Recevoir Quindi en RSS ou E-mail

  • http://www.wikio.fr
  • Pour recevoir Quindi directement sur e-mail, insérez votre adresse:

     

Quindi est membre

Quindi est lu dans 150 pays, tante grazie!

Réseau Quindi

Mes Lectures et DVD sur Amazon

Urgences

  • Image hébergée par servimg.com

Quindi Digest (AGS, EcoDem, Echiquier, Blogs RI)

Traduire

Flux

  • Creative Commons License

    PageRank Actuel
    Nethique.info

« Quindi... La défaite de Francesco Rutelli à Rome raffermit la victoire historique de la droite italienne | Accueil | Quindi... Après 11 années de gestion travailliste, la triade politique reprend le dessus au Royaume Uni »

02 mai 2008

Commentaires

Flux Vous pouvez suivre cette conversation en vous abonnant au flux des commentaires de cette note.

Lancelot

Passionnant, merci !

ArnaudH

;-)

Frédéric

Comme d'habitude, dense et lisible :)

Alain Bertier

Bonjour Arnaud,

J’ai terminé la lecture de ton article sur la crise alimentaire. Excellent comme d’hab.


J’attire juste ton attention sur une portion de phrase sur laquelle je m’interroge :

« … la spéculation sur les prix des matières premières, liée au transfert des montants réservés à la spéculation sur l'immobilier après la crise des subprimes, vers d'autres valeurs refuge (ce mouvement a empiré par la recapitalisation des banques suite au choc des subprimes) … »

Il ne semble pas logique de dire que la spéculation sur l’immobilier s’est portée sur d’autres valeurs refuge ; si cette hypothèse était vraie, ce que je ne crois pas, il faudrait dire que la spéculation s’est portée sur d’autres valeurs spéculatives. Je t’envoie ci-dessous un texte ou je démontre que le volume de la spéculation sur le blé en Europe est trop faible pour avoir besoin d’une relation avec le subprime.

Et la pertinence de la référence avec la recapitalisation des banques m’échappe …

Amicalement

Alain

--------------------

Qu’est-ce que la spéculation sur les matières premières ?

La fonction des marchés à terme de matières premières (c'est-à-dire de produits récoltés ou extraits) est de permettre à ceux qui les produisent (agriculteurs et entreprises minières) de s’assurer un prix de vente certain, et à ceux qui les consomment (le secteur agroalimentaire et l’industrie métallurgique et autres consommateurs de métaux) de s’assurer un prix d’achat certain.

On dit qu’il s’agit d’un marché à terme, parce que les transactions portent sur des biens qui n’existent pas encore, mais qui seront disponibles, après récolte ou fabrication, à une certaine échéance.

Prenons l’exemple du Blé sur le marché de Londres. C’est là que se négocie le blé européen dont la récolte annuelle est de l’ordre de 125 millions de tonnes, en deux qualités, le blé meunier et le blé fourrager. Les échéances annuelles sont les suivantes : janvier, mars, mai, juillet et novembre, et le marché cote le blé sur 8 échéances, c'est-à-dire qu’aujourd’hui on peut faire des transactions aux échéances de mai 2008, juillet, novembre, janvier 2009, mars, mai, juillet et novembre.

L’unité de transaction s’appelle un contrat et porte sur 50 tonnes. Pour un cours de 200€ la tonne, un contrat représente donc 10000€ ; il faudra, pour être admis à le souscrire, faire un dépôt de garantie de 10% ou davantage. Chaque jour la bourse calcule l’effet de la variation des cours sur votre contrat, et vous réclame un supplément de garantie (l’appel de marge), ou vous verse un bénéfice provisoire.

Le vendredi 25 avril 2008 (hier), il y a eu 3737 contrats négociés sur le blé meunier, amenant l’encours total à 73390 contrats, représentants 3,7 millions de tonnes de blé meunier, à quoi on peut ajouter 0.6 millions de tonnes de blé fourrager, soit 4.3 millions de tonnes sur une production annuelle de l’Europe de 125 millions de tonnes. A noter que 3.4 millions de tonnes sur les 4.3, soit 80%, portent sur une seule échéance, celle de novembre 2008.

On admettra aisément que sur cette quantité modeste à l’échelle de l’Europe, un partie non négligeable concerne les agriculteurs (en fait des coopératives spécialisées) cédant leur production à des industriels de l’alimentaire qui en auront besoin de manière certaine.Alors quelle est la part de la spéculation sur le marché du blé européen ?

