Quindi... En Mongolie, l'élection législative pour le Grand Khoural dégénère en affrontements entre démocrates et sociaux-démocrates ex-communistes
Synopsis: Parmi les plus jeunes démocraties du monde (depuis 1990), la Mongolie rencontre depuis plusieurs années des difficultés pour assumer les alternances politiques entre un Parti Post-Communiste devenu un parti social-démocrate tenant de la troisième voie, le PRPM, issu de la longue période de domination soviétique (1924 - 1990), et un Parti Démocrate ayant réussi à regrouper les partis sociaux-démocrates et démocrates chrétiens issus de la période de remise en cause du communisme. Les élections législatives du 1er juillet 2008, donnant le parti ex-communiste PRPM gagnant, auront rapidement dégénéré en violences politiques provoquant la mort de cinq personnes, de 300 blessés, l'embrasement du siège du PRPM, et la mise en place de l'état d'urgence dans la capitale, Oulan Bator, pendant quatre jours. L'accalmie politique suite à l'embrasement sera de courte durée, compte tenu des élections présidentielles de mai 2009, qui pourraient provoquer une nouvelle alternance à la tête de l'Etat. Sur fond de manoeuvres politiques, la Mongolie se transforme cependant en une source de tensions géo-économiques liées au développement des ressources minières du pays.
Il est possible de situer les origines de l'Etat deux fois millénaire de Mongolie en 245 avant JC, avec la création de la puissance Xiongnu, face à laquelle, la Dynastie chinoise Qin avait fait ériger la Grande Muraille de Chine (vers 210 avant JC). La population proprement mongole (branche des Xianbei) arrive, en provenance du nord du fleuve Amour au Xème siècle. Les tribus mongoles seront unifiées par Gengis Khan (1155 - 1227) sous forme d'Etat en 1206, et domineront pendant 150 ans un espace eurasien gigantesque (le plus grand empire du monde) couvrant la Chine, la Péninsule Coréenne, toute l'Asie Centrale (jusqu'à l'Inde du nord-ouest), le Moyen-Orient, le Caucase et la Turquie; s'étendant par la suite sous le règne du fils de Gengis Khan, Ogodeï (1189 - 1241), jusqu'à l'Europe de l'Est et l'Europe du Sud (arrivant en Adriatique); et sous le petit-fils de Gengis Khan, Khubilaï (1215 - 1294), jusqu'au nord Vietnam, la Serbie et les Emirats Arabes Unis. Courant XIVème siècle, les quatre khanat (royaumes) mongols se disloquent entre l'Empire chinois de la Dynastie Yuan, le Khanat de Djaghataï (en Asie Centrale), l'Ilkhanat des Houlagides (couvrant une partie du Moyen-Orient et de la Turquie depuis l'Iran), et le Khanat de Kiptchak, la Horde d'Or (en Sibérie, au Kazakhstan, au Caucase et en Russie). La fin de la dynastie Yuan en 1368, avec le départ en Mongolie du Grand Khan Toghan Temür, marque la fin de l'empire mongol et le retour sur un territoire qui n'avait jamais été exploité, et avait fait l'objet de conflits entre princes rivaux. Des campagnes militaires suivront contre les chinois (arrivant en 1550 à Beijing), refondant la Mongolie intérieure et sa capitale Hohhot, avec au passage la conversion des mongols au bouddhisme tibétain. La reprise du titre d'Auguste Khan par le khan mandchou Abaqaï (1627 - 1643), sa reconnaissance par 49 khans de la Mongolie méridionale (intérieure), et l'invasion en 1644 de la Chine de la Dynastie Ming par les mandchous, rattacha définitivement la Mongolie Intérieure à la Chine. Les autres mandchous donnèrent leur allégeance (1691) à l'Empereur chinois Kangxi (Dynastie Qing) pour se défendre des Dzoungars (exterminés en 1757), permettant l'introduction du système gouvernemental impérial en Mongolie (avec un code pénal, une nouvelle répartition territoriale, et une répartition du pouvoir favorisant le gouverneur désigné par l'Empire, ses représentants civils et militaires et les assemblées des supérieurs - aïmaks - au détriment des seigneurs mongols), qui ont eu pour effet la mise en place d'une aristocratie non militaire, la fin des révoltes d'envergure, la mise en place d'une certaine stabilité, tout en favorisant les marchands et les colons chinois face aux agriculteurs et éleveurs mongols.
