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03 juillet 2008

Quindi... Irresponsabilité politique et tentatives d'institutionnalisation des crises politiques et économiques au Zimbabwe

2323063451_7021306106 Synopsis: Trois mois de processus électoral biaisé, huit ans de remise en cause de la légitimité démocratique du gouvernement de Robert Mugabe, 28 ans de confiscation du pouvoir démocratique par le parti majoritaire ZANU-PF depuis l'indépendance, et 15 mois de négociations sous-régionales à la recherche d'un compromis politique, n'auront pas permis la mise en place d'un climat de négociation politique et une transition progressive vers un système démocratique. Suite au vote présidentiel et législatif de mars 2008, l'alternance au sein de l'Assemblée Nationale zimbabwéenne, la probable victoire refusée de l'opposant Morgan Tsvangirai à la tête du parti d'opposition (Mouvement pour le Changement Démocratique - MDC) lors du premier tour de l'élection présidentielle, et malgré les multiples tentatives de négociation à l'initiative des communautés africaine et internationale, le ZANU-PF n'aura pas hésité à user de sa puissance politique, économique et sécuritaire pour éviter la transition politique, et enlever toute légitimité au processus électoral avec le retrait de Tsvangirai (juste avant le second tour) suite à ses cinq arrestations en l'espace d'un mois, les violences politiques, le déplacement forcé de près de 200 000 zimbabwéens ces derniers mois (2,5 millions en tout) et la militarisation du pouvoir. Le régime zimbabwéen, par ailleurs responsable d'une crise économique liée à sa gestion clientéliste et populiste désastreuse et de la déstabilisation de la RDC dans les années 90, perd peu à peu son équilibre géopolitique externe (avec la perte de ses alliés internationaux, régionaux et des revenus touristiques) et interne (effritement de sa base électorale lié aux crises économiques et politiques), accroît sa dépendance à l'égard de marchés clandestins de pierres précieuses, et cherche à institutionnaliser sa crise politique permanente depuis l'indépendance, malgré les critiques croissantes de la société civile zimbabwéenne, et des Chefs d'Etat étrangers au sein de l'ONU et de l'Union Africaine.

 

 

Petit pays de 13 millions d'habitants, le Zimbabwe est devenu indépendant tardivement en 1965 (la "Première Chimurenga" en langage shona), sous le nom de Rhodésie (en honneur à Cecil Rhodes, Premier Ministre de la colonie du Cap, fondateur la compagnie minière de diamants De Beers, et de la British South Africa Company qui avait acquis la terre au XIXème siècle), refusant ainsi l'africanisation prônée par le gouvernement britannique, préalable à toute indépendance, et favorisant pendant ses 14 années d'existence des gouvernements issus avant tout de la minorité blanche (un zimbabwéen sur 22), sanctionnée pendant toute sa durée d'existence par l'ONU (ce furent les premières sanctions de l'organisation), et n'obtenant jamais la reconnaissance internationale nécessaire pour assurer sa pérennité (seule les échanges économiques avec l'Afrique du Sud, le Portugal, Israël, et l'Iran permettaient au pays de continuer à interagir à l'échelle internationale). Les changements économiques initiés par les fermiers blancs de Rhodésie, passant d'une production exportatrice de tabac à une production intensive de maïs et de viande à destination du marché intérieur (diminuant de ce fait les ressources des fermiers blancs), provoquèrent, à partir de 1972, une lutte interne acharnée, la seconde Chimurenga (ou Bush War selon les blancs rhodésiens), organisée par l'Union Nationale Africaine du Zimbabwe (ZANU) de Robert Mugabe (basée au Mozambique avec l'appui du Front de Libération du Mozambique, le FRELIMO, du Botswana et de la Chine) et l'Union Populaire Africaine du Zimbabwe (ZAPU) de Joshua Nkono (basé en Zambie avec l'appui de l'URSS), et leurs branches militaires, l'Armée de Libération Nationale Africaine du Zimbabwe (ZANLA) et l'Armée Révolutionnaire du Peuple du Zimbabwe (ZIPRA). Après la fin de la colonisation portugaise au Mozambique en 1975, le gouvernement rhodésien se retrouva encerclé par des pays hostiles (y compris, progressivement, l'Afrique du Sud sous régime d'Apartheid qui considérait la situation des blancs de Rhodésie intenable, et retira avec les Etats-Unis tout soutien à l'armée rhodésienne; l'Afrique du Sud venait de perdre sa mini guerre-froide en Angola, qui bénéficiait du soutien des troupes communistes cubaines, et craignait le risque d'une intervention cubaine supplémentaire en Rhodésie; l'Afrique du Sud et la Zambie joueront d'ailleurs un rôle de médiation entres les pouvoirs blancs et noirs du Zimbabwe pendant les années 