On vient de voir l’utilisation du marché à terme par les acteurs pour lesquels le terme a des conséquences concrètes ; ils veulent réellement céder physiquement les produits pour les uns et les faire rentrer dans leurs usines pour les autres, à la même date.

Maintenant appliquons les règles des marchés à terme à la description de la spéculation faite plus haut : « il suffit d’acquérir de grandes quantités de titres ». Il y a deux cas à considérer : soit la récolte future n’est pas encore vendue, soit elle est déjà vendue. Dans le premier cas, le spéculateur est certain de pouvoir livrer le blé à l’échéance, il a simplement créé une demande solvable qui n’existait pas, et s’il en apparaît une autre il pourra sans doute lui vendre avec profit. Cependant, si elle n’apparaissait pas, ou si elle apparaissait à un prix inférieur à ce qu’il souhaite, il perdra de l’argent, et si elle n’apparaît pas, il se retrouvera avec des tonnes de blé qu’il faut liquider dans un entrepôt qu’il faudra payer. Dans le deuxième cas, il doit trouver une contrepartie à son achat, et en l’absence de producteur, il va trouver un spéculateur jouant sur la baisse des cours. Et il ne pourra gagner qu’en vendant à un autre spéculateur jouant sur une hausse des cours encore plus forte que celle sur laquelle il a lui-même spéculé, et il faut le trouver avant l’échéance.

Tout cela est possible, mais associé à de grands risques. C’est quoi les grandes quantités ? Un millième de la production mondiale (600000 tonnes) demande un dépôt de garantie de 12 millions € (*) avec un risque supérieur.

Le véritable problème se situe sur les points faibles exploités par les spéculateurs, et non par la vente à terme elle-même :
- l’effet de levier offert par des dépôts de garantie insuffisants ; lse bourses le connaissent bien puisqu’en cas de variation trop rapide des cours elles les augmentent comme l’a fait récemment la bourse de Chicago, sur le blé ;
- la spéculation à la baisse des actions rendues possibles par le prêt de titres fait par des détenteurs institutionnels (assurances, fonds de pension, etc.)
- le prêt d’or fait par des banques centrales permettant à des mines de pratiquer des ventes à découvert qui ont bouleversé le marché de l’or pendant des années.
- les prêts consentis aux hedge-funds pour fabriquer des effets de levier astronomiques

(*) Le chiffre de 12 millions fixait l’ordre de grandeur des capitaux nécessaires et des risques relatifs. Il permet de se rendre compte des montants en jeux dans la spéculation sur le blé sur marché de Londres dont on a vu plus haut que l’en-cours s’élevait à 4.3 millions de tonnes ; les capitaux mobilisés s’élèvent à 86 millions à la date du 25 avril, montant qui ne semble pas de nature à attirer tous les Jérôme Kerviel de la terre.

Je reste donc convaincu que les prix actuels n’auraient pas connu les variations que l’on a constatées si la demande ne s’était pas significativement accrue, ce qu'elle a fait.

ArnaudH

Salut Alain, merci beaucoup pour le commentaire pertinent (comme d'hab) et ton superbe article sur les spéculations sur le blé en Europe.

Sur le transfert des spéculations des marchés immobilier et monétaire vers la spéculation vers les matières premières, ce n'est pas de moi, je vais avoir du mal à retrouver la référence (j'ai lu trop d'articles sur le sujet pour retrouver une référence spécifique - faut que je m'améliore en référencements Web 2.0 - liens vers les articles pertinents).
Mon raisonnement là dessus est comme suit:

