Formé en juillet 2007, à l'occasion du 89ème anniversaire de Nelson Mandela, le groupe The Elders reprend la tradition culturelle locale de nombreux pays - celle des "sages", des "aînés", des "chefs" - pour contribuer à la résolution de conflits et attirer l'attention politique nécessaire aux problèmes d'envergure mondiale, comme la crise climatique ou la lutte contre le Sida. Nelson Mandela, Graça Machel, Desmond Tutu, Kofi Annan, Ela Bhatt, Lakhdar Brahimi, Gro Brundtland, Fernando Henrique Cardoso, Jimmy Carter, Mary Robinson, Muhammad Yumus et Aung San Suu Kyi, ont tous exercé des responsabilités gouvernementales, internationales, entrepreneuriales, religieuses ou associatives au plus haut niveau. En tant que groupe, ils ont une expérience cumulée de la résolution de conflits, dont ceux qui ont un historique long, sur tous les continents, et sur tous les sujets, leur permettant de peser de manière crédible dans la plupart des situations. Deux forces conséquentes du groupe: l'expérience des membres dans des pays faisant preuve d'une extrême pauvreté et d'historiques démocratiques quasi inexistants, et la force morale incomparable des membres, surtout lorsqu'elle est regroupée (dont celle d'Aung San Suu Kyi qui ne peut siéger avec les autres membres, étant assignée à résidence en Birmanie) autour d'une même cause, six d'entre eux ayant été attribué le Prix Nobel de la Paix, quatre ont été Chefs d'Etat, un Secrétaire Général de l'ONU et deux directrices d'agences de l'ONU. Les parrains
des Elders ("les founders"), finançant l'organisation et lui fournissant un personnel
restreint, sont des personnalités privées ou des fondations
internationales favorisant la résolution de conflits, comme la
Fondation des Nations Unies. Après une mission au Darfour, qui avait pour objectif de renforcer la visibilité du conflit et des actions humanitaires, ils lancent, début mars 2008, une campagne de communication pour le 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. La dernière initiative du groupe, retardée, et entreprise en duo par Jimmy Carter et Kofi Annan pour le moment, a pour objectif d'entreprendre une série de consultations avec les représentants de toutes les parties au Moyen-Orient (Israël, Palestine, Jordanie, Syrie, Egypte, Arabie Saoudite) et créer des conditions pour la mise en place d'un processus de paix. Le premier résultat obtenu par Jimmy Carter lors de ses rencontres avec les représentants du Hamas palestinien à Gaza, Ramallah, Damas et Le Caire: la tenue d'un référendum, sur l'ensemble des territoires palestiniens, pour avaliser tout nouveau plan de paix israélo-palestinien permettant la création d'un Etat Palestinien qui serait respecté par le Hamas.
La mission des Elders au Darfour, qui avait mobilisé Jimmy Carter, Lakhdar Brahimi, Desmond Tutu, et Graça Mahel, les deux premiers spécialistes de la résolution de conflits et de la tenue d'élections, les trois derniers spécialistes de l'Afrique et de ses conflits ethniques, cherchait à signaler le moment décisif et l'enchaînement nécessaire des actions internationales au Soudan (cf. rapport de mission). L'escalade des violences au Soudan, notamment dans les camps de réfugiés autour du Darfour; le manque de dialogue entre les parties en conflit (voir billet); la tenue d'élections sur l'ensemble du territoire (élément suivi par la Fondation Carter); le déploiement retardé des forces des Nations Unies (MINUS, MINUAD, MINURCAT) et de l'Union Africaine (AMIS); et la sécurité dont doivent bénéficier les associations humanitaires agissant sur le territoire soudanais; faisaient tous l'objet de discussions entre les Elders et les forces gouvernementales et internationales qui sont partie prenante au conflit. Cette diplomatie parallèle prend toute son importance compte tenu de la militarisation du conflit du Darfour, mais surtout pour assurer le bon déroulement des élections nationales de 2009 et du référendum sur l'auto-détermination du Sud Soudan devant se tenir en 2011, en accord avec le Plan de Paix de 2005, l'Accord de Naivasha, mettant fin à la Deuxième Guerre Civile du Soudan (1983-2005). Tout déraillement de ces processus pourrait ranimer la guerre civile sur l'ensemble du territoire du Soudan (allant bien au delà du Darfour). Ce dialogue ne représentait pourtant que la première des missions que se sont fixés les Elders. La deuxième, celle devant se tenir au Moyen-Orient, représente un tout autre challenge.