Le développement commercial de la Mongolie au XIXème siècle, tout en renforçant les liens avec la Mandchourie, la Chine et la Russie, généralise cependant les pratiques usurières des commerçants sino-mandchous, la taxation démesurée, et appauvrit le tissu productif mongol, favorisant la colonisation chinoise et l'appropriation des meilleurs terres, tout en alimentant les velléités d'indépendance à partir de 1890 (dont les premières révoltes matées de 1899). Le recrutement d'une armée mongole par les chinois pour l'utiliser dans la Guerre des Boxers, aura un effet inverse avec le soulèvement de l'armée en question contre le gouverneur mandchou en Mongolie. Le mouvement revendicatif, généralisé à partir de 1903, sera influencé par les révolutionnaires communistes russes dès 1905, favorisant ainsi une prise d'autonomie sur le terrain à l'égard des seigneurs locaux, et des révoltes armées à partir de 1909, avec en parallèle une militarisation du pouvoir mandchou en Mongolie. Une première forme d'autonomie sera négociée par l'intermédiaire des russes en 1911 (avec l'envoi de troupes russes pour "protéger leur consulat"), mais la révolution républicaine chinoise (octobre 1911) accélérera les événements avec la déclaration d'indépendance mongole (tout le territoire de Mongolie extérieure à l'exception d'Ouriankhaï / Touva, qui restera en territoire russe), et sa reconnaissance par les russes en échange de concessions commerciales. Les troubles de 1913 en Mongolie intérieure (Chine), demandant une réunification avec la Mongolie extérieure (indépendante), à travers une révolte matée par le gouvernement républicain chinois de Yuan Shikai, et la reconnaissance par la Russie du droit du Japon de disposer de la Mongolie intérieure, permet, à travers un accord sino-russe, la reconnaissance par toutes les parties de l'autonomie de la Mongolie extérieure, tout en interdisant à cette dernière d'intervenir en Mongolie intérieure (Chine), et en faisant de la Mongolie un Etat dépendant de ses deux voisins (protectorat russe sous suzeraineté chinoise). A partir de 1914, la Mongolie (extérieure) sera gouvernée sous forme de monarchie parlementaire (le "Bogdo-Khanaate"), avec un Chef d'Etat en la personne de la figure bouddhiste sacrée du Bogdo Gegen (rêvant d'une théocratie basée sur le modèle tibétain) un Premier Ministre (le Khan Saïn-Noïon), un Parlement à deux chambres délibératives (le Haut Khoural avec les ministres, les seigneurs nomades et les gouverneurs mandchous; le Bas Khoural avec les fonctionnaires et les seigneurs exclus du pouvoir), et un code pénal. Les tensions entre le pouvoir écclésiastique, naturellement tourné vers une alliance avec la Chine et le Japon, et l'aristocratie souhaitant se rapprocher de la Russie, provoqueront la mort par empoisonnement du Premier Ministre qui menaçait la théocratie. La déclaration en 1919 par la Russie Communiste de la nullité des accords avec la Mongolie théocratique, amène l'armée chinoise à occuper la Mongolie (extérieure), annuler l'indépendance, installer une dictature militaire, et placer sous résidence surveillée les principales figures de l'Etat mongol. Cependant en 1920, avec l'appui des troupes tsaristes d'un officier balte, le Baron Roman von Ungern-Sternberg ("le baron fou"), et le soutien des japonais, le Bogdo Gegen sera rétabli mais les tsaristes organiseront un régime de terreur. En 1921, deux mongols qui prônaient la prise d'indépendance de la Mongole face à la Chine (Sukhbaatar et Tchoïbalsan), et s'étaient réfugiés en Russie, fondent le Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol (PRPM) et un gouvernement populaire en exil. Ils réussissent à reprendre le contrôle de la capitale Urga après son évacuation par les chinois, asseyant leur pouvoir sur l'ensemble du territoire avant de remettre le baron fou aux soviétiques (il sera fusillé). Le véritable régime communiste sera installé en 1924, à la mort du Bogdo Gegen, la capitale sera renommée Oulan Bator, le Héros Rouge, et la Mongolie s'alignera sur l'Union Soviétique.
