Quindi... Crises de fin de décennie - 2. Une Troisième Crise Pétrolière, annonciatrice d'une révolution énergétique mondiale
Synopsis: La multiplication par cinq du prix du baril de pétrole entre 2004 et 2008 (en dollars; par trois en euros), sans que l'évolution des cours soit prévisible pour les années à venir, remet en cause le modèle de développement énergétique des pays occidentaux. Cette crise du pétrole est liée à la multiplication des pressions inflationnistes, d'origine géopolitiques (comme pour les crises antérieures), d'origine technico-financier (avec la revalorisation des réserves et les goulots d'étranglement des modes de production), mais aussi celles qui ont une relation directe avec la raréfaction des ressources hydrocarbures et de l'augmentation de la demande mondiale d'énergie (dont la politique de l'OPEP). Parmi les facteurs de ces deux dernières assertions se trouvent le passage du pic pétrolier par les pays producteurs des zones géopolitiques stables (et le passage prochain de la production mondiale); le développement des productions pétrolières dans des zones moins rentables (avec une démultiplication des prix moyens de production par cinq) comme les eaux profondes (dont l'Arctique), à partir de sables et schistes bitumineux (pétrole lourd et extra-lourd), et en usant de techniques d'extraction avancées sur des poches pétrolières en cours d'exploitation. Si l'on superpose ces tendances aux besoins énergétiques croissants liés au développement accéléré des pays en développement, notamment les BRIC+KMS, aux effets induits de la crise du pétrole sur la crise alimentaire, et aux développements sociétaux en cours liés aux premiers effets visibles de la crise climatique, il devient dès lors nécessaire d'accepter le principe d'une révolution énergétique mondiale, qui fera pâlir les efforts de diversification énergétique engagés après les crises pétrolières antérieures (1973, 1981). A titre d'exemple, les trois quarts de l'énergie consommée en Europe sont encore d'origine fossile. Par ailleurs, le développement de nouvelles zones d'extraction pétrolière (devenues très rentables avec un prix de vente moyen élevé) devrait renforcer l'instabilité de certains pays en développement et multiplier les crises prévisibles; plusieurs moyens d'action internationale existent pour limiter cette démultiplication des risques géopolitiques.
Ce billet est le deuxième d'une série qui avait démarré ici: Quindi... Crises de fin de décennie - 1. Une Crise Alimentaire mondiale, un "tsunami silencieux", qui exige une réponse internationale exécutée en trois temps
La tendance à l'augmentation progressive des prix du pétrole démarrée en 2002 n'est pas un krach dans le sens classique du terme. Ceci s'explique par l'impossibilité d'identifier clairement une cause géopolitique particulière, ou un facteur de crise immédiat. Il s'agit en réalité d'une confluence de facteurs, certains à moyen terme, d'autres à long terme, au premier rang desquels se trouve le rééquilibrage économique mondial, avec une montée en puissance des économies asiatiques (dont les deux mastodontes régionaux, la Chine et l'Inde), mexicaine, de l'Unasur et d'Afrique du Sud, et de leurs besoins énergétiques croissants créant une pression nouvelle sur les ressources hydrocarbures limitées (même si la production est extensible à moyen terme). L'effet est dévastateur avec un prix dépassant les $140 le baril ayant plus que doublé entre juin 2007 et juin 2008 (prévu à $170 le baril par le président de l'OPEP Chakib Khelil, sauf en cas de crise géopolitique, où l'OPEP ne serait pas en mesure de compenser la diminution de la production, avec un prix pouvant atteindre $200 à $400); sans commune mesure avec les crises pétrolières de 1973, où le prix du baril avait sauté de $3 à $13 suite aux nationalisations d'entreprises pétrolières (Algérie, Irak, Libye), à la dévaluation du dollar, et à l'embargo pétrolier arabe après le déclenchement de la Guerre du Kippour; de 1981, suite à la révolution iranienne de 1979, avec un prix du baril atteignant $40; ou encore la crise à durée limitée de 1991 avec un prix se rapprochant des $35 (prix nominal). Ces trois crises avaient eu un effet significatif sur la croissance mondiale et la gestion énergétique, provoquant la multiplication des forages dans des zones plus stables géopolitiquement (Alaska, Campeche, Mer du Nord, Sibérie, Golfe de Guinée, Mer Caspienne, Indonésie, Colombie, etc. avec des couts de production supérieurs au Moyen-Orient et à l'Afrique du Nord), un boom des investissements nucléaires, et des mesures de conservation d'énergie. Toutefois, malgré les alertes de 1973 et 1981, la stabilité relative des cours du pétrole entre 1992 et 2002 (taux nominal oscillant entre $15 et $35) n'a pas incité les producteurs d'hydrocarbures (pays et sociétés) à développer leurs investissements comme dans les années 70 et 80. Ceci se reflète par un manque d'exploration au delà des zones à coûts réduits, d'où une méconnaissance relative des réserves réelles d'hydrocarbures exploitables, et un manque d'investissement en capacité de raffinage (démultipliant l'impact sur les marchés de tout incident sur les raffineries - les plus grandes du monde - du Golfe du Mexique, notamment en période de cyclones), transport (se reflétant dans le taux de charge des tankers) et moyens de production, créant un goulot d'étranglement productif à durée limitée. Le goulot d'étranglement se reflète aussi, médiatiquement, par le refus quasi systématique, de l'organisation des pays producteurs (l'OPEP) d'augmenter significativement sa production sur demande des pays consommateurs, y compris dans le cadre d'un dialogue mondial passant par l'ONU (seule l'Arabie Saoudite et le Koweït, auraient, selon l'organisation, les moyens d'augmenter leurs productions à court terme, le premier à hauteur de 0,2 millions de barils par rapport à une production nationale de 9,5 millions); cette dernière explication prend tout son sens lorsque l'on prend en compte les projections de l'OPEP sur les consommations pétrolières à venir sur la période 2010-2030 avec une réduction rapide de la croissance des consommations issues de l'OCDE (dont une stagnation des consommations en Europe de l'Ouest et dans les pays asiatiques et océaniques membres de l'OCDE), et une augmentation progressive de la croissance des consommations des pays en voie développement (voir graphique réalisés à partir des chiffres disponibles dans le World Oil Outlook 2007 de l'OPEP). Le pouvoir réduit des compagnies pétrolières internationales (qui ne contrôlent plus que 12% de la production mondiale et 3% à 4% des réserves) suite à la reprise en main par les pays producteurs de leurs réseaux (et la mise en minorité des sociétés étrangères dans les investissements nationaux), ne permet de changer cette donne.