70), adopta des mesures plus répressives pour contrôler les populations noires du pays (certains historiens les comparent à la mise en place de camps de concentration), en usant d'éléments de guerre biologique (dissémination du choléra et autres toxines anti-coagulantes dans les cours d'eau), et recruta des vétérans américains et australiens de la Guerre du Vietnam pour compenser les désertions des noirs zimbabwéens (représentant 70% de l'armée rhodésienne). La première tentative de partage du pouvoir en 1979, sous l'évêque Abel Muzorewa, renommant le pays Zimbabwe-Rhodésie, avec un tiers des sièges parlementaires et l'ensemble de l'administration et des système sécuritaires sous contrôle de la minorité blanche, sans participation du ZANU et du ZAPU au système institutionnel, ne changera rien à la guerre civile. La fin du conflit surviendra sous médiation britannique du gouvernement Thatcher (Accords de Lancaster House), avec un bref retour du territoire sous administration coloniale, avant le désarmement de toutes les factions et la tenue d'élections démocratiques en 1980 donnant Mugabe gagnant, ce dernier garantissant les droits des blancs zimbabwéens, afin d'éviter l'exode qu'avait connu le Mozambique quelques années plus tôt, et l'effondrement économique qui s'en était suivi.


Quindi_idh_zimbabwe_3Les relations entre le ZANU et le ZAPU seront difficiles lors des premières années du gouvernement Mugabe (en tant que Premier Ministre) avec un retrait du ZAPU à partir de 1982, qui durera cinq ans avant une fusion des deux partis en 1987 pour former le ZANU-PF. La fin des années 90 seront marquées par la participation active du Zimbabwe dans la deuxième guerre du Congo (RDC), avec l'objectif de s'emparer du maximum de ressources minières au sud-est du pays (voir ce billet). La problématique des fermes détenues par les blancs zimbabwéens (ne représentant plus que 1% de la population mais 70% de la production agricole) surgira à nouveau en 1999. La mise en place d'une redistribution forcée des terres des blancs aux membres du ZANU-PF à partir de 2000, malgré les oppositions des cours de justice zimbabwéennes, éliminera l'équilibre précaire entre les communautés blanches et noires des années 80 et 90, et déstabilisera le pays en le plongeant dans une crise économique (les denrées agricoles, principales exportations du pays, déclinant rapidement). De plus, en 2000, Robert Mugabe avait tenté d'institutionnaliser le maintien au pouvoir du ZANU-PF à travers des réformes constitutionnelles. Le refus de ces mesures aura pour conséquence le développement du concept de Troisième Chimurenga, la lutte contre l'impérialisme extérieur, après celle menée contre les colons britanniques et les blancs de l'ex-Rhodésie; et permettra la décrédibilisation des accusations de violations des droits de l'homme et des droits économiques et sociaux émises par la communauté internationale contre le régime de Mugabe (ce régime étant condamné par la communauté internationale et tout particulièrement par les occidentaux à partir de 2000). C'est à partir de ce moment que la militarisation des opérations politiques (Opération Tsuro) a été approuvée par Mugabe, avec le rôle croissant des organismes militaires dans la prise de décision gouvernementale, un discours radicalisé entre la vieille garde politique ayant participé à la lutte anti-coloniale et les générations politiques et économiques plus jeunes, et une stratégie de violence politique organisée par les militaires en réponse aux négociations régionales et internationales. Cette forme de militarisation progressive du pouvoir politique se fait aussi sentir au niveau des appuis de Mugabe au sein du ZANU-PF, issus de la société civile et du corps de vétérans de la guerre civile, ils font désormais tous partie du corps de réserve de l'armée, et reçoivent à ce titre des revenus mensuels de l'Etat. De même, les anciens vétérans ont été nommé à la tête de tous les organismes clés du pays comme ceux en charge de l'agriculture (Grain Marketing Board - GMB), du pétrole (National Oil Company of Zimbabwe - NOCZIM), des transport ferroviaires (National Railways of Zimbabwe), et du réseau électrique (Zimbabwe Electricity Supply Authority - ZESA); le gouverneur de la Banque Centrale, le Gouverneur Gideon Gono, et les propriétaires des mines acquises lors de la guerre en RDC, étant eux aussi des proches de Mugabe. La déstabilisation en masse des opposants au régime (les pauvres en milieu urbain et rural) est organisée à partir de 2005 avec l'Opération Murambatsvina ("sortir la poubelle"), déplaçant jusqu'à 2,4 millions de personnes vivant dans les bidonvilles, sous prétexte de réduire les logements et les activités commerciales illégaux, et de