Synopsis: La déroute électorale du Mouvement Démocrate français (MoDem) lors des élections européennes de 2009 démontre un manque de maîtrise du cycle électoral, des stratégies préparées, et des aléas de campagne. Cette problématique va bien au delà de l'erreur tactique de François Bayrou face à Daniel Cohn-Bendit lors du débat électoral télévisé. Elle démontre une insuffisance stratégique, notamment en ce qui concerne la préparation des messages directeurs à tenir lors d'une campagne électorale afin de faire passer une vision complète de société, avec un fond programmatique préparé très en amont; une unité de communication du message électoral entre le parti, ses candidats, ses militants et sympathisants sur le terrain; un agenda électoral trop facilement abandonné au profit de répliques politiciennes; et enfin des problématiques d'alliances réglées trop tardivement. Il ne s'agit que d'évidences qui laisseraient facilement entrevoir un certain amateurisme politique.
Cependant, la maîtrise réelle de cet ensemble de facteurs (voir schéma) relève d'un professionnalisme rare. Les exemples de partis politiques, ou plutôt d'hommes politiques et de conseillers, ayant su dominer grâce à leur stratégie, une, voire plusieurs élections, demeurent exceptionnels (dans les sociétés démocratiques modernes hyper-médiatisées, les exemples fracassants les plus récents, qui ne doivent rien au hasard ou à l'usure du pouvoir, sont ceux de Barack Obama, Lee Myung Bak, Kevin Rudd, Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi, Angela Merkel, Manmohan Singh, Luis Inacio da Silva, Vicente Fox, Tony Blair, Bill Clinton). Il faut aussi noter que la majorité de ces hommes et femmes politiques auront effectué des erreurs tactiques et stratégiques sporadiques mais significatives tout au long de leurs carrières. Le groupement Europe Ecologie (Daniel Cohn-Bendit, José Bové) aura réussi de manière ponctuelle lors de ces élections européennes en France; le cas s'était déjà produit auparavant pour le RPF (Philippe de Villiers et Charles Pasqua) en 1999, et les radicaux de gauche (Bernard Tapie, avec l'aide probable de François Mitterrand) en 1994. L'enjeu électoral du 7 juin 2009 était primordial pour le MoDem, afin de lui permettre de se positionner comme force d'opposition grandissante et dynamique, face à une opposition socialiste qui représentait le contraire depuis 2002. Faute de recul suffisant et de gestion stratégique en amont, le message électoral spécifique à cette élection aura été délaissé progressivement, au profit du groupement Europe Ecologie qui aura su se tenir à l'enjeu immédiat. Le cycle qui s'achève représente donc un échec stratégique grave, qui démontre aussi de nombreuses failles organisationnelles et tactiques. Les leçons de cet échec ne doivent pas simplement permettre de combler des défaillances électorales ponctuelles, mais d'ériger un système de campagne électorale permanent, maîtrisant les cycles électoraux, les tendances changeantes de long terme, et de créer une organisation capable de répondre aux évènements imprévisibles tout en rebondissant sur ses ressources programmatiques. Le calendrier électoral français place l'échéance des régionales neuf mois après les européennes, c'est à dire un peu plus de deux ans avant les présidentielles. Est-il besoin de préciser que la campagne électorale d'ici à mai 2012 sera durable et à facettes multiples, avec des éléments locaux, nationaux et internationaux?
Sur le plan tactique, la porosité entre l'électorat MoDem et celui d'Europe Ecologie, aurait du alerter très tôt l'équipe de campagne du MoDem, en évitant de laisser la préoccupation écologique grandissante à une force pouvant représenter un certain renouvellement, ne serait-ce que par la voie d'un rassemblement hétéroclite inédit. Cette problématique aurait pu trouver une réponse très tôt par le biais des têtes de liste spécialisées en la matière au sein du parti (Corinne Lepage, Jean-Luc Bennhamias, Yann Wehrling), ainsi que des spécialistes du sujet parmi les militants ayant travaillé sur le programme. Il en va de même de l'accès direct donné aux adhérents en fin de campagne sur le contenu des répliques de François Bayrou lors du débat télévisé (voir l'article sur Médiapart). L'équipe de campagne aurait du valider en amont tout réplique préparée, et s'assurer qu'un stage de préparation au débat avait eu lieu (les politiques les plus chevronnés se laissent piéger lors de ces exercices, le manque de préparation, notamment sur les points faibles du candidat, représente une faute grave). Finalement, la dissolution du message global de la campagne du MoDem est affaire de mauvais timing (sortie à contre-cycle du livre politique de François Bayrou, non prise en compte de la sortie du film Home), faible coordination programmatique (sortie tardive du programme, faible coordination des relais programmatiques locaux), et de mauvais choix stratégiques. Il serait pourtant aisé de répondre de manière efficace à ces problématiques (l'écologie aujourd'hui, l'économie, le social, l'Europe, l'international ou qui sait encore demain), en utilisant des portes paroles, notamment parmi les spécialistes médias du mouvement (Jean-François Khan, Luc Mandret, Christophe Ginisty), en se référant aux spécialistes thématiques lorsqu'il s'agit d'une réponse à apporter sur ces sujets (Jean Peyrelevade, Corinne Lepage, Sylvie Goulard, Robert Rochefort, etc.), et en relayant leurs messages à l'ensemble des intervenants de terrain, en demandant aux mêmes ainsi qu'aux spécialistes thématiques de préparer des argumentaires simples et centralisés pour les candidats et les relais médiatiques. La centralisation du message doit laisser sa place à une multiplicité d'intervenants, mettant progressivement en valeur les talents (toutes générations confondues) au sein du parti. Toutefois, elle ne doit en aucun cas donner lieu à une cacophonie de messages, la coordination doit être au centre du dispositif. Cette dernière doit être réalisée par une équipe de campagne permanente, assurant la cohérence du message, anticipant tout fait significatif du calendrier politique national, européen et international, n'hésitant pas à faire appel aux ressources thématiques et de terrain (comme sait le faire Gilles Artigues par exemple), pour approfondir des thèmes d'une campagne permanente, sachant coordonner toute réponse à un évènement non anticipé.