Par rapport aux crises de 1973, 1981 et 1991, la crise pétrolière de 2007-2008 est beaucoup plus rapide en termes d'effet induits. Ces derniers, réalisés en conjonction avec les crises climatique et alimentaire, font déjà sentir leurs effets dans les secteurs socio-économiques les plus sensibles, à savoir le transport (routier, maritime et aérien), la pêche (coûts de motricité, reconversion pour cause d'épuisement des ressources en poissons et le développement des "zones mortes maritimes"), l'agriculture (engrais, équipement, transport des denrées; ce dernier facteur prenant toute son importance dans les pays en développement), et les citoyens pour qui les coûts de transport routier représentent une part significative des budgets (dans les pays industrialisés, il s'agit des classes les moins aisées en milieu rural ou périurbain; dans les pays en développement, il s'agit de l'essentiel de la population usant des transports). De plus, les crises financière (variations importantes des taux de change) et immobilière ont aussi un rôle dans la crise pétrolière, bien que secondaire et plus difficile à mesurer, avec un impact direct (rééquilibrage du prix mondial du pétrole en fonction des variations de la devise de référence - effet taux de change, sans effet de taux d'intérêt - en accord avec les estimations des consommations dans les zones hors dollar, et la vision des pays producteurs de se faire payer dans une monnaie dévalorisée) et un potentiel transfert spéculatif entre les valeurs immobilières et les valeurs énergétiques (en tant que valeur refuge, de même que les métaux précieux), certains analystes confirmant qu'il n'y a jamais eu autant d'argent spéculatif sur le marché pétrolier, d'autres infirment cette estimation; les spéculations étant alimentées par les estimations d'un plafond productif atteint sur le marché mondial. Le cumul de ces facteurs clés de la dynamique de croissance mondiale, font craindre un ralentissement de cette même croissance à court et moyen terme.
Les variations des prix du pétrole issues de la perception de déséquilibres à venir entre production et consommation d'hydrocarbures, se justifient sur le long terme lorsque l'on isole trois facteurs: la fin de la croissance de la production pétrolière de la CEI (notamment les productions russes, kazakhs et ouzbèkes qui ont bondi dans les années 90 jusqu'à 2007); le taux de découverte de nouvelles réserves d'hydrocarbures par rapport au niveau de production, se situant approximativement à 25% (signifiant l'impossibilité à moyen terme de résorber l'impact inflationniste sur les prix); et les besoins énergétiques théoriques à long terme des sociétés en cours d'industrialisation (actuelles et à venir) pouvant représenter jusqu'à cinq fois la demande actuelle (maintenant ainsi une pression inflationniste constante sur les prix des hydrocarbures jusqu'à la création d'un nouvel équilibre entre les prix du pétrole et les couts des énergies nucléaires et renouvelables). Les projections de l'OPEP sur les niveaux de production et consommation de pétrole (avec une augmentation approximative de 50% en 25 ans) doivent donc être relativisées par rapport aux couts de production des autres sources d'énergie qui ne manqueront pas d'évoluer en fonction des améliorations en matière de développement et productivité; l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) estime qu'il n'est pas évident que la production mondiale puisse facilement dépasser les 85 millions de barils par jour. Par ailleurs, la production pétrolière de masse devrait se renforcer avec le développement de l'exploration et de la production en eaux profondes (dont les zones peu exploitées à ce jour), et la production non conventionnelle à partir de sables et schistes bitumineux (pétrole
extra-lourd), et en usant de techniques d'extraction avancées sur des
poches pétrolières en cours d'exploitation.