Le régime communiste mongol sera composé de trois périodes. La première, celle du Maréchal nationaliste Horlogiyn Tchoïbalsan, ancien co-fondateur du PRPM et Ministre de la Guerre entre 1921 à 1924, était d'inspiration stalinienne; elle durera de 1924 jusqu'à sa mort en 1952, et provoquera l'élimination de toute forme de symbolique religieuse, des purges de moines et opposants estimées à 30 000 personnes, soit 3% de la population de l'époque et la répression sanglante des insurrections; et mènera des politiques à l'encontre des intérêts agricoles privés, le développement de l'alphabétisation des mongols, et la construction d'infrastructures routières et de communication du pays avec l'aide de l'URSS. Entre 1939 et 1940, pendant la guerre soviéto-japonaise, la Mongolie fera l'objet de toutes les convoitises avec des vagues d'attaques lancées de la Mandchourie (sous occupation japonaise de 1931 à 1945), avec l'aide des mongols anti-communistes. Le régime atteindra son apogée en 1940, lorsqu'aucun rival ne sera en mesure d'empêcher l'arrivée de Tchoïbalsan au poste de Chef d'Etat; l'ancien rival Peljidiyn Genden (qui ne rencontrait pas les faveurs de Staline suite à ses critiques de la position de l'URSS en Mongolie, la comparant à de l'impérialisme rouge, et chercha à préserver le clergé bouddhiste des purges), sera éliminé en 1937 avec l'aide active des soviétiques. En 1945, la Mongolie participe à l'invasion soviétique de la Mongolie Intérieure, mais les ardeurs réunificatrices (de la Mongolie extérieure et intérieure) de Tchoïbalsan seront calmées par Staline qui signera un pacte avec la Chine républicaine en août 1945, reconnaissant les frontières de la Chine et de la Mongolie; seule concession autorisée, Staline laissera Tchoïbalsan effectuer une propagande indépendantiste discrète en Mongolie intérieure; mais cela n'empêchera pas la reconnaissance officielle de la Mongolie par la Chine en 1951, permettant un début de développement commercial entre les deux pays. La Mongolie moderne a une attitude partagée au sujet de Tchoïbalsan, certains le considérant comme un dictateur qui a fait autant souffrir le PRPM que le système politique mongol (notamment les post-communistes du PRPM), d'autres comme une figure historique asservie à Staline, ou encore un héros national de la Mongolie; à ce jour, les statues de Tchoïbalsan sont encore en place. La deuxième période communiste mongole (quasi brejnévienne), celle de Yumjagiyn Tsedenbal, durera de 1952 à 1984, elle sera marquée par l'élimination de tous les rivaux communistes puis par une politique étrangère active cherchant à consolider la position internationale de la Mongolie. Cela passera par la synergie grandissante avec l'URSS, bien que Tsedenbal refusera toute notion d'unification; le positionnement pro-soviétique lors de la rupture sino-soviétique de 1959, provoquant l'ire de la Chine à l'égard de la Mongolie; et la reconnaissance de la Mongolie par l'ONU en 1961 (avec l'appui de l'URSS). Ecarté du pouvoir en 1984 par les soviétiques (passée l'ère de Brejnev et d'Andropov), Tsedenbal est reconnu aujourd'hui pour sa capacité à maintenir la Mongolie indépendante, avec une gestion marxiste / socialiste modérée, dans un contexte de Guerre Froide difficile pour un pays placé entre deux grandes puissances communistes et à la lisière asiatique du bloc occidental (Japon, Corée du Sud). La troisième période communiste mongole avec Jambyn Batmonkh (1984 - 1990) à la tête de l'Etat, sera celle du déclin définitif. En raffermissant les liens de la Mongolie avec l'URSS, Batmonkh scelle la fin du régime communiste de parti unique, au même titre que ceux de l'ensemble du bloc soviétique (contrairement à la modernisation économique forcée de la Chine de Deng Xiaoping), avec une application simultanée des politiques de Perestroïka et Glasnost. Ces politiques ne suffiront pas pour répondre au mécontentement populaire, devenu très visible lors de meetings populaires demandant la fin de l'ère du parti unique (réunissant jusqu'à 100 000 personnes, avec la formation de partis démocrates, sociaux-démocrates et nationalistes, puis des grèves de la faim initiées par la première alliance des groupes démocratiques, Ardchilsan Kholboo. Batmonkh et le politburo démissionneront en mars 1990, et la mention constitutionnelle du parti unique sera éliminée avant la tenue d'élections multipartites en juillet 1990.