Ce qui aura marqué le plus dans la stratégie du MoDem, c'est le choix d'une campagne avant tout nationale, pendant une période de crises mondiales multiples. Même si ce choix pouvait s'avérer logique compte tenu de la difficulté des sociaux-démocrates à rebondir sur ces sujets face aux gouvernements majoritairement de droite, la probabilité que les électeurs qui se déplacent (se limitant traditionnellement aux actifs et aux classes moyennes) se sentent dépossédés d'un scrutin était forte. D'autant plus lorsqu'il s'agit de la famille politique traditionnellement la plus pro-européenne qui ne mise pas sur son propre électorat, tout en sachant que celui-ci ne lui est que partiellement fidèle, notamment face aux Verts (le scénario s'était déjà produit en 1999, avec les Verts devançant l'UDF de 0,5%). Cette problématique étant renforcée avec le repositionnement du MoDem en 2007 et l'alliance du Nouveau Centre avec l'UMP. L'idée forte qui était d'élargir la base électorale du MoDem en allant récupérer une partie de l'électorat populaire traditionnellement abstentionniste avait du mérite, mais elle n'aura pas été déclinée suffisamment sur le terrain, faute de communication en amont entre l'équipe de campagne, les candidats, et le terrain, alors que cela aurait exigé une discipline totale de l'ensemble des intervenants électoraux (sans garantie de succès). Cela amène à une réflexion sur la méthode. Les choix stratégiques sont trop souvent le produit d'intuitions, et d'une méthode top-down qui ne laisse aucune place au véritable débat stratégique. Même si ces intuitions sont souvent justes (mais pas toujours), leur exécution ne peut avoir lieu correctement si la stratégie n'est pas décidée de manière collégiale avec les candidats ou relais médiatiques très en amont, et que cette dernière n'est pas organisée avec un calendrier et des relais locaux efficaces. Un projet de société, pour devenir majoritaire dans l'opinion, ne peut pas uniquement interpeller, il doit mobiliser. Pour cela, il doit faire l'objet d'un large consensus préalable parmi ceux qui ont la charge de le relayer à l'opinion publique.
Autre élément stratégique défaillant, la capacité à déceler des grandes tendances à l'avance, réfléchir à des propositions originales et réalistes, et les décliner sous forme de programme et d'idées-fortes. Même si un scrutin se décide dans les derniers jours de campagne, les idées fortes doivent être présentées progressivement à l'électorat très en amont. Cela permet non seulement d'éviter les accusations de vide programmatique (aussi erronées soient-elles, c'est un grand classique), mais surtout de préparer l'électorat sur les principales orientations choisies (dynamique de démonstration du projet de société), de maîtriser l'agenda électoral (idéalement avec une idée-force par jour jusqu'à la dernière semaine, relayée par des intervenants multiples de l'intérieur et de l'extérieur du parti), d'occuper l'espace médiatique les derniers jours de campagne (démonstration du lien entre l'ensemble des propositions), et de forcer les autres partis politiques à réagir plutôt que l'inverse. Les ressources programmatiques du MoDem permettant de réaliser ce travail sont pourtant importantes, avec de nombreux spécialistes thématiques parmi les adhérents et sympathisants, en France et à l'étranger. Elles auront démontré leur efficacité, bien que de manière un peu brouillonne et trop peu participative vis-à-vis de la société non sympathisante dans son ensemble (culte excessif du secret programmatique qui ne permet pas d'engendrer une dynamique sociétale). Ne pas intégrer pleinement cet aspect stratégique revient à laisser une place prépondérante au(x) partis(s) politique(s) qui le feront (en l'occurrence, l'UMP pour ce qui est des idées fortes pendant la campagne présidentielle).
Sur le plan des alliances, celle créée en 2004, le Parti Démocrate Européen, associé au groupe ADLE, ne reflète plus une unité de vue sur le plan européen. C'était encore le cas entre 2004 et 2007, mais ne l'est plus depuis la création du MoDem et du PD italien, qui ne peuvent pas se permettre de brouiller leur message par le fait d'une alliance technique naturelle plus facile à réaliser entre l'ADLE et le PPE, qu'entre l'ADLE et les Verts ou le PSE. Ainsi, la demande du MoDem de ne pas renouveler le mandat de Jose Manuel Durao Barroso, le président de la Commission, ne trouve pas d'échos au sein de l'ADLE (notamment à cause de la campagne pour obtenir la présidence du Parlement Européen du président du groupe, Graham Watson), uniquement au sein du groupe des Verts / ALE et d'une partie du PSE. Le seul message qui aurait permis de contrer les accusations de libéralisme à outrance du MoDem au Parlement Européen (aussi erronées soient-elles) au sein de l'électorat national, celui d'un changement de groupe probable, n'aura fait l'objet d'aucune communication publique. A l'inverse, la capacité d'attraction d'électeurs du centre-droit grâce à cette alliance était limitée par l'alliance entre le Nouveau Centre et l'UMP, fortement promue par l'équipe de campagne de ce dernier. Bien que ce point soit à relativiser compte tenu de la création d'alliances et de groupes parlementaires après les scrutins et non avant, le manque de lisibilité et de cohérence entre les positionnements nationaux (alliances lors des municipales, régionales et potentiellement les législatives) et les positionnements européens (l'ADLE est de facto un groupe centriste qui effectue plus facilement des accords techniques avec le PPE compte tenu du nombre significatif de partis anciennement attachés à cette dernière formation), y compris pour les spécialistes du sujet européen, contribue à brouiller l'image du MoDem. Les alliances au sein de groupes parlementaires européens permettent à une partie de l'électorat de situer le MoDem politiquement. La clarification de ce processus d'alliances, y compris techniques ou électorales, sans fusion programmatique, doit s'opérer, dans la mesure du possible, très en amont de toute campagne électorale (notamment avec les partis dont le socle programmatique est similaire, comme c'était le cas avec Europe Ecologie). C'est le prix à payer pour une force centriste dont une partie de l'électorat se méfiera toujours d'une alliance quelconque, et qui nécessitera pédagogie et transparence pour récupérer cet électorat, et convaincre les indécis de la pertinence d'une alliance. Toutes les campagnes électorales à venir seront dominées par cette question d'alliances, la neutraliser au mieux le plus vite possible n'est pas un luxe mais une nécessité. Dans tous les cas de figure, les alliances brouilleront le message du MoDem, des stratégies de clarification, simplification, d'accroche électorale doivent être trouvées au plus tôt, faute de quoi, le débat bipartisan se réinstallera naturellement, rendant stérile tout effort du MoDem sur ce point.
