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05 mai 2008

Quindi... Après 11 années de gestion travailliste, la triade politique reprend le dessus au Royaume Uni

Uk_parties_3 L'élection municipale et des county councils (conseils de comtés) partielle en Angleterre et au Pays de Galle du 1er mai 2008 aura transformé la perception du rapport de force politique au Royaume-Uni. Bien qu'il ne s'agisse que d'une élection partielle (seuls 159 comtés votaient), les résultats sont probants (contrairement à la majorité des élections partielles qui permettent une lecture mitigée de leurs résultats). Ils confirment une tendance qui a démarré lors de l'élection générale (législative) de 2005, s'est développée au cours des élections municipales et de comtés en 2006 et 2007, et indiquent le passage d'une situation de majorité travailliste (35,3% lors des dernières élections générales) à une majorité naissante du parti conservateur (les élections 2008 le place 20 points au dessus de son rival travailliste à 44%, au delà des 16 points prévus par les sondages); le changement de statut confirmé des Libéraux Démocrates, qui deviennent le deuxième parti britannique (les estimations de la BBC lui attribuent 25% des voix en 2008, soit un point au dessus des travaillistes); la prise partielle de pouvoir des partis régionaux (Parti National Ecossais - SNP, Plaid Cymru, SDLP, DUP, Sinn Fein) et petits partis (les Verts, le parti d'extrême droite BNP qui a pris le relai d'UKIP, la coalition d'extrême gauche Respect). Les résultats globalisés des élections municipales et de comtés 2008 sont comme suit (voir cartes électorales détaillées plus bas):

  • sur les 8427 sièges en jeu dans les comtés, 3154 ont été remportés par les Conservateurs (Tory), 2368 par les Travaillistes (Labour), et 1805 par les Libéraux Démocrates (LibDems);
  • sur les 159 comtés, 65 ont été remportés par les Tories, 18 par Labour, 12 par les LibDems, et 64 n'ont pas de majorité absolue;
  • à Londres, sur les 25 sièges que compte l'assemblée de la ville, 11 ont été remportés par les Tories, 8 par Labour, 3 par les LibDems, 2 par les Verts (Greens), et 1 par le Parti National Britannique (BNP), d'extrême droite;
  • à Londres, le maire sortant, Ken Livingstone du Labour, perd l'élection avec 36,38% (1,029 millions de voix avec les préférences secondaires, soit 53,2% du second tour virtuel) face aux 42,48% du candidat conservateur Boris Johnson (1,169 millions de voix avec les préférences secondaires, soit 46,2% du second tour virtuel), soit 140 000 voix d'avance. Le candidat LibDem, Brian Paddick, remporte 9,63%, celle des Verts, Siân Berry, 3,15%, celui du BNP, Richard Barnbrook, 2,84%.

 

Ces résultats, les pires qu'ait réalisé le parti travailliste aux élections locales depuis 40 ans, sonnent le glas de la période de grâce relative du Premier Ministre Gordon Brown et la fin des années Blair (les élections de 1997, qui avaient porté les Travaillistes au pouvoir, avaient donné une grande majorité au parti à Londres). La défaite des Travaillistes à Londres démontre leur réelle perte de popularité sur le terrain, dans une ville qu'ils contrôlaient pourtant depuis 1981. Il en va de même pour les 331 sièges perdus dans les conseils de comté en 2008, cumulés aux 504 sièges perdus en 2007, aux 319 sièges perdus en 2006, et aux 57 parlementaires perdus à la Chambre des Communes lors des élections générales de 2005 . Alors que les élections intermédiaires des deux dernières années avaient en grande partie sanctionné la politique irakienne du gouvernement, cela n'a pas été le cas cette année. Comme la plupart des élections de 2008, sur tous les continents, l'économie revient sur le devant de la scène avec des crises à répétition, et notamment celle de la banque Northern Rock au Royaume Uni, qui a du être nationalisée suite à ses pertes considérables liées aux investissements en subprimes et ses pertes de liquidités, qui l'empêchaient de faire face aux demandes de retraits de ses clients. Gordon Brown a été obligé de promettre pendant la campagne 2008 qu'il tiendrait compte du résultat du vote, surtout après la politique de communication mal conçue qui avait mené le nouveau Premier Ministre à refuser la tenue d'élections générales quelques mois après son arrivée au pouvoir; il donne ainsi l'impression d'un chef de gouvernement qui n'est pas soutenu par les urnes (malgré le principe que les britanniques ne votent pas pour leur Premier Ministre mais pour une majorité législative). Le délai maximal autorisé avant la prochaine élection législative sera probablement utilisé pleinement par Gordon Brown (les élections générales peuvent être repoussées jusqu'au 3 juin 2010). Au niveau gestion gouvernementale, la victoire des conservateurs confirme une tendance qui est apparue depuis plus de six mois, celle qui semble indiquer que les britanniques ne font plus confiance aux travaillistes pour mieux gérer l'économie de ce pays de propriétaires. Cette tendance est liée au lien réalisé par l'électorat britannique entre l'état de l'économie actuelle et Gordon Brown, le ministre de l'économie et des finances ("Chancellor of the exchequer") pendant la décennie de gouvernements Blair (on l'accuse notamment d'avoir construit une politique de croissance basée sur un boom immobilier et du crédit). Même dans des circonscriptions acquises aux travaillistes depuis des décennies, comme les circonscriptions industrielles du Pays de Galles, les majorités ont été perdues par le parti. Au niveau national, la responsabilité de M. Brown est liée au climat de fébrilité politique crée depuis son arrivée au pouvoir avec un scandale de financement de son parti, une résignation ministérielle, une réforme du plancher des taxes (10%) qui heurte la base politique des travaillistes (5 millions de foyers parmi les plus pauvres du Royaume Uni) ainsi que les chances électorales des parlementaires travaillistes, et une guérilla parlementaire sur les périodes de détention de terroristes.