Le dépassement du pic pétrolier dans une cinquantaine de pays producteurs (dont les zones géopolitiquement stables traditionnelles de la Mer du Nord, d'Alaska et du Golfe du Mexique), et l'estimation approximative d'un pic mondial se situant aux alentours de 2010 (pour le pétrole et 2020 pour le gaz), avec une réserve pétrolière conventionnelle réelle sur-estimée (l'ASPO estime les réserves à 1850 milliards de barils par rapport à 3000 de l'USGS, l'institut de surveillance géologique américain), ont accéléré les investissements dans le domaine de l'exploration et la production pétrolière. Certains analystes (voir graphique EIA 2005 de Jean Laherrère de l'ASPO) estiment que les réserves disponibles à des couts de production supérieurs (passant d'une moyenne de $5 à $15 pour les productions moyen-orientales, à $25 à $70 pour les schistes bitumineux) sont bien plus importantes que les réserves pétrolières utilisées à ce jour; d'autres (comme Ted Trainer) estiment que l'utilisation des productions non conventionnelles ne feront que retarder le pic pétrolier d'une décennie. Les tendances actuelles permettent d'anticiper une augmentation pendant les dix prochaines années des productions pétrolières en eaux profondes, notamment dans le Golfe du Mexique, le Golfe de Guinée et au Brésil (à hauteur de 12,5 millions de barils par jour pendant une durée de 10 ans, atteignant son pic vers 2013 et l'épuisement total vers 2035) et de gaz naturel liquéfié (issu des poches pétrolières existantes, il s'agit de gaz, dont le butane, le méthane et le pentane, relativement peu utilisés jusqu'à présent dans le processus de production pétrolière - à hauteur de 9 millions de barils par jour pendant une durée de 30 ans), puis, dans une moindre mesure, l'utilisation des pétroles lourds (charbon liquéfié avec un pic programmé en 2050; schistes bitumineux - ou source qui n'ont pas finalisé leur
transformation géologique en pétrole, nécessitant une consommation
importante d'énergie pour leur raffinage, avec des déchets polluants) et extra lourd (sables bitumineux - ou pétrole s'étant mélangé avec d'autres composants à la marge des bassins géologiques, se situant principalement au Canada, au Venezuela et en Russie; avec une production estimée à hauteur de 4,5 millions de barils par jour à partir de 2020, pouvant s'améliorer en fonction du développement des techniques d'extraction) et l'extraction de pétrole en zone polaire, notamment les zones sibériennes et l'arctique (les pressions glaciales risquent cependant d'avoir réduit la concentration des poches et favorisé le développement de gaz, à l'inverse de ce qui s'est passé en Alaska - la production prévue se situe donc à hauteur de 1 ou 2 millions de barils par jour à partir de 2010 et pouvant atteindre 4,3 millions vers 2030 avant de décroître). Le rattrapage en cours des investissements pétroliers conventionnels (par rapport aux années 90) devrait, à
terme, réduire partiellement les pressions inflationnistes sur les
cours; cependant, les productions quotidiennes estimées pour les productions non conventionnelles (à l'inverse des montants des réserves des énergies non conventionnelles qui sont très significatifs) ne devraient pas avoir un impact décisif sur le prix du pétrole, sauf amélioration exponentielle des techniques d'extraction et de raffinage.
Du point de vue géopolitique, contrairement à la réduction du nombre moyen de conflits de petite et moyenne envergure ces 15 dernières années, le nombre de conflits concernant les pays producteurs de pétrole est resté stable (ils représentent un tiers des guerres civiles ou zones permanentes de tensions, dont l'Irak, le Soudan, le Tchad, la Birmanie, et le Timor Oriental), et le développement de la valeur des réserves identifiées devrait accélérer cette tendances. De plus, les conflits qui s'éternisent (conflits armés, conflits ethniques ou conflits sociaux, qui s'institutionnalise le plus souvent sous forme de polarisation politique) créent des instabilités imprévisibles liées aux déséquilibres sociaux, religieux, ethniques ou géographiques (c'est le cas en Algérie, au Nigéria, et en Bolivie), voire le développement de zones transnationales d'instabilité (le Sahara avec Al Qaïda au Maghreb Islamique, voir ce billet, le Sahel avec les Janjawids, le Delta du Niger avec le MEND etc.). Le manque de développement des secteurs non énergétiques (agriculture, industrie, services) est aussi un problème récurrent dans les Etats qui orientent leur croissance en fonction de l'augmentation des ressources issues de pétrole; le problème se pose à des degrés différents au Venezuela, en Russie, en Bolivie, en Asie Centrale, au Moyen-Orient et en Afrique, ce qui crée une sur-dépendance sur les cotations pétrolières; sans parler de l'utilisation à mauvais escient des ressources pétrolières (comme la construction de nouvelles capitales au Kazakhstan et au Nigéria, plutôt que le développement des services sociaux de base), contrairement aux pays qui développent leurs fonds souverains en préparation d'une économie post-pétrolière (Norvège, Canada, EAU, Koweït, etc.). De même, le développement de la corruption et de la concentration des pouvoirs est un effet secondaire récurrent de la manne pétrolière (les exemples les plus marquants sont ceux des théocraties saoudites et iranienne, qui peuvent ainsi financer leurs alliés, parfois encombrants, comme les wahhabites, talibans, autres moudjahidin, leurs armées et services secrets nationaux, tout en limitant les velléités de changements sociaux via la corruption systématisée des élites et de toutes les formes d'oppositions). Les conflits devenus prévisibles pour cause de revalorisation des réserves pétrolières (et financement des groupes revendiquant des problématiques sociales, religieuses et économiques, nationales par des intérêts étrangers) sont ceux du Delta du Niger, du sud de la Thaïlande et du développement des conflits internes algériens, colombiens, soudanais et irakien. Les rébellions dans ces pays peuvent se financer, de plus en plus facilement, par le vol de pétrole (c'est déjà le cas en Irak et au Nigéria), les opérations de destruction d'infrastructures pétrolières financées par des régimes hostiles (Irak, Soudan), l'extorsion de fonds (Colombie, Soudan), ou le financement de tentatives de Coups d'Etats (Guinée Equatoriale en 2004, voir ce billet, ou RDC en 1997). De plus, le développement des conflits séparatistes est à prévoir dans les zones pétrolières (en Bolivie, voir ce billet, en Irak, voir ce billet, en Iran, en Indonésie, au Timor Oriental, voir ce billet, au Nigéria ou au Soudan), bien que ce ne soit pas la seule source de conflit dans ces zones; la présence du pétrole et de ses effets économiques, sociaux, politiques et environnementaux accélèrent le développement de conflits. De même, les zones jusqu'à présent relativement stables pour cause de réserves pétrolières limitées (Mauritanie, Namibie, São Tomé, Turkménistan, Cambodge, Vietnam, etc.), pourraient dorénavant faire face à des tentatives récurrentes de déstabilisation pour récupérer les richesses importantes de productions avec une durée de vie limitée (à 10 ou 20 ans).