Quindi... Il est sans aucun doute plus facile d'effectuer une analyse de ses erreurs a posteriori*. Cependant, il serait déplorable de ne pas intégrer l'ensemble des erreurs, notamment organisationnelles et stratégiques, afin de préparer l'avenir sereinement. Les éléments détaillés ci-dessus représentent, aux yeux de l'auteur, les conditions sine qua non qui peuvent permettre de créer une dynamique de campagne permanente, celle qui a pour objectif d'obtenir la crédibilité nécessaire pour devenir une force politique majeure de l'échiquier politique, et non se satisfaire du rôle de premier des petits partis politiques français, adossé à une stratégie personnelle. La clé de voûte de l'édifice doit être la construction d'un message électoral clair, coordonné, insufflé par une multiplicité de sources capables d'intégrer les éléments de projet, programme, idées-forces, lecture des spécificités électorales locales, et de mobiliser de manière pertinente des forces militantes, sympathisantes et financières. Les éléments extérieurs, tendances de long terme, actions gouvernementales et celles des autres partis politiques, ainsi que les évènements imprévisibles, doivent être intégrés à leur juste valeur par une équipe de campagne avec le recul nécessaire, et non de manière centralisée. Ils doivent être réintégrés de manière systématique dans le message électoral et les idées fortes du parti avec un temps de réaction court. La maîtrise technique des différentes propositions politiques (sans approximations qui peuvent avoir un effet négatif démesuré), la maîtrise du calendrier politique (sans concessions envers les agendas personnels ou les cycles des éditeurs), ainsi que la maîtrise du calendrier médiatique (recherchant systématiquement l'effet de levier intelligent et à propos, sans concessions envers les tendances pouvant être perçues comme des "manipulations politiciennes") doivent devenir des conditions a minima pour l'organisation de campagne. La remise en cause de la stratégie, mais aussi surtout des tactiques et de l'organisation, doit être systématisée avec une analyse permanente des forces et des faiblesses du parti, des candidats, de l'organisation, n'hésitant pas à utiliser des grilles d'évaluation et agir en urgence sur les faiblesses dès qu'elles sont identifiées. C'est le travail d'une équipe de campagne solide et permanente, structurellement inexistante à l'heure actuelle, avec des responsabilités multiples et trop diffuses.
Une tendance récurrente dans les partis politiques, de même que dans les armées, est celle de s'équiper pour gagner la dernière guerre, et non la guerre à venir. Ainsi, conscients des problématiques eurosceptiques liées au référendum sur le traité constitutionnel de 2005, du taux d'abstention grandissant lors de chaque élection, et ayant l'impression que le seuil électoral pro-européen avait été atteint par l'UDF et les Verts lors de l'élection européenne de 2004, le choix stratégique du MoDem s'est naturellement orienté vers la mobilisation des potentiels abstentionnistes, des anti-sarkozystes, et des ex-nonistes anti-Barroso. La tendance de fond était pourtant celle d'une préoccupation grandissante envers les problématiques climatiques (qui font aussi l'objet d'une campagne politique permanente depuis cinq ans de la part des associations internationales, dont celle d'Al Gore, des Nations Unies, des parlements nationaux et européen, des forces altermondialistes et écologiques - la France ne fait que réintégrer tardivement cette donnée électorale internationale), économiques, sociales et alimentaires, de la traduction en message cohérent et compréhensible pour l'électorat des enjeux des crises planétaires, ainsi que l'élaboration des prémices d'un programme législatif européen. Le tout en laissant transparaître un message positif dynamisant. L'erreur stratégique n'est pas tellement celle de ne pas l'avoir décelé (toutes ces problématiques ont été abordées lors de chacune des conventions thématiques européennes), mais plutôt de ne pas avoir concentré l'ensemble de l'effort de campagne sur ces thèmes éminemment politiques au XXIème siècle, d'avoir divisé la capacité mobilisatrice du message cohérent (d'autant plus important lors d'une élection peu médiatisée, en s'accrochant à l'excès au secret programmatique), d'avoir réduit à néant l'effet de levier d'une dynamique de campagne, d'avoir manqué de recul et de professionnalisme politique (surtout en termes d'organisation de campagne), d'avoir hésité à utiliser les armes appropriées pour cette guerre, plutôt que celles qui auraient du être employées pour gagner la guerre précédente. Les facteurs les plus significatifs de cette perte de dynamique sont les doutes récurrents en provenance de la base électorale du parti, sans laquelle, il n'y a pas de victoire possible.
* Il va sans dire que de nombreux éléments de campagne étaient positifs (choix des candidats, le contenu du livre "Abus de Pouvoir", même si son contenu européen était insuffisant, mobilisation des permanents, adhérents et sympathisants, densité programmatique des conventions thématiques, etc.), mais ce n'est pas le but de cette note de s'attarder sur ces éléments.