 

Ken Livingstone , le premier maire élu (et réélu en 2004) de Londres (avant 2000, la ville avait été gérée par un Conseil du Grand Londres entre 1981 et 1986 - date de son abolition - dont Ken Livingstone avait aussi été le leader) aura précisé, avant son départ, qu'il était le seul responsable de la défaite à Londres, et pourtant, sa défaite est probablement plus liée au désamour des britanniques avec les travaillistes plutôt qu'à des conditions locales qui se sont objectivement améliorées sous le mandat de "Red Ken" ("Ken le rouge", surnom donné à l'ancien maire pour son passé trotskiste): la ville bénéficie d'un système de transport épuré depuis la mise en place du péage urbain (forfait journalier pour les véhicules de £8 à £12 pour entrer dans le centre et l'ouest de la ville, vérifié par vidéosurveillance), la modernisation des Bus à impériale (qui permet un accès plus facile pour les handicapés), la mise en place d'un système de carte unique pour les transports (Oyster card), et d'un partenariat public-privé (PPP) pour l'entretien et la rénovation du métro (Metronet), système de financement imposé par le gouvernement et auquel Livingstone s'opposait (lui préférant un systèmes d'obligations publiques); le maire et le gouvernement de Tony Blair ont réussi à remporter les Jeux Olympiques de 2012 face à leurs rivaux (notamment Paris, Madrid, New York et Moscou) ; la gestion bien perçue de la crise sécuritaire suite aux attentats du 7 juillet 2005; la finalisation des travaux de construction d'un hôtel de ville moderne pour la ville; et la réduction du taux de criminalité de la ville sous les deux mandats Travaillistes. Pourtant, le résultat électoral de Londres éclabousse aussi Gordon Brown, malgré le climat de tension existant entre les "Nouveaux Travaillistes" (dont Gordon Brown et Tony Blair) et les travaillistes historiques, dont Ken Livingstone, qui en était même arrivé à démissionner brièvement du parti travailliste avant son élection à la Mairie de Londres en 2000.

 

1_quindi_uk_election_200620082_quindi_uk_election_20062008_2 31_quindi_uk_election_20062008_2 Les gains électoraux des conservateurs auront été impressionnants, notamment dans le nord de l'Angleterre, à la frontière avec l'Ecosse, où le parti travailliste, ou à défaut les LibDems, remportent généralement les scrutins. La capacité de David Cameron, le chef de l'opposition conservatrice qui a repris les rennes du parti en 2005, ainsi que celle de George Osborne, le ministre de l'économie du Shadow Cabinet, à capitaliser sur la nouvelle gestion conservatrice, déterminera probablement l'issue de l'élection générale (législative) de 2010. Les Tories avaient perdu une partie de leur crédibilité en matière économique, sous le mandat de John Major, quand la Livre Sterling avait du quitter le Système Monétaire Européen (SME, devenu MCE) suite à la vague de spéculation de septembre 1992 ("Black Wednesday"). De même que Gordon Brown, en tant que Ministre de l'Economie de Tony Blair, avait suivi les grands équilibres de politique économique de son prédécesseur, George Osborne prône le suivi et l'amélioration des politiques de Gordon Brown, notamment en matière d'indépendance de la Banque d'Angleterre (première réforme de Gordon Brown), qu'il souhaite améliorer (plus de responsabilités pour le sauvetage des institutions financières privées, conditions plus fermes en termes de ratios de capitalisation des banques privées permettant d'éviter un nouveau boom immobilier, pas d'indexation des prix de l'immobilier et du panier de la ménagère pour fixer les taux d'intérêts, contrairement aux recommandations du FMI), et fiscalité / investissements publics responsables (en augmentant les dépenses publiques de 2,1% par rapport à une croissance annuelle estimée à 2,5%, repoussant les réductions de ponction fiscale sur les particuliers, y compris l'élimination des droits de succession, à plus tard, et envisageant une réduction de l'impôt sur les sociétés de 28% à 25%). Premier mandat exécutif du parti conservateur depuis sa défaite de 1997, la nouvelle gestion de la mairie de Londres sera analysée de près par les électeurs britanniques d'ici 2010. La préparation des Jeux Olympiques de 2012, dont l'organisation est généralement minée par des gestions immobilières, économiques, sportives et politiques locales, sera un enjeu de taille pour les élections générales de 2010. Pourtant les gaffes politiques de Boris Johnson, parlementaire britannique depuis 2001, ancien journaliste, ne rendront pas cette tâche simple (accusé de liaisons extra-conjugales, il avait lancé des campagnes contre les mariages homosexuels, la ville de Liverpool, l'alimentation équilibrée à l'école, et s'était vanté d'avoir volé une boite de cigares de la maison pillée de Tarek Aziz lors d'une visite en Irak). Cependant, les victoires de Boris Johnson à Londres, et de David Cameron au niveau national, rassurent les Conservateurs, en démontrant que des personnages publics issus de la haute société britannique, avec une éducation dans les écoles classiques (ils ont étudié ensemble à Oxford), peuvent à nouveau devenir populaires.

 