Quindi... Bien que certains vantent les mérites d'une crise pétrolière pour la limitation des externalités négatives du pétrole (pollutions des airs, des sols, des mers, des sources d'eau, des moyens de production, de raffinage et de transport; les effets dévastateurs sur la santé en milieu urbain des consommations pétrolières; la sur-abondance des produits dérivés du pétrole dont les plastiques, etc.), les effets induits sur la croissance d'un tel réalignement des ressources énergétiques et des moyens de production et consommation seront très importants sur le court et le moyen terme (les prix garantis à long terme par les opérateurs d'électricité nationaux, pour l'acquisition d'énergie générée par des opérateurs privés, pouvant aller jusqu'à 10 fois le prix de vente actuel de l'électricité), en particulier pour les ménages n'ayant pas les capacités d'investissement en moyens de production de proximité ou en réseaux énergétiques privés (panneaux solaires, parcs d'éoliennes et hydroliennes privés, etc.) dans les pays à faible investissement public. C'est dans ce cadre qu'il est nécessaire d'intégrer l'impossibilité de démultiplier, en un temps court, les productions énergétiques alternatives dans les domaines de la fission nucléaire (bien que le problème de la limitation des ressources se posera à nouveau avec l'uranium et que l'augmentation des déchets nucléaires rencontre des oppositions politiques considérables en Europe), de l'énergie renouvelable (solaire, éolien, hydroélectrique, géothermique, marémotrice, hydrolienne, maréthermique, des vagues, biomasse) y compris du projet (long terme) de fusion nucléaire (ITER). C'est ce qui explique la popularité grandissante chez certains décideurs (cf. campagne électorale américaine, paquet énergie de l'Union Européenne, etc.) de la séquestration géologique du dioxyde de carbone et du charbon "propre"; l'option des biocarburants ne rencontrant plus les faveurs des pouvoirs public internationaux depuis la mise en perspective de la crise alimentaire.
Cependant, les investissements en renouvellement du parc énergétique, du transport énergétique (une part importante de l'énergie étant consommée lors du transport sur des distances longues), des moyens de locomotion (qui représentent 60% de la consommation pétrolière des pays de l'OCDE; et qui pourraient baisser en favorisant les moyens de transport privés à faible consommation et les transports publics; le renouvellement total du parc automobile pouvant prendre jusqu'à 15 ans), et des stations énergétiques d'avenir (la transformation progressive des stations essence en stations électriques), lanceront non seulement des pans entiers des secteurs énergétiques de haute technologie, de la construction immobilière et des industries automobiles et aéronautiques, ainsi que les chantiers navals, mais aussi le financement de la recherche (en technologies propres) et le développement (favorisant tous les gains de productivité possibles). Cette dynamique pourrait potentiellement compenser les pertes de croissance liées aux coût pétroliers croissants, et leurs effets induits sur les secteurs les plus dépendants de cette forme d'énergie à court terme; mais uniquement dans les pays pouvant user de moyens redistributifs publics importants, et / ou ayant des secteurs privés d'investissements efficaces, permettant une adaptation rapide (que ce soit du point de vue construction de moyens énergétiques de remplacement, ou de réduction des consommations). La perception d'une crise technologique (incapacité de remplacer les moyens de transport usant du pétrole) est souvent biaisée par le manque de prise de conscience de l'état technologique actuel des moyens électriques (en plein effervescence), qui n'est pas comparable au niveau technologique des énergies alternatives suite aux deux crises pétrolières antérieures, et qui permettrait une évolution relativement rapide des réseaux énergétiques en milieu urbain (avec des systèmes de taxation préférentiels) et une évolution assurée en milieu rural à moyen terme (avec une évolution exponentielle des améliorations en matière de motorisation). Il en va de même pour les énergies solaires et éoliennes qui ont réalisé des bonds de productivité ces dernières années (surtout si comparé aux autres énergies alternatives comme l'hydrogène); ces moyens devraient être favorisés à outrance par le système fiscal (à l'inverse du charbon qui devrait être taxé davantage pour compenser ses coût environnementaux). Par contre, les moyens mis à la disposition des pays en développement pour faire face à ces nouveaux défis énergétiques, notamment les transferts de technologie prévus dans le Protocole de Kyoto (voir ce billet), seront très en deçà des investissements nécessaires, et devront être réévalués rapidement, sous peine de favoriser la décroissance de pays en pleine phase d'expansion.