réduire l'impact des maladies infectieuses; sans jamais les reloger ailleurs, avec la multiplication des besoins d'aide alimentaire aux populations déplacées, et la réduction dramatique de l'espérance de vie des zimbabwéens (passant de 60 ans en 1990 à 37 ans en 2007), les plaçant au plus bas de l'échelle mondiale. Le contrecoup sera la suspension du Commonwealth en 2002 (sur la base de violations des droits de l'homme et de fraudes électorales) et la multiplication de rumeurs sur des tentatives de Coup d'Etat, dont celle de juin 2007 pour laquelle six militaires auront été accusés de haute trahison (ils cherchaient apparemment à installer le Ministre du Logement, numéro trois du ZANU-PF, Emmerson Mnangagwa, à la tête de l'Etat; le commandant de la garde présidentielle sera aussi lié à cette tentative et trouvera la mort une semaine plus tard dans un accident de voiture), qui aura eu pour effet l'augmentation des salaires militaires de 900% et l'augmentation des montants de devises étrangères mises à la disposition des familles des ministres.


L'état de délabrement actuel du Zimbabwe n'est que le prolongement logique des politiques menées depuis 2000, avec une inflation atteignant les 13000% selon des sources indépendantes (7600% selon le gouvernement), une agriculture vivrière incapable de nourrir les habitants du pays, un tiers de la population vivant sous le niveau de pauvreté, et un quart ayant fui le pays pour devenir des réfugiés économiques dans la sous-région (Afrique Australe). Le secteur économique privé souffrant déjà d'une gestion publique désastreuse (dans tous les domaines de la gestion économique et monétaire), l'armée a contribué à la morosité économique (avec des fins sécuritaires et électoralistes) en réduisant les prix des biens alimentaires et énergétiques et démultipliant ainsi les pénuries à travers le pays (opération "Dzikisa Mitengo", réduction des prix); depuis cette opération, les biens de consommation fleurissent sur le marché noir, au détriment des commerces qui ne souhaitent plus travailler à perte, et sont accusés par le ZANU-PF d'être responsables de la crise économique. Le lancement d'une loi obligeant les entreprises internationales à céder le contrôle de leur direction aux noirs zimbabwéens (Indigenisation and Economic Empowerment Bill de mars 2008) doit aussi permettre au ZANU-PF de récompenser ses supporters dans le monde économique national, au détriment de la gestion économique responsable; cette mesure vient compléter l'utilisation à outrance de la planche à billets, l'obligation faite aux investisseurs étrangers et aux aides humanitaires d'utiliser la devise nationale à des taux de change irréalistes (provoquant une perte des fonds humanitaires à destination du Zimbabwe à hauteur de 50% à 90%), et aux banques et compagnies d'assurance internationales de réinvestir 40% de leurs bénéfices en bons du trésors sans valeur réelle; l'ensemble de ces mesures sert à financer les soutiens politiques, militaires et policiers du régime de Mugabe, ainsi que les services publics desservant de manière préférentielle les relais populaires de Mugabe. Afin de préserver son quasi-monopole du pouvoir, le ZANU-PF a refusé d'annuler la troisième Chimurenga, refusé la concrétisation de mesures d'indépendance de la commission électorale, modifié les circonscriptions électorales tout en militarisant le suivi des élections par la commission, limitant toute forme d'éducation civique, démultipliant les inscriptions douteuses sur les listes électorales, et a mis en place un système de lois répressives contre les organisations politiques, associations nationales non contrôlées par le parti majoritaire, et les associations d'aide internationales, dont les actes sont assimilés à des interventions transnationales des occidentaux. En parallèle de ces actions remettant en cause la validité des élections nationales, la création du Commandement Opérationnel Unique (JOC) entre l'armée, la police et les services de renseignement, avait pour objectif l'interdiction et la répression de toute forme de manifestation publique mettant en exergue les crises économiques et politiques (y compris le bannissement temporaire de toute manifestation politique). L'agence de renseignement (CIO) s'est aussi rendue responsable de l'enlèvement et la torture des opposants politiques du régime, ainsi que l'interdiction par intermittence de voyager à l'étranger. Les actions de terrain et violences politiques étant sous-traitées aux milices "Green Bombers", les jeunesses du ZANU-PF. C'est dans le cadre de ces mesures que les principaux opposants, Morgan Tsvangirai et Arthur Mutambara avaient été arrêtés; le premier avait été brutalement battu en prison, à l'insu de tous.