Les discussions de Jimmy Carter, 84 ans, (avec l'aide de Kofi Annan) se sont tenues avec la partie jusqu'à présent ignorée des négociations entre les forces régionales mais aussi les forces politiques internationales liées au conflit israélo-palestinien, le Hamas. Cette force politique est aussi composée d'un bras militaire et d'un bras social permettant le financement des services sociaux de base aux familles de ses militants, à l'image des autres forces de résistance de la région, le Hezbollah et l'Armée du Mahdi / le Mouvement Sadr, etc. Choisir de l'ignorer, comme le font les chancelleries occidentales est d'un manque consternant de réalisme diplomatique. S'étant tenu à l'écart de la politique de l'Autorité Palestinienne, le Hamas, décide de la réintégrer en 2005 (lors des municipales où il remporte un tiers des sièges) dans le cadre d'un cessez-le-feu de neuf mois, et se présente en janvier 2006 aux élections législatives (aucun scrutin n'avait pu avoir lieu depuis 1996 pour cause de conflit). Il remporte démocratiquement la majorité des sièges: 43% des voix et 74 des 132 sièges face aux 40% et 45 sièges du Fatah (le Hamas accuse le Fatah de corruption dans la gestion de l'Autorité Palestinienne; le Fatah accuse le Hamas de refuser toute négociation permettant la mise en place d'une paix durable pour les palestiniens). Le gouvernement d'Ismaël Haniyeh, une des figures les plus pragmatiques du Hamas, formé en coalition avec le Fatah et d'autres forces indépendantes palestiniennes, durera cependant moins d'un an et demi. Les attaques de sa branche armée ayant visé indistinctement les militaires et les civils israéliens, le Hamas figure sur les listes des organisations terroristes d'Israël, de l'UE et des Etats-Unis, ce qui rend impossible le dialogue diplomatique régulier et la gestion sereine des territoires contrôlés par le Hamas, pourtant fortement dépendants de l'Etat Israélien, de l'Egypte, et de l'Autorité Palestinienne. De même, le Hamas refuse de reconnaître l'Etat d'Israël (contrairement au Fatah qui l'avait reconnu lors des Accords d'Oslo de 1993) et use de cette arme diplomatique comme élément majeur d'une future négociation (en refusant d'y renoncer sans concessions de la part d'Israël). Les gouvernements occidentaux décident de boycotter le gouvernement du Hamas, et une partie importante de l'aide extérieure, dont dépend la Palestine pour se maintenir économiquement et socialement, est arrêtée avant d'être réorientée à travers la présidence palestinienne (et non plus le gouvernement) de Mahmoud Abbas, membre du Fatah, lui-même élu démocratiquement avec 62,5% des voix en janvier 2005. Le non paiement des fonctionnaires palestiniens deviendra dès lors un point central des problèmes intra-palestiniens; l'enlèvement par le Hamas de soldats israéliens menant des opérations à Gaza ravive les tensions avec Israël. Suite aux défaillances de l'action gouvernementale; le blocage du gouvernement dû à la structure complexe de répartition des postes entre le Hamas et le Fatah; une tentative d'assassinat du Ministre des Affaires Etrangères Palestinien, Mahmoud al-Zahar du Hamas, qui est attribué par le Hamas à Mohammed Dahlan, le chef de la sécurité du Fatah à Gaza; et la montée des tensions, dont la prise du Conseil Législatif Palestinien de Gaza par des militants du Fatah et des affrontements armés; le Hamas s'empare en juin 2007, par les armes, de la Bande de Gaza (officiellement de manière provisoire afin de d'arrêter les attaques du Fatah à son encontre, mais aucun retrait n'a eu lieu depuis). Une guerre civile démarre entre les deux forces palestiniennes, et le gouvernement de l'Autorité Palestinienne, réduite à la Cisjordanie, est entièrement remanié par le Fatah.