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excellent comme d'habitude
c'est le discours que je tiens depuis un bon mois mais je dois avouer qu'avec tes graphiques c'est saisissant. Je suis peut être moins d'accord avec le dernier paragraphe
je signale ton lien
Rédigé par: FB | 10 juin 2009 à 13:05
Je n'ai rien à redire de ton analyse, elle est excellente. Longtemps je me suis posé la question la question de la pertinence de la stratégie de François Bayrou. Une tactique toute personnelle, de s'exhiber en homme seul, de centraliser son parti et de surtout ne pas chercher à le renforcer. Tu le notes toi-même : "se satisfaire du rôle de premier des petits partis politiques français, adossé à une stratégie personnelle". Je pressentais les limites de l'exercice, tu les décris parfaitement : un parti faible, très peu d'élus et peu de moyens, aucune véritable équipe mais un tandem qui prend les décisions en tête-à-tête. Je pense que les carottes sont déjà cuites. La question des alliances est cruciale, elle aurait dû se poser dès les municipales. Ce fonctionnement erratique a désespéré beaucoup d'adhérents de qualité dès 2008. Le refus aussi d'envisager un fonctionnement "moderne", adapté à ce siècle, le même fonctionnement obsolète qui est en train de tuer à petit feu le PS.
Je ne vois guère comment François Bayrou pourra modifier en profondeur sa manière de fonctionner. Ce parti il l'a voulu sur son seul nom. Je conçois bien que l'élection présidentielle est l'élection maîtresse qui peut permettre de faire basculer les équilibres. Mais pour gagner cette élection, il faut s'appuyer sur des relais solides qu'il n'a pas cherché à constituer depuis 2007. J'ai toujours pensé à cette époque que ce qui lui avait manqué justement, c'était des relais parmi les élus (ne lui posait-on pas déjà la question d'avec qui il gouvernerait ?), et un appareil militant aussi puissant que ceux de l'UMP ou du PS.
Enfin, le côté "père la morale" risque de longtemps lui coller aux basques, repoussant un électorat dont je fais résolument partie.
C'est toujours un plaisir de te lire même si tes interventions sont trop rares à mon goût.
Bien à toi.
Rédigé par: Laure | 10 juin 2009 à 13:48
Dur mais très très bon.
Je n'en attendais pas moins ... et j'étais en manque.
(j'ai pas trouvé comment resoudre le problème d'anti-spam :( ....)
Rédigé par: Claudio Pirrone | 10 juin 2009 à 14:51
Bravo.
Une analyse de startégie politique à méditer.
Nous entrons dans un cycle qui devrait impliquer une "équipe de campagne permanente".
J'ajouterai en spécialiste de la "création collaborative" qu'à coté d'une modélisation ordonnée, il convient de construire aussi une équipe créative capable d'apporter souplesse, adaptation et diversité.
Le Modem doit encore gagner sur des attributs de modernité, la construction de réseaux société civile et une communication capable de se lâcher...
C'est pour toutes ces raisons que je développe (voir mon blog) l'idée que le MoDem doit enfin devenir la MoDem : savoir se ressourcer auprès de spécialistes venus d'univers différents ; une nouvelle respiration...
Merci.
Rédigé par: Sylvain Canet | 10 juin 2009 à 14:52
Nous partageons donc la même analyse : http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/quel-avenir-pour-le-modem-et-57252
Rédigé par: yann 35 | 10 juin 2009 à 15:17
Excellent article. Je te rejoins à peu près partout (notamment en ce qui concerne la communication... par exemple, un slogan qui a besoin d'une explication de texte est-il un bon slogan ? poser la question c'est y répondre), avec un petit bémol sur la sortie du livre, qui pour moi était dans le bon timing pour attirer l'attention et donner du relief et de la profondeur. L'erreur a été de continuer non pas à parler des problèmes quotidiens, mais à continuer de taper sur Sarko dans les deux dernières semaines.
À partir du 23 mai, il fallait embrayer sur des discours 100% appliqués aux élections. Et à mon sens c'est une grande faute que n'avoir pas saisi le thème d'Hadopi, qui permettait de replacer les enjeux nationaux dans leur perspective européenne, et donc de souligner l'importance du Parlement européen et d'apporter un exemple éclatant au message que François a eu tant de mal à faire passer.
À part ça, je te rejoins tout à fait sur le groupe ADLE, et pendant la campagne je n'ai cessé de dire que rien n'était joué au sujet des alliances. Hélas quand j'ai interpellé Bernard Lehideux sur la question au cours d'un débat, il a passé 5 minutes à défendre l'alliance avec les Libéraux ("nous avons souvent réussi à en rallier une partie à nos convictions") et seulement 15 s à admettre que "des évolutions d'alliances sont néanmoins possibles".
Il faudrait plutôt se rapprocher des Verts, et vite. Il est vital de montrer que nous partageons les mêmes préoccupations environnementales, que nous portons comme eux un projet de rénovation radicale. C'était une erreur que de jouer la concurrence avec eux. Il fallait plutôt jouer l'émulation. Ceci dit, il est vrai que c'est EE qui a sans cesse attaqué le MoDem alors que nous ne disions rien à leur sujet. Peu importe à présent.
La réconciliation Bayrou-DCB doit intervenir rapidement et devant caméras, avec explication des positions de Bayrou (ce ne sont pas les quatre lignes de provoc qui l'ont gêné mais la théorisation jamais reniée par DCB) et clarification définitive de DCB (il renie aussi la théorisation, pas seulement les quatre lignes de provoc qu'il avait déjà reniées en 2001). C'est indispensable pour les deux personnes, pour rattraper les dégâts occasionnés à ces deux personnalités par le débat de jeudi dernier. Bayrou en a pâti immédiatement, mais DCB pourrait en pâtir bien plus dans les semaines à venir s'il ne fait pas cette clarification.
Ce rapprochement est d'autant plus facile que DCB est demandeur. Les Verts français sont moins enthousiastes, donc il faut faire le rapprochement maintenant, tant que Dany a son aura de vainqueur et peut user de son influence et de la dynamique EE.