Finalement, il sera nécessaire de mettre rapidement en place des soutiens aux pays avec des réserves pétrolières inexploitées et limitées, selon le modèle développé par l'ONU dans les années 90 (notamment dans les Etats avec des guerres financées grâce aux diamants), de sanctions envers les groupes rebelles cherchant à déstabiliser des gouvernements élus de manière légitime, ou profitant de l'inexistence de forces armées nationales pour commettre des crimes de guerre; et de stabilisation progressive avec l'aide de casques bleus et d'administrations internationales provisoires, en appui des gouvernements locaux, en cas de besoin. C'est dans ce cadre que devra se développer un processus pour le pétrole en provenance des pays en conflit, analogue au Processus de Kimberley pour les diamants (signé par les principaux Etats consommateurs de diamants, des ONG, et les producteurs internationaux de diamants), qui avait permis la diminution des ressources des groupes rebelles d'Angola, du Libéria et du Sierra Leone (voir les propositions de Michael L. Ross, professeur de science politique à l'Université de Californie sur ce sujet). Dans le cas du pétrole, le passage dans l'illégalité internationale des productions de pays comme la Birmanie (voir ce billet) ou de pays ayant souffert d'un Coup d'Etat financé de l'extérieur, ainsi que la recherche d'une plus grande transparence dans les liens commerciaux pétroliers sous peine de poursuites internationales (que ce soit en matière de comptabilité nationale, avec des audits selon des standards internationaux; ou d'accords contractuels et négociations de Contrats de Partage de Production - CPP - favorisant le développement des infrastructures nationales, comme c'est le cas en Afrique avec les CPP signés avec les compagnies chinoises, ou d'autres services sociaux liés au développement national, si besoin avec l'aide de la Banque Mondiale ou des Banques Régionales de Développement), pourraient changer considérablement la nature des conflits de cette première moitié de XXIème siècle; il en va de même des financements de fonds souverains ou fonds de pension qui refuseraient les investissements dans les pays producteurs, les entreprises pétrolières, leurs clients ou leurs fournisseurs pour des cas de non respect des droits de l'homme ou d'incitation des groupes rebelles contre des gouvernements légitimes (c'est déjà le cas contre les entreprises pétrolières chinoises et indiennes, PetroChina et ONGC, pour leurs investissements en Afrique, cela pourait aussi se voir pour les entreprises chinoise CCNOOC, malaisienne Petronas, l'algérienne Sonatrac, la libyenne NOC, et la brésilienne Petrobras).
Le Graphique des Reserves pétrole disponibles en fonction du cout économique selon EIA (2005) de Jean Laherrère est sous licence Creative Commons 3.0 ; La carte des pays producteurs de pétrole est sous licence Creative Commons 2.5
A lire: l'excellent article de Michael L. Ross dans le Foreign Affairs de Mai / Juin 2008, la série d'articles par Mediapart sur la crise pétrolière





















Merci Arnaud pour ce billet d'une grande richesse, comme d'habitude.
Je suis enclin à penser que le point de départ de la hausse des prix des années 2000 est simplement le résultat d'un intense lobbying des compagnies pétrolières afin de dégager les marges de manœuvre financières requises pour investir dans la prospection et l'extraction dans les zones moins rentables comme, par exemple, les sables bitumineux de l'Alberta, au Canada, où le potentiel en terme de volume est énorme, même selon les pessimistes. La spéculation financière, les crises nouvelles ou les énergies concurrentes n'intervenant dans la problématique, au plus tôt, que dans un deuxième temps.
Il me semble que la hausse des années 70 est aujourd'hui reconnue comme le résultat de stratégies similaires pour développer l'offshore. Ne sommes-nous pas simplement en train de reproduire le même schéma?
Rédigé par: Aurélien | 01 juillet 2008 at 05:34
l'augmentation du prix du baril a eu un effet inattendu. c'est la difficulté de certains pays producteurs à gérer cet afflux massif de devises. Prenons le cas de l'Algérie qui il n'y a pas longtemps était énormement endetté et qui aujourd'hui tout en réfléchissant à la mise en place de son propre fond souverain comme l'a déjà fait la lybie place sont argent dans les bons du trésor américain. Un comble pour un pays dont la population est ouvertement contre la présence américaine en Irak et contre Israël un allié des USA.
Ce qui est aussi à noter, c'est que la population pauvre de ces pays riches profitent peu de l'envolée des prix. Pour ce qui concerne l'Algérie, les priorités sont la construction immobilière et les infrastructures routières et ferroviaires sans oublier l'investissement dans l'énergie nucléaire. Puis c'est un pays qui sort d'une guerre civile qui a lourdement plombé l'économie
Rédigé par: houhou | 01 juillet 2008 at 06:07
@ Aurélien: merci pour le commentaire d'une grande pertinence: en effet, toutes ces forces se mélangent et l'ordre que tu donnes est logique car les producteurs internationaux connaissent bien l'état de leurs réserves et les nécessités d'investissement à moyen et long terme; par ailleurs l'OPEP, avec la maximisation des fonds souverains et de la gestion optimisée (par rapport à l'historique) des infrastructures n'y voyait pas d'inconvénient en dessous d'un certain seuil. Par contre, je ne pense pas que quiconque ait prévu un prix dépassant, en si peu de temps, les $100 (sachant que le prix de production maximal est de $80); bref la machine est partie d'elle même, alimentée par une série de craintes, qui n'arrangent plus grand monde...
@ Houhou: 100% d'accord; l'espoir est de voir une meilleure gestion de la manne pétrolière sur ce coup (à titre perso j'entends parler d'un renouveau de cette gestion pétrolière algérienne depuis 7 ans), en prenant en compte les leçons des "industries industrialisantes" (initiée suite à la théorie De Bernis),et mettant le paquet sur les infrastructures et le développement des PME, dont les services (l'Algérie a de grands efforts à fournir dans ce domaine), avec une ouverture progressive de son marché extérieur. Cet ensemble devrait permettre au pays d'avoir, faute de crise politique et/ou de redémarrage à grande échelle du conflit, une courbe de développement exponentielle (je suis un grand optimiste, lol). Pour ce qui est des outils financiers, de remboursement quasi total de la dette extérieure et mise en place d'un fonds souverain, on ne peut que les féliciter (pour les investissements en bons du trésor américains, je trouve cela très discutable d'un point de vue financier - je ne rentrerai pas dans les ironies culturelles).