Les élections indirectes seront facilement gagnées par le PRPM, devenu post-communiste, et son candidat présidentiel, l'ex-Ministre du Commerce Extérieur et de l'Energie, Punsalmaagiyn Ochirbat, qui fera campagne de manière non partisane. La nouvelle constitution démocratique (principes libéraux d'économie mixte) sera adoptée par référendum populaire en 1992; elle précisera que l'Etat mongol est neutre en matière de politique étrangère (bien que ce ne sera pas le cas dans les faits) et permettra le retrait des 65 000 troupes russes. Les pouvoirs présidentiels seront limités, mais à l'image de la présidence américaine, il sera Chef des Armées, aura le pouvoir de bloquer les textes législatifs, et ses décisions ne pourront être retournées qu'avec une majorité parlementaire des deux tiers. Les élections législatives de 1992 pour le Parlement (unicaméral) mongol, le Grand Khoural (ou Grand Khural, Grand Houral, Ih Hural, selon les préférences, pour ma part, je reprends celle de l'Ambassade de France en Mongolie), avec la prolifération de petits partis (une vingtaine en tout) confirmeront la majorité du PRPM. Cependant, lors des élections présidentielles de juin 1993, les premières à s'effectuer avec un vote direct, le PRPM nominera un autre candidat plus partisan (le directeur du journal interne L. Tüdev) qui perdra les élections présidentielles face à Ochirbat (57,8%), ce dernier se présentant avec le soutien du Parti Démocrate National (membre de l'UDI des conservateurs et chrétiens démocrates) et du Parti Social-Démocrate. La politique menée pendant cette période sera libérale (politiquement et économiquement) mais les tensions politiques au sein du Grand Khoural (majoritairement post-communiste, plaçant ainsi le pays dans une situation de cohabitation) ne permettront pas la prise de mesures efficaces face à la crise économique. Ces tensions se démultiplient malgré le changement de majorité politique lors des législatives de 1996, avec une courte majorité pour l'alliance des Démocrates et Sociaux-Démocrates, l'Union Démocratique de Mongolie (UDM) pendant la législature 1996-2000, qui se compliquera avec l'arrivée en 1997 à la présidence du candidat du PRPM, l'ancien président du Grand Khoural (1992 - 1996), Natsagayin Bagabandi, provoquant une nouvelle cohabitation. Pendant sa période dans l'opposition législative, le PRPM (ou MAXH en mongol, MANH dans la traduction anglaise) en profite pour changer radicalement sa plateforme politique, passant du parti qui avait réhabilité Yumyagiyn Tsedenbal et souhaitait garder un contrôle étatique de l'économie avec la limitation des initiatives privées, à un parti social-démocrate moderne, usant de la trosième voie britannique comme référence de gouvernance, devenant membre de l'Internationale Socialiste. Ce repositionnement politique du PRPM et la perte de dynamique de l'UDM qui mène une politique de privatisation des sociétés communistes, peu populaire compte tenu des conséquences pour l'emploi, permet une nouvelle alternance aux législatives de 2000, avec une victoire écrasante du PRPM qui remporte 71 des 76 sièges du Grand Khoural (les autres partis seront très divisés, présentant jusqu'à huit candidats dans certains circonscriptions). Le nouvel homme fort issu du PRPM, Nambaryn Enkhbayar ne quittera plus la scène politique mongole.