Le mouvement de balancier qui se sera opéré entre les Travaillistes et Conservateurs n'aura affecté les LibDems qu'à la marge: les estimations de la BBC lui attribuent 25% des voix en 2008, soit un point au dessus des travaillistes; elles lui accordaient 27% des voix lors des élections de comtés de 2007 (un point en dessous des travaillistes) et des élections de comtés de 2006 (avec un point au dessus des travaillistes, bien que les estimations du Sunday Times plaçaient les LibDems à 25%, un point en dessous des travaillistes), et 22,1% lors des élections générales de 2005. Sur la longue durée, les intentions de vote stagnent entre 15% et 25% dans les sondages (voir graphique). Ces résultats démontrent la résistance de la base électorale des LibDems au niveau national, se situant probablement autour de 12% de l'électorat (sondages les plus faibles courant 2007, lors des changements de direction du parti); le fort ancrage local du parti, surtout dans le nord et le sud-ouest de l'Angleterre, en Ecosse, et au Pays de Galles (toutes des régions défavorisées du pays, voir carte des élections 2005), bien que le mode de scrutin limite son nombre de conseillers; mais aussi son incapacité, jusqu'à présent, pour dépasser de manière durable ses concurrents et devenir une véritable option de rechange à l'échelle nationale. Plus préoccupant, les élections pour le Parlement d'Ecosse en 2007 (voir carte), ainsi que les élections de comté de 2008 (voir carte), montrent une progression des partis régionalistes (SNP, Plaid Cymru) qui fait basculer des comtés aux mains de ces partis (Ecosse), ou empêchent la mise en place d'une majorité (Pays de Galles); dans les deux cas, cela diminue la visibilité des LibDems par leur gestion locale, une des principales forces de leurs années d'opposition, et cela les cantonne à la gestion de régions avec peu de perspectives économiques. Au niveau des élections de comté de 2008, les gains nets de comtés et de sièges sont limités (1 comté supplémentaire passe sous son contrôle, amenant le total des comtés LibDems à 12 sur les 159 en jeu; 34 sièges supplémentaires de conseillers de comtés ont été remportés, amenant le total de sièges LibDems à 1805 sur 8427 en jeu, un score somme toute limité par rapport aux gains importants des conservateurs), en 2007 les pertes avaient été importantes (perte de 4 comtés et de 246 sièges, représentant la moitié des pertes des Travaillistes), et en 2006 les gains nets étaient similaires à 2008 (1 comté supplémentaire remporté, 2 sièges supplémentaires remportés sur les 4418 en jeu). La relative stagnation des voix lors des élections de comtés (25% en 2008, 27% en 2007, 27% en 2006) alors même que le gouvernement travailliste est sanctionné par l'électorat pour sa gestion de la guerre en Irak, de l'économie (crises financière, crise immobilière, augmentation des impôts, gestion des fichiers informatiques, gestion du programme économique au Parlement), l'usure du pouvoir, et le refus de se représenter devant les urnes (scrutin législatif optionnel); que les Conservateurs bénéficient d'un bond spectaculaire dans les intentions de vote depuis 2007; n'est pas rassurante. A Londres en 2008, les LibDems perdent deux des cinq sièges qu'ils contrôlaient dans l'assemblée municipale sortante et ne remportent que 9,6% des voix, soit moins du tiers de leur concurrent le plus proche, les Parti Travailliste.

 

Les changements de leadership en 2007 n'ont pas produit les mêmes résultats pour les Conservateurs que pour les LibDems, bien que l'élection de Nick Clegg en décembre 2007 soit encore trop récente pour impacter réellement la politique nationale (David Cameron est à la tête des Tories depuis décembre 2005). Si on prend un grand angle pour analyser les positions nationales des LibDems, force est de constater que leurs positions programmatiques sur l'Europe (fédéralistes, membres de l'ADLE), la politique étrangère (multilatéralistes, retrait d'Irak), la gestion économique (réduction du taux d'imposition sur les revenus de 4% et neutralité fiscale pour le reste), et l'environnement (réductions supplémentaires des GES, taxe supplémentaire sur les pollueurs) ne rencontrent pas encore les faveurs du tiers de l'électorat britannique, nécessaire pour gagner une élection nationale. Depuis le repositionnement du New Labour, reprenant certaines des politiques économiques démarrées sous l'ère Thatcher, il est intéressant de voir que les LibDems sont maintenant positionnés légèrement plus à gauche que les Travaillistes grâce à une politique social-libérale. Par contre ces positions rencontrent des succès importants dans des "zones périphériques du pays" (que ce soit économiquement, ou géographiquement); ainsi les LibDems gèrent directement ou en partenariat plusieurs zones (comtés et villes) très visibles comme Lancashire, Cornwall, Devon, Somerset, Highland, Aberdeenshire, la région de NorfolkHull, et les villes de Liverpool, Sheffield, Edimbourg (en partenariat avec le SNP, ainsi que plusieurs comtés du sud de la ville dont East Lothian), Newcastle, Northampton, Cambridge, St Albans et Watford. L'espoir des LibDems est donc d'utiliser leurs représentations locales, pour créer une force alternative en cas d'échec des conservateurs à Londres. La comparaison entre un mauvais bilan londonien de Boris Johnson, et une gestion responsable par les LibDems dans des villes d'envergure comme Edimbourg (depuis 2007) et Newcastle (depuis 2004) pourrait changer le rapport de forces en 2010. Dans ce cas de figure, un regard plus attentif des britanniques sur le programme économique des LibDems pourrait faire pencher la balance en leur faveur, de même que leur politique étrangère plus raisonnable (surtout en ce qui concerne le rapatriement des troupes britanniques en Irak). Par contre, la politique européenne du parti pourrait faire fuir de nombreux électeurs (majoritairement eurosceptiques).

 

Comme cela s'était vu lors des élections à l'Assemblée d'Irlande du Nord (1998, 2003, et 2007), ce sont les partis régionaux qui prennent progressivement le dessus au Pays de Galles (2003, 2007), mais surtout en Ecosse (2003, 2007). Les deux partis régionalistes, le gallois Plaid Cymru, et l'écossais SNP, sont socio-démocrates, membres de l'Alliance Libre Européenne (ALE) au Parlement Européen (Groupe Verts - ALE), et prônent ouvertement l'indépendance galloise et écossaise. L'arrivée du SNP à la tête du parlement écossais en 2007, et le gouvernement de coalition entre Plaid Cymru et les Travaillistes au Pays de Galles, créen un beseoin de réévaluation de la politique nationale britannique, qui a dorénavant deux niveaux bien distincts entre, d'une part, les gouvernements régionaux et locaux auxquels participent activement les partis régionaux (SNP, Plaid Cymru, DUP, Sinn Fein, SDLP) et, d'autre part, le gouvernement national, où seuls les trois principaux partis jouent un rôle significatif.  Le parti pour l'Indépendance du Royaume Uni (UKIP) dont la plateforme électorale est la sortie du pays de l'UE, quatrième parti national en nombre de militants, est en perte de vitesse au niveau local (il n'a remporté aucun siège à Londres avec seulement 0,9% des voix, par rapport au score élevé de 6% en 2004 et au score de 2,2% à l'élection législative de 2005), bien qu'il pourrait à nouveau réaliser un score important au Parlement Européen (en 2004 il avait remporté 12 sièges avec 16,1% voix, devant les LibDems europhiles avec 14,9%, et 12 sièges aussi). Par contre le Parti National Britannique (BNP), parti d'extrême droite, pourrait émerger (n'ayant réalisé qu'un faible score aux législatives de 2005 avec 0,7%, il augmente progressivement par rapport aux scores insignifiants des législatives précédentes le plaçant à 0,1% - 0,2%), il vient d'obtenir un siège à l'assemblé de Londres (bien qu'il n'ait pas progressé en pourcentage électoral - il avait obtenu 3% des voix à Londres en 2004 et obtient, 2,85% en 2008 - son nombre d'électeurs à Londres augmente de 11 000), et détient déjà une centaine de conseillers dans les instances locales. Finalement, un autre parti grignote des sièges locaux, ainsi que des sièges au Parlement Européen progressivement: les Verts (Green Party of England and Wales) ont deux députés européens (6,3% des voix) et 116 conseillers locaux (depuis le 1er mai 2008) dont deux à l'assemblé de Londres (sur les 25 conseillers).