Quindi_sadcLa problématique politique régionale, celle des tentatives de négociation par la Communauté de Développement d'Afrique Australe (SADC), lancée en 2007, censée pallier l'incapacité des occidentaux d'influencer positivement le régime zimbabwéen après 7 ans de crise, rencontre systématiquement les mêmes problèmes, notamment ceux d'une division entre les positions des 15 pays membres au sujet de Robert Mugabe, encore perçu (en Afrique du Sud, en Namibie et au Malawi) comme la figure libératrice de l'ancienne Rhodésie, et l'allié historique de bon nombre de régimes de la sous-région (la perspective d'une diabolisation de Mugabe à cause de la nationalisation des fermes détenues par les blancs zimbabwéens est très populaire dans les cercles diplomatiques d'Afrique Australe), et la possible destruction du système sécuritaire sous-régional. Ces divisions ont empêché jusqu'à présent à la SADC de servir de relai efficace de la communauté internationale au sujet du Zimbabwe; cette dernière n'étant pas en mesure de développer un système de sanctions efficace et ne fait que renforcer les accusations de néo-colonialisme prononcées à répétition par Mugabe, malgré l'état de délabrement politique, économique et social du pays. Le même problème se reproduit à une autre échelle, de manière régulière, au sein de l'Union Africaine (UA), où aucune position ferme ne peut être envisagée. Au niveau de la SADC, le président sud-africain Thabo Mbeki avait été mandaté en tant que médiateur entre le ZANU-PF et le MDC pour la mise en place de réformes constitutionnelles et de mesures réduisant l'impact de la crise économique (les tensions sous-régionales favorisent cependant une concurrence entre l'Afrique du Sud et l'Angola, contreproductive pour le processus de médiation). L'échec de ces négociations n'a pas pour autant remis en cause la politique conciliatrice de l'Afrique du Sud et de la SADC à l'égard du Zimbabwe, pas plus que son alliance inconfortable avec la Chine au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU, bloquant pendant des années tout débat au sujet du Zimbabwe, et demandant uniquement un report du deuxième tour des présidentielles zimbabwéennes, plutôt qu'une reconnaissance immédiate du premier tour (position des gouvernements occidentaux), suite aux violences politiques (attaques contres les partisans du MDC, raids répétitifs au siège du MDC), déplacements de populations, et menaces militaires contre les forces d'opposition. Depuis la fin du processus électoral biaisé, avec une victoire de Mugabe sans opposition après le retrait de Morgan Tsvangirai, l'Union Africaine demande la mise en place d'un gouvernement d'union nationale (à l'image de ce qui s'est fait suite à la crise kenyane en début d'année - voir ce billet), mesure refusée par l'opposition du MDC. Pourtant, cette mesure prendrait tout son sens suite aux résultats des élections législatives donnant, pour la première fois, la majorité au MDC. Cependant, elle conforterait la position historique de non remise en cause de Mugabe à l'échelle de l'Afrique Australe, et ce malgré sa défaite lors du premier tour des élections présidentielles et le niveau sans précédent de violence intérieures appliquées par le pouvoir en place. Au niveau de ses réseaux extérieurs, le ZANU-PF se maintient grâce à l'aide internationale (ancien pays donateur d'aide extérieure, notamment via le Programme Alimentaire Mondial, le Zimbabwe est maintenant un des pays destinataires de l'aide internationale), et à l'appui historique de la Chine et de la Russie (dont la preuve est venue pendant l'entre deux-tours électoral avec l'envoi d'une cargaison d'armes chinoises à Mugabe, évité de justesse grâce à la pression internationale). De plus, les pressions extérieures sur le régime devraient augmenter au fur et à mesure que les réfugiés politiques et économiques zimbabwéens provoquent des crises de xénophobie et la déstabilisation des gouvernements dans les pays voisins (le dernier exemple en date étant les crises dans les townships d'Afrique du Sud).