Nambaryn Enkhbayar, ancien Ministre de la Culture de 1992 à 1996, sera l'architecte de la transformation social-démocrate du PRPM entre 1997 et 2000. Son mandat de Premier Ministre (2000 - 2004) sera cependant marqué par des facteurs exogènes qui échappent totalement à la politique nationale: un été caniculaire en 2001 et les hivers glaciaux de 2002 et 2003 (moyenne de -27°, arrivant à -50°) ont provoqué la destruction des ressources agricoles, première source de revenus du pays, et un exode rural (125 000 personnes en trois ans); la crise économique du principal partenaire économique, la Russie, avec une diminution des échanges commerciaux; une stagnation économique de plusieurs partenaires d'Asie de l'Est (Japon, Corée du Sud, Thaïlande). Pour faire face à ces facteurs économiques et sociaux, le Premier Ministre demandera l'aide des institutions financières internationales (Banque Mondiale, FMI, Banque Asiatique de Développement) qui demanderont en retour l'accélération du processus de privatisation. Les effets conjugués des crises économiques et des remèdes imposés de l'extérieur, auront un effet politique important, lors des élections législatives de 2004, avec la perte par le PRPM de la moitié des sièges au profit de la Coalition Patrie Démocratique (44,27% des voix et 35 des 76 sièges du Grand Khoural) composée des démocrates nationaux (PDN) et sociaux-démocrates (PSD) qui fusionnent pour devenir le Parti Démocrate (plateforme prônant la démocratisation du pays et la lutte anti-corruption); du Parti de la Patrie Mongole (Parti Démocrate des Nouveaux Socialistes, branche politique du Groupe Erel de Badarchiyn Erdenebat, principal groupe mongol avec des activités minières, bancaires, dans la construction etc.); et du Parti de la Volonté Civique de l'actuel Ministre des Affaires Etrangères, Sanjaasürengiin Oyuun (géologue ayant travaillé pour le CNUD et Rio Tinto), partisane d'une remise en cause de la proportionnelle intégrale pour les élections au Grand Khoural. Nambaryn Enkhbayar perdra son poste de Premier Ministre, le laissant à Tsakhiagiyn Elbegdorj, tête de liste de la Coalition Patrie Démocratique (qui avait brièvement occupé le poste pendant sept mois en 1998, devenant le plus jeune Premier Ministre de l'histoire mongole, avant de démissionner pour faire face à un scandale financier), en formant un gouvernement d'union nationale entre sa coalition et le PRPM, il ne pourra donc se présenter aux élections présidentielles; Enkhbayar deviendra le Président du Grand Khoural pendant un an, assurant le maintien de la coalition d'union nationale depuis le Parlement. Les élections présidentielles de 2005 permettront l'élection de l'ex-Premier Ministre Enkhbayar avec un résultat clair (53,5%) face à un score très faible pour la Coalition Patrie Démocratique, qui se présente divisée au scrutin (le candidat du Parti Démocrate, l'ancien Premier Ministre entre 1996 et 1998, Mensaikhany Enkhsaikhan, ne remportera que 19,7% des voix; il sera accusé d'avoir limité, par une gestion autocratique, les possibilité électorales du Parti Démocrate et sera écarté à partir de 2005).
Le gouvernement d'union nationale d'Elbegdorj restera au pouvoir pendant les premiers six mois de la nouvelle présidence, ce qui lui permettra de mettre en oeuvre des politiques de réduction de la corruption et réduction des entraves aux entreprises (réduction des taxes d'importation, des formalités administratives), de libéralisation des médias, de développement des droits de manifestation, de réduction de la pauvreté et du chômage, de développement des accords commerciaux (notamment avec l'Union Européenne), et de développement technologique (ordinateurs et connexions internet mis à disposition à des prix réduits). Sa politique étrangère active, avec la participation mongole aux forces internationales en Irak en 2005, l'accueil des réfugiés nord-coréens et les pressions sur la junte birmane, ressemblera à un alignement officieux sur la politique étrangère des Etats-Unis. Toutefois, en janvier 2006 après le retrait des Ministres du PRPM et la formation d'une nouvelle coalition au Grand Khoural sur la base des députés PRPM, des députés indépendants et des dissidents du Parti Démocrate, ces deux derniers groupes bénéficiant d'un nombre de nominations ministérielles allant bien au delà de leur représentation parlementaire, le gouvernement d'Elbegdorj tombera. La démission forcée d'Elbegdorj provoquera une dégradation du climat politique mongol avec des fortes accusations de corruption politique en provenance des associations civiles. Elbegdorj sera élu président du Parti Démocrate, remportant 46% des voix, mais la Coalition Patrie Démocratique ne perdurera pas.