 

2428310022_6e083e04aeLa Mairie de Londres qui gère la plus grande ville d'Europe avec 7,5 millions d'habitants (l'aire urbaine totale "commuter belt" est de 14 millions d'habitants) et un budget de £11 milliards a été le principal terrain de bataille de cette élection. Les principaux enjeux programmatiques de l'élection: la politique des transports, la sécurité, la construction de logements, l'environnement, et la gestion des futurs Jeux Olympiques. Les propositions de Boris Johnson auront emporté l'adhésion des londoniens, bien que celles-ci dépassent de loin les prérogatives limitées du Maire (qui gère, avant tout, les systèmes de transports de la ville; les autres attributions étant de la responsabilité du gouvernement central ou des arrondissements). Celles-ci se sont concentrées sur la sécurité (avec la mise en place de scanners mobiles), le logement (lancement de la construction de 50 000 logements), le transport (refus de l'extension de la taxe de £8 à £12 pour rentrer au centre ville à l'ouest résidentiel, traditionnellement de droite, et amélioration du réseau des bus à impériale avec la possibilité de monter et descendre à l'arrière du bus), et l'environnement (extension des pistes cyclables et des parcs) . Le programme de Ken Livingstone détaillait une extension du système de transport ferroviaire à l'est de la ville (Crossrail), des investissements d'entretien et rénovation dans le métro et les bus londoniens; des tarifs privilégiés de transport pour les handicapés, les seniors, et les plus jeunes; un tarif supplémentaire en cas d'encombrements pour les véhicules les plus polluants, dont les 4x4 (en exemptant les moins polluants) - les investissements de ces dernières années n'ayant pas suffi pour décongestionner la ville; l'augmentation progressive du nombre de policiers de proximité (très peu mis en avant pendant la campagne, ce qui a été exploité par ses concurrents); l'augmentation des constructions de logements à loyer abordable (la ville étant devenue une des plus chères du monde); et l'augmentation du nombre de pistes cyclables. Brian Paddick, le candidat LibDem, est un ancien Commissaire de Police, éduqué grâce aux bourses de police à Warwick (MBA) et Cambridge (Criminologie), l'homosexuel le plus visible des forces de police de par son rang. Il était le principal candidat issu de la société civile (Ken Livingstone est un politicien de carrière et Boris Johnson est un ancien journaliste devenu parlementaire). Son programme politique, était centré sur la lutte anti-criminalité (il promettait de réduire de 50% le taux de criminalité de la capitale), l'environnement (en plantant des milliers d'arbres, diminuant les embouteillages, et améliorant le recyclage), le transport (augmentation de la capacité des lignes de métro et de bus pour mieux prolonger le réseau du métro à la périphérie de la ville; mise en place de concessions privées pour la gestion des transports publics; création d'un système de tramway entre le nord et le sud de la ville; amélioration des possibilités de location de vélos et de voitures), le logement (utilisation des logements vacants et lutte contre les problèmes du vagabondage), et limitation des dépenses de l'hôtel de ville.

 

Quindi... Malgré des résultats clairs, il est nécessaire de relativiser les enseignements des élections partielles de 2008. Tout d'abord, le taux de participation était relativement bas par rapport aux autres scrutins, avec 35%, bien qu'il s'agisse d'un taux habituel pour des élections locales au Royaume Uni. Ensuite, les préoccupations locales peuvent parfois prendre le dessus sur les sujets nationaux; notamment en ce qui concerne la politique du gouvernement lors des quelques mois de gouvernement Brown. Finalement, les résultats des travaillistes lors des élections partielles de 2004 étaient aussi mauvais, mais cela ne leur a pas empêché de remporter les élections générales de 2005. Cependant, la tendance est préoccupante pour les travaillistes, qui menaient par 22 points dans les sondages juste avant l'élection générale de 2005, avant d'être menés à leur tour en 2008 par 20 points; ainsi que pour les Libéraux Démocrates qui ne semblent pas capables de dépasser, lors des élections nationales, la chape de plomb des 20%-25%, et seraient réduits à un rôle de figuration dans le cadre d'alternances décennales. Toutefois, cette analyse doit être relativisée, la gestion très visible de Londres par un personnage haut en couleurs comme Boris Johnson pourrait limiter l'avance des conservateurs lors de futures élections, suffisamment pour permettre au LibDems de consolider leur deuxième place à l'échelle nationale, et non plus seulement locale, et devenir le premier parti d'opposition. De plus, les gains électoraux des conservateurs démontrent surtout leur capacité à capitaliser sur les erreurs de communication de Gordon Brown, mais leurs propres propositions n'ont pas encore remporté une adhésion forte (à l'inverse de l'Italie lors de ses élections législatives, provinciales, et municipales récentes, voir billet 1, 2) auprès de l'électorat britannique. Ainsi, en cas de désaffection électorale, les bénéficiaires pourraient être les LibDems. Un autre scénario imaginable pour les LibDems (voir billet) serait le passage à un tripartisme réel, où aucun parti n'obtiendrait une majorité et une coalition se formerait entre les LibDems et un des deux grands partis nationaux. Bref, tous les scénarii d'alliances sont dorénavant possibles, y compris un rôle plus important des partis régionaux (à l'image de l'Espagne ou de l'Italie) en cas d'équilibre des trois grands partis nationaux au Parlement.