Au sein du ZANU-PF, Mugabe a réussi à manoeuvrer pour devenir, à nouveau, le candidat présidentiel (pour la cinquième fois depuis 1987, après avoir occupé le rôle de Chef du Gouvernement entre 1980 et 1987), bien que son parti lui avait refusé en 2006 la possibilité d'étendre son mandat jusqu'en 2010. Cette maneouvre de Mugabe est d'autant plus impressionante que le parti cherchait à élargir son contrôle sur le système politique et économique (et ce malgré la médiation de Thabo Mbeki), en s'assurant la possibilité de nommer le successeur de Mugabe sans passer par un vote populaire. Son attaque des milieux économiques cherchait aussi à déstabiliser un de ses principaux opposants internes, le Général Solomon Mujuru, dont les soutiens se trouvaient surtout parmi les dirigeants des grandes sociétés nationales qui souhaitaient récupérer le contrôle de la famille et du clan Mugabe sur les industries clés de la construction et des télécommunications; en plus de la génération montante d'officiers de l'armée qu'il a directement nommé pendant sa carrière militaire, qui sont soumis aux même problématiques économiques que le reste de la population). La faction du Ministre du Logement, ancien Ministre de la Sécurité Intérieure (directement responsable des massacres de Gukurahundi, avec la mort de 20 000 civils pendant les années 80), Emmerson Mnagagwa, a quand à elle, rejoint la faction Mugabe du ZANU-PF suite à la tentative de Coup d'Etat. La réussite de Mugabe, et de son allié le plus proche, le commissaire politique du ZANU-PF, Elliot Manyika, démontre aussi l'incapacité des factions dissidentes du ZANU-PF à prendre le dessus, et donc du parti de se réformer de l'intérieur pour devenir une force démocratique positive au Zimbabwe.  Les mesures institutionnelles adoptées par Mugabe en 2007 (Amendement Constitutionnel n°18) cherchaient aussi à créer des circonstances idéales pour un maintien au pouvoir des factions qui lui étaient favorables au sein du ZANU-PF; l'augmentation du nombre de sièges dans les deux chambres législatives avec la création de nouvelles circonscriptions dans les zones rurales généralement favorables au parti et qui permettent de diviser davantage les factions du MDC; la tenue simultanée des élections législatives et présidentielles (éliminant le risque d'une remise en cause de l'élection 2008 lors de législatives en 2010); et la nomination de son successeur par les deux chambres législatives réunies en Congrès; prolongeant potentiellement le monopole du ZANU-PF et de la faction Mugabe au delà du mandat personnel de Mugabe. Du côté du MDC, une division pré-électorale entre les deux principaux dirigeants Morgan Tsvangirai et Arthur Mutambara, résorbée en apparence entre les deux tours, n'aura pas permis au parti d'opposition d'arriver en force aux élections, en perdant une grande partie de sa crédibilité en tant que force d'alternance. Les attaques systématiques du ZANU-PF envers l'électorat du MDC auront affaibli le parti et ses soutiens traditionnels comme le Congrès des Syndicats Zimbabwéens (ZCTU) et les syndicats étudiants (ils rencontrent maintenant de grandes difficultés pour mobiliser leurs membres). De plus, la composante du MDC dirigée par l'ancien syndicaliste Morgan Tsvangirai souffre d'une campagne de dénigrement de la faction Mutambara (qui l'accuse d'être un inculte incapable d'assumer la fonction présidentielle), et n'a pas la confiance des partenaires du Zimbabwe en Afrique Australe (son incapacité à maintenir l'unité de son parti avant les élections n'a pas rassuré les voisins du Zimbabwe, notamment en ce qui concerne les effets de débordements régionaux de la crise économique interne), ce qui signale le problème de fond de la communauté internationale dans la crise zimbabwéenne. En effet, la SADC aurait préféré une transition politique avec un gouvernement d'unité nationale formé par le ZANU-PF et, si nécessaire, le MDC, sans remettre en cause la personne de Mugabe et son emprise du pouvoir; favorisant la stabilité nationale d'apparence et l'amélioration progressive de la gestion économique, au détriment d'une crise de transition salutaire, permettant de tourner définitivement la page du ZANU-PF. Le refus de Thabo Mbeki de prendre des risques politiques propres, en s'écartant de la position majoritaire au sein de la SADC, et déclarant inviables les processus électoraux de 2008 ainsi que le processus de négociation internationale entamé 15 mois plus tôt, aura forcé la prise de distance de son opposant de l'ANC, et probable successeur, Jacob Zuma (voir billet), et de son prédécesseur et figure de la démocratie en Afrique, Nelson Mandela, alimentant les commentaires sur la partialité de Mbeki à l'égard de Mugabe, figure de la lutte anti-coloniale en Afrique Australe. Cependant, la position adoptée par l'Union Africaine lors du premier sommet égyptien, post-électoral zimbabwéen, est très similaire à celle de la SADC, prônant la mise en place d'un gouvernement d'union nationale sans pour autant rejeter le résultat de l'élection présidentielle, et ce malgré l'opposition du MDC, le peu de réalisme politique de cette option, l'opposition de l'UE, des Etats-Unis et de l'Australie, et l'augmentation progressive des sanctions internationales.