Les élections législatives de juillet 2008, en scellant l'emprise du PRPM sur le pouvoir exécutif et législatif (45 sièges des 76 sièges du Grand Khoural allant au PRPM et seulement 28 au Parti Démocrate, selon les premières estimations, les résultats définitifs n'étant pas encore connus), provoquèrent des manifestations (notamment des partisans des petits partis politiques mongols) dès l'annonce officieuse de la victoire par le PRPM, et des accusations de fraude électorale prononcées par le chef du Parti Démocrate, Tsakhiagiyn ElbeGdorj. Ces violences spontanées (jets de pierres, entrée forcée dans les bâtiments, vols de bouteilles d'alcool, incendies) et les réactions policières (utilisation de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc), provoqueront la mort de cinq personnes, 300 blessés, l'arrestation de 700 personnes (200 étant encore retenus), et l'embrasement du siège du PRPM, ainsi que la Galerie d'Art National voisine (avec la perte pour cause de feu, dégradations ou vol, de 1000 oeuvres d'art et de pièces uniques de l'Orchestre Nationale), eurent pour résultat la mise en place de l'état d'urgence dans la capitale, Oulan Bator, pendant quatre jours, avec l'envoi de soldats pour patrouiller les rues et la fermeture des stations de télévision et de radio. Cependant, les 52 équipes d'observateurs internationaux infirmeront toute fraude électorale significative dans les 1700 bureaux de vote. Les mongols, jusqu'à présent très fiers de l'état d'avancement de leur démocratie, déclarent avoir honte de ces actes isolés, qu'ils jugent criminels. Cependant, ces problèmes post-électoraux démontrent des frustrations populaires vis-à-vis des pratiques législatives au Grand Khoural, du niveau de corruption politique, et de la répartition des droits d'extraction miniers.
Quindi... L'épisode de violence politique est regrettable et risque de se perpétuer lors des prochaines élections présidentielles de mai 2009, si le gouvernement mongol n'institue pas des mesures de sécurité électorale plus strictes. Cependant, d'autres causes de fond devront aussi être intégrées pour la résolution de cette crise issue des frustrations des groupes minoritaires du petit Etat mongol, avec une population de 3 millions d'habitants, dont la moitié de la
population habite en milieu rural
(il y a huit fois plus de bétail que d'habitants en Mongolie), qui bénéficie pourtant d'un taux d'alphabétisation de 98%. Le système institutionnel mongol, a cela d'étrange qu'il a provoqué, lors de trois des quatre législatures de l'ère démocratique, des situations de cohabitation pendant des périodes longues, pouvant aller jusqu'à trois ans sur des mandats de quatre ans, et pouvant provoquer des crises de réalignement des députés, se détachant ainsi de leurs positions électorales en cours de mandat. La re-synchronisation des deux élections, présidentielle et législative (qui se tiennent à 11 mois d'écart), et la mise en place de règles contraignantes sur l'appartenance à un groupe parlementaire, risquent d'être nécessaires, afin de favoriser des alternances nettes, qui ne seraient pas remises en cause un an plus tard, et l'application d'une politique cohérente sur une durée de quatre ans. Par ailleurs, la récurrence des alternances politiques démontre un mécontentement profond de la population depuis la fin de l'ère communiste, bien qu'un retour en arrière anti-démocratique soit peu plausible, et que les politiques de la troisième voie de Nambaryn Enkhbayar, ainsi que le positionnement du Parti Démocrate et du gouvernement précédent d'Union Nationale de Tsakhiagiyn Elbegdorj, aient placé le centre de gravité de la politique mongole dans un espace modéré et modernisateur. Il serait d'ailleurs peut-être temps d'arrêter de se référer au PRPM en tant que parti ex-communiste ou post-communiste, pour accepter sa nouvelle identité social-démocrate, favorisant une troisième voie, très en phase avec les tendances politiques mondiales.