@ tous les deux: vous dormez jamais? (si mes calculs et timers sont justes, il était 1h30 au Canada et 6:00 en France)
Rédigé par: ArnaudH | 01 juillet 2008 at 10:40
@Arnaud:
Si l'heure indiquée dans les commentaires est l'heure française, alors il était 23h34 à Montréal pour le mien. Ce qui ne signifie pas que j'étais au lit à 1h30 pour autant :)
Rédigé par: Aurélien | 01 juillet 2008 at 16:17
bravo encore à Arnaud pour ce papier bien documenter. Je suis d'accord avec Aurilien en ce qui concerne la capacité des acteurs, du côté de l'offre à se jouer du marché, à manipuler les prix pour induire des décisions.
Cependant, je ne suis pas sûr que en 70-80, les majors (en particulier européenne) ait influé sur les prix pour commencer l'off-shore. Ce contre-choc de 85 a rendu l'ensemble des puits de la mer du nord par exemple peu rentable. Mais comme ils étaient équipés, ils ont fonctionné. Désormais UK par exemple a passé le "peak", et , conséquence du gasdash pour l'électricité, importe du gaz. Ce choc et contre-choc a eu plutot comme conséquence, en épuisant les "atouts de l'adversaire" de servir les intérêts des pays avec beaucoup de réserves.
Je pense que l'analyse que tu proposes après ton "quindi" mérite d'être vu points par points. En particulier ta première phrase loooooooongues après quindi qui est pire que celles de Rocard ! Trop d'idées entrecroisées. Listes énergie après énergie, fait la différence entre énergie primaire, finale, vecteur, utile, la notion de stockage, de puissance et énergie,... Nous affinons une présentation PPT au sein du groupe thématique "Energie, Démocratie, Europe" afin de démêler tous ces fils... sinon on y restons tous prisonniers.
Je n'ai pas de commentaires à faire après "Finalement, il sera nécessaire ..." car il s'agit là un travail sur l'offre alors que pour nous, l'essentiel est de travailler sur la demande en énergie (ou plus précisément sur l'offre de produits et services à faible contenu énergétique)
Un point important : je vous rappelle à tous un petit calcul que vous pouvez faire avec nos parents ou grands-parents. Avant le choc de 73, le litre d'essence était PLUS cher qu'aujourd hui. Avec un salaire median-bas, on achète aujourd'hui encore 1,5 à deux fois plus d'essence. cela fonctionne aussi en Italie (72-2008), j'ai fait hier le calcul avec mon beau-père. L'essence est donc BON MARCHE.
Le drame, c'est que nous avons remodeler nos espaces avec cette énergie pas chère. Nous nous sommes rendu dépendants par des déplacements contraints (doublé dans les familles car une famille "moyenne" européenne, les deux travaillent, et non plus un comme dans les années 60). Bref, la voiture consomme pareil, mais on en a deux et on est passé de 9 à 45 km/jour en 50 ans, pour en moyenne toujours le même temps de déplacement. Toujours plus vite (énergie = carré de la vitesse) et toujours plus loin... Nous avons "zonizé" ton territoire (travail là, habite là-bas, loisirs plus loin, achats, ici,..) comme les urbanistes "modernes" l'avait souhaité dans cette charte d'Athènes en 1933, funeste année...
Je vous invite à lire la triple interviews sur mon blog. http://liberte-egalite-fraternite.hautetfort.com/archive/2008/06/20/transition-vers-l-apres-petrole-abondant-l-avis-de-l-indienn.html(prise et commenté depuis une publication de recherche européenne "s'extraire du pétrole" et d'aller voir les articles uns par uns pour toutes les énergies. Vraiment bien fait par "research*eu".
Pour conclure, je suis de ceux, "sans vanter la crise énergétique" dont je vous ai d'ailleurs montrer que ce n'est pas cher encore !!!, je pense qu'il s'agit là d'une opportunité historique pour que le politique doit saisir pour déconnecter le signal-prix production et le signal_prix consommation. Je crois être foncièrement être un libéral, pas au sens opportuniste Delanoe, mais dans le sens de croire au mécanisme de marché (au sens SPD depuis 59 à Bad Godesberg), -j'ai d'ailleurs jamais voté PS de ma vie pour cette raison- mais cela sont inopérant pour cette dope. Nous n'en avons pas en europe, à nous de nous protéger contre les manipulations déstabilisantes qui arriveront pour sûr. Pour cela, une solution est de plus en plus regardé de près par les chercheurs : Envoyer aux acteurs économiques internes européens un signal prix fossiles en constante, graduelle et connu augmentation, les trentes prochaines années en mettant les mécanismes nécessaires aux fontières sur l'ensemble des produits importés. Avec les RFID, il est possible de connaitre le contenu fossile de chaque produit et de faire la règle de trois qu'il faut pour fixer le niveau de contribution "decarbonisation" nécessaire.