 

Un aspect particulier du système municipal britannique pourrait expliquer la faible participation et la nature excentrique de certains candidats municipaux: il existe seulement 13 maires élus au Royaume-Uni (sans compter les maires d'arrondissement / boroughs, ou de provinces / shires), les autres villes sont gérées par des conseils inter-municipaux, des conseils de comtés ou d'autres formules locales spécifiques. Sur les 13 villes, seule Londres est une municipalité d'envergure. Le pouvoir limité accordé à ces municipalités (en matière de transport et de mise en place de complémentarités et réseaux entre plusieurs comtés - si un accord est trouvé; pour le reste, leur pouvoir est surtout symbolique), notamment leur manque de pouvoir en matière budgétaire locale, de santé, ou de police (hormis la police municipale), explique le manque d'enthousiasme que peuvent provoquer les campagnes électorales municipales. Un cercle vicieux se crée lorsque l'élection de figures excentriques comme Ken Livingstone ou Boris Johnson effraie le pouvoir central et limite toute dévolution de pouvoir supplémentaire vers les mairies. Il devient donc difficile d'extrapoler les résultats d'une élection municipale britannique sur de potentiels résultats nationaux.

 

L'échec électoral de Gordon Brown en 2008 ne sera pas forcément rédhibitoire pour la suite. Bien qu'il se soit publiquement excusé, deux jours après les élections à la télévision, auprès des conseillers locaux Travaillistes qui ont perdu leurs sièges, en expliquant que les manquements du gouvernement sur la politique économique allaient être corrigés, son expérience politique en matière de gestion globale nationale demeure limitée (10 mois à la tête du gouvernement) et pourrait donc s'améliorer. Reconnu pour son goût du détail et des analyses économiques, il apprend lentement à mieux communiquer, démontrer une plus grande compétence en matière de politique étrangère et européenne, et gérer ses parlementaires et ministres. Il est dès lors surprenant de voir les gaffes gouvernementales concerner avant tout le secteur économique, que Gordon Brown a contrôlé pendant 10 ans, et de voir l'économie devenir son Talon d'Achille. Toutefois, il est peu probable que ces défaillances de début de mandat continuent pendant les deux prochaines années. De plus, il n'existe pas de challenger important chez les Travaillistes pour concurrencer Gordon Brown (les autres candidats sont trop âgés, trop jeunes, ou au gouvernement et partagent une part de responsabilité). Le parallèle qui s'établit d'ailleurs le plus à l'heure actuelle, chez les analystes politiques britanniques, est celui de John Major, qui après onze années et demie de pouvoir thatchérien, avait participé à une révolte des parlementaires conservateurs en 1990 pour remplacer la Dame de fer. Il avait par la suite réussi à gagner les élections législatives de 1992 et gouverner, en tout, pendant six années et demie. Cependant, Gordon Brown est un figure politique d'une tout autre envergure que John Major (bien qu'ils soient tous deux très peu charismatiques). D'abord parce qu'il a personnellement mis en place, avec Tony Blair, le repositionnement du parti au centre de l'échiquier politique, lui permettant de formuler des politique consensuelles sans remise en cause interne à court terme. Ensuite parce qu'il connait parfaitement les rouages du pouvoir et les défaillances des Travaillistes au pouvoir - son interview au lendemain des élections 2008 l'aura démontré. Enfin parce qu'il pourrait rapidement mieux s'entourer et créer une impression de compétence en agissant sur l'international et la communication. Au niveau international et européen, il devrait mettre en avant son agenda multilatéraliste (ses propositions -vidéo- pour les réformes de l'ONU et des ses actions en matière d'éducation et de santé, d'aide humanitaire et de stabilisation; réformes de l'OTAN pour ses efforts de maintien de la paix et de reconstruction; et les réformes du FMI et de la Banque Mondiale pour alerter plus tôt sur les risques systémiques de l'économie mondiale; ainsi que ses condamnations à répétition des actions de Robert Mugabe au Zimbabwe; et ses propositions pour que les Etats-Unis deviennent un investisseur en éducation à l'échelle internationale, semblent aller dans ce sens), terrain abandonné à Tony Blair pendant trop longtemps, et pas encore pleinement assimilé par Gordon Brown (Tony Blair pourrait d'ailleurs assister son ancien numéro deux, afin d'augmenter l'influence du Royaume Uni dans les institutions internationales, et s'assurer un avenir à la tête d'une de ces organisations), malgré son jeune et efficace Ministre des Affaires Etrangères, David Miliband. En termes de communication, les gestions réussies du New Labour au pouvoir ne sont pas suffisamment mises en avant (la réforme du système de santé, la réforme du système éducatif, la croissance économique globale sur la période, les investissements lourds en infrastructures, la réforme institutionnelle, les liens avec l'UE), ces sujets ayant été éclipsés lors des élections locales des trois dernières années (au profit de sujets internationaux comme la Guerre en Irak et la crise économique mondiale). Gordon Brown pourrait ainsi éviter l'erreur d'Al Gore aux présidentielles américaines de 2000, en se distançant volontairement du bilan pourtant positif de Bill Clinton.

 

Le climat politique britannique des deux prochaines années devrait donc favoriser une lutte équilibrée entre les trois grands partis, dont les trois leaders, Gordon Brown, David Cameron, et Nick Clegg, ne se sont jamais affrontés en tant que chefs de parti (les trois chefs de partis aux élections 2005 étaient Tony Blair, Michael Howard, et Charles Kennedy), fomentant probablement une élections législative passionnante en 2010.

 

A lire, le billet de FredLN sur France Démocrate sur lélection des comtés 2008, les LibDems, et les propos de Jean Pierre Rafarin.

Photos de Lewis Hamdreamersous licence Creative Commons 2.0 (pas d'utilisation commerciale) représentant tous les candidats à la Marie de Londres lors de l'élection municipale 2008; de gauche à droite Linsay German (Left List), Sîan Berry (Green), Boris Johnson (Conservatives), Ken Livingstone (le maire en poste, du Labour), Brian Paddick (LibDems).

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Commentaires

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Ta note est beaucoup trop longue. Tu aurais dû te concentrer sur les LibDems. C'est typiquement le genre d'analyse que l'on ne verra pas à la télé française!
Bravo et garde un oeil sur cette nouvelle génération de conservateurs: je crois que ce sont des europhobes convaincus.

Bonjour Arnaud,

Deux questions:

Penses-tu qu'avec ce système tri-partiste la démocratie britannique se porte mieux que la française (malgré la faible participation)?

Les Lib-Dems sont-ils un exemple à suivre pour le Modem?

Merci,


Aurélien

Salut Aurélien,

J'avais abordé une partie de ces questions sur ce billet: http://www.quindiblog.eu/log/2007/12/quindi-les-dile.html

Pour le tripartisme britannique, je pense qu'il est mieux établi au Royaume Uni qu'en France; cela se voit dans les sondages réguliers (à l'échelle nationale, 15-27% pour les LibDems, par rapport à 7%-18% pour le MoDem), ou pour l'image bien établie des LibDems (socio-démocrates & libéraux), ce qui n'est pas encore le cas du MoDem: que ce soit dans les débats internes (avec des guerres entre tendances, et des recherches de rapprochements dits naturels au centre droite ou au centre gauche); ou la communication externe, où le MoDem peine à communiquer de manière efficace en tant que parti indépendant (il reste assimilable au centre droit, centre gauche, ou à la cacophonie stratégique). Ces différences s'expliquent, à mon avis, par:
- l'historique plus long des LibDems (20 d'histoire commune; des siècles d'histoire des deux principales composantes);
- une expérience de gestion locale bien établie, surtout dans le sud-ouest de l'Angleterre, au Pays de Galles, et en Ecosse; le MoDem est trop jeune et encore mal implanté localement (encore que certaines tendances se font sentir en Bretagne et dans les centres urbains, ce qui pourrait, à terme, permettre une identification de gestion locale pour le MoDem aussi);
- la possibilité offerte sur le terrain aux LibDems, mais aussi aux Travaillistes, de faire des alliances avec les partis régionaux et les verts, ce qui banalise le principe du troisième parti; le MoDem n'a pas ces possibilités en France, et pourtant au PDE, le MoDem est allié au PNV basque, et une alliance tactique avec les Verts, souhaitée par Cohn Bendit et Yann Wherling par moments, pourrait être décisive (les Verts parisiens semblent être les plus récalcitrants, comme l'explique souvent l'Hérétique) - ironiquement, une alliance avec les Verts pourrait peut-être renforcer l'image d'indépendance du MoDem vis-à-vis des deux autres grands partis français (faute d'avoir des partis régionaux forts pour créer un effet de levier comme au Royaume Uni);
- le glissement des Travaillistes vers la "troisième voie", place les LibDems, sur l'échelle gauche-droite, plus au centre, voire au centre-gauche que les Travaillistes eux-mêmes, bien qu'ils soient plus libéraux économiquement qu'un parti de centre ou de centre gauche européen; le MoDem a le même positionnement politique dans les faits (l'ensemble du système britannique étant plus à droite que le système français), mais le centre gauche français, ainsi que la gauche radicale, repositionnent le MoDem au centre / centre droit aux yeux de l'électorat (ce qui n'est pas possible au Royaume Uni compte tenu de leur faiblesse); une erreur de stratégie des Travaillistes pourrait ainsi permettre aux LibDems de devenir le parti d'opposition de référence, comme cela commence à se faire sentir lors d'élections locales (il deviendrait ainsi un Parti Démocrate de type américain, objectif de nombreux militants LibDems - et de certains d'entre nous au MoDem);
- au niveau européen, le positionnement clair des Conservateurs et mou des Travaillistes, tranche par rapport au positionnement fédéraliste / multilatéraliste des LibDems - cela permet une clarification des valeurs des LibDems par rapport aux autres partis nationaux; le MoDem pourra peut-être capitaliser là dessus en 2009 aussi, pendant la campagne européenne, mais cette nouvelle fusion de militants issus de tous les partis (dont des anciens gaullistes et des nonistes du TCE) ne permet pas encore de trancher sur le fédéralisme du MoDem (alors que le positionnement de l'UDF était clair).

D'autres points doivent probablement être ressortis (je vais continuer à me creuser la tête).

Pour ce qui est de l'exemple à suivre ou non: les LibDems sont un exemple pour moi en termes d'organisation de parti fusionnés. J'ai eu l'occasion de les voir opérer dans le sud-ouest de l'Angleterre et j'étais très impressionné, surtout par les campagnes de proximité.

L'historique est toutefois différent pour le MoDem (l'appartenance respective des LibDems à l'ADLE et du MoDem au PDE est d'ailleurs significative): les LibDems ont la moitié de leurs effectifs qui sont libéraux (dont une partie sont des socio-libéraux), l'autre moitié de socio-démocrates, et relativement peu de verts; le MoDem a, très peu de libéraux (hormis des socio-libéraux pas très nombreux il me semble) - chose normale en France par rapport au Royaume-Uni. Le MoDem a également, parmi ses composantes fondatrices, de nombreux verts de centre droite et de centre gauche (sans qu'ils aient forcément d'historique commun) et un groupe de socio-démocrates important, mais peu organisé en tant que groupe interne (contrairement aux LibDems). Bref cela crée un flou au centre droite; si on rajoute les scissions successives de l'UDF (vers le RPR, l'UMP, le NC), la fusion progressive avec une partie des gaullistes, et l'émergence d'Alternatives Libérales (avec qui le MoDem partage une vision stratégique de l'échiquier politique); le flou existe aussi au centre gauche (avec le PRG et le PS qui commencent à accueillir une partie des militants MoDem désenchantés par les choix stratégiques inévitables du MoDem). Bref, je pense que nous devons suivre l'exemple des LibDems en termes d'organisation interne, communication externe, politique européenne, alliances ponctuelles pré-établies et non pas improvisées (tout le contraire des municipales françaises), et creuser notre sillon à leur image. De plus, nous devons avoir la même ambition de devenir un parti majoritaire, quitte à y arriver en faisant une alliance tactique avec le centre gauche ou le centre droite. Par contre, nous ne devons pas suivre l'orientation libérale économique visible des LibDems, qui ne serait pas comprise en France, tellement elle est minoritaire. Nous devons poursuivre un libéralisme social, en dépassant le PS (chose qui passera mal avec certains ex-UDF) et favoriser l'émergence (pour tous les partis de gouvernement) d'un libéralisme économique light, qui intègre le besoin de baisser les impôts de manière responsable lorsque cela est budgétairement possible (à l'image des démocrates américains, du PD italien, et des LibDems). Assumer ces choix (européen, libéralisme social, responsabilité économique et pragmatisme plutôt que dogmatisme, faisant appel à l'étatisme, le libéralisme ou l'associatif en fonction d'une analyse pragmatique des besoins et des possibilités), pourrait réellement permettre au MoDem de progressivement émerger en tant que troisième force, puis en tant que principale force d'opposition, à l'image de ce que tente de faire les LibDems.

L'autre option est celle choisie par le PD Italien, face à une force de centre droite et de droite de plus en plus conservatrice, où aucune communion n'est possible sur les valeurs, l'option choisie est celle d'une fusion du centre - de la démocratie chrétienne aux socio-démocrates en passant par les verts - et du centre gauche - y compris des ex-communistes - pour atteindre un seuil critique nécessaire pour devenir une opposition et une force de gouvernement crédible (d'autant plus nécessaire par rapport à la panoplie de petits partis des législatures précédentes). La mise en oeuvre de ce processus de rapprochement aura aussi été très long (5 ans approximativement).

Merci beaucoup pour ces précisions.

Pour un Gaulois républicain jusqu’à l’os, les élections chez les Rosbifs sont juste l’occasion de s’étonner pendant un bref instant qu’ils puissent, comme tout le monde, voter régulièrement. Mais cette fois, l’analyse qui nous est présentée par Quindi retient l’attention du dit Gaulois en ce qu’elle parle, indirectement, du seul sujet qui nous intéresse vraiment, nous, ceux du MoDem. Sacrés Anglais, seraient-ils en train de faire avec leur DemLib ce que l’on rêve de faire ici ?
Pour répondre à cette question, examinons ce qu’il y a de comparable dans les élections des deux pays.
Les systèmes électoraux sont différents, à un tour au Royaume Uni, à deux tours en France. On pourrait supposer qu’un effort moitié moindre conduirait les Anglais à une participation plus élevée qu’en France. Il n’en est rien, bien au contraire. Avec un taux de 35% l’élection locale qui vient d’avoir lieu, et qui semble-t-il n’est pas différente des précédentes, a une participation plus faible que toutes celles observées dans les élection françaises.
Les taux observés en France sont les suivants :
Présidentielles 2007 : 83.97%
Législatives 2007 : 59.98%
Referendum 2005 : 69.37%
Régionales 2004 : 65.68%
Municipales 2001 : 62.39%
Le taux le plus faible est celui des élections européennes dont le taux en 2004, selon les régions, variait de 40 à 45% ; ce taux est comparable aux taux de participation observés aux États-unis dans un système compliqué qui mélange les consultations fédérales et locales, si on admet que les électeurs français considéreraient déjà l’Europe comme une sorte de fédération.
Mais si l’on s’en tient aux autres élections qui sont purement nationales, et particulièrement les municipales qui sont comparables dans leur objet, l’écart est considérable.
S’agissant de la plus ancienne démocratie dont personne ne conteste la réalité de la vie démocratique aujourd’hui, et considérant que l’élection libre est considérée chez nous comme l’exercice indispensable à la manifestation du pouvoir du peuple en démocratie, on est amené à se demander quelle est l’explication de cette apparente anomalie.
En effet, tout se passe comme si les citoyens Anglais attendaient seulement d’un régime démocratique qu’il organise des élections libres, et que cela suffisait à les rassurer sans leur imposer le moindre devoir. Cette hypothèse, pour être convaincante, doit être associée à une confiance quasiment aveugle dans les politiciens qui seront ainsi élus, et dans la minorité de leurs concitoyens qui les éliront. Une autre hypothèse moins rassurante, mais malheureusement plus probable, serait qu’une partie du corps électoral a perdu la foi dans l’efficacité des élections pour contrôler la vie démocratique, et ne juge plus nécessaire d’y participer.
Quand on sait à quel point les politiciens, et les élites en général, sont déconsidérés en France, on peut s’étonner qu’au R-U les mêmes catégories aient échappé à ce mal, tout en admettant que certaines aient pu le faire, les LibDem récemment par exemple.
Au total, la seule information solide que l’on retire de l’élection anglaise, c’est que les deux corps électoraux ont un comportement très différent qui ne permet guère d’anticiper des similitudes de résultat.
Il reste un autre aspect de cette élection intéressant vivement le MoDem, c’est l’appareil idéologique des LibDem, dont on nous a détaillé les étiquettes, mais dont on aimerait connaître les arguments originaux, s’il en ont.

Cherchant l’idéologie des LibDems, j’ai trouvé sur leur site leur programme intitulé « La Force d’être Différent » qui m’a évidemment rappelé « Faire la Politique Autrement ». Et comme ils ont eu la bonne idée d’en faire un résumé, je l’ai traduit et vous le livre ci-dessous. Ce qui me plait dans ce document, c’est qu’en moins d’une page et demie, il explique très simplement sept arguments électoraux, parfois très agressifs envers le New Labour, sans se priver d’un peu de démagogie.
Je suppose que pendant les municipales, plusieurs équipes ont appliqué cette martingale, mais je n’en ai pas vu l’équivalent national (peut-être simple ignorance de ma part). Or cela me semble répondre parfaitement à la question qui angoisse nos militants quand elle leur est posée par les électeurs : « Mais le MoDem, c’est quoi ? ».

La Force d’être Différent

Au centre de la démocratie libérale il y a l’idée que les hommes doivent avoir sur leur vie le contrôle le plus sûr possible. Nous ne croyons pas qu’un gouvernement central sait ce qui est bon pour les citoyens et leurs communautés ; nous croyons que les citoyens et leurs communautés savent ce qui est bon pour eux. Nous voulons que les citoyens et leurs communautés détiennent le pouvoir politique réel pour leur propre compte, et cela signifie qu’il faut mettre les gens en position de pouvoir prendre les décisions sur les services qui les concernent. Nous pensons que c’est le devoir du Gouvernement de sonner au peuple ce pouvoir. Avec cette capacité de prendre localement les décisions relatives aux besoins et aux priorités locales, il est hautement probable que les habitant obtiendront les services satisfaisant leurs besoins et répondant à leur demande.

. Nous voulons voir, dans tout le pays, des gouvernements locaux forts et démocratiques, pas des conseils qui ne sont que les moyens, pour le gouvernement central, de faire appliquer localement ce qu’il a décidé, comme cela a été fait par le New Labour. Pour accomplir cela, une relation nouvelle doit être établie entre les gouvernements local et central, de telle sorte que le gouvernement local soit le pilote de la mise à disposition des services publics dans ce pays.

. Les objectifs des gouvernements locaux ne doivent plus être établis nationalement. Nous croyons que les gouvernements locaux doivent dépenser moins d’efforts, de temps et d’argent à prouver au gouvernement central qu’ils satisfont aux priorités nationales, et plus de temps à s’occuper des priorités des habitants. …

. Les habitants et les conseils savent mieux que quiconque ce qui va et ce qui ne va pas dans leur secteur. Ils connaissent les problèmes auxquels ils sont confrontés, et dans la plupart des cas ils savent comment ils pourraient être résolus. Nous voulons constater que les dirigeants locaux sont des habitants qui utilisent les services locaux, et puissent ainsi travailler à prendre des décisions sur la direction de ces services en connaissance de cause. Nous voulons aussi voire plus de conseils municipaux prendre des dédisions, plutôt que le bureaucrates de Whitehall.

. Nous voulons promouvoir des dirigeants locaux plus forts et meilleurs. Le style de direction ne peut pas être imposé à un conseil ou à une région. … [La suite semble faire référence à une spécificité locale]

. L’argent est le pouvoir. C’est pourquoi nous voulons qu’une partie plus importante des sommes payées par les habitants soit collectée et dépensée par les conseils locaux. Cela ne signifie pas des impôts plus élevés, seulement qu’une part plus importante des sommes payées par les habitants iraient au gouvernement local plutôt qu’au gouvernement central. A long terme, nous voulons que cela atteigne 75% (plutôt que les 25% actuels) de toutes les perceptions locales d’impôt. Aussi, l’imposition doit être équitable. Nous croyons que l’impôt local sur le revenu, basé sur la capacité de payer, est équitable – et que l’actuelle Taxe du Conseil ne l’est pas et doit être supprimée. [Les impôts sont différents des nôtres, mais l’idée est audacieuse]

. Nous voulons restituer aux conseils locaux les pouvoirs confisqués par Westminster et les Régions. Le New Labour a passé les dix dernières années à arracher les pouvoirs et les libertés des conseils locaux, pour les concentrer dans les mains des officiels de Whitehall et de Quasi ONG non élues. Nous voulons y mettre un terme. Nous voulons que le pouvoir réel retourne aux communautés et aux conseils locaux, mettre les Quasi-ONG sous contrôle démocratique et réduire la démocratie centrale. Nous soutenons directement les gouvernements élus dans les régions qui poursuivent l’objectif de prendre des pouvoirs et des fonctions au gouvernement central. En dehors de ces domaines, nous voulons réformer les chambres régionales existantes, pour les rendre plus démocratiques et responsables envers ceux qu’elles servent. Nous voulons aussi revoir les limites régionales existantes pour nous assurer qu’elles reflètent de véritables distinctions régionales et non simplement ce qui est administrativement approprié pour le Gouvernement.

. Un engagement pour un gouvernement local, démocratique et fort, doit signifier aussi un engagement pour un système de vote équitable pour les élections locales, pour des structures de gouvernement claires et transparentes. … [Phrase semblant faire référence à une spécificité locale]. Nous voulons aussi assurer que tous les arrangements conduisant à des accords régionaux entre des villes soient clairs et transparents, de telle sorte que le public sache quand les décisions sont prises et par qui.

@ Alain; merci pour l'instant de franche rigolade devant mon écran (ton premier commentaire). Pour la participation, je ne suis pas sur que le taux de participation soit beaucoup plus élevé en France lors d'élections locales partielles (cf. nouvelle élection législative ou municipale pour cause de promotion / mandats excessifs / décès), à vérifier...

Merci beaucoup pour la traduction / résumé des points programmatiques nationaux des LibDems pour ces élections municipales. En effet, il y a une pointe de démagogie (surtout sur la dévolution qui ne favorise pas les comtés mais les régions - encore qu'il s'agit surtout de l'Ecosse et du Pays de Galles et non de l'Angleterre) et un positionnement intéressant par rapport au New Labour ("centralisateur"). Il y a beaucoup de choses à reprendre, dont la subsidiarité et, comme tu l'indiques explicitement, la suppression/remplacement de taxes ou impôts dont l'assiette est devenue inéquitable. Par contre il sera difficile pour le MoDem de reprendre l'intégralité de ce programme, probablement trop libéral et décentralisé (notamment en ce qui concerne certains services publics, ou encore la répartition des responsabilités entre les différents échelons administratifs n'est pas la même il me semble) pour l'électorat français (voire même celui des militants MoDem). Mais en effet, adapté au contexte français, ce programme semble en effet en ligne avec nos aspirations de gestion locale (dans les grandes lignes) et aurait nous permettre d'avoir une stratégie de communication plus efficace pendant les dernières élections municipales... à reprendre le moment venu!!!

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Damien Guinet
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