- la crise des subprimes a créé un facteur de risque (supplémentaire) dans l'immobilier (notamment sur le manque de données fiables sur les emprunts bancaires de bas de marché et sur la valeur réelle des titres qui comprennent des effets immobiliers);
- les prix des matières premières agricoles étaient stables avec un équilibre entre une croissance mondiale stable ces dernières années jusqu'à début 2008 (trois grandes zones mondiales en croissance), face à une offre qui augmentait en correspondance (surtout grâce à des gains de productivité progressifs à l'échelle mondiale);
- la spéculation a atteint des niveaux historiques pour les valeurs refuge classiques que sont les hydrocarbures et les pierres précieuses;
- la capacité de transport de denrées agricoles est limitée au tonnage actuel (qui ne peut augmenter du jour au lendemain), créant un goulot d'étranglement permettant une spéculation sur les prix - et non plus sur les quantités produites;
- la fermeture des frontières de certains pays aux exportations de productions agricoles rajoute un facteur de risque au marché, renforçant le goulot d'étranglement sur les volumes;
- la recapitalisation des banques commerciales est inflationniste (sur l'ensemble des prix) mais crée aussi de la trésorerie qui doit être investie à court terme dans l'attente de dossiers de crédits répondant aux critères de rentabilité et de risques habituels - tant que le ratio Cooke n'est pas altéré. Les nouveaux facteurs de risques sur les marchés de l'immobilier, des hydrocarbures et des pierres précieuses, la raréfaction des productions agricoles par rapport à la demande mondiale sur une période probablement courte, les goulots d'étranglements sur une période de quelques années (le temps d'ajuster les offres nationales et régionales, ainsi que les transports inter-continentaux) créent des conditions optimales pour une diversification temporaire (supplémentaire) des fonds spéculatifs sur les marchés des matières premières (ce scénario s'était déjà produit avec la diversification supplémentaire temporaire des fonds spéculatifs sur les marchés monétaires lors de la crise du SME en 1992). Les courbes d'augmentation des prix des matières premières devenues exponentielles ces derniers mois sembleraient confirmer cela.

J'ai probablement été trop vite lors de l'explication sur l'article, mais cela me semble se tenir, Whatdoyouthink? Par contre, tu as raison sur la terminologie, il ne s'agit pas trop de "valeurs refuges" mais plutôt de "valeurs spéculatives", je vais changer le texte.

Sur ton article et les montants en jeux à relativiser: tu as tout à fait raison. Je rajouterai tout de même deux points:
- les marchés pour PVD / PMA ne sont pas aussi organisés que pour l'UE, la question se pose donc sur l'efficacité et la réactivité face aux conditions de demande changeantes (et bientôt d'offre);
- les effets de fonds spéculatifs internationaux sur des marchés où les masses monétaires en jeux sont faibles, peuvent être d'autant plus déstabilisants.

Amicalement,

Arnaud

Alain Bertier

Arnaud,

Merci pour tes explications, mais j’y apporte quelques observations pour clarifier ce sujet difficile (j’essaye, en n’étant pas certain d’y parvenir), tout ceci est si complexe que l'on n'a jamais fini de préciser:

"la spéculation a atteint des niveaux historiques pour les valeurs refuge classiques que sont les hydrocarbures et les pierres précieuses"

Ma remarque portait sur le sens de valeur refuge. La classification commune des boursiers se fait entre valeurs refuge, les moins risquées, valeurs spéculatives, les plus risquées, les autres étant les valeurs de placement ordinaires entre les deux. Ce qui fait que les diamants sont bien des valeurs refuges (à conserver quoiqu’il arrive) ce qui n’est pas le cas du pétrole. Cette remarque n'a d'intérêt que parce que tu es très lu et qu'il faut éviter le pinailleur dans mon genre.

"la capacité de transport de denrées agricoles est limitée au tonnage actuel (qui ne peut augmenter du jour au lendemain), créant un goulot d'étranglement permettant une spéculation sur les prix - et non plus sur les quantités produites"

un goulot d’étranglement rend plus difficile la satisfaction de la demande ; cela tend à causer une augmentation du prix, indépendamment de toute spéculation, car l’effet est équivalent à une diminution de quantité disponibles.

"la fermeture des frontières de certains pays aux exportations de productions agricoles rajoute un facteur de risque au marché, renforçant le goulot d'étranglement sur les volumes"

idem

"la recapitalisation des banques commerciales est inflationniste (sur l'ensemble des prix) mais crée aussi de la trésorerie qui doit être investie à court terme dans l'attente de dossiers de crédits répondant aux critères de rentabilité et de risques habituels - tant que le ratio Cooke n'est pas altéré."

La recapitalisation n’a pas l’effet que tu supposes, car les sommes disponibles à la banque ne sont plus disponibles chez les souscripteurs. En vérité même à la banque elles ne constituent pas une disponibilité nouvelle car elles remplacent une partie des sommes perdues.

"Les nouveaux facteurs de risques sur les marchés de l'immobilier, des hydrocarbures et des pierres précieuses, la raréfaction des productions agricoles par rapport à la demande mondiale sur une période probablement courte, les goulots d'étranglements sur une période de quelques années (le temps d'ajuster les offres nationales et régionales, ainsi que les transports inter-continentaux) créent des conditions optimales pour une diversification temporaire (supplémentaire) des fonds spéculatifs sur les marchés des matières premières"

Ce serait vrai si les immenses pertes sur l’immobilier et ses dérivés n’avaient pas atteint les fonds spéculatifs. En pratique on voit sur mon exemple du blé européen que les capitaux mis en jeux sont sans commune mesure avec la grande spéculation immobilière.