Je parle un peu de tout ça dans mon dernier billet d'ailleurs.
http://blogdekpm.lesdemocrates.fr/2009/06/08/8-juin-2009-leurope-a-la-croisee-des-chemins/
Rédigé par: KPM | 10 juin 2009 à 16:20
Au fait : ça serait pas une mauvaise idée du tout que François fasse appel à toi au Bureau Exécutif.
Rédigé par: KPM | 10 juin 2009 à 16:25
je ne vais pas reprendre point par point votre billet très argumenté, mais une chose me gène dans sa rhétorique: elle me donne l'impression que la frontière entre stratégie et tactique est mouvante, et cette impression perdure à la lecture des premiers commentaires...
Cette confusion nuit à la portée des propos, certains arguments ou analyses étant pourtant tout a fait pertinents à mes yeux.
Est-ce pour mieux remettre en cause la "stratégie du Mouvement Démocrate" (proposer un autre projet de société appuyé sur un système de valeurs centré sur l'humanisme) en pratiquant quelques amalgames avec des erreurs tactiques assumées (forte association du débat sur la société française aux questions européennes, des erreurs ponctuelles de terrains, ...) pour soutenir les orientations qui vous siéent? et si j'apprécie en tout cas que vous reconnaissiez que "l'analyse de ses erreurs a posteriori" est plus aisée... je ne suis pas convaincu par votre présentation d'une organisation de type "campagne permanente" comme remède miracle, même si des éléments pertinents de diagnostic sont listés dans votre argumentaire.
Le Mouvement Démocrate est jeune, mais il a le mérite d'avoir une stratégie (est-ce seulement le cas de nombre autres partis? sans même discuter la valeur des différents objectifs poursuivis...). Sa jeunesse explique en partie des difficultés tactiques : j'espère qu'elles trouveront des solutions le plus rapidement possible, j'y travaille modestement à mon échelle.
Amicalement,
Nicolas Mauduit
Rédigé par: Nicolas Mauduit | 10 juin 2009 à 16:37
Ah, Arnaud, merci !
L'actualisation de ton blog manquait sur la Toile et tu nous offres une analyse à chaud/à froid (douche froide !) de cet échec. Je suis, tu le sais, en accord avec tous les points que tu défends. Et tu le sais également, je suis pour faire participer tous les "adhérents-experts-de-la-chose" aux débats internes, mais pas seulement au niveau fédéral ou régional, mais surtout au niveau du siège.
D'où un redémarrage nécessaire des Commissions Démocrates, sous le haut patronnage de Corinne Lepage, pour que la parole des dirigeants soient désormais celles des adhérents du Mouvement Démocrate. Il n'y a qu'en ré-intéressant les adhérents qu'on sauvera le MoDem.
Rédigé par: Leris | 10 juin 2009 à 16:41
En complément de ce que je disais plus haut : une alliance avec les Verts se justifie également pleinement en vue des régionales. Les deux partis se retrouvent dans le refus de la bipolarisation et aucun n'a intérêt à se rendre trop dépendant d'un des deux partis dominants.
Une alliance permettrait certainement un renforcement mutuel du fait de la grande similarité des projets et des électorats. Nous divergeons généralement avec les Verts sur des sujets de société (communautarisme, cannabis, mariage homosexuel...) mais sur le reste, et particulièrement sur les enjeux régionaux, nous sommes très compatibles.
Rédigé par: KPM | 10 juin 2009 à 16:45
@KPM,
Concernant le thème Hadopi, c'est une arme à double tranchant pour le Modem qui est contre sur la forme (loi liberticide, vote pour l'amendement 138, etc.) mais quand même un peu pour sur le fond - cf les réponses envoyées à "europe numérique" qui ont eu le don de m'exaspérer : http://barrejadis.azeau.com/post/2009/06/04/L-Europe-num%C3%A9rique-%3A-des-pistes-pour-savoir-pour-qui-voter-(ou-ne-pas-voter)-dimanche-prochain
Rédigé par: Oaz | 10 juin 2009 à 17:01
Et que penses tu de la stratégie à venir pour les régionales ?
Je plaide pour une constitution immédiate de l'équipe de campagne nationale, et pour des négociations avec d'autres partis pour la constitution de listes communes (autour des thèmes de l'égalité républicaine, et du développement durable, les régions pouvant agir directement sur ces sujets).
Ensuite, je pense qu'il devrait être laissé aux militants le choix des candidats, une équipe de "directeurs de campagne" nommés par le siège les aidant dans leur stratégie.
Seulement il faudrait commencer dès aujourd'hui.
Rédigé par: vincent15 | 10 juin 2009 à 18:42
Sinon, très bon billet évidemment ;)
Rédigé par: vincent15 | 10 juin 2009 à 18:43
D'accord avec toi sur pratiquement tous les points.
Je rajouterais trois points qui me semblent essentiels:
1) Quand on analyse la structure de l'électorat MoDem, on constate que les ouvriers, commerçants, agriculteurs ne se sentent pratiquement pas concernés par le MoDem.
J'ai passé quelques jours avec des ouvriers, ils me disaient qu'ils ne comprenaient pas du tout F. Bayrou lorsqu'il parlait à la TV.
Selon moi, il faudrait expliquer avec des mots simples et des phrases courtes le projet du MoDem, après avoir bien défini le concept et la stratégie.
Sans ces parties de l'électorat, jamais le MoDem ne pourra vraiment atteindre le coeur du pays.
2) Des gens comme toi devraient absolument faire partie de l'équipe stratégique et il faudrait arrêter de tout miser sur des "compagnons de route" comme Marielle de Sarnez ou autres qui vivent tous dans micro-cosme parisien, bien trop loin de la France profonde...
Il y a au MoDem - et parmi les nouveaux adhérents une grande partie - des gens compétents auxquels les dirigeants n'ont jamais fait appel...
A suivre donc, cet échec aux européennes ne peut qu'être bénéfique si les vraies conclusions sont tirées et les décisions qui s'imposent sont prises.