On ne peut qu'espérer un développement économique rapide de la Mongolie, grâce aux investissements en matières premières énergétiques (les Etats-Unis, la Russie et la Chine souhaitent développer leurs investissement miniers en Mongolie, dont l'uranium, le charbon et le cuivre), ainsi que les investissements dans les industries manufacturières délocalisées depuis les puissances voisines au fur et à mesure qu'elles se développent (même si des pans entiers des économies russe et chinoise restent à développer avant de constater une généralisation de ce phénomène). Cependant, comme toujours depuis 1952, la Mongolie devra manoeuvrer entre des géants géo-économiques, à savoir la Russie, la Chine, les Etats-Unis, le Japon, l'Union Européenne, l'ASEAN et la Corée du Sud, pour ne pas devenir totalement dépendante d'un seul bloc économique, et d'une politique économique axée uniquement sur le développement des ressources énergétiques minières (dont la durée de vie devrait être limitée). Idéalement, la Mongolie devrait se servir de ses richesses minières pour constituer un fond souverain lui permettant de diversifier son économie à brève échéance. Cependant, à court terme, les problèmes de pouvoir d'achat, avec le doublement des prix en moins d'un an, malgré la stagnation des salaires moyens, représente le principal défi gouvernemental. Il faut espérer que l'adhésion de la Mongolie à la BERD en 2006 (démontrant aussi l'intérêt de l'Europe pour l'extension de ses investissements extérieurs dans cette zone géographiquement excentrée de la périphérie européenne), et l'aide de la BAD et de la Banque Mondiale, lui permettra d'attirer d'autres formes d'investissements.
N.B. Je ne peux que regretter le manque d'informations disponibles sur la géopolitique, la géoéconomie et les actualités politiques mongoles. Il aura fallu des affrontements physiques pour parler, sans aucune référence sur le fond des problématiques politiques, de ce géant géographique d'Asie de l'Est, en proie aux convoitises des principaux acteurs internationaux dans la région.
Photos de yeowatzup, JakeBrewer et curiouslee sous licence Creative Commons 2.0 (puc)






















Merci beaucoup pour cet éclairage. On entend peu parler de la mongolie (sauf des nomades) et c'est une bonne chose que ce pays soit en passe de devenir une vraie démocratie. Surtout dans cette région ou les régimes autoritaires sont majoritaires.
Rédigé par: vincent15 | 10 juillet 2008 at 08:42
Notre association anime un petit musée thématique consacré au frère Guillaume et à la Mongolie dans le petit village de Rubrouck (Nord), elle fait vivre l'unique jumelage franco-mongol : Rubrouck-Bulgan (Khovd Aimag) et elle agit en faveur de l'amitié et de la connaissance réciproque entre nos deux pays. Nous vous vous sommes donc reconnaissants pour cet article très complet et très intéressant.
L'ambassade de France propose une revue de presse depuis quelques années mais les relations fréquentes avec les autorités mongoles, qui découlent de nos activités, nous amènent à déplorer, comme vous, le peu d'informations disponibles en général.
Nous mettrons un lien vers votre article sur notre site.
Éric Massé, président
Rédigé par: Association Guillaume de Rubrouck, Eric Massé président | 16 juillet 2008 at 10:01
@ Eric et l'Association Guillaume de Rubrouck: merci pour le commentaire et bravo pour tous vos efforts, qui prennent toute leur importance dans un contexte de sous-information. Je découvre grâce à vous l'histoire passionnante du Frère Guillaume. De même, je vous place en lien dans la blogroll internationale (bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler d'un blog).
Rédigé par: ArnaudH | 16 juillet 2008 at 13:01