Synopsis: La proclamation par le Maire d’Antananarivo,
Andry Rajoelina, d’une reprise de l’ensemble des affaires nationales et d’une
procédure de destitution à l’égard du président Marc Ravalomanana, suite à des tensions
politiques importantes depuis la mi-décembre 2008, suivi d’une destitution du
Maire par le Ministère de l’Intérieur, ont plongé Madagascar dans une crise
politique durable. Les manifestations à répétition, les pillages dans toutes
les villes du pays causant la mort d’au moins 68 personnes, la contestation
massive du processus de redistribution des terres, les fermetures provisoire des
ministères, du système scolaire, et des moyens de communication publics et
privés, auront créé un climat de tension dans cette jeune démocratie (depuis
1992), habituée aux transitions difficiles. La structure constitutionnelle
héritée de la présidence de Didier Ratsiraka, malgré quelques retouches en 1998 et 2007, et les recours multiples auprès de
la Haute Cour ne semblent pas en mesure de régler les tensions politiques. De même, l’appel de l’Union Africaine pour restaurer l’ordre constitutionnel ne permet pas de créer les conditions d’une médiation et d’une sortie de crise efficaces.
Madagascar renoue ainsi le cycle de crises politiques récurrentes depuis l'insurrection de 1947 (MDRM - PADESM) jusqu'aux élections de 2001, en passant par l'indépendence en 1959, la prise de contrôle des mairies en 1960, la bipolarisation à partir de 1961, la dissolution illégale du parlement de 1969, celle du gouvernement, et l'arrestation du Ministre de l'Intérieur en 1971, les élection truquées de 1972 et les manifestations et répressions de cette période, les pleins-pouvoirs confiés au Comité National Militaire et l'assassinat du Colonel à la tête de l'Etat en 1975, la prise de pouvoir en 1976 par le capitaine Didier Ratsiraka et sa dictature jusqu'en 1993, et lors de chaque transition depuis la création du cadre institutionnel démocratique (voir à ce sujet les analyses et commentaires de l'historien Jean Fremigacci).
L‘île de Madagascar, devenue une
démocratie en 1993 suite aux 17 ans de pouvoir de Didier Ratsiraka et son
parti, l’Arema (Avant-garde pour la Révolution à Madagascar), et la
« démocratie restreinte » de ses débuts (Présidence de Philibert
Tsiranana entre 1959 et 1972 et prise de contrôle par le PADESM), n’aura pas connu de transition démocratique
pacifiée. Dès 1991, un mouvement insurrectionnel réclamant avant tout la
liberté d’expression, aura forcé une négociation de dix-huit mois débouchant
sur la création d’un nouveau cadre institutionnel instable, mais qui aura
permis une libération des médias et des initiatives économiques privées. En
1996, trois ans après avoir été élu, Albert Zafy (CRN : Comité de
Réconciliation Nationale) sera destitué par l’Assemblée Nationale, suite à sa
désignation directe du Premier Ministre par la présidence, plutôt que par
l’Assemblée comme prévu par la constitution du pays. Les élections qui suivent permettront le retour de Didier
Ratsiraka à la présidence, en battant Zafy au deuxième tour.
En décembre 2001, les élections
présidentielles donneront Marc Ravalomanana, maire d’Antananarivo, gagnant au
premier tour (51%) face à Didier Ratsiraka (44%). Ce dernier n’accepte pas le
résultat (spécifiant qu’il a obtenu 46% face aux 50% de Ravalomanana ce qui
exigerait un deuxième tour) et plonge le pays dans une crise politique. Marc Ravalomanana
démarre une série de grèves générales, accusant le parti de Didier Ratsiraka de
fraude électorale (tentative de fraude sur les procès-verbaux dans les zones
enclavées du pays) et népotisme. Didier Ratsiraka s’appuie sur la division
ethnique de l’île (18 ethnies avec un métissage important), ses partisans de
l’ethnie Betsimisaraka de la côte est, s’alliant avec les autres ethnies
côtières, face à l’ethnie Merina (première par sa population) du centre de
l’île, dont Antananarivo, et des plateaux. Marc Ravalomanana se déclarera
président en février 2002 et cherchera à obtenir le soutien de la communauté
internationale pour une reconnaissance de son élection. Deux gouvernements
coexistent ainsi pendant quatre mois (les annonces successives provoqueront
même la sécession de deux provinces en avril). La reconnaissance internationale
de la victoire de Ravalomanana interviendra tardivement en juin 2002 grâce à
la médiation du Président sénégalais, Abdoulaye Wade, et l’intervention de la
Haute Cour Constitutionnelle ; les Etats-Unis s’y ralliant dès le départ,
la France s’y ralliant en dernier (Didier Ratsiraka partira en exil en France
en juillet 2002).
Marc Ravalomanana sera arrivé au pouvoir
sur la base d’une plateforme positive, en usant de son expérience managériale à
la tête de l’entreprise Tiko, et de son expérience de « bonne
gouvernance » à la Mairie d’Antananarivo (ayant réussi par ce biais à
contourner ses déboires fiscaux), comme exemples de gestion efficace par
opposition au développement restreint de l’île pendant les gouvernements de
Didier Ratsiraka. L’appui que lui aura apporté l’église protestante réformée
FJKM (conseil œcuménique auquel participe l’église calviniste de Ravalomanana
dont il est le vice-président) sera lui aussi de taille compte tenu de sa
représentation sur l’île (45% des chrétiens, soit un quart de la population).
Ses deux mandats auront cependant contribué à renforcer les écarts de richesse
entre les classes aisées, une classe moyenne de cadres salariés en développement,
et une vaste majorité composée d’urbains et provinciaux ne bénéficiant
nullement à la création de richesse, devenus facilement manipulables par les différents
mouvements politiques. Pendant son premier mandat, Ravalomanana libéralisera
l’économie avec l’aide du FMI, il fera appel à des sociétés étrangères pour
gérer les sociétés nationales, obtiendra l’effacement des dettes du pays, lancera
une réforme fiscale élargissant l’assiette des contribuables, et relancera la
consommation par la détaxation de certains produits, ainsi que l’investissement
grâce au « Economic Development Board », le lancement de nouvelles
exploitations minières (ilménite, nickel, cobalt, pétrole), et le Plan d’Action
pour Madagascar (MAP). Ce dernier devant permettre de réduire la pauvreté et
atteindre les objectifs du millénaire en créant les conditions d’une
« révolution verte » malgache. Cependant, la réforme foncière, par le
biais de la reconnaissance légale des titres de propriété des paysans, les
investissements terriens étrangers, dont un projet de développement prévu par
la firme sud-coréenne Daewoo Logistics (correspondant à 1,3 millions d’hectares
destinés à la production de maïs et huile de palme pour ré-exportation), les
conditions de travail dans les nombreuses zones franches du pays, et la hausse
des prix, font tous l’objet de vives critiques, malgré la coordination par les
agences de développement étrangères et les banques multilatérales (ces
investissements n’assurant pas la hausse des revenus à court / moyen terme de
la majorité des malgaches, notamment ceux affectés par le cyclone Ivan en 2008).
Il en va de même des projets d’entrée des sociétés du Groupe Tiko dans le
capital de sociétés semi-publiques Air Madagascar et les Brasseries Star. Les
seuls véritables succès des gouvernements Ravalomanana étant l’introduction de
l’Ariary à la place du Franc Malgache, une forte amélioration du taux de
scolarisation (atteignant les 80%), et la connexion du sud du pays au centre
par une route de goudron.
En préservant la constitution révisée de
mars 1998, et la structure de Haute Cour Constitutionnelle qui a validé son
élection en 2001 (une tentative de modification de la composition de la cour
par Didier Ratsiraka avait été déjouée), Marc Ravalomanana maintient un système
institutionnel imparfait permettant des crises politiques régulières et une
décentralisation inefficace. Il s’agit pour l’essentiel d’une forte inégalité
des moyens de communication pendant les campagnes électorales (les moyens
publics étant à la seule disposition des pouvoirs en place), d’une absence de
cadre de financement des partis politiques, d’élections sans aucun seuil de
participation, d’une capacité du gouvernement à bloquer les élections locales
dans les fiefs qui ne lui seraient pas favorables, d’une utilisation des moyens
publics de l’Etat central contre les municipalités et provinces, d’un manque
d’indépendance de la justice, d’un manque de lutte effective contre la
corruption, et d’un népotisme généralisé hérité de l’époque de Didier Ratsiraka.
Ainsi, Marc Ravalomanana aura réussi à bloquer les élections en décembre 2007 à
Tolagnaro, Nosy Be et Sainte-Marie, des villes qui ne lui étaient pas
favorables, par la nomination d’administrateurs provisoires, renouant ainsi avec une tradition vieille de 40 ans du pouvoir central envers les villes qui lui sont défavorables. Cela n’aura pas
empêché les bailleurs de fonds internationaux de continuer à financer les
projets de développement dans ces collectivités. Les réformes
constitutionnelles apportées en avril 2007 (le référendum validant les réformes
aura connu un taux d’abstention de 80%) renforceront encore le pouvoir
présidentiel au détriment du parlement, avec l’autorisation donnée à la
présidence de gouverner par ordonnance en cas de crise (ils élimineront
également la mention laïc et imposeront l’anglais comme troisième langue
officielle, après le malagasy et le français)
Du point de vue des relations
régionales, Ravalomanana obtiendra l’adhésion de Madagascar à la SADC (Communauté de Développement d'Afrique Australe) et la
tenue du sommet de juillet 2009 de l’Union Africaine à Ivato, au nord d’Antananarivo
(en attendant un possible sommet de la francophonie en 2010). L’ensemble de ces
politiques assureront la réélection de Marc Ravalomanana en décembre
2006 avec 55% des voix (et un taux de participation de 62%) face au neveu de
Didier Ratsiraka, Roland Ratsiraka, le maire de la capitale économique,
Tamatave (ce dernier sera suspendu de ses fonctions en février 2007, puis mis
sous mandat de dépôt en avril 2007, pour cause d’accusation de détournement de
fonds publics).
Après avoir refusé la tenue d’élections municipales à Antananarivo pendant son premier mandat, Marc Ravalomanana préférant nommer directement ses collaborateurs à la tête de la communauté urbaine puis une « présidence de la délégation spéciale », les élections de décembre 2007 permettront à Andry Rajoelina de prendre la tête de la mairie, obtenant une large majorité de 63% face au candidat du président, Henry Rafalimanana. Ce chef d’entreprise de 34 ans, de l’ethnie Merina et protestant tout comme Ravalomanana, est à la tête de plusieurs sociétés dans l’impression numérique de panneaux publicitaires (Injet), l’événementiel (où il démarré sa carrière), la télévision (Viva TV) et la radio (Radio Viva). Il dirige un parti politique, TGV (« les jeunes malgaches décidés ») qui est soutenu par les autres opposants au régime (du moins tacitement), des syndicats et des associations au sein d’une « Plateforme pour la Démocratie », un ensemble politique peu structuré canalisant les revendications économiques et sociales de la population, notamment dans la capitale. Il faut toutefois noter que de nombreux cadres de la mairie auront été nommés parmi les fidèles des anciens présidents Didier Ratsiraka et Albert Zafy, (partisan de la réconciliation nationale) le parti d’opposition Leader Fabilo de Benja Razafimahaleo, et les déçus du parti présidentiel, le TIM).
Les tensions politiques démarreront dès
la prise de fonction d’Andry Rajoelina, avec
l’exigence de paiement des dettes antérieures de la mairie par la
société nationale d’eau et d’électricité, la Jirama (dont un des prédécesseurs
d’Andry Rajoelina, Patrick Ramiaramanana, était aussi le président, puis le
Ministre de l’Energie, et ambassadeur en poste de Madagascar en Arabie
Saoudite), et des coupures d’eau et d’électricité dans plusieurs quartiers de
la capitale. De même, le gouvernement transférera le pouvoir de nomination des
« Chefs de Fokintany » au préfet, arrêtera les travaux publics
d’entretien de la ville, limitera la dotation de l’Etat à la ville, lui
laissant un budget constitué essentiellement par la fiscalité locale très
limitée, et interférera dans la gestion municipale des ordures, des permis de
construire et des partenariats internationaux (dont l’Ile de France). En
retour, le maire précisera les défaillances de la mandature antérieure, dont
les vices en matière d’obtention des marchés publics. Suite à la diffusion
intégrale d’une interview de l’ancien président, Didier Ratsiraka, sur la
chaîne de télévision du maire, Viva TV, spécifiant la « tâche
originelle » de l’élection présidentielle de 2001, la chaîne est interdite
de diffusion par le gouvernement le 13 décembre 2008 pour cause de
« propos susceptibles de troubler l’ordre public » (les autres
chaînes n’ayant relayé que des extraits de cette interview). Andry Rajoelina,
se jouant de l’interdiction de tout rassemblement depuis plusieurs mois, lance
un ultimatum quatre jours plus tard sur la place nouvellement nommée « de
la démocratie », demandant au gouvernement d’ouvrir en un mois toutes les
chaînes de radio et télévision interdites, la libéralisation du réseau, et
l’expression des représentants de l’opposition sur les chaînes publiques. Entouré de personnalités de la société
civile, il devient le représentant principal de l’opposition dans le pays (qui
n’avait pas jusque là réussi à se trouver une figure charismatique), jouant sur
les symboles, dont l’écharpe orange renvoyant aux révolutions démocratiques
colorées en Europe de l’Est et Asie Centrale. Son ultimatum n’ayant aucun
effet, il commence un cycle de manifestations populaires à partir du 17 janvier
2009 dénonçant les agissements du gouvernement en matière d’autorisation
d’exploitation aux sociétés étrangères (Daewoo Logistics bénéficierait d’une
location gratuite de 1,3 millions d’hectares pour 99 ans), de remblayage
illégal de rizières, d’emplois fictifs, accords préférentiels aux sociétés proches
du régime, népotisme, et achat de bien d’Etat sans appel d’offre, notamment
l’avion présidentiel pour un montant de $60 millions, et demande la démission
du Ministre du Budget et de celui de l’Aménagement du Territoire. Ces demandes
sans effet deviennent récurrentes, elles justifient de nouvelles manifestations
et grèves générales les 21, 24 et 26 janvier.
Le tournant violent de ces
manifestations arrive le 26 janvier, avec la confiscation des émetteurs de
Radio Viva par le gouvernement, suivi de manifestations des partisans de
Rajoelina qui ne suivent plus le maire et s’en prennent (saccages et incendies)
aux locaux de la radio et de la télévision nationale, puis intérêts économiques
liés à la présidence (chaînes privées MBS), magasins et usines du groupe Tiko,
Malagasy Grossiste, Blue Print, Auditorium), dégénérant en pillage de magasins
et sociétés étrangères (mauriciennes, françaises, chinoises, etc.) puis les
locaux des projets d’investissements terriens internationaux dans l’ensemble du
pays à partir du 27 janvier. Ils provoqueront la mort de 68 personnes a minima
(ou 90 selon certaines estimations, avec 30 victimes à l’extérieur de la
capitale), la fermeture des établissements administratifs, commerciaux et
scolaires, et seront le fait, entres autres, d’une exaspération sociale
généralisée, d’un manque de discipline du mouvement de Rajoelina, et d’un non
déploiement des forces de sécurité nationales (qui ne sortiront des casernes
qu’à partir du 28 janvier), probablement pour cause de refus d’exécution
d’ordres sécuritaires émanant d’un gouvernement affaibli. A partir du 28, Andry
Rajoelina exige un régime de transition en vue d’organiser des élections dans
les deux ans, et se propose en Premier Ministre. Le dialogue entre les parties
ne reprendra pas malgré une demande des églises chrétiennes, la présidence
refusant les préalables de la mairie (un régime de transition). La tension de
ces deux jours dans les principales villes du pays avec pillages, grèves, et
saisies des moyens de communication publics et privés (Tamatave, Tolagnaro, Antsirabe,
Morondava, Manakara, Fianarantsoa, Toliara, Toamasina) retombera à partir du 29
et restera latente. Par contre l’expression par le Ministère des Affaires
Etrangères français, le Secrétaire Général de la Francophonie et l’Union
Africaine d’une demande de « retour à l’ordre constitutionnel » a
souvent été compris comme un soutien international à Marc Ravalomanana (Andry
Rajoelina demandant à la communauté internationale de ne « pas se rendre
complice d’un régime qui a bafoué la constitution »), faisant augmenter
les risques pour les communautés étrangères résidentes à Madagascar (dont
20 000 ressortissants français).