"ce scénario s'était déjà produit avec la diversification supplémentaire temporaire des fonds spéculatifs sur les marchés monétaires lors de la crise du SME en 1992"

Il n’y a pas eu diversification ; la spéculation sur les changes est d’une autre nature que sur les matières premières, et Georges Soros (le célèbre vainqueur du conflit avec la livre) est en veille permanente (il parait même qu'il a tenté plus tard de réitérer son opération et que cette fois il a perdu) sur ce marché particulier qui n’a pas les garde-fous des MP. On ne peut donc pas dire que le scénario d’aujourd’hui se soit déjà produit.

"Les courbes d'augmentation des prix des matières premières devenues exponentielles ces derniers mois sembleraient confirmer cela."

La spéculation aggrave les tendances, mais elle ne les produit pas. Un contrat à terme, support de toutes les spéculations sur les matières premières, finit toujours par une livraison physique qui met un terme définitif à la spéculation. Un universitaire illustrait cela récemment par l'image de l'écume sur les vagues : plus les vagues sont fortes, plus il y a d'écume, mais ce n'est pas l'écume qui génère la force des vagues.

Un dernier mot sur tes deux points :

- les marchés à terme de matières premières, à ma connaissance, n’existent pas (ou pas encore) dans les PVD, c’est donc la demande physique qui commande le prix là-bas.

- La question des marchés à faibles volumes qui seraient vulnérables à la grande spéculation à mon avis ne se pose pas, pour la raison logique qu’un spéculateur a besoin de trouver, sur le marché où il intervient, une contrepartie. Et un gros spéculateur a besoin d’une grosse contrepartie. Les deux ensemble ne se trouvent que sur les grands marchés.

Amicalement

Alain

ArnaudH

Alain,

Tes remarques sont pleines de bon sens. J'en resterai à ta remarque "La spéculation aggrave les tendances, mais elle ne les produit pas" qui était l'intention originelle de mes propos (les liquidités issues de la crise immobilière permettent des spéculations supplémentaires sur les marchés des matières premières - même si je comprends mieux ton désaccord suite à tes explications très complètes et pédagogiques) et le sens de mes observations dans les commentaires (chaque goulot d'étranglement et chaque crise financière / des transports / etc. alimente la crise alimentaire via les chocs sur le marchés des matières premières qui sont accentués par la spéculation).

Pour ce qui est des recapitalisations, nous sommes d'accord, elles ne fournissent pas, en soi, de nouvelles liquidités, mais elles permettent la relance de fonds spéculatifs qui étaient limités pour cause de crise immobilière et financière. Mais bon, c'est vrai, le lien entre les deux crises est hasardeux (de la spéculation de ma part, lol).

Pour ce qui est des fonds spéculatifs sur les marchés du blé, je suis d'accord. Mais si nous y ajoutons tous les marchés de matières premières alors les montants en jeux sont nettement plus importants (je pense que cela se confirme dans les faits par la croissance des départements commodities dans les banques internationales). Même remarque pour les fonds dans les PVD / PMA, il s'agit surtout de spéculer sur les marchés internationaux (et non les marchés locaux), toutefois, le dévelopement des marchés en Asie (Inde, Hong Kong, Singapour et Tokyo), au Brésil et en Australie, doivent aussi accélérer les tendances sur les marchés à terme des matières premières.

Amichevolmente ;)

Frédéric du Wiki

Je signale juste que l'administration américaines va envoyer 500 000 t de nourritures à la Corée du Nord; une partie sera distribué directement par des ONG US, ce qui permettra de surveiller un peu à qui profite réellement cette manne.

Avec la Corée du Sud qui envoie des centaines de milliers de tonnes de riz chaque année et les aides d'autres organisations internationels et états, les Nord Coréens ne devraient pas trop souffrir de la fin si toute cette aide arrive vraiment à ceux qui en ont besoin.

ArnaudH

@ Frédéric: Merci pour les infos. Celles que j'ai pu consulter jusqu'à présent sont apocalyptiques prédisant une famine pire que celle des années 90 (qui avait fait 2 à 3 millions de morts pour cause de malnutrition). Je vais faire un billet à ce sujet dans les prochaines semaines ;-)

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.