3) La communication pour les européennes et notamment le clic de campagne étaient catastrophique. F. Bayrou face à la caméra, seul, les candidats passaient en filigrane... je ne sais pas QUI a eu l'idée de ce clip, c'était une horreur qui confirmait que le MoDem, c'était F. Bayrou... et quelques autres qui passaient comme des ombres...
A revoir absolument pour la suite...
Quant au débat sociétal avec Daniel Cohn-Bendit, il faudra bien que la France l'assume un jour sans langue de bois.
Et merci pour tes remarques compétentes :-)))
Rédigé par: Danièle | 10 juin 2009 à 20:47
Oui, très bonne analyse, tu peux l'envoyer à certains cardinaux, je pense que ça marcherait aussi pour changer le visage de l'Eglise ! Et même si ça c'est quelque peu calmé, penser à un système de communication, avec une tactique pour faire passer certains messages, ce ne serait pas du superflu...
Merci, et en attendant de te relire plus souvent
Rédigé par: Stéphane | 10 juin 2009 à 20:57
@ tous: merci pour vos commentaires
@ Laure: merci pour ce complément; je n'irai pas jusqu'à dire que tout se décide en tandem, mais que les moyens mis à disposition pour une véritable équipe de campagne sont très insuffisants; je ne pense pas non plus que les carottes sont cuites, neuf mois, c'est très long en politique; et je vois quelques signes encourageants de la part de FB, MdS, CL, JLB, GA, et surtout de la base qui fournit analyse sur analyse, souvent très pertinentes et équilibrées. Nous sommes cependant qu'au début d'un cycle potentiel de changement interne...
@ Claudio: je ne pensais pas que c'était très dur comme analyse, comme quoi je ne sais pas non plus me jauger moi-même, je compte sur mes lecteurs attentifs qui feront dorénavant fonction d'éditeurs!
@ Sylvain: +1000
@ Yann: oui il y a beaucoup de choses à reprendre dans ton analyse (je suis moins convaincu par certains fans de la décroissance, mais bon, si eux aussi évoluent, tout devient possible)
@ KPM: Très bien vu sur le slogan et pour Hadopi (vais devoir me plonger dans l'analyse de Oaz). Sur le livre il s'agit surtout (amha) du faible contenu européen qui le rendait contre-cyclique. Pour les Verts, tout à fait d'accord, notamment au Parlement Européen et pour les régionales. Pour le BE, lol.
@ Nicolas: (a) oui la frontière est parfois mouvante (sur mon schéma, il s'agit surtout des éléments au milieu du triangle); (b) je me retrouve totalement dans la stratégie à long terme du MoDem et sur son projet, mais ce dernier est insuffisamment compris par une partie considérable des électorats français et européens, d'où le besoin (amha) de créer une stratégie à moyen et court terme qui permette de créer une dynamique, mes préférences personnelles (notamment au niveau des alliances) ne sont a priori pas trop pertinentes pour le diagnostc (mais bon, on en est jamais totalement à l'abri de ses propres arrières pensées inconscientes); © la campagne permanente n'est en aucun cas un remède miracle (si même il en existe un), seulement un résumé (maladroit?) de nos besoins stratégiques, tactiques et d'alliances; (d) oui le MoDem a une certaine avance sur d'autres partis politiques et reste jeune, donc évolutif...
@ Léris: +1000
@ Vincent: +1000, sur les régionales je ne suis pas expert, donc j'étudie la question et te réponds...
@ Danièle: (1) tout à fait d'accord, (2) oui, l'échec peut être une opportunité, (3) bien vu pour le clip :-(
@ Stéphane: ah la politique du Vatican, ce sera pour un futur billet comme convenu ;-)
Rédigé par: ArnaudH | 10 juin 2009 à 22:59
Vous oubliez totalement le rôle des médias. Comment expliquez-vous dès lors que (pour reprendre votre mode de pensée et d'expression) "l'équipe nationale aurait du prévoir à l'avance les éditos peu objectifs des médias, erreur stratégique d'autant plus grave que cela était prévisible vu le comportement des journalistes depuis des mois vis-à-vis de François Bayrou. La manipulation des sondages constatées aurait du mener l'équipe nationale a payé et manipulé des sondages à l'avance tout en prévoyant des messages clairs."
Bref du yakafocon, même si certains éléments sont justes dans votre analyse. Cependant, je crois que vous sur-estimé le poids de la campagne anti-barroso qui marchait bien sur internet et chez les personnes au courant des choses européennes, mais pas chez le citoyen lambda qui n'a d'autres sources d'information que les médias (notamment la grande messe du 20h).
Rédigé par: Fabiouchka | 11 juin 2009 à 11:27
@ Fabiouchka: je n'ai pas écrit cela (!) que ce soit sur la manipulation des sondages (je ne touche pas le sujet), sur les journalistes, ou les éditos (les guillemets sont vraiment de trop). Je pense que l'équipe de campagne aurait du prévoir la sortie du film "Home" et que certaines critiques (manque de programme, alliances) étaient prévisibles (pour l'anecdote, j'ai signalé ces derniers points en temps et en heure; par contre ces remarques n'auront de toute évidence pas été efficaces, mea culpa). Sur la nuance entre une campagne internet et de terrain, nous sommes d'accord.
Rédigé par: ArnaudH | 11 juin 2009 à 11:50
Trés bonne analyse Quindi.Nous sommes beaucoup à la penser et à la partager
Un certain nombre de tes arguments sur l'Organisation interne du MoDem et la façon de réussir la campagne ont pourtant étaient dit aux instances locales il ya déjà longtemps mais personne n'a bougé.
Je te fais un lien vers ton billet.
@Danièle: content de savoir que je ne suis pas la seule à penser que le clip était archi personnalisé et surtout archi soporifique :-)))
Rédigé par: Orange Sanguine | 11 juin 2009 à 15:02
Qu'on revienne a posteriori sur les choix stratégiques est légitime et évidemment un peu facile.
Qu'on en tire les conséquences et qu'on en désigne nommément les responsables est beaucoup plus ardu, mais néanmoins nécéssaire et espérons le, salvateur.
Les dirigeants et les membres de l'équipe de campagne (une petite dizaine, bien connus, élus comme salariés) sont clairement identifiés. Pourtant, ils resterons inamovibles, ne se remettront en rien en cause (quitte à tout mettre sur le compte du l'accrochage de Fr2) , au contraire même, ils se durciront encore un peu pour se protéger.
Et on foncera tête baissée, ou on temporisera, jusqu'au prochain échec électoral. Faudra-t-il donc attendre un échec en 2012 pour réformer ce qui de toute évidence doit l'être. Au mieux on atteindra seulement la partie émergée d'un iceberg pourtant bien maigre. Au nom de la discipline du parti? au nom de la nécessaire solidarité dans l'adversité? pour s'épargner en attendant le grand déluge et mieux reprendre la suite? ou en ennemis de l'intérieur, pour mieux permettre aux concurrents de nous phagocyter, le moment inévitable des alliances et des fusions venu? ou enfin, en braves militants touchés aussi par ce désormais fameux "doigt de la vierge"?
Les problèmes essentiels du Mouvement démocrate sont connus et identifiés depuis longtemps, au delà des choix stratégiques ponctuels de cette campagne, pafraitement mis en exergue dans ton papier. Il faut oser les mettre en évidence et en désigner les responsables. La violence d'une telle démarche ne doit pas masquer la pertinence du contenu. L'amputation n'est violente que parce qu'on a laissé, trop longtemps, la gangrène gagner du terrain. il s'agit donc de:
1/ La gestion des ressources humaines
2/ la gestion de l'accès au médias
lacunes fatales. On en connait parfaitement les responsables: de Sarnez sous la bienveillante protection de Bayrou (il l'assume publiquement) fait avec jubilation et reconnaissons-la avec talent voir avec instinci martial, ce sale boulot. Les quelques salariés du sièges, quand ils ne s'entretuent pas, font de même à une échelle inférieure le complexe du bourreau.
C'est une erreur de gestion certes, mais délibérée: un choix politique interne qui a ses causes (il suffit de revenir à l'histoire du parti et à celle de ses cadres, à leurs craintes, fondées et leurs hantises, les desertions, les trahisons) et surtout ses terribles conséquences: nos échecs électoraux et médiatiques; la désertion progressive de ceux qui était notre plus grande force et notre légitimité: les militants; Le décalage entre nos objectifs affichés et notre pratique qui est tout sauf "la politique autrement" et finalement le fait que nos idées, incontestablement d'avenir, ne pourront émerger avant une véritable réforme interne profonde. Posons les et tentons de les résoudre.
Plus en détail:
1/ les ressources humaines: le siège fonctionne avec très peu de permanents (les ressources financières serviraient-elles d'excuses, pourtant il y a beaucoup de moyens sic) et on empêche systématiquement l'émergence de réelles capacités nouvelles. Ton cas particulier, Arnaud, en est ou en sera la preuve. Une tare de la culture apparatchik classique de décapitation, qui montre ses effets notamment au PS, mais qui s'applique malheureusement déjà au MoDem, alors même que l'émergence de nouveaux profils à tous les niveaux est un impératif.
La réduction drastique du nombre d'élus (notamment européens) risque d'aggraver encore cet aspect. Les quelques permanents en danger du fait de la retraite de leur patron (ils sont nombreux a Paris à être officiellement attachés parlementaires) n'en seront que plus enclins à verrouiller, sous quelque prétexte que ce soit. Il y a aussi l'armée des élus locaux (plus de 3000), mal considérés, mais c'est une évidence puisque déjà les élus majeurs (quelques sénateurs restants, députés européens ou nationaux) n'osent qu'à peine intervenir dans les instances, ni s'entourer de peur d'apparaitre en meneurs de "courants". Certaines, aujourd'hui en force ou provisoirement disparues, en ont été tristement réduites à faire de l'opposition interne systématique un outil un moyen de leur existence.
2/ Ensuite, pour ce qui est de l'accès médias, prenons un exemple simple: Sarkozy insulte un pêcheur ou un quidam au salon de l'agriculture. Pour rattraper la bourde, le lendemain, le parti présidentiel est sur la brèche, dans tout les médias et se réparti le boulot: les cadres apaisent, les seconds couteaux justifient, les venimeux empoisonnent, tous occupent le terrain et tournent l'évènement à leur avantage et en prime, testent de nouveaux slogans, de nouvelles idées. Quel luxe!
Au MoDem, la hiérarchie des médias reste bien bassement exploitée: on pourrait espérer Bayrou en présidentiable - au dessus du lot donc protégé, ne participant qu'à des émission dignes de ce statut ou à des débats face à ses alter-ego exclusivement. Ensuite dans les grandes émissions (matinales radio, et grands débats politiques) non pas exclusivement lui ou de Sarnez (qui au passage n'en a qu'à peine la stature, c'est clair aux yeux de tous alors osons l'affirmer: elle stagne en notoriété malgré une omniprésence médiatique, il y a bien des causes à celà), bref, des grands médias occupés par les quelques figurent majeurs du parti (et elles existes, nombreuses), qui gagneraient en visibilité, en notoriété (à juste titre), désamorceraient au passage l'attaque habituelle (Bayrou est seul), pourraient réagir avec légitimité en cas de crise, multiplieraient les visages mais aussi les thématiques de notre visibilité. Plus en deçà, la nouvelle garde: jeunes élus et figures de second rang dans les médias moins importants ( TV du cable ou TNT, presse à plus faible tirage, médias web, radios "secondaires"), enfin les jeunes et les élus locaux occuperaient l'espace médiatique local (TV, radios ou presse) et spécialisé (jeunes, séniors, communautaire ou professionel).
