite que prévu auprès de son électorat perdu, d'occuper des espaces politiques, associatifs, syndicalistes, autonomistes, bien plus importants que ceux de son électorat traditionnel.
L’organisation permettant de créer des synergies de terrain et virtuelles, de thématiques pertinentes et d’alliances, d’écoute et de proposition, ne peut attendre les réformes structurelles internes au MoDem suite aux élections européennes. Ces dernières seront les bienvenues, mais les attendre peut retarder le lancement du nouveau cycle électoral au sein du Mouvement. L’organisation de terrain permettant d’effectuer le travail d’écoute est en place, elle est perfectible. L’organisation programmatique permettant de synthétiser les propositions et de les rendre cohérentes est en place, elle est perfectible. L’organisation stratégique (nationale et régionale, de réflexion, coordination, et communication) permettant de relier les deux dans le cadre du cycle électoral, et d’effectuer les négociations nécessaire pour la mise en place d’alliances solides et cohérentes, est elle, inexistante, mais peut se mettre en place très rapidement avec l’aide de professionnels de la politique, libres de se concentrer sur ces sujets, sans conflit d'intérêts avec d'éventuelles problématiques de candidatures internes ou externes.
Cet article est cross-posté sur Quindi et Générations Engagées. C’est promis, je traiterai dorénavant de l’objet principal de ce blog, les relations internationales!























Tout à fait d'accord sur Europe écologie et les régionalistes, le problème étant les prosélytes de la décroissance.
Mais tu n'a pas parlé des républicains modérés, notamment les gaullistes qui pourraient être un allié intéressant pour le modem. Le problème avec ceux là est de concilier leur vision jacobine avec la tendance régionaliste du Mouvement Démocrate.
Rédigé par: vincent15 | 23 juin 2009 à 21:09
@ Vincent: en effet, ça risque de créer quelques contradictions avec la stratégie précédente, mais bon, cela me semble cohérent dans le cadre d'un scrutin régional; la contradiction existait déjà entre fédéralistes et gaullistes souverainistes pour les européennes...
Rédigé par: ArnaudH | 23 juin 2009 à 21:22
100% d'accord avec le constat que tu fais, Arnaud.
Je suis déjà un peu plus réservé sur les alliances que l'on pourrait passer avec les groupuscule écologistes, comme celui de Lalanne (pour des raisons évidentes de crédibilité !)
Rédigé par: Leris | 24 juin 2009 à 10:20
En parlant d'alliance certains Modem (ancien UDF?) vont être tenté de rejoindre "rassembler les centristes" .... Ces enfoirés ont dû récupérer les anciens fichiers UDF vu les mails que l'on reçoit!!!! et ils nous ramènent ici
http://www.rassemblerlescentristes-leblog.fr/
Plus sérieusement, en ce qui concerne, l'UDB elle négocie déjà avec l'association Europe-Ecologie( qui est train de rabibocher tous les verts qui s'étaient brouillés pour les municipales). l'UDB a soutenue Europe-Ecologie pour les européennes et s'était alliée avec les verts aux régionales de 2004.
Pour ce qui est de la remarque de Leris, peut-être que Lalanne n'est pas crédible, mais Patrice DREVET est loin d'être à côté de la plaque(il m'a même agréablement surpris)
Rédigé par: europium | 24 juin 2009 à 15:49
@ Europium: pas que ex-UDF, je l'ai reçu aussi, via le MDFE, le blog...? pas très éthique tout ça. Sur l'UDB, comme tous les autres mouvements régionaux, cela confirme l'urgence de ce genre de stratégie (à force de se concentrer sur notre nombril, on en arrive à oublier un des axes majeurs de la prochaine élection), si on laisse EE jouer sur leur dynamique, ainsi que l'UMP avec les néo-centristes, ils ne nous restera plus beaucoup d'espace politique (je n'ose pas imaginer ce qu'il resterait de l'espace politique du MoDem sans les ex-UDF, les écologistes réunis, les régionalistes, voire les sociaux-démocrates et fédéralistes déçus des européennes...)
Rédigé par: ArnaudH | 24 juin 2009 à 18:15
c'est totalement illégal, Cf la CNIL. Des fichiers Modem circulent aussi. Or ceux qui détiennent les fichiers adhérents en fonction de leur responsabilité signent un papier pour ne pas les divulguer!!!!!
Rédigé par: europium | 24 juin 2009 à 19:25
Ce qui est cocasse avec le truc d'Arthuis, c'est leur projet de charte éthique
http://rassembler.zumablog.com/images/2117_uploads/Charte_Ethique_.pdf
elle ne semble s'adresser qu'à des élus. "Dans l'accomplissement de leurs mandats..."
et elle comporte quelques notions amusantes vu le contexte:
"- S'abstenir d'utiliser à leur profit personnel ou de divulguer à des tiers les informations privilégiées auxquelles leurs adhésions, fonctions ou mandats leur donnent accès"
qu'ils commencent par ne pas piller les fichiers du Modem pour faire leur pub!
Rédigé par: benoitd | 27 juin 2009 à 16:08