Depuis la scission importante entre les deux parties palestiniennes, les négociations entre l'Autorité Palestinienne et Israël ne peuvent réellement concerner que la Cisjordanie, encore contrôlée par le Fatah, ce qui implique l'impossibilité pour la partie palestinienne aux négociations de garantir un cessez le feu, voire un désarmement, seul véritable objectif à moyen terme d'Israël dans ces négociations avec l'Autorité Palestinienne. Le blocage est devenu total après le refus réitéré d'Israël et des autres parrains internationaux du "processus de paix" de négocier avec le Hamas. Le blocus total de la Bande de Gaza par Israël à partir de janvier 2008 (expliqué officiellement par la multiplication des attaques de roquettes sur la ville israélienne de Sdérot) entraîne des coupures d'électricité et d'eau, des ruptures de stocks médicaux et de biens de consommation de base. Incapable d'assurer la subsistance des gazaouis (la dernière centrale électrique s'étant éteinte le 20 janvier 2008) suite à la fermeture de
toutes les frontières de la bande (la situation humanitaire étant devenue aussi mauvaise que celle de 1967 selon plusieurs associations humanitaires, dont Care et Oxfam, et agences spécialisées de l'ONU comme UNRWA, l'OMS et le PAM; cf. Le Monde 08.03.2008), et critiqué pour sa gestion autoritaire de la Bande de Gaza, le Hamas tente un coup de force,
nécessaire au niveau humanitaire, réussi au niveau médiatique, préoccupant pour Israël au niveau sécuritaire, en dynamitant le mur frontalier entre le sud de Gaza et l'Egypte
(nord Sinaï) fin janvier 2008 (opération qui a exigé plusieurs mois de préparation), qui restera ouvert cinq jours (et permettra des dépenses se chiffrant à $250 millions, dont le principal objectif était de re-stocker les magasins de Gaza). Le blocus humanitaire par Israël de la bande de Gaza fera l'objet de critiques virulentes de l'Organisation de la Conférence Islamique et du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU.
La régionalisation accélérée du conflit en intégrant l'Egypte, mais aussi le Liban et la Syrie via les probables attaques d'Israël envers des figures du Hezbollah (voir billet), dans le cadre d'un "processus de paix" international défaillant (voir billet), et d'une crise humanitaire sur la Bande de Gaza, démontrent à nouveau l'urgence de la recherche de règlements progressifs aux conflits multiples et complexes de la région. Tony Blair, l'émissaire du Quartette chargé du suivi de la Feuille de Route (le dernier "plan de paix" en cours), prône une nouvelle stratégie à Gaza qui n'encourage pas les extrémistes, mais ne les élimine pas du champ des négociations non plus (il dit avoir appris, pendant les négociations qui ont mis fin aux violences en Irlande du Nord, qu'on doit "avancer avec une des parties sans jamais perdre l'autre partie"). La politique de désengagement démarrée par Ariel Sharon et poursuivie par Ehoud Olmert mène, de toute évidence, à une impasse géopolitique et une accélération du niveau de tension régionale. Cependant, toute tentative de pourparlers, y compris de la part de figures neutres, reconnues au niveau international pour leurs bonnes oeuvres, fait l'objet de condamnations. Ces condamnations se sont étendues aux pourparlers entre l'ex-président américain Jimmy Carter et des figures du Hamas à Gaza, Damas, et au Caire, dont Khaled Meshal, un des principaux dirigeants du Hamas se trouvant à Damas, et Mahmoud al-Zahar, le Ministre des Affaires Etrangères du Hamas à Gaza, ainsi que les pourparlers entre Jimmy Carter et le Président Syrien Bachar Al Assad et son Ministre des Affaires Etrangères, Walid Al-Mouallem. Et pourtant, on ne peut nier le rôle central qu'a joué Jimmy Carter lors des négociations de paix entre Israël et l'Egypte, Menahem Begin et Anouar el Sadate (encore en vigueur 30 ans après leur signature et facteur majeur de stabilisation de la région), la connaissance qu'il a de la géopolitique régionale du Moyen-Orient, y compris des facteurs démographiques qui effraient Israël et guident une partie de se politique en Palestine.
