Synopsis: La réélection de Hun Sen et du PPC au Cambodge confirment les craintes de l'électorat d'une remise en cause des trois éléments phares de la stabilisation cambodgienne: les facteurs de stabilité politiques hérités du processus de paix et des Accords de Paris de 1991, avec le retrait des vietnamiens, mais confortés par un exercice du pouvoir par le PPC s'appuyant sur les services de renseignement; des facteurs de croissance, et ce malgré un niveau de corruption élevé et une inflation galopante; et des facteurs de stabilité régionale, avec une mini-crise au sujet des temples de Preah Vihear pour lesquels la Cour Internationale de Justice avait pourtant figé le tracé frontalier dès 1962. L'apparente stabilité gouvernementale depuis 1985, avec Hun Sen occupant la place de Premier Ministre depuis cette date, cache un Etat constamment fragilisé par des évolutions politiques qu'il ne maitrise pas. Le Cambodge peine ainsi à se remettre de son historique, que ce soit les protectorats français, vietnamien, puis de l'ONU, ou les périodes de radicalisation politique khmer et de guerres extérieures ou intérieures ininterrompues (1970 - 1991) avec un gouvernement de droite allié aux sud-vietnamiens et aux américains, puis un gouvernement communiste allié en un premier temps aux nord-vietnamiens et chinois, qui se rendra responsable de crimes contre l'humanité (auto-extermination), avant de se voir envahi par son ex-allié. La voie d'une démocratisation progressive, avec des alternances régulières, et une croissance assistée par l'ASEAN et l'ASEAN Plus Trois, ne semble toutefois pas encore évidente pour les cambodgiens.
Le Cambodge moderne, bien que s'étant remis de la période coloniale de 1863 à 1953, de l'occupation japonaise entre 1940 et 1945, de la gestion catastrophique des Khmers Rouges de 1975 à 1979, et de la tutelle vietnamienne jusqu'en 1991, reste empreint des conséquences de son histoire récente. Descendants de l'empire sud-asiatique de Funan (68 - 550), puis Chenla (550 - 802), l'Empire Khmer (802 - 1431) devra lutter pour son existence à partir du XVème siècle face aux ambitions des royaumes de Siam à l'ouest (Sukhothai puis Ayutthaya qui utilisait les ressources artisanes cambodgiennes pour sa propre gloire) et du Vietnam au nord et à l'est (ce dernier cherchant l'anéantissement de la culture cambodgienne), avant de reprendre brièvement le dessus entre 1767-1790, et de retomber sous la coupe siamoise (le Roi cambodgien Ang Eng est installé par Siam entre 1779 et 1796) puis dans les guerres de suzeraineté partagée entre les deux grands voisins (1796 - 1848) causant des ravages sur le territoire cambodgien pour cause de gestion féodale thaïlandaise et de colonisation brutale vietnamienne. L'ambition royale de maintien d'une intégrité territoriale cambodgienne poussa le Roi Ang Duong (1848 - 1959) à prendre contact avec la puissance coloniale émergente française (arrivée à Saigon et en Cochinchine, dans le delta du Mékong en 1862) puis son successeur, le Roi Norodom (1859 - 1904) à obtenir la protection française (1863) de son royaume en échange de l'exploitation minière et forestière. Dès lors les relations entre la puissance coloniale et Siam, seule puissance à ne pas être colonisée grâce à sa diplomatie d'exception, redessineront la frontière du Cambodge, au profit de Siam en un premier temps, puis de l'Indochine française à partir de 1873, qui grignotera progressivement les provinces siamoises, jusqu'à la mise en place du régime de Vichy en 1940 et de l'alliance avec les japonais (guerre franco-thaïlandaise avec une perte de territoire colonial français sous impulsion japonaise). Le Résident Général français deviendra le principal gouverneur de l'entité coloniale à partir de 1897 et maintiendra le Cambodge ensommeillé, faute de richesses non agricoles à exploiter, au profit du Vietnam et plus particulièrement de Saigon, devenu le principal centre d'activité colonial. En 1941, faute de successeur royal pro-colonial, le Gouverneur Général de l'Indochine, l'Amiral Decoux nommera Norodom Sihanouk nouveau souverain du Cambodge à 19 ans. Sa famille le poussera cependant à suivre les conseils japonais, qui prônaient l'indépendance de toutes les ex-colonies, mais cet acte ne changera rien sur le terrain faute d'appui des paysans, et les rivalités entre Norodom Sihanouk et Son Ngoc Thanh (aligné sur les japonais, il fera un Coup d'Etat en août 1945 et se proclamera Premier Ministre avec l'appui de la population), pousseront Sihanouk à s'allier à nouveau avec les français qui occupèrent Phnom Penh en octobre 1945, octroyant un statut d'"État autonome au sein de l'Union française" au Cambodge à partir de 1946.
Les négociations d'indépendance se déroulèrent jusqu'en 1953, démontrant la capacité politique de Norodom Sihanouk en maniant l'administration coloniale d'une part, et les exigences croissantes des paysans et des indépendantistes de la guérilla Khmer Issarak (gauchistes et nationalistes) et ceux du Vietminh d'autre part, ces deux derniers contrôlant la moitié du territoire cambodgien à la veille de l'indépendance en 1953. A partir de 1946, un processus constitutionnel démocratique se met en place, mais Sihanouk, réduit au rôle de Chef d'Etat symbolique, décrète la loi martiale puis l'indépendance en 1953. Il abdiquera en faveur de son père en 1955, puis sera élu sur une plateforme socialiste-bouddhiste empreint de nationalisme avec 82% de voix, prenant ainsi le poste de Premier Ministre avec un rôle diplomatique de première importance, et redevenant Chef de l'Etat (sans le titre de Roi) à partir de 1960; souhaitant préserver l'indépendance avec une politique neutraliste face aux tensions géopolitiques régionales grandissantes, tout en entretenant de bonnes relations avec l'occident (sans pour autant rejoindre l'OTASE), les soviétiques, les chinois et les pays neutres (Inde, Indonésie, Birmanie); Sihanouk créera un équilibre diplomatique fragile pendant 10 ans en plaçant le Cambodge systématiquement du côté des puissances régionales les plus faibles, afin de contre-balancer les volontés hégémoniques de la puissance américaine (au Vietnam, Laos et par voie interposée en Thaïlande). Les relations subséquentes avec le Vietnam de Ho Chi Minh, sorti de sa guerre d'indépendance en 1954 et partagé entre un nord communiste (République Démocratique du Vietnam) et un sud (République du Vietnam) qui gère la continuité de l'Etat du Vietnam et s'allie avec les américains, seront compliquées par le traitement réservé aux minorités respectives (vietnamiens au Cambodge et "Khmer krom" en Indochine), et le souhait de la République du Vietnam d'obtenir la reconnaissance en faisant pression sur le Cambodge par la non reconnaissance des frontières cambodgiennes, le refus de laisser les bateaux cambodgiens remonter le Mékong, et de laisser un espace territorial pour la création d'un port de mer au sud Cambodge. A l'inverse, le Vietcong (FNL) reconnaîtra très tôt les frontières de l'Etat cambodgien, ce qui renforcera la paranoïa du Sud-Vietnam, créant une situation de tension diplomatique permanente jusqu'en 1963, où les relations diplomatiques sont rompues. Dès 1957, et de manière plus soutenue à partir de 1964, des campagnes de commandos thaïlandais et "Khmer Serei" (employés par le
Sud Vietnam et entraînés par la CIA) s'emploieront à chasser les forces communistes en sol cambodgien, ces attaques dégénérant à partir de 1966 en bombardements
massifs; elles entraîneront un soutien tacite du Cambodge à la République Démocratique du Vietnam, en laissant se développer le commerce avec le Vietnam Nord et passer sur son territoire les troupes et fournitures à destination du Vietcong au sud-Vietnam qui marquait, à l'inverse des américains et du Sud Vietnam, son manque d'ambition territorial au Cambodge (le Cambodge n'aurait pas ailleurs pas eu les moyens de s'opposer au FNL, même s'il l'avait souhaité). La crise économique cambodgienne ne se résorbant pas malgré l'aide envoyée par la France et les pays socialistes (le Cambodge refusant l'aide américaine) - avec un appareil d'Etat relativement corrompu incapable de se réformer de l'intérieur - des consultations ont lieu en 1969 pour former un nouveau gouvernement, sous l'autorité de Lon Nol et Sirik Matak, tous deux à droite prônant une gestion plus libérale de l'économie, en opposition avec la vision politique plus traditionnaliste de Sihanouk, qui se méfiait des privatisations au profit d'entrepreneurs et spéculateurs cambodgiens. Une série de provocations militaires de l'armée cambodgienne à l'égard des forces communistes intérieures et à sa frontière, en parallèle d'un Coup d'Etat en mars 1970 destituant le Prince Sihanouk de ses fonctions de Chef d'Etat (signifiant la fin de l'époque indochinoise et de l'ancien régime royal), avec le souhait du gouvernement de droite de rentrer dans le giron américain (en espérant créer une atmosphère d'investissements étrangers propices à ses intérêts) allaient entraîner le basculement du pays dans le camp américain, puis communiste.
L'offensive américaine et sud-vietnamienne en territoire cambodgien lancée en avril 1970 témoigne du rôle jusqu'à là stabilisateur de Sihanouk. L'enlisement militaire provoque une généralisation du conflit vietnamien au sud-est asiatique. Au Cambodge, en réaction aux bombardements américains, les nord-vietnamiens et les chinois s'impliquent davantage dans la politique locale en appuyant la guérilla khmère, devenue les "Khmers Rouges", avec 4 000 hommes supplémentaires, ce qui reste dérisoire par rapport à la militarisation gouvernementale cambodgienne passant, grâce à l'aide américaine, de 30 000 à 200 000 hommes. Toutefois, le manque d'encadrement des nouvelles troupes, avec une corruption gouvernementale et militaire atteignant des sommets, permettront au Khmers Rouges de contrôler en trois ans 60% du territoire cambodgien, sur lequel réside 25% la population. Emanation cambodgienne du Parti Communiste (Parti du Kampuchéa Démocratique), avec un idéal égalitariste poussé à l'extrême, les Khmers Rouges cherchaient à combattre la mauvaise gouvernance du dictateur Lon Nol (corruption, incompétence) et la présence militaire américaine. La polarisation de la politique cambodgienne au début des années 70 permettra aux Khmers Rouges d'étendre leurs soutiens au Chef d'Etat déchu, Norodom Sihanouk, réfugié à Pékin, sans que ce dernier puisse véritablement influencer la guérilla, uniquement lui donner une représentation à l'extérieur du pays. La composante cambodgienne de la guerre du Sud-Est Asiatique provoquera la mort de 800 000 hommes (certaines estimations allant jusqu'à un million) entre 1970 et 1975 - dont le massacre par l'armée cambodgienne de 100 000 membres de la diaspora vietnamienne (un quart) - et un déplacement massif des paysans vers la zone urbaine de Phnom Penh (qui passe de 600 000 à 2 millions d'habitants). Au même temps que le retrait américain du Sud-Est Asiatique et que l'offensive nord-vietnamienne sur ce qu'il reste du pouvoir sud-vietnamien retranché à Saigon en mars 1975, les Khmers Rouges lanceront l'offensive finale sur le Régime de Lon Nol retranché à Phnom Penh. Arrivés au pouvoir en avril 1975, les Khmers Rouges fondent l'Etat du Kampuchéa Démocratique. Ils se rendront
responsables de crimes contre l'humanité, à travers une forme d'"auto-génocide" / "autodestruction khmère", avec la mort de deux à trois millions de personnes entre 1975 et
1979 (sur une population estimée de 7,3 millions): un tiers de la population exécutée, morte de faim et d'épuisement; la capitale, vidée de ses habitants envoyés dans des coopératives agricoles; exécution de tous les intellectuels (y compris les médecins, pharmaciens, ingénieurs et professeurs), militaires de l'ancien régime, et opposants; militarisation de la force de travail; centralisation des échanges commerciaux; surveillance policière de toutes les formes de pouvoir liée à la paranoïa des dirigeants khmers; exigences de rendement agricole irréalisables.
A la suite du massacre par les khmers des 3 000 habitants d'origine vietnamienne du village frontalier de Ba Chuc en avril 1978, le régime khmer sera envahi à partir de décembre 1978 par le Vietnam (soutenu par l'URSS), pour mettre fin aux tensions politiques et économiques grandissantes à leur frontière, et repoussé jusqu'à la frontière thaïlandaise, où il sera officieusement protégé par l'armée thaï, avec le soutien diplomatique des Etats-Unis et de la Chine, contrant ainsi les avancées de l'URSS et de son allié vietnamien; la Chine cherchera a reprendre le dessus en lançant une invasion bâclée au nord du Vietnam en 1979. Ces mouvements militaires provoqueront une crise des réfugiés à la frontière thaïlandaise (estimée à 600 000 personnes ayant fui les Khmers Rouges et les vietnamiens). Bien que l'essentiel du Cambodge sera contrôlé par les vietnamiens à partir de 1980 (République Populaire du Kampuchéa), qui placeront l'ex-Khmer Rouge Heng Samrin dès la fin 1978 à la tête de l'Etat cambodgien (il refusera à son tour toute aide humanitaire jusqu'à la fin 1979), les combats se poursuivront dans l'ouest cambodgien pendant toutes la décennie suivante, contre les Khmers Rouges mais aussi les royalistes du FUNCINPEC et les nationalistes anti-vietnamiens du FLNPK, avec un damage du territoire avec des millions de mines anti-personnel. Un autre ex-colonel du régime des Khmers Rouges, Hun Sen, qui avait quitté le Cambodge en 1977, lorsque de nombreux membres de son régiment seront suspectés de sympathies pro-vietnamiennes par le pouvoir khmer, Ministre des Affaires Etrangères à partir de 1984, sera nommé Premier Ministre en 1985 (le troisième après Pen Sovan et Chan Sy) et récupérera progressivement, grâce à la reprise en main dès 1979 du Parti de la République Populaire du Kampuchéa (PRPK, renommé Parti du Peuple Cambodgien en 1991, PPC, CPP, CPK, ou KPK), toutes les rennes du pouvoir khmer au fur et à mesure du désengagement vietnamien, tout en plaçant symboliquement Heng Samrin à la présidence du PPC en 1981. Le PPC se fixera une ligne géopolitique pro-vietnamienne prônant une alliance militaire avec le Vietnam, le Laos et l'URSS, extrêmement critique des Khmers Rouges et de leurs alliés de circonstance. Cependant, le PPC ne bénéficiera pas de la même implantation de terrain que ses autres alliés communistes, pour cause d'historique brutal pendant la période Khmer Rouge, puis de manque d'élan modernisateur, de bureaucratie et corruption excessifs par la suite. Cela ne l'empêchera de profiter politiquement du climat d'accalmie, de réouverture des services publics de base (hôpitaux, écoles, bibliothèques), et de réoccupation des villes; et économiquement des aides soviétiques, chinoises et d'organisations humanitaires, en dépit du maintien de l'embargo jusqu'en 1989. En 1989, les vietnamiens quitteront le pays laissant le Premier Ministre Hun Sen au pouvoir, avec une multiplication des initiatives de paix (avec 18 pays sponsors) et une aide civile et de maintien de la paix de plus en plus significative de l'ONU.
Les Accords de Paris de 1991, en présence de toutes les factions cambodgiennes et 18 gouvernements étrangers, créeront un système de partage de pouvoir avec des élections régulières, imposant le désarmement de toutes les factions, le rapatriement des réfugiés à la frontière thaï et la mise en place d'une mission de l'ONU (MIPRENUC / UNAMIC en 1991 puis APRONUC / UNTAC à partir de 1992) chargée de veiller sur le cessez-le-feu, créer les conditions politiques pour le respect des accords de paix, rapatrier les réfugiés et déminer les zones rurales. Les accords seront toutefois dénoncés en 1992 par les Khmers Rouges, ainsi que les élections de 1993, avec une reprise des combats de guérilla qui dureront jusqu'en 1998 (les Khmers Rouges se livreront à des luttes de pouvoir fratricides, provoquant l'arrestation en 1997, par ses pairs, de Pol Pot / Saloth Sar, l'ex-leader "frère numéro un" - décédé en captivité en 1998 - et des défections de soldats dès 1996, avec la reddition de Khieu Samphan en 1998 et la capture du Général Ta Mok en 1999). La mission de l'ONU deviendra une des plus grosses de l'organisation arrivant à 22 000 hommes chargés du maintien de la paix (opération devenue complexe à partir du retrait des Khmers Rouges des Accords de Paris) et de la mise en place d'une assemblée constituante, sous la responsabilité du diplomate japonais Yasushi Akashi (ayant aussi eu un rôle de premier ordre en ex-Yougoslavie) et du Général australien John Sanderson. Les progrès réalisés sous administration provisoire de l'ONU, avec un gouvernement d'union nationale, en matière de santé publique, éducation, développement des infrastructures (eau, électricité, routes, télécommunications) et déminage seront impressionnants. Les élections de mai 1993, auxquelles participeront 4 millions d'électeurs (90% du total), donneront le FUNCINPEC (Front Uni pour l'Indépendance, le Neutralisme, la Paix, et la Coopération au Cambodge), parti royaliste de centre droite, du Prince Norodom Ranariddh (fils de Norodom Sihanouk et frère de Norodom Sihamoni), gagnant avec 45,5% des voix, suivi du PPC du Premier Ministre Hun Sen (38%), et du Parti Libéral Démocrate Bouddhiste (10%). Les trois partis rentreront en coalition et rédigeront une constitution, promulguée en septembre 1993, créant une démocratie libérale sous forme de Monarchie Constitutionnelle, avec gestion tricéphale permettant à Norodom Sihanouk de redevenir Roi, et à Norodom Ranariddh de devenir le 1er Premier Ministre et Hun Sen le 2nd Premier Ministre, et un gouvernement devant obtenir l'approbation d'une majorité des deux tiers à l'assemblée (la question du traitement judiciaire des Khmers Rouges ne sera réglée qu'en 2004 avec un jugement par des tribunaux nationaux, en accord avec les normes de l'ONU). Les progrès réalisés en termes d'industrialisation et transformation d'une économie agricole en économie favorisant les activités de services, avec l'arrivée de capitaux étrangers, et la croissance des exportations en tous genres, permettront de mettre en place un climat de développement économique plus équilibré que sous les régimes antérieurs (pré-Khmer Rouge) avec un taux de croissance moyen de 6,5% pendant les années 90 (sans enrayer pour autant l'appartenance du Cambodge à la catégorie des PMA, bien que le PIB par habitant ait presque doublé ces 10 dernières années et que la population ait augmenté pour se situer à 14 millions).
En 1997, un an avant les nouvelles élections législatives, des alliances d'arrière-garde entre le FUNCINPEC et ce qui reste des communistes Khmers Rouges (anciens alliés pendant la lutte contre le gouvernement pro-vietnamien au Cambodge) sonnent le glas dans la coalition entre le FUNCINPEC et le PPE. Des violences politiques entre militants royalistes et communistes provoqueront la mort de 100 membres du FUNCINPEC et de quelques membres du PPC. Hun Sen profite de l'incident pour faire un Coup d'Etat, exécuter plusieurs dizaines de membres FUNCINPEC au gouvernement, dont deux ministres, arrêter et torturer des centaines d'autres, exiler le Prince Norodom Ranariddh, et s'attribuer l'unique poste de Premier Ministre (niant ainsi le principe du Coup d'Etat par la sauvegarde de la Monarchie et de ma constitution); des grenades seront lancées par ses gardes du corps contre des manifestants, dont l'activiste anti-corruption et ancien Ministre des Finances Sam Rainsy (il sera sauvé par son propre garde du corps qui se jettera sur lui pour le protéger et perdra la vie, et s'exilera pendant six mois); Hun Sen réussira à annuler par ces actes tous les progrès politiques réalisés sous l'égide de l'ONU en sept ans d'administration provisoire. A l'inverse, la mise en place d'une politique conciliatrice à l'égard des Khmers Rouges accélèrera la fin de ce conflit interne qui minait le gouvernement à majorité FUNCINPEC. Les élections législatives de 1998 verront toutefois la participation de tous les partis, dont les principaux représentants rentrent de leur exil. Elles seront considérées non conformes aux normes internationales, de par le climat de violence et intimidation politique, et le manque d'accès aux médias nationaux par les partis d'opposition: le PPC remportera 41% des voix, le FUNCINPEC 32% et le Parti Sam Rainsy (PSR) 13%. Les élections municipales de 2002 seront aussi considérées non conformes par les observateurs internationaux, malgré leur acceptation par les partis d'opposition. Les élections législatives de juillet 2003 ne permettront au PPC d'obtenir une majorité claire des deux tiers pour former un gouvernement (42% pour le PPC, 22% pour le PSR, 21% pour le FUNCINPEC), et le Roi Sihanouk demande aux différents partis d'opposition d'accepter le résultat et de participer à une coalition gouvernementale, ce qui sera fait à partir de juillet 2004. Néanmoins, la justice cambodgienne (critiquée pour son manque d'indépendance) engage une procédure en diffamation à l'encontre de Sam Rainsy (suite à ses accusation de corruption à l'encontre du CPP Sen et le FUNCIPEC, et de meurtre du syndicaliste Chea Vichea par les hommes de Hun Sen; il sera jugé par contumace en 2005, condamné à 18 mois de prison, puis gracié par le Roi en 2006). Par ailleurs, en octobre 2004, le Roi Norodom Sihanouk abdiquera pour cause de mauvaise santé en faveur de son fils (sa candidature étant approuvée par le Conseil du Trône, entité politisée), Norodom Sihamoni, le frère de Norodom Ranariddh, leader du FUNCINPEC (ce dernier sera d'ailleurs démis de ses fonctions de président du FUNCINPEC en 2006 et fondera son propre parti, le NRP); le Roi Sihanouk était devenu un allié personnel de la Corée du Nord et de la Chine, son fils suit dans ses pas pour le moment. En 2005, Hun Sen consolidera son emprise du pouvoir en faisant passer un amendement constitutionnel permettant la formation d'un gouvernement avec une majorité de 51% des sièges de l'Assemblée au lieu des deux tiers, et en obtenant un soutien discret de la Chine.
Depuis la fin de la guerre entre les Khmers Rouges et le Vietnam, le régime cambodgien a du mal à créer un Etat de Droit, avec une indépendance des pouvoirs exécutifs, législatifs et surtout judiciaires, qui restent déficients par rapport aux demandes persistantes de l'ONU depuis 1991. Ce nouveau système peine à fournir les conditions d'une alternance politique démocratique (la seule alternance ayant eu lieu en 1997 par le biais d'un Coup d'Etat), et créer un contexte favorable au développement économique équilibré, permettant au Cambodge de sortir rapidement de la catégorie PMA. Ainsi, les difficultés liées à la corruption généralisée, et à travers cette corruption aux expulsions forcées de 150 000 cambodgiens, qui enflamment les populations rurales à travers le pays (80% de la population) et urbaines dans la capitale Phnom Penh, contrecoup de la collectivisation initiée par les Khmers Rouges (1975 - 1979), dont la redistribution ne s'est pas achevée (moins de 20% des cambodgiens possèdent des titres de propriété), malgré des conditions légales irrécusables (avec un dispositif légal mis en place en 2001 donnant le titre de propriété à toute personne installée de bonne foi depuis cinq ans), remet en cause un système légal peu respecté de l'exécutif, et par ce biais les structures même du régime. Pourtant le taux de croissance important (13,4% en 2005; 10,4% en 2006; 9,6% en 2007) devrait créer un climat propice au développement, mais sa répartition inégale, notamment en termes d'acquisition de titres de propriété, devenus trop chers en milieu urbain pour un développement économique progressif et équilibré (entre micro, petites et grosses entreprises), favorise quasi exclusivement les industries du tourisme, la construction et l'agro-industrie (anacardiers et hévéas) et les services financiers (assurances), bénéficiant essentiellement les proches des élites gouvernementales (les "oknhas" et l'armée privée de 4 000 hommes de Hun Sen), grâce aux rachats par des entreprises étrangères. Le risque d'un renouvellement de cette problématique lors des futures exploitations de champs pétrolifères est donc probable (des accusations de trafic de drogue régional fusent aussi), d'autant plus que le PPC et Hun Sen entendent préserver leur domination de la politique locale, avec un clientélisme qui favorise non seulement les ministres (dont le nombre dépasse les 400), sous-ministres, secrétaires d'Etat et gouverneurs, mais aussi les chefs de village. Le déséquilibre entre le développement urbain et rural continue donc à se poser, avec son pendant social, constitué par un taux de chômage rural très élevé et le manque de dynamique de développement équilibrée (bien que les équilibres macro-économiques fondamentaux soient bons), usant d'une concurrence forte dans la sous-région (et des avantages comparatifs en matière de main d'oeuvre bon marché, qui permettrait de relancer le modèle des dragons asiatiques de croissance basée sur les exportations avec des investissements massifs en éducation, avec l'aide des IDE régionaux, permettant au Cambodge de rejoindre les tigres asiatiques) accélérant ainsi les formations qualifiantes financées par le secteur privé, et des ressources naturelles inexploitées du pays (tourisme culturel et écologique). Le rôle des investisseurs privés nationaux devrait être mis en avant, en parallèle de celui des bailleurs de fonds internationaux (Banque Mondiale, Banque Asiatique de Développement) et de l'amélioration des conditions de participation au marché mondial (adhésion OMC depuis 2004, réduction progressive de la dollarisation de l'économie), les faisant participer de manière concertée au développement du pays, en usant et améliorant les exemples internationaux comme Solidere au Liban, l'Agence de Reconstruction Européenne (EAR) en Serbie, au Kosovo, au Monténégro et en Macédoine, etc. Entre temps, 35% des cambodgiens vivent avec moins d'un demi dollar par jour, l'électricité n'arrive qu'à 10% de la population, l'inflation atteint 17% à 35% par an, la violence urbaine armée et les expropriations sont monnaie courante.
La préparation des élections 2008, avec la participation de dix formations politiques (en nette diminution par rapport aux 39 de 1998 et 23 de 2003), seront compliquées par les provocations cambodgiennes vis-à-vis de la Thaïlande au sujet du Temple Preah Vihear. Le résultat, validé par les observateurs internationaux, dont l'UE, sera sans appel, avec le CPP obtenant 58% des voix (dépassant largement le seuil de 51% nécessaire pour former un gouvernement), le SRP 22% (sa stagnation électorale ne l'empêche pas de devenir le principal parti d'opposition, avec un FUNCINPEC et NRP devenant insignifiants avec 1 et 2 députés respectivement), les autres partis ne pouvant que faire acte de participation au processus politique (y compris le nouveau Parti des Droits de l'Homme, HRP). Le SRP condamnera immédiatement le résultat électoral accusant le gouvernement d'avoir rayé un million d'électeurs des listes électorales, mais l'UE validera tout de même le résultat (bien que critiquant les listes électorales et le manque de respect des standards internationaux, tout en applaudissant les progrès réalisés depuis 2003) en citant une nécessaire fraude massive, très improbable, pour réussir à changer le résultat final de l'élection pour laquelle 8 millions de cambodgiens étaient appelés aux urnes (les Etats-Unis adopteront une démarche similaire). La nouvelle coalition gouvernementale avec un Premier Ministre de 56 ans à sa tête (se disant prêt à gouverner jusqu'à 90 ans), devrait probablement préserver l'alliance CPP et FUNCINPEC, ce dernier devenant un partenaire fantôme insignifiant (obligé par le CPP à changer sa direction en y plaçant un personnage non issu de la ligne royale, le Général Nek Bhun Chhay), pouvant servir, au même titre que le HRP, à diffuser l'attrait des forces d'opposition lors des prochaines élections.
La montée en puissance de la crise transnationale du Temple Preah Vihear entre janvier et juillet 2008 démontre bien la volatilité des relations régionales. Ce temple qui n'avait pas été rendu à la fin de la Seconde Guerre Mondiale par la Thaïlande à l'Indochine Française (les concessions territoriales thaïlandaises, remettant en cause les acquis obtenus à travers l'alliance avec les japonais, étaient une condition de l'adhésion de la Thaïlande à l'ONU), a fait l'objet d'un arbitrage de la Cour Internationale de Justice (CIJ) en 1962 qui rendait le Temple au Cambodge (faisant référence aux frontières de 1907, avec le précédent traité Franco-Thaïlandais en 1906 fixant les frontières de l'Indochine; la Thaïlande a rendu le Temple mais pas les terres environnantes. La dispute figée pendant 46 ans refait surface en janvier 2008 avec la demande cambodgienne d'intégrer le site dans la liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO, y compris les territoires environnants (d'une surface de 4,6 km2) faisant encore l'objet d'une dispute territoriale; les cambodgiens retireront leur demande initiale, la reformulant pour intégrer uniquement le Temple et obtenant ainsi le soutien du gouvernement thaïlandais. Entre temps, les principaux acteurs politiques thaïlandais et cambodgiens se serviront de cette dispute pour obtenir un avantage décisif nationaliste lors des élections législatives thaïlandaises de 2006 (voir billet) et cambodgiennes de 2008, et pour déloger le gouvernement PPP thaïlandais en 2008 du Premier Ministre Samak Sundaravej, réussissant à faire démissionner le Ministre des Affaires Etrangères thaïlandais, Nappadon Pattama, qui avait soutenu la deuxième demande cambodgienne (mesure jugée anti-constitutionnelle). Les tensions augmenteront sur le terrain à partir du 15 juillet 2008, avec la tentative par trois militants thaïlandais de planter leur drapeau sur le Temple, une mini-incursion de plusieurs soldats thaïlandais en territoire cambodgien (dont un perdra une jambe lors de l'explosion d'une mine), suivie d'une occupation d'un autre pagode en territoire cambodgien, qui fera l'objet de menaces du gouvernement cambodgien et du déploiement de plusieurs milliers de troupes sur la zone, et le refus cambodgien d'une médiation par l'ASEAN (lui préférant une médiation de l'ONU). La probabilité de l'éclatement d'une guerre après la tenue des élections législatives cambodgiennes reste faible (bien que réelle en cas de crise politique en Thaïlande) et les options probables de sortie de crise intègrent une démilitarisation avec un suivi par l'ASEAN ou l'ONU, et un possible deuxième règlement via la CIJ pour la bande de territoire environnant le temple de Preah Vihear.
Quindi... L'histoire tourmentée du Cambodge et ses difficultés politiques actuelles sont très imbriquées et exigent une analyse des erreurs politiques et géostratégiques, notamment en ce qui concerne les excès et les sous-estimations des forces en présence (cette liste ne se veut ni exhaustive, ni parfaitement objective, tellement il est difficile de se replacer dans le contexte régional du sud-est asiatique et international mouvant du dernier demi-siècle, d'autant plus avec le recul de l'analyste qui connait d'avance les conséquences):
- entre 1960 et 1970, le Roi Sihanouk n'arrive pas à épouser parfaitement les thèses dites neutralistes, malgré l'appui militaire et géostratégique que cette option aurait pu présenter avec une participation plus importante de l'Inde et l'Indonésie, quitte à sacrifier une part de souveraineté cambodgienne et maintenir le pays à l'écart - autant que possible - des crises en Asie du Sud-Est;
- entre 1970 et 1975, l'alliance inconditionnelle de Lon Nol avec les américains ne prendra pas en compte les conséquences terribles pour le Cambodge d'une escalade militaire à l'échelle nationale, de l'impact financier grave d'une militarisation rapide (avec une armée inefficace) et de la corruption qui s'en suit - et ce en dépit des exemples vietnamien et laotien. La perte d'autonomie politique finale des politiciens cambodgiens, forceront les Nord-Vietnamiens, qui demeuraient peu interventionnistes dans un Cambodge neutre, à accélérer leur aide aux Khmers Rouges afin de contourner un gouvernement qui leur était défavorable et de faire basculer le régime à leur frontière;
- à partir de 1970, le Roi Sihanouk en exil refusera de voir la nocivité pour les cambodgiens des politiques des Khmers Rouges, pourtant déjà démarrées dans les zones rurales occupées au fur et à mesure, portant ainsi sa caution internationale au pire des régimes politiques jusqu'à son accession au pouvoir, avant de la retirer en toute urgence, trop tard pour influencer de manière utile un régime parmi les plus extrémistes qu'à connu le XXème siècle;
- à partir de 1970, les vietnamiens communistes refusent, en un premier temps, de faire une purge rapide du parti communiste cambodgien afin de se débarrasser de ses thèses nationalistes, devenues anti-vietnamiennes, de la part d'un allié mineur de Ho Chi Minh; ce délai d'exécution (la purge ayant lieu à partir de la fin 1978) permettra aux Khmers Rouges de se sentir indépendants de toute influence communiste extérieure et de mener une politique généralisée de crimes contre l'humanité;
- dès la prise de Phnom Penh en 1975, les Khmers Rouges pensent pouvoir réaliser des massacres et accepter des famines qui auraient (sous couvert "d'assainissement" et dépolitisation de la société civile cambodgienne), à terme, des effets bénéfiques pour la société cambodgienne; ils assimilent de manière fallacieuse leur approche à une révolution se débarrassant d'un ancien régime, alors que celui-ci n'existe plus depuis cinq ans, voire 21 ans depuis l'indépendance; leur erreur géostratégique est la conviction qu'ils ont réussi à s'isoler de leur environnement régional grâce à une Guerre Froide qui leur serait favorable (en tant qu'Etat tampon entre l'ouest thaïlandais et l'est vietnamien; créant un statu quo à la frontière vietnamo-cambodgienne entre un allié de la Russie et un allié de la Chine), leur permettant des provocations à leurs frontières, faisant valoir leurs "droits historiques" (très liés aux traités entre l'Empire Khmer, Siam et le Vietnam, puis entre l'Indochine et Siam), sans réaliser qu'il y a une fatigue occidentale pour toute action militaire en Asie du Sud-Est (les actions se limitant à des pressions diplomatiques, des aides militaires aux guérillas, et des aides humanitaires cherchant à déstabiliser les régimes), et que la Russie et la Chine se livrent une mini-Guerre Froide sans avoir les moyens de déployer des forces importantes au Cambodge ou au Vietnam; il ne prennent pas non plus la mesure de la supériorité militaire et de l'organisation politique de la puissance régionale vietnamienne (bien qu'elle reste vulnérable aux attaques de guérillas, qui lui avaient si bien servis pour résister aux français puis aux américains);
- à partir de 1989, l'ONU refuse d'intégrer les dangers d'un système constitutionnel tricéphal avec deux Premiers Ministres, et préfère avancer rapidement vers un règlement final du conflit, plutôt que faire reculer le processus constitutionnel jusqu'à acceptation du principe d'alternances régulières; les moyens importants mis à disposition de l'UNTAC / APRONUC ne sont pas étrangers au besoin d'obtenir des résultats trop rapides;
- en 1997, le FUNCINPEC n'intègre pas suffisamment le risque d'instabilité politique nationale que représente la légitimation des pires ennemis des communistes cambodgiens du PCC (d'influence vietnamienne), à savoir les Khmers Rouges, lors des offres d'alliances réalisées, avec une possible participation directe au pouvoir; cette alliance pouvant prendre le PCC de revers lors des élections législatives de 1998, et donc l'éliminer de l'échiquier politique, alors qu'il reste la principale organisation politique du pays, et garde son accès aux services de l'Etat grâce à sa place dans la coalition gouvernementale, en plus des services internes du parti;
- dès 1997, Hun Sen espère pouvoir se perpétuer au pouvoir, de manière illimitée, sans répondre de ses provocations en termes de violence politique (1997, 1998, 2003) et provocations géopolitiques (2008), et sans prendre pleinement conscience de l'opportunité unique de démocratisation que représente la mission de l'ONU et la mise en place d'une constitution accordée par les principaux acteurs politiques cambodgiens; sa gestion économique clientéliste et clanique favorisant son entourage immédiat commence de plus à plus à ressembler à une forme de despotisme éclairé (les progrès économiques ne sont pas négligeables même si insuffisants par rapport à l'ampleur des difficultés du pays, surtout lorsque l'on compare les performances économiques du Cambodge par rapport au Vietnam, le premier étant certes moins avantagé au niveau de son emplacement géographique et de ses ressources naturelles, il n'en reste qu'il s'agit d'un nain géopolitique n'ayant pas su pleinement profiter des opportunités régionales et de ses avantages comparatifs); le procès à venir des dirigeants Khmers Rouges devrait permettre à Hun Sen de perpétuer son contrôle de la politique nationale;
- en 2004, le Roi Sihanouk refuse de laisser la crise politique se perpétuer en demandant à l'opposition de participer à un nouveau gouvernement de coalition; il légitime ainsi les pratiques électorales du PCC et laisse s'installer un climat politique dégradé qui fera de l'opposant Sam Rainsy un justiciable (détruisant une partie de son image politique) et minera le FUNCINPEC; il retarde le problème posé par la gestion politique de Hun Sen sur plusieurs cycles politiques, au nom d'une prétendue stabilité politique, en le rendant incontournable lors des élections de 2008 et permettant une déstabilisation régionale pré-électorale dangereuse pour cause de crise du Temple Preah Vihear; à ce titre, le Roi Sihanouk participe d'une forme de conservatisme qui refuse d'utiliser les exemples régionaux à bon escient;
- dès 2003, Sam Rainsy minimise les résistances au sein de la population cambodgienne après 25 ans de régime communiste (Khmer Rouge et d'influence vietnamienne) et post-communiste, 21 ans (post-indépendance) de régime royaliste (passant du centre gauche au centre droite), et 5 ans de pouvoir de droite sous Lon Nol; son appartenance pendant un an au gouvernement de coalition de Hun Sen ne lui permet pas de montrer une indépendance totale vis-à-vis de la gestion de Hun Sen et dévoile l'excessive personnalisation (avec des défections importantes) de sa démarche (y compris son souhait d'annulation du scrutin législatif de 2008); la fusion de son parti avec les autres partis d'opposition (démarche démarrée avec sa défense du Prince Ranariddh), ainsi que le refus de participation aux élections dont les listes électorales et le suivi du scrutin ne seront pas validés par des observateurs internationaux, et le développement de contre-pouvoirs digne de ce nom, demeurent les préalables pour pouvoir changer le régime de Hun Sen lors des prochains cycles électoraux (sénatorial, municipal et à l'Assemblée);
- depuis 2004, le Roi Norodom Sihamoni se doit de participer de manière plus active à la construction institutionnelle et la structuration politique nationale, en créant des préalables démocratiques pour chaque cycle électoral, et manoeuvrant entre les différentes formations politiques, tout en gardant sa neutralité (chose plus facile depuis la perte d'importance du FUNCINPEC), à la manière de son père pendant la période 1945 - 1968, ou des autres monarques constitutionnels guidant leur pays vers une démocratisation progressive (un exemple à suivre est le Roi Juan Carlos, le contre-exemple, même si utile en termes de point de référence, est le Roi Bhumibol Adulyadej de Thaïlande, voir billet) ; une action plus affirmée de sa part est une des composantes essentielles de l'architecture institutionnelle cambodgienne moderne et permettrait une évolution politique et économique avec un effet induit en termes de démocratisation (surtout si les critères de suivi des élections sont mieux encadrés en prônant de nouvelles élections en cas de fraude suspectée); son rôle est aussi de diffuser les tensions nationalistes lors de crises politiques nationales ou régionales crées de toutes pièces, comme c'est le cas au sujet du Temple de Preah Vihear;
- depuis l'adhésion du Cambodge à l'ASEAN en 1999, et même pendant tout le processus d'intégration, l'organisation régionale n'a pas usé de son poids économique déterminant qui lui aurait permis d'influencer le régime; qui plus est, l'intégration du Cambodge en 1999, à peine deux ans après la pire crise politique post-guerre du pays, sans préalable de stabilisation autre que la mise en place d'un gouvernement de coalition, sans attendre le cycle politique suivant, démontre l'inexistence de l'organisation dans sa composante politique, et son relatif refus (confirmé à de maintes reprises) de s'immiscer dans les affaires intérieures des Etats membres, y compris contre son propre intérêt à long terme (crises en Indonésie avec le Timor Oriental - voir billet -, des Philippines, de Thaïlande, de Birmanie - voir billet -, etc.), en refusant de faire des recommandations contraignantes sur la nature des régimes de ses pays membres (dont le Cambodge, la Thaïlande, le Vietnam, le Laos, la Birmanie, le Bruneï) comme c'est le cas pour l'UE et le Mercosur, ne réduisant ni les tensions régionales, ni les entraves au développement économique au delà du domaine commercial (devenues d'autant plus importantes depuis l'intégration régionale accrue au sein de l'ASEAN Plus Trois); ses modestes réussites pour débloquer les convois d'aides humanitaires en Birmanie ne permettent pas d'être optimiste sur le rôle futur de l'organisation pour la démocratisation progressive de ses membres, et ce malgré les efforts considérables déployés par son secrétaire général, le thaïlandais Surin Pitsuwan et le Ministre des Affaires Etrangères singapourien qui assure la présidence tournante de l'organisation, George Yeo.
L'incapacité du Cambodge à dépasser une situation politique restée relativement figée depuis la dernière décennie, réduit la capacité du pays à se développer dans un contexte régional pourtant très dynamique. On voit ainsi s'installer une Asie du Sud-Est à deux vitesses, avec les moteurs économiques, de toutes tailles, creusant leur avantage sans pour autant entraîner les autres pays à développement plus lent; le Cambodge de cette dernière décennie se situant entre ces deux options, et pourrait basculer dans un sens ou dans l'autre. En fin de compte, la véritable question qui se pose serait celle d'une gestion macro-économique excessivement modérée, dont l'objectif principal serait d'assurer la stabilité nationale, alimentant les ambitions d'un seul parti politique.
Merci à Luc Mandret (Ma Vie en Narcisse) d'avoir lancé ce sujet, trop peu médiatisé en Europe, sur son blog; merci aussi d'avoir mis en valeur les spécialistes du sujet dont: Ka-Set, Naroneconomics et CambodgeSoir
Photos de yeowatzup et kyle simourd sous licence Creative Commons 2.0






















Merci beaucoup à toi pour cette note, je la lirai plus en détails dans la journée ;)
En attendant, et je ne crois pas que tu en aies parlé, je conseille également la lecture du blog de Raoul-Marc Jennar, et notamment ces notes sur le Cambodge : http://rmjennar.free.fr/?cat=57
Un regard souvent différent sur ce pays, par un spécialiste de la culture khmère, Jennar est assez critique sur le regard "occidental" porté sur le Cambodge, mais il faut noter et ne pas oublier qu'il est conseiller du gouvernement actuel ...
Encore merci pour cette lecture et ces informatons.
L.
Rédigé par: Lancelot | 03 août 2008 at 14:55
@ Lancelot: En effet, très bonne référence, et il résume en quelques lignes critiques l'essentiel d'une démarche d'analyse historique vitale pour comprendre le Cambodge actuel (suis pas 100% d'accord lui sur le comparatif de corruption, ni sur son analyse OMC/FMI - et donc Banque Mondiale / BAD - mais pour le reste oui): http://rmjennar.free.fr/?p=287
Rédigé par: ArnaudH | 03 août 2008 at 17:13
Yves Lacoste explique que le mot "géopolitique" est sorti de l'enfer où il était plongé en France en 1978, à l'occasion de la guerre vietnamo-cambodgienne : deux puissances ex-colonisées, toutes deux communistes, se faisaient la guerre : cela n'entrait dans aucun des cadres de pensée. Il fallait trouver d'autres explications. La géopolitique fut une des cles de compréhension.
Elle demeure nécessaire, comme votre billet l'illustre brillamment.
Rédigé par: O Kempf | 05 août 2008 at 09:04
@ Lancelot: re-merci pour ton billet :-)))
@ Olivier: je ne connaissais pas cette magnifique anecdote, qui illustre tellement bien nos modestes efforts de blogueurs géopolitiques :-)))
Rédigé par: ArnaudH | 05 août 2008 at 09:39
Ciao, ammetto che nn capisco nulla di francese ma vedo con soddisfazione che sei inscritto al PDNetwork.
Ti disturbo per presentarti una campagna promossa da un gruppo di persone del PD Network che credono non basti dire no a tutto, senza impegnarsi per fare qualcosa. Abbiamo creato un documento, ‘PER UNA NUOVA ETICA POLITICA’, che contiene proposte concrete per cambiare questo Paese e il PD: proposte in materia di giustizia, responsabilità etica, partecipazione democratica, abbattimento dei privilegi dei parlamentari, estensione delle primarie a tutti i livelli...
Se fossi interessato anche solo a conoscere meglio l’iniziativa, su tuttopuocambiare.it trovi il documento e qui http://tuttopuocambiare.it/?page_id=14
il modulo per la firma online. Per qualsiasi dubbio o chiarimento la nostra mail è pdetico@gmail.com.
Abbiamo bisogno di te:Voglia di futuro. Migliore.
Cmq, nn ti vedo spesso sul socialnetwork del pD, come mai??nn ti piacciono gli utenti??:)) un po' di delusione?? vieni anche solo a trovarci nel post del network dove questa iniziativa è iniziato: è il piu' commentato del network, sei il benvenuto.
http://www.partitodemocratico.gruppi.ilcannocchiale.it/?t=post&pid=1972032
grazie e scusa se ti ho invaso il blog
Vive la France!!!!!
Rédigé par: e_ros | 08 septembre 2008 at 12:43
Et alors, on est en RTT ? ;-)
Rédigé par: le petit grognard | 03 octobre 2008 at 17:10
lol, surtout en mode organisation des Commmissions Démocrates, du Blog Programmatique Europe (et accéssoirement je travaille et je pomponne ma fille).
Enfin bon, note (longue) sur la géostratégie de la Chine la semaine prochaine, tante scuse alle lettore :-))))
Rédigé par: ArnaudH | 03 octobre 2008 at 18:29
heureusement que je suis là pour te surveiller ;-)
Tu sais quoi ? Je risque d'ouvrir à nouveau un blog...
Rédigé par: le petit grognard | 03 octobre 2008 at 20:02
Ca pour une bonne nouvelle :-))))
Le comeback kid du MoDem!!!
Rédigé par: ArnaudH | 03 octobre 2008 at 21:40