Souhaitant poursuivre cet élan, Andry
Rajoelina réclame le poste de Premier Ministre dans un gouvernement de
transition de deux ans en charge de la préparation des prochaines élections
présidentielles (auxquelles il ne pourrait participer, la constitution imposant
d’avoir au moins 40 ans). Faute d’accord sur la possibilité d’un gouvernement
de transition, Rajoelina se proclame en charge des affaires gouvernementales
(avec une nomination de son gouvernement de transition censée s’effectuer le 7
février lors de sa prochaine manifestation et permettant de renforcer ses
faiblesses programmatiques, notamment en matière d’éducation et de santé par le
biais de l’alliance objective des forces d’opposition et de la société civile),
et effectue une demande de destitution de Marc Ravalomanana auprès de la Haute
Cour Constitutionnelle (ce dernier réaffirmant qu’il était bien aux commandes
de l’appareil d’Etat). Sa demande de fermeture des bureaux des administrations et
d’arrêt des transferts de la Banque Centrale au gouvernement le 2 février ne
sera pas suivie d’effet. Le manque de maîtrise des événements menant à des
pillages à travers le pays, un nombre élevé de morts et blessés pendant les
événements, la démesure relative des exigences du maire (régime de transition,
poste de Premier Ministre) et de ses qualificatifs (comparant le régime de
Didier Ravalomanana à une dictature), faisant référence à la situation qui
prévalait à Madagascar en décembre 2001 alors qu’il s’agissait d’une période
électorale (de même que pour les révolutions colorées en Europe de l’Est et
Asie Centrale), l’utilisation abusive des symboles des mouvements démocrates et
du populisme (la terre ayant un caractère sacré à Madagascar), ses exigences
préalables pour tout dialogue (régime de transition, puis demande de
destitution du président), malgré les gestes d’ouverture de la présidence
(remise du matériel de Viva, invitation au dialogue), et des liens exacerbés
par la présidence entre Rajoelina et les anciens opposants ayant participé à la
dictature de Didier Ratsiraka (Roland Ratsiraka et le Général Dolin Rasolosoa
qui seront arrêtés par le gouvernement), créeront une situation d’essoufflement
de son mouvement lors de la manifestation du 3 février. Les références répétées
aux violations de la constitution devant faire fléchir les demandes de respect
de l’ordre constitutionnel de la communauté international ne semblant pas avoir
l’effet escompté.
Le Ministère de l’Intérieur destituera à son tour Andry Rajoelina du poste de Maire d’Antananarivo, nommant à sa place un président de la délégation spéciale (ancien collaborateur de Rajoelina), acte qu’il refuse le 4 février, créant à nouveau une situation avec deux administrations, cette fois-ci à l’échelle de la capitale. Afin de ne pas laisser une vacance de pouvoir de son parti politique en cas d’arrestation et éviter une nouvelle élection locale forcée par le gouvernement, Andry Rajoelina nommera lui aussi son successeur, Michèle Ratsivalaka (officiellement pour cause de nouvelles fonctions à prendre en charge). La Haute Cour Constitutionnelle se déclarera d’ailleurs incompétente (vice de procédure) pour une procédure de déchéance du Président pour violation de la constitution, celle-ci ne pouvant intervenir que dans des conditions spécifiques de vacance de pouvoir (suite à mise en accusation par les deux assemblées, hautement improbable vu la majorité gouvernementale et la Haute Cour de Justice). Lors de son meeting du 2 février, Andry Rajoelina précisera que si les mesures de déchéance n’aboutissaient pas, y compris celles lancées aux deux assemblées, il demanderait aux malgaches de marcher avec lui sur le palais présidentiel.
En attendant de nouveaux développements dans un climat de tension, la communauté internationale n’aura que très peu réagi. La SADC dont Madagascar est un des pays membres aura gardé le silence, de même que les Etats-Unis partenaire privilégié de Marc Ravalomanana. La France qui n’aura gardé que peu d’influence depuis la dernière transition confirme sa demande de respect de l’ordre constitutionnel (même si elle ne verrait pas d’un mauvais œil une transition pacifique qui lui permettrait de retrouver toute son influence dans cet espace stratégique) et reste en contact avec les deux parties, les enjoignant de résumer le dialogue et renforçant son dispositif sécuritaire sur place et dans l’île voisine de La Réunion. L’Union Africaine réunie à Addis Abeba pour son sommet de février n’aura, par la voie du Président de la Commission Jean Ping, confirme que tout changement de gouvernement anticonstitutionnel serait condamné, sans apporter de proposition de médiation pour une sortie de crise. Pourtant, l’unique sortie de crise une fois réaffirmé le pouvoir de Marc Ravalomanana est bien le dialogue entre l’ensemble des forces politiques et les représentants de la société civile malgache. Le risque majeur étant une prise de pouvoir par l’armée en cas de pourrissement de la situation. Entre temps, les prochains sommets de l’UA, et potentiellement de la Francophonie, à Madagascar seront l’occasion pour les partisans d’Andry Rajoelina d’utiliser une tribune internationale.