Les résultats de la diplomatie parallèle menée par Jimmy Carter sont pourtant probants (Le Monde 22.04.2008): le Hamas serait disposé à reconnaître Israël en tant qu'Etat voisin de facto (ce qui n'implique pas une reconnaissance de jure, à court terme, de l'Etat d'Israël), et serait disposé à soutenir un plan de paix sous certaines conditions dont: le rétablissement des frontières de 1967, la mise en place d'un cessez-le-feu d'une durée de 10 ans, et un vote référendaire des Palestiniens soutenant le plan de paix (ou une élection législative palestinienne ratifiant l'accord) - des conditions connue sous le nom de "Document des Prisonniers Palestiniens" (négocié en 2006 dans une prison israélienne entre représentants du Fatah, du Hamas, du Jihad Islamique Palestinien, du FPLP, et du FDLP) qui n'avait jamais été officialisé par le Hamas (contrairement au Fatah). Jimmy Carter, s'est déclaré satisfait, lors de la conférence de presse qui s'en est suivie, de voir un changement dans la position historique du Hamas, même s'il regrettait ne pas avoir réussi à négocier un cessez-le-feu unilatéral du Hamas. Même si les détails, qui prennent toute leur importance lorsqu'il s'agit de négociations au sujet de la Palestine, de toute reconnaissance par le Hamas d'une négociation de paix finale, devront faire l'objet de négociations précises, le texte accordé entre les deux parties est explicite (texte original ci-dessous, traduction de l'auteur*): "Si le Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, réussit à négocier un accord final sur le statut [de la Palestine] avec Israël, alors le Hamas acceptera la décision du peuple palestinien et sa volonté exprimée à travers un référendum... même si le Hamas s'oppose à l'accord". Les questions en suspens seront l'aménagement de la charte du Hamas (qui précise qu'un des objectifs de l'organisation est la destruction d'Israël), les colonies israéliennes en Palestine, et les modalités du droit de retour des réfugiés palestiniens au Liban et en Jordanie (tous les autres éléments ayant déjà fait l'objet d'accords lors de négociations officielles et officieuses antérieures). L'acceptation du rôle de Mahmoud Abbas en tant que principal négociateur pour les palestiniens démontre une quadruple stratégie: le reconnaître en tant que principal leader palestinien et mettre fin, provisoirement, à la guerre inter-palestinienne; ne pas engager le Hamas directement dans des pourparlers officiels qui pourraient décrédibiliser l'organisation envers une partie de sa base électorale et une partie de ses appuis internationaux, et ce, malgré les demandes pressantes de Jimmy Carter; laisser une marge de manoeuvre pour s'opposer à tout accord qui n'intégrerait pas les demandes de base du Hamas, dont certaines seront refusées lors de la négociation avec Israël, notamment celles concernant le droit de retour des réfugiés (déjà refusées lors des négociations antérieures); débloquer une situation figée sur le terrain depuis plusieurs mois. Le retour de Jimmy Carter dans le processus de négociation lui permettra peut-être d'achever une de ses ambitions personnelles en matière de diplomatie: infléchir le cours de l'histoire et les conséquences désastreuses de la Guerre des Six Jours de 1967. La première étape du Sinaï avait trouvé une solution en 1978 sous sa présidence (traité de paix Israélo-Egyptien), un fragment de la deuxième étape en 1993 et 1994 (traité de paix Israélo-Jordanien) avait été négocié sous la présidence de Bill Clinton; demeurent un accord de paix final entre Israël et la Palestine, ainsi qu'un accord de paix entre Israël et la Syrie. La crainte de Carter est de voir les conditions préalables pour un accord de paix israélo-palestinien régresser sur le terrain, notamment sur les colonies israéliennes en Palestine qui continuent à s'étendre. Le commentaire** du Premier Ministre Israélien sur la visite de Jimmy Carter dans la région: "Il est venu au mauvais moment avec un ordre du jour sans rapport avec le sujet".
Quindi... Deux stratégies se présentent aux Elders. Ils pourraient soit, à l'avenir, prendre toute leur importance dans la résolution de conflits, en agissant sur les points de blocages historiques par le biais d'une diplomatie parallèle, non officielle, permettant d'accréditer les forces en présence et d'éviter des escalades périlleuses pour la stabilité régionale, à l'image de ce qu'a réussi à faire Jimmy Carter, mais aussi ce qu'avaient réussi les diplomaties, officielles mais secondaires, des pays scandinaