La Guinée Equatoriale, petit Etat pétrolier, au large des côtes du Golfe de Guinée, est souvent caractérisé de "Koweït Africain" par le gouvernement américain. La comparaison entre les deux pays s'établit à cause du rapport entre le nombre d'habitants relativement faible et les réserves pétrolières importantes des deux pays. Les élections législatives et municipales du 4 mai 2008 auront à nouveau permis au parti présidentiel de Teodoro Obiang, le PDGE, ainsi qu'à la coalition des neuf autres petits partis, de remporter 99 des 100 sièges à l'Assemblée Nationale, avec des scores allant de 90% à 100% dans plusieurs des 36 circonscriptions, et 213 des 230 postes de conseillers municipaux. Ce petit pays d'un million d'habitants (estimé à seulement 500 000 par les organisations internationales) est le troisième producteur de pétrole d'Afrique Subsaharienne (après le Nigéria et l'Angola); lui permettant de se situer au 73ème rang des pays les plus riches du monde (le PIB par habitant étant de $7 874), mais au 127ème rang de l'Indicateur de Développement Humain (IDH); le pays est donc un des espaces avec le plus fort taux d'inégalité économique et sociale au monde.
Ancienne colonie espagnole, la seule en Afrique Sub-Saharienne, le pays est divisé entre une partie continentale (zone équatoriale située entre le Cameroun et le Gabon) dont la capitale économique est Bata, et une partie insulaire (l'île volcanique de Bioko) qui abrite la capitale politique, Malabo. Dernier espace inexploité du Golfe de Guinée, le pétrole qui a jailli en 1996 des explorations offshore (sur les deux côtes) a permis de relancer la production de la zone (les réserves gabonaises et congolaises arrivant au peak oil), rééquilibrer les productions nationales (bois, agriculture vivrière), et permettre au pays de s'enrichir à un rythme exponentiel depuis le début du siècle (le taux de croissance oscille entre 20% et 100% depuis la multiplication des puits de production pétrolière). Les deux tiers de la production d'hydrocarbures (pétrole et GNL) sont exportés aux Etats-Unis, diversifiant ainsi les partenaires pétrolières américains et limitant les risques géopolitiques liés au Moyen-Orient. Les Etats-Unis ont d'ailleurs choisi d'enlever la Guinée Equatoriale de leurs listes de pays peu fréquentables en 2001 (les ressources du régime comprenaient le trafic de stupéfiants pendant les années 90; et les droits de l'homme sont très peu respectés par le régime) et de rétablir des relations diplomatiques en 2003. Le régime est devenu un des principaux espaces d'influence des Etats-Unis en Afrique Sub-saharienne; grâce aux opérateurs privés américains de taille moyenne (la plupart proches de l'administration Bush, dont CMS Energy qui a contribué à la campagne présidentielle de George W. Bush, Triton dont le directeur a racheté l'équipe des Texas Rangers à George W. Bush, et Ocean Energy dont le représentant est l'ancien ambassadeur de George Bush Sr. en Guinée Equatoriale); et aux opérateurs internationaux américains (ExxonMobil et ChevronTexaco), qui détiennent la majorité des concessions pétrolières. De plus, la production de méthanol a été impulsé par un crédit de l'OPIC (agence gouvernementale américaine). La protection des côtes, et des zones pétrolières offshore,est assurée par la société de sécurité privée américaine MPRI, dont le principal client est le Département de la Défense américain (d'autres contrats connus ont été établis en Colombie, Serbie, Kosovo, et en Irak). La Guinée Equatoriale et sa société pétrolière d'Etat, GEPetrol, s'était par ailleurs fait remarquer dans le monde pétrolier, en offrant 87% des recettes pétrolières (dans les Contrats de Partage de Production) aux compagnies internationales (redescendu depuis à 75%, bien au dessus des 50% maximum habituels de la profession), afin de s'assurer du développement rapide du potentiel énergétique du pays, et des royalties pour le gouvernement actuel, plutôt que la mise en place d'une production étalée dans le temps.
La situation géopolitique du pays est légèrement plus complexe. Les ressources forestières (exportation du bois Okoumé), deuxième source de revenus du pays (représentant jusqu'à 10% du total), sont principalement exportées en Chine et en Asie de l'Est, mais le rythme de production ne permet pas un renouvellement des forêts de Bioko. Malgré l'appartenance de la Guinée Equatoriale à la Zone Franc CFA (Afrique Centrale) et ses liens privilégiés avec l'ancienne puissance coloniale espagnole, le pays est en froid avec l'UE, compte tenu de son historique en matière de droits de l'homme et des relations tendues avec les opposants équato-guinéens réfugiés en Espagne. Cependant la proximité avec les zones francophones (d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique Centrale), anglophones (Nigéria, Ghana, Ouest-Cameroun) et lusophones (Sao Tomé, Angola), placent le pays dans la zone d'influence européenne en Afrique centrale. Les démarches entreprises par les puissances asiatiques et européennes (et aussi très probablement par l'OPEP) pour accroître leur influence économique sur cet Etat, et la cupidité du régime en place, expliquent la mainmise sécuritaire des américains. Le processus d'intégration de la sous-région au sein de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire d'Afrique Centrale regroupant la Guinée Equatoriale, la République du Congo, le Gabon, le Cameroun, la RCA et le Tchad) n'a pas encore porté ses fruits, et les marchés nationaux des six pays membres demeurent dépendants des importations extra-communautaires, plutôt que d'une convergence plus importante des économies intra-communautaires (seules les convergences monétaires, comptables, et fiscales, au sein de la BEAC et de l'OHADA, ont eu des effets significatifs jusqu'à présent; la Guinée Equatoriale est d'ailleurs devenu un acteur majeur de la BEAC depuis la multiplication de ses réserves monétaires). Une autre initiative regroupant les pays de la CEMAC avec ceux de la CEPGL (Communauté Economique des Pays des Grands Lacs rassemblant la RDC, Rwanda, Burundi et Sao Tomé) et l'Angola, pour former le CEEAC (Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale), a été réactivée en 2002; une réalisation en cours est le Conseil de Paix et de Sécurité (COPAX), qui permet une plus grande concertation militaire entre pays voisins et contribue à la stabilisation régionale; une autre réalisation programmée est le maillage des réseaux électriques des pays membres ("Pool Energétique"). Par ailleurs la CEEAC est devenue un des vecteurs préférés de la Commission Economique pour l'Afrique des Nations Unies (CEA), ce qui permet d'espérer une plus grande intégration économique à terme.
Suite aux pressions exercées par l'ONU et les nationalistes équato-guinéens, l'indépendance avait été accordée par le gouvernement franquiste espagnol en 1968. Le processus constitutionnel et les premières élections présidentielles se sont produites sous surveillance de l'ONU; le premier tour ne donna aucune majorité aux quatre candidats, et le deuxième déclara Francisco Macias, l'ancien vice-gouverneur et général de Franco, vainqueur. Ce dernier devint autoritaire, brutal, et paranoïaque suite à une tentative de Coup d'Etat du Ministre des Affaires Etrangères. Il se fait nommer président à vie en 1972, et fait appel à la magie pour instituer un état de peur (à l'image du dictateur haïtien François Duvalier), élimine toute politique d'éducation et le culte catholique, interdit le mot "intellectuel", et lance une politique d'africanisation toponymique. Ses actes les plus aberrants comprennent l'incarcération et l'exécution de ses opposants politiques et de ses ministres, la mort de plus de 50 000 équato-guinéens (plus du sixième de la population; le pays est alors surnommé "l'Auschwitz Africain"), les travaux forcés pour 40 000 personnes, le départ en exil d'un tiers de la population, une gestion économique catastrophique détruisant les cultures de cacao et toutes les embarcations de pêche qui faisaient la richesse du pays, le désinvestissement dans toutes les infrastructures, et la destruction des réserves de change du pays pendant le Coup d'Etat qui le destitua, avant d'être jugé par un tribunal militaire, qui le reconnait coupable de génocide et l'exécute (les actes brutaux, imprévisibles, et anti-intellectuels de son régime lui vaudront une comparaison à Pol Pot). Le Coup d'Etat mené par son neveu Teodoro Obiang le portera à la tête d'un pouvoir militaire en 1979, qui établira une constitution et nommera Obiang président pendant sept ans en 1982. Afin de rétablir son équilibre économique, le pays rejoint le Franc CFA et la CEMAC en 1984. Pour les élections présidentielles de 1989, Obiang crée le PDGE, parti unique jusqu'à la timide ouverture démocratique imposée par la France et l'Espagne en 1991, qui permet la mise en place d'une nouvelle constitution avec une représentation parlementaire multipartite, et le retour des opposants (qui seront incarcérés en 1992; le principal opposant, Severo Moto, sera lui aussi incarcéré en 1995, puis relâché et exilé en Espagne), dont seulement 4 des 14 partis pourront se présenter aux législatives de 1993 (provoquant une abstention de 80%; la majorité des autres partis politiques qui se sont créés depuis ont rallié le PDGE; avec trois exceptions: le CPDS socialiste, l'Union Populaire, et l'Action Populaire). Depuis 1996, à chaque élection présidentielle, législative ou municipale, le PDGE remporte 85% à 99% des voix; les législatives de 2008 n'étaient pas différentes; les présidentielles de 2009 ne devraient pas l'être non plus. Les détentions arbitraires et les arrestations pour motifs politiques continuent selon les organisations internationales des droits de l'homme; ainsi que les intimidations des forces armées lors des élections selon l'ONU. Entre temps, le principal projet de ce pays est la construction de la nouvelle capitale, Malabo II.
En 2004, une tentative de Coup d'Etat est organisée. Elle devait être mise en oeuvre par 82 mercenaires, qui seront arrêtés au Zimbabwe avec l'aide des services secrets sud-africains. Parmi les organisateurs de cette tentative se trouve Mark Thatcher, homme d'affaires et Lord britannique vivant en Espagne, fils le l'ex-Premier Ministre, qui sera arrêté dans sa résidence en Afrique du Sud, et reconnu coupable des faits en 2005 (avec une amende et quatre années de prison avec sursis); un mandat d'arrêt international vient d'être lancé par la justice équato-guinéenne à son encontre. Le gouvernement équato-guinéen accuse aussi l'opposant Severo Moto d'avoir été la figure de proue de la tentative initiée par des hommes d'affaires britanniques. D'autres figures des gouvernements britanniques conservateurs sont aussi mises en causes (dont David Hart, Tim Bell)
Quindi... Une problématique récurrente de la région, et pour d'autres pays producteurs d'hydrocarbures à travers le monde, est l'efficacité des retournements de régime qui ne vont pas dans le sens de leurs principaux clients, surtout lorsque ces Coups d'Etats se réalisent à l'initiative de l'opérateur / l'importateur principal des ressources. Ainsi, il n'existe nul doute sur la pérennité d'un régime équato-guinéen qui choisirait de s'opposer aux Etats-Unis (le même cas de figure se présente pour la France et/ou l'Italie dans d'autres pays de la zone). Ce jeu géoéconomique, basé sur la ressource pétrolière, ne peut continuer ad vitam aeternam, en favorisant systématiquement les acteurs les plus corrompus, qui gèrent leurs pays sans considérations pour les droits de l'homme, le développement économique, social, et institutionnel, en utilisant les institutions sécuritaires du pays pour réduire à néant toute forme d'opposition démocratique. Afin de sortir de cette impasse, il serait temps de moderniser les relations économiques entre les Etats de la région, leur permettant, si nécessaire, de créer une OPEP bis, ou une Banque de Développement Régionale pour le Golfe de Guinée, qui pourrait mettre en place un cadre pour une meilleure gestion économique, sociale, et environnementale des ressources hydrocarbures (uniques ressources significatives à court / moyen terme de cette région), mais aussi, pourquoi pas, des ressources forestières (dont la problématique du développement durable est similaire) et minières (le titane, le manganèse, le fer, l'or, et les diamants sont des ressources fréquemment sous-exploitées dans cette région).
Il ne s'agirait pas de déléguer la gestion pétrolière aux puissances étrangères (au même titre que la gestion monétaire dans le cade du Franc CFA), mais de créer une organisation permettant une gestion optimale des ressources (celles qui sont limitées dans le temps) pouvant bénéficier ces pays sur plusieurs générations, avec l'aide d'institutions internationales si nécessaire, comme la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, l'ONU (PNUD, CEA), l'Union Africaine, et l'appui technique des grandes puissances internationales (Etats-Unis, UE, Chine) afin de stabiliser cette région (la stabilisation du développement économique étant une des conditions de la stabilité politique et la démocratisation des régimes). La mise en place de Fonds Souverains Africains pourrait alors diversifier les ressources économiques de ces pays. Ce type de gestion pourrait même, à terme, permettre une démocratisation plus rapide avec une rente assurée pour les anciens dirigeants et une gestion économique nationale qui ne se limiterait plus aux ordres en provenance de la présidence de chaque pays. Une première tendance vers ce genre de "gestion économique fantôme" ("shadow economic governance / shadow fiscal management") avait déjà été demandée par le gouvernement équato-guinéen à la Banque Mondiale, afin de diversifier ses ressources en ré-investissant dans les productions agricoles non vivrières comme le cacao, source de croissance économique pré-pétrolière pendant l'époque coloniale (qui avait permis à la Guinée Equatoriale de se hisser au premier rang africain en termes de revenus par personne en 1959). Cette gestion fantôme permettrait au pays de bénéficier de conseils économiques de premier rang, sans nécessité de rembourser des crédits de manière prioritaire (problème principal pour les pays placés sous ajustement structurel par le FMI, comme c'était le cas de la Guinée Equatoriale). D'autres cas de gestion économique extérieure des ressources pétrolières existent. C'est le cas du Tchad avec une gestion (interrompue) des ressources pétrolières par la Banque Mondiale, dont l'objectif était de répartir les ressources de manière plus équitable entre les différentes minorités, et de permettre aux futures générations de bénéficier des bénéfices issus de la production pétrolière; le résultat demeure mitigé, mais l'expérience a le mérite d'exister et de changer la donne de la mauvaise gouvernance en matière de gestion des ressources naturelles en Afrique Centrale...
A lire pour ceux qui souhaitent approfondir sur ce pays méconnu, le blog dédié de Samuel Denantes Teulade, La Troisième Guinée...













Puis je me permettre de copier un morceau de votre pour les articles concernant ce pays et son histoire ?
Rédigé par : Frédéric du Wiki | 22 mai 2008 à 14:37
Oups, je voulais écrire ''un morceau de votre article''...
Rédigé par : Frédéric du Wiki | 22 mai 2008 à 14:38
Sans problème (c'est même moi qui devrait t'en remercier), si possible avec une référence pointant vers cet article:
http://www.quindiblog.eu/log/2008/05/quindi-la-guine.html
Rédigé par : ArnaudH | 22 mai 2008 à 15:17
Well said.
Rédigé par : Nona | 29 octobre 2008 à 02:02
salut
je repond au nom de kalil jai la natoinnalitée guinéenne conakry je suis diplomé je cherche du boulot je serais très heureux d'etre parmis vous jai beaucoup de chose à dire mais compte tenus du temps je me limite là
Rédigé par : camara | 28 décembre 2008 à 23:16