Quindi... La situation politique à Madagascar est
devenue durablement instable et nécessite une réponse forte de la communauté internationale. Dans ce cadre, la nomination d’un médiateur extérieur
par l’Union Africaine, soutenu par la SADC, l’ONU, l’UE et les Etats-Unis, permettant de
renouer le dialogue politique entre Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina, et les représentants de la société civile,
semblerait être l’unique issue pour remédier aux instabilités, violences, pillages
dans le pays à court terme, mais surtout les problématiques de
développement à long terme, exacerbées par les crises alimentaires et
économiques mondiales. Il s’agira d’assurer la
reprise des fonctions gouvernementales nationales et locales par les
représentants élus, avec la tenue d’élections dans toutes les localités ayant
des administrations provisoires ; une révision constitutionnelle garantissant
la liberté d’expression, notamment dans les médias publics et privés, la
création d’un cadre électoral impartial, et la délimitation des périmètres des
sociétés privées dans les actions publiques; la nomination d’un gouvernement
technique assurant un intérim politique et sécuritaire efficace ; la
nomination de médiateurs locaux permettant de débloquer les dossiers liés à des
interférences administratives ; et la tenue à l’échéance du présent mandat
présidentiel d’une élection sous surveillance internationale.
Ce processus doit s’accompagner d’une révision des politiques de développement du gouvernement malgache et des bailleurs de fonds internationaux, afin de palier le plus rapidement possible aux difficultés économiques ressenties par des pans entiers de la population, une des plus pauvres du monde, dont celles liées à la crise alimentaire mondiale. Ce processus devrait de préférence s’effectuer sous l’égide de la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, assistés en cela par la Banque Européenne d’Investissement et les agences de coopération nationales. La nomination d’un médiateur extérieur économique, travaillant de concert avec le gouvernement central malgache, les gouvernements provinciaux, et les mairies des principales villes, pourrait aussi permettre de mieux coordonner ces efforts et de réévaluer les politiques de développement agricoles et industrielles, dans le respect des traditions locales et des besoins sociaux-économiques de développement.
Du point de vue des mouvements démocrates créés pendant cette dernière décennie, l’utilisation de leurs symboles et vocable par Andry Ravalomanana et ses partisans, tout en tenant un discours aux accents parfois populistes, sans respect des processus électoraux malgré un cadre rendant difficile la structuration d'une véritable opposition politique, ne peut que susciter précaution, voire prise de distance en attendant un apaisement sur le terrain.
Un Grand Merci pour toutes les informations envoyées en privé.
Photos sous licence Creative Commons 2.0 de Fanalana Azy, IRRI Rice Images; autre photo du TGVE












Super content de te voir de retour sur ton blog ;)
Vivement les prochaines notes !!
L.
Rédigé par : Lancelot | 05 février 2009 à 14:49
Brillant et utile.
Rédigé par : Hervé Torchet | 05 février 2009 à 15:12
Merci à tous les deux, next l'Eurozone de Défense (mais c'est du boulot!)
Rédigé par : ArnaudH | 05 février 2009 à 16:09
Excellente note sur un Etat dont la France est un des voisins (Mayotte)
Rédigé par : Thierry P. | 06 février 2009 à 09:49
Et la situation empire encore, au vu des dernières nouvelles.
L'observation sur l'usage et le détournement des symboles est très intéressante. Une question reste à poser : y a-t-il quelqu'un derrière Rajoelina ?
Rédigé par : Clarisse | 08 février 2009 à 02:54
Votre blog que je viens de découvrir est exceptionnel par sa précision sur des sujets généralement traité trop rapidement dans d'autres médias.
Rédigé par : SD | 09 février 2009 à 13:54
Bonjour,
Je tiens à vous informer que Fabio Lauresti vous cite dans le dernier billet qu'il m'a envoyé :
http://venitiennes.wordpress.com/2009/02/20/fabio-lauresti-un-peu-devoile
Rédigé par : Lucia Di Ridero | 20 février 2009 à 14:29