Rédigé par: Giacomo | 01 juillet 2008 at 17:08
@ Giacomo: Merci pour le commentaire et les précisions! Oui les phrases longues à la Rocard (entrecroisées de parenthèses avec des détails) vont devoir être écourtées, lol Pour le travail sur les aspects géopolitiques liés à l'offre de pétrole, disons qu'il s'agit d'éviter un embrasement prévisible, c'est un travail parallèle, qui ne concerne pas les mêmes acteurs en relations internationales. Par contre pour ton calcul comparatif 1972 / 2008, peux-tu m'envoyer ton calcul détaillé par e-mail car beaucoup d'informations contradictoires circulent à ce sujet.
Rédigé par: ArnaudH | 01 juillet 2008 at 17:28
Pour éclairer un peu la notion de devise de référence du pétrole, je suggère une approche par la compétitivité.
Le prix mondial du pétrole étant exprimé en dollars, ses variations dans chaque économie dépendent des variations de la devise locale par rapport au dollar. On a donc une échelle des augmentations réelles du coût du pétrole qui s’échelonnent ainsi :
- quand la valeur de devise locale augmente le plus par rapport au dollar, la variation du coût est minimale (cas de l’Euro), d’où une compétitivité améliorée envers le reste du monde
- quand la valeur de la devise locale augmente un peu par rapport au dollar, la variation du coût est inférieure à celle du dollar, mais supérieure à celle de l’Euro, d’où une compétitivité améliorée par rapport aux États-unis, mais dégradée par rapport à l’UE
- quand la valeur de la devise locale suit le dollar, la variation du coût est égale à celle du dollar, d’où une compétitivité dégradée par rapport à l’UE et à la Chine
- quand la valeur de la devise locale diminue par rapport au dollar, la variation de coût est maximale (cas de certains pays en développement) par rapport au reste du monde.
Pour être complet, cette échelle devrait faire aussi référence aux autres grandes monnaies (Livre sterling, Franc Suisse et Yen), mais l’idée est la même, c'est-à-dire que l’expression en dollar du prix du pétrole ne reflète pas la réalité des conséquences économiques des variations de son prix officiel.
Bien entendu, si le prix mondial du pétrole était exprimé en une autre devise, les conséquences réelles de ses variations sur les économies locales ne changeraient pas.
Cette analyse montre des évidences, dont l’une est souvent oubliée quand on parle de l’Euro « fort » : non seulement il nous apporte un avantage compétitif dans notre propre consommation de pétrole, mais il nous donne GRATUITEMENT un second avantage compétitif en détériorant la compétitivité des tous les autres pays. Incidemment, ce privilège léonin était auparavant celui sur lequel s’est bâti la puissance américaine.
La conséquence la plus facile à prévoir est que nos amis Chinois vont trouver dans ce mécanisme irrésistible la vraie justification, et probablement la nécessité, de l’augmentation progressive de la valeur du Yuan.
Les augmentations de prix résultant d’une augmentation de la demande difficile à satisfaire, précision importante, car si elle n’était pas difficile à satisfaire il n’y aurait pas augmentation des prix, ne devraient pas être qualifiée d’inflation. En effet la difficulté à satisfaire la demande entraîne des augmentations des coûts de production qui justifient économiquement les augmentations de prix.
Par ailleurs, je recommande d’éviter de trouver des justifications non-économiques aux grandes hausses d’un produit d’importance mondiale comme le pétrole, car elle n’auraient de sens que si on pouvait expliquer les grandes baisses (d’où partent nécessairement les grandes hausses) par des justifications de même nature.
Rédigé par: Alain Bertier | 05 juillet 2008 at 10:48
@ Alain: merci pour le commentaire et l'apport considérable que représente une analyse des effets d'une hausse des cours du pétrole associée à la variation des cours du dollar (par rapport aux autres devises).
Par contre, les augmentations des coûts de production ($5 à $15 en moyenne) ne sont pas avérées pour les plus grandes zones pétrolières mondiales, notamment au Moyen Orient (l'inconnue de l'état réel de leurs réserves nous empêche de nous prononcer sur la pérennité de ces réserves), donc dans ce cas précis (qui reste la source principale pour le moment), il est possible de parler d'effet inflationniste sur le prix mondial. A terme (au fur et à mesure que les sources se diversifient vers des moyens de production plus chers), c'est toi qui auras raison.
Pour ce qui est des causes non économiques (en l'occurrence géopolitiques), elles étaient à l'origine des deux premières crises (même si je te l'accorde d'avance, tout est économique à partir du moment où l'on joue sur des facteurs de production, boycott économique, formations de cartels, etc.); l'élimination des inconnues géopolitiques (et des facteurs économiques qui les accompagnaient) justifiant la baisse des prix post-crise.
Rédigé par: ArnaudH | 05 juillet 2008 at 11:16
@Arnaud
Je crois que la tranche de 5 à 15 dollars ne représente que le coût d’extraction ; en parlant de coût de production, j’entends la totalité du cycle industriel de la production du pétrole, c'est-à-dire l’extraction certes, mais surtout l’exploration (qui en grande profondeur sous-marine et en arctique représente des dépenses très supérieures aux budgets requis dans les périodes récentes), l’équipement des sites qui comprend les têtes d’extraction parfois à 3000 mètres de profondeur (dont la complexité résulte d’une part des énormes pressions abyssales, mais aussi des la performance technique que constitue, sur de telles distances, l’envoi et le maintien du flux d’eau et le retour de pétrole et de gaz), la construction de ces merveilles du monde technologique que sont les plates-formes en mer, sans oublier les moyens de chargement des pétroliers en eau profonde, ni les stockages, ni les usines de liquéfaction du gaz, ni les raffineries, tout cela dans un contexte industriel de perfection technique obligatoire qui fait que les entreprises capables de répondre à cette demande se compte sur les doigts d’une seule main, et pour les opérations les plus avancées guère plus de trois (dont une française, Technip) préférant d’ailleurs, le plus souvent, s’associer pour les grands projets, à quoi il ne faut pas omettre d’ajouter les majorations considérables du prix des matières premières utilisées dans toutes ces constructions.
PS : Les critique littéraires apprécieront la tentative de tout dire en une phrase dans le style de Quindi …
Rédigé par: Alain Bertier | 05 juillet 2008 at 12:02
@ Alain: je suis envieux maintenant: très belle phrase, lol. Si on reste au Moyen-Orient, alors oui, il faut rajouter cout d'extraction, cout de production (relativement peu cher, la production dans cet environnement n'exigeant pas des moyens techniques démesurés) et coût de raffinage (mais on reste dans le cadre d'un pétrole relativement facile à raffiner); l'exploration étant minimale (les réserves sont connues - seuls les nouveaux moyens techniques permettent d'optimiser les positionnement des nouveaux puits ou d'optimiser les puits en fin de production). Bref, le coût est certes supérieur à $5 - $15 mais on reste dans la fourchette basse du coût de production. Dans les autres zones, notamment en Afrique sub-saharienne, au Golfe du Mexique, en Amérique du Sud en Mer du Nord et en Asie, oui, le coût d'exploration, de production et de raffinage est bien plus important.
Rédigé par: ArnaudH | 05 juillet 2008 at 12:27
@ Alain et Arnaud,
j'aimerais profiter de cet échange entre vous, pour compléter sur coût de production.
Dans tout marché, il y a face à face la production et la consommation.
Dans les marchés énergétiques, l'équilibre intéressant à analyser se fait au niveau du marché d'énergie dite finale, par exemple au nivveau de la plaque continentale européenne l'électricité, ou niveau region mondiale le ga naturel, voire aussi les "liquid fuel", les possibilités économiques de transports permettant de corréler au niveau mondial les prix entre eux.
Côté offre, une technologie qui transforme de la ressource en énergie, côté demande, une technologie qui transforme une énergie en services (voiture+ morphologie urbaine, chauffage+ "système-habitat", ....)
Nous ne voulons pas un voiture énergivore, ni même de la mobilité, nous voulons de l'accessibilité, obtenu car la morphologie urbaine a été bien pensée. Nous ne voulons pas un chauffage énergivore, ni même des capteurs solaires sur le toit, nous voulons du confort thermique; obtenu car le "système-habitat" a été bien étudié.
Nous avons pris l'habitude de vouloir des habitats, des véhicules énergévores (certaine marque de status-symbol aussi) car nous n'avons pas conscience de l'intensité énergétique des fluides à notre disposition. Un plein correspond à la quantité énergétique fournit par un travailleur manuel durant ... quatre ans !
De facon abusive, l'ensemble des infrastructures (depuis le puits/mines, jusqu'à l'utilisateur -pipes, wires) ne sont pas prise en compte comme COUT de PRODUCTION, alors qu'elle n'en sont que leur prolongement, elle sont au mieux partagé entre offre et demande ou même supporté par la demande, même encore porté par la collectivité.
Il s'agit là d'un biais dont nous devons avoir conscience car il a des conséquence importante sur les solutions sub-optimales que les marchés favorisent. La place d'une politique économique vertueuse est de corriger ces biais par des mécanismes adaptés de réallocations des moyens de l'offre d'énergies à l'offre de services (demande d'énergies).
Rédigé par: Giacomo | 10 juillet 2008 at 16:01
Article fort intéressant, en effet.
En complément j'apporterais deux considérations.
1 - la situation actuelle me rappelle ce que disait un excellent économiste français, Jean Fourastié, au sujet des "périodes transitoires" : une certaine "technologie", ensemble des conditions de production et consommation à l'instant "t" entre en crise, car :
-> l'amélioration de l'efficience productive (y inclus la capacité de rationaliser la dépense énergétique)n'arrive pas à suivre l'excès de demande ET
-> la demande instantanée est rigide
C'est largement le cas aujourd'hui pour ce qui concerne l'énergie. Fourastié aurait dit qu'une création de "progrès technologique" viendra déplacer la "technologie" sur un terrain plus fertile.
Sur cette conclusion, pourtant intéressante (-> ex. hydrogène ?), je suis réservé.
2 - Il est vrai que les tenants de la "croissance zéro", historiquement ont eu tort mais je crois qu'un progrès "organisationnel" des territoires, voué à la réduction de l'obligation de consommation est primordial si on veut bâtir un équilibre durable qui assume un coût de l'énergie, peut importe la source, durablement cher.
Rédigé par: Claudio (aka Bzhita) | 15 juillet 2008 at 01:45
@ Giacomo: Comme toujours, je trouve ta perspective rafraichissante car elle nous ramène à l'essentiel ;-)
@ Claudio: Merci pour le commentaire et pour la référence à Fourastié (j'ai eu l'occasion de voir de près l'oeuvre de ce grand européen, proche de Monnet, lors de mon passage par la Commission Economique pour l'Amérique Latine); le principe est en effet valable, un bémol tout de même sur la deuxième assertion: la demande de pétrole n'est pas forcément rigide dans les sociétés développées (par contre elle est plus que compensée par une demande croissante des pays émergents); Sur le progrès organisationnels des territoires, les écrits de Giacomo (commentaire au dessus du tien) et ses références bibliographiques sont très bonnes.
Rédigé par: ArnaudH | 15 juillet 2008 at 11:12