Zimbabwe_carteQuindi... La gestion de la situation politique actuelle du Zimbabwe ne sera pas simple, après l'alternance législative permettant au MDC de prendre le pouvoir (109 des 210 sièges) dans l'Assemblée (mais pas forcément le Sénat), l'arrivée de Tsvangirai en première place au premier tour des présidentielles (47,9% face aux 43,2% de Mugabe, bien que le résultat soit contesté avec une possible arrivée de Tsvangirai à plus de 50% dès le premier tour), et le retrait de Tsvangirai du deuxième tour afin d'éviter une escalade supplémentaire des violences politiques. Toute tentative de résolution de la crise doit tenir compte des réalités politiques au Zimbabwe, des négociations internationales en cours, mais aussi de l'historique relativement récent des guerres d'indépendance et des liens diplomatiques forts qui ont été crées pendant la deuxième Chimurenga, notamment avec les pays voisins (Zambie, Afrique du Sud, Mozambique, Botswana, Malawi), les mouvements d'indépendance de la région toujours au pouvoir (ANC, FRELIMO) et les liens diplomatiques créés avec des acteurs géopolitiques importants (Chine, Russie), en opposition aux anciens maîtres coloniaux britanniques, et au bloc occidental pendant la Guerre Froide. Ainsi, malgré le pouvoir habituel de médiation des acteurs étatiques régionaux face aux crises nationales, le cas du Zimbabwe présente une exception de taille, avec un refus sous-régional de remise en cause d'un dictateur, usant de tous les moyens à sa disposition pour la destruction du tissu politique, économique et social de son pays. Cette critique ne s'applique pas à l'échelle continentale avec les oppositions plus claires de certains acteurs politiques africains de poids au régime de Mugabe, comme Nelson Mandela, Abdoulaye Wade, Jacob Zuma, etc. La médiation de la SADC et de l'UA, à cette date, s'avèrent être des échecs qu'il faudra rectifier pour permettre une sortie de crise qui n'alimente pas le souhait de pourrissement de la situation, que ce soit de la part de Robert Mugabe, des dirigeant du ZANU-PF, ou des militaires zimbabwéens, ces derniers craignant de se voir transférés devant un tribunal international pour cause de crimes contre l'humanité. Seule une pression internationale contre tous les soutiens extérieurs du Zimbabwe (Chine, Afrique du Sud, SADC, autres pays africains soutenant Mugabe de loin) et leurs réseaux militaires, énergétiques et économiques demeure une option relativement efficace pour la communauté internationale; tout comme le refus de cautionner les taux de change irréalistes usés par le gouvernement pour siphonner une partie de l'aide humanitaires (et à défaut le refus de toute aide qui ne soit pas fournie en nature), et les sanctions croissantes contre toutes les entreprises nationales et internationales travaillant avec le ZANU-PF, et leurs avoirs à l'étranger; mais en faisant comprendre clairement qu'une transition démocratique du régime en place pourrait relancer les liens commerciaux internationaux, l'aide au développement, voire s'accompagner d'une relance des investissements africains et internationaux dans le pays. Un contrôle renforcé des exportations de pierres précieuses doit pouvoir éliminer les ressources du pouvoir. A l'inverse, le maintien des aides alimentaires extérieures au Zimbabwe est une donnée fixe qu'il ne faut pas remettre en cause, sous peine de généralisation de la crise économique nationale et de ses effets sur la sous-région.


Du point de vue du soutien politique, le transfert de la responsabilité de médiation de ce conflit aux Elders (voir ce billet), et plus précisément à Nelson Mandela, Graça Machel, Desmond Tutu, Kofi Annan, et Lakhdar Brahimi devrait permettre aux spécialistes de la sous-région et de la médiation internationale de se sentir représentés, tout en acceptant la mise en place d'une ligne de négociation un peu plus dure que ce qui s'est fait jusqu'à présent. De même, l'expérience du président ghanéen et ex-président de l'UA, John Kufuor, lors de la première médiation au Kenya, celle du président zambien (hospitalisé), Levy Mwanawasa et de son vice-président, Rupiah Banda (ancien responsable de la Commission des Nations Unies sur la Namibie), pendant la crise zimbabwéenne, et celle de la présidente libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, en matière de sanctions permettant de venir à bout d'un régime dépendant de ses exportations clandestines de diamants, pourront contribuer à la réduction de la durée de vie du régime de Mugabe et du ZANU-PF. De plus, compte tenu du rôle décisif dans cette crise de l'Afrique du Sud, géant géopolitique de la sous-région, il sera nécessaire de tabler sur les velléités pacificatrices de Jacob Zuma, sur les rôles potentiellement décisifs de Kgalema Motlanthe (secrétaire général actuel de l'ANC et candidat probable de Zuma à la vice-présidence) et de la ministre des affaires étrangères sud-africaine (et ex-femme de Zuma), Nkosazana Dlamini-Zuma, et accessoirement sur la pression internationale pouvant s'exercer sur le pays organisateur de la Coupe du Monde 2010. En matière de politique nationale, une alliance entre les deux factions du MDC et la faction Mujuru du ZANU-PF doit être favorisée par la communauté internationale (une solution de compromis possible serait l'accession au pouvoir, à la tête d'un gouvernement d'union nationale provisoire chargé d'organiser de nouvelles élections, du Dr. Simba Makoni, ex-Ministre des Finances ayant refusé de cautionner la politique inflationniste de Mugabe, et membre de la faction Mujuru du ZANU-PF), afin de réduire le poids politique et la légitimité des alliés politiques, économiques et militaires de Mugabe et de ses alliés au sein du ZANU-PF; tout en faisant comprendre qu'un Coup d'Etat du Général Solomon Mujuru pour remplacer Mugabe et maintenir le ZANU-PF au pouvoir ne serait pas acceptable pour la communauté internationale. Une option à explorer est le financement extérieur des provinces se rebellant contre le pouvoir de Mugabe, à l'image de la province de Masvingo, favorable à la faction Mujuru du ZANU-PF. Les corps intermédiaires attaqués par le ZANU-PF devront aussi être renforcés afin de réduire la tentative de déconstruction du tissu économico-social; il s'agit d'assister et de financer les syndicats (Zimbabwe Congress of Trade Unions - ZCTU), les organisations pour le réforme institutionnelle (National Constitutional Assembly), de défense des droits de l'homme (Zimbabwe Human Rights NGO Forum), féministes (Women of Zimbabwe Arise - WOZA), éducatives (organisations étudiantes au sein de l'University of Zimbabwe) et journalistiques, en assurant la veille médiatique nationale à la place des organisation étatiques, la mise à disposition de moyens de diffusion internationaux, le financement des frais de structure, de survie, de couverture des frais médicaux et des frais judicaires  des opposants, avec l'objectif de renforcer la contestation permanente du régime de l'intérieur. Toutes ces mesures devant ressembler aux actions menées pendant les années 80 pour venir à bout du système d'Apartheid, mis en place à partir de 1948 par le Parti National sud-africain; le système Mugabe de noyautage du ZANU-PF, du gouvernement zimbabwéen et de ses organismes dits indépendants, étant très similaire. Finalement, il serait temps de reconnaître que la SADC en tant qu'organisme politique régional n'a pas eu un impact positif sur le Zimbabwe; son rôle doit rester avant tout sécuritaire, économique et social, favorisant ainsi le développement des pays d'Afrique Australe, et en fonction des actes de l'Union Africaine et du président de la Commission de l'UA, le gabonais Jean Ping, pour la résolution de cette crise (et en reconnaissance de son rôle croissant au Soudan, aux Comores, au Kenya, et en RDC), les prérogatives politiques de la SADC devraient être transférées pour renforcement à l'UA, en tant que principal organisme politique panafricain, avec l'appui de la communauté internationale.

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