Au lieu de cela Bayrou continue d'aller au charbon (et donc de se salir), de Sarnez squatte littéralement les médias de premier plan (TV nationales plubliques, canal+, etc.) , au détriment des autres cadres dont elle craint (et elle peut!) la concurrence. Les généraux sont donc relègués dans les médias nationaux seconds (lci, BFM, France Culture, l'express, medias locaux , etc.etc.) et l'accès au médias est donc décalé d'un rang significatif, vers le bas, au détriment du parti. Les émergences ponctuelles ( Cavada à l'époque, Kahn récemment) ne peuvent masquer l'inexistance des autres ou leur combat desespéré.
Bayrou attaque Dany, soit. On peut en discuter a posteriori mais on aurait pu si ce n'est en faire un succès au moins en limiter les dégâts s'il n'avait pas eu à faire lui même la conf de presse le lendemain, mais si une armée de généraux de campagne, établis dans les médias de longue date à tous les niveaux et de manière pertinente, avaient eu l'occasion de réagir et de faire feu de tout bois.
Les problèmes structurels: 1/ les ressources humaines (volontairement amputées tant chez les élus que chez les salariés), 2/ l'accès aux médias (abaissé d'un rang au moins) sont connus de longue date et l'objet d'une stratégie délibéré dont on pourra très prochainement juger, du fait de l'échec cuisant et profond qui vient de les atteindre, si le(s) dirigeant(s) du parti, éventuellement sous la pression judicieuse de quelques militants, prendrons la mesure, ou si au contraire (et c'est à craindre de toute évidence) il conduira à un replis sur soi encore plus vif mais cette fois fatal à coup sûr.
Alors certes, ça balance. C'est un peu violent. Mais c'est nécessaire: il s'agit de deux piliers fondamentaux de notre combat politique que nous ne pouvons occulter ou laisser à la seule appréciation de deux chefs.
reprenons la liste de l'équipe de campagne et que chacun s'interroge. Les ressources manquent: optimisons les.
Osons aussi regarder de près de qui sont entourés nos élus? performants? légitimes? Quels sont nos fonctionnaires (de groupe au Parlement Européen, à l'assemblée ou au sénat, en région, en départements ou en communes?
Pourquoi un poste, quel qu'il soit, a été attribué et à qui? Quels sont les personnalités du parti qui peinent à émerger (Arnaud? Ginisty? des jeunes? des conseillers municipaux? d'autres encore?)
Quels sont les élus locaux qui devraient prendre pleinement leur place au national (la place au moins n'est pas occupée par les barons poussiéreux, c'est notre chance).
Bref, cette échec peut se transformer en energie politique de rénovation. Se contenter de dire: nous sommes jeunes ne suffit plus. Osons: c'est encore une fois de la base que peut venir la solution!
Rédigé par: modemocrate | 11 juin 2009 à 16:13
@ Orange Sanguine: merci
@ Modemocrate: ouf, c'est l'analyse complémentaire incisive, je n'avais pas osé (lol). Ton point sur le risque de durcissement pour se protéger est particulièrement pertinent. Sur les ressources humaines, c'est très juste, et très bien informé. Sur les médias, le parallèle entre Sarkozy et les pêcheurs / au salon de l'agriculture et FB chez Arlette Chabot est excellent (!). Sur la possibilité d'une rénovation positive, +1000
Rédigé par: ArnaudH | 11 juin 2009 à 20:10
Salut Arnaud,
L'analyse est brillante, mais il convient avant tout pointer l'essentiel : la première chose à faire, est d'urgence focaliser les énergies sur le développement du projet du MoDem. L'émergence dans les 6 mois d'un corpus de pensée (doctrine) est une condition peut-être pas suffisante, mais NECESSAIRE a la victoire en 2012.
Cf le dernier billet sur mon blog pour un bref argumentaire et grandes lignes de méthode :
http://benoitb.lesdemocrates.fr/2009/06/modem-lurgence-dun-projet/
Rédigé par: benoitb | 12 juin 2009 à 01:02
J'ai développé l'aspect de l'alliance Verts-MoDem au PE. Je serais intéressé d'avoir tes éventuelles remarques le cas échéant, car je sais que tu es comme moi un observateur attentif du Parti démocrate européen (mais souvent mieux informé que moi).
http://blogdekpm.lesdemocrates.fr/2009/06/12/un-grand-groupe-democrate-ecologiste-et-federaliste-au-parlement-europeen/
Rédigé par: KPM | 12 juin 2009 à 08:22
Je gardais ce billet au chaud. J'ai lu, certes rapidement mais j'ai lu.
Plusieurs choses :
1. Quand je te lis, je me sens con tellement c'est excellent. Le passage sur la nécessité de réponses diversifiées, via différentes personnes est fascinant.
2. Et en plus t'es gentil, donc ça m'agace :-)
3. Luc Mandret a raison : il faut que tu sois plus au siège, car ce n'est pas un billet mais un rapport. Il faudrait que tu alimentes un atelier aux UE.
4. Je n'y connais rien en stratégie électorale, mais je me demande dès fois s'il ne vaut pas mieux ne pas avoir de plan plutôt qu'en avoir un mauvais. La politique, c'est comme l'amour : il y a une part d'irrationnel, non ?
A la prochaine, et prends soin de la petite
Rédigé par: LCDM | 12 juin 2009 à 15:54
Ne faudrait-il créer au sein des commissions de C.LEPAGE une qui s'intitulerait "stratégie et communication"?
Bon nombre pointent depuis longtemps des insuffisances dans ce domaine. En temps que militants nous devrions avoir notre mot à dire. De plus le fait d'être sur le terrain pourrait servir à faire remonter des informations.
Luc Mandret avait pointé un manque de stratégie claire sur internet. avec tous les sites, le blog etc, ça part dans tous les sens et il faudrait peut-être rationaliser....
Rédigé par: Europium | 12 juin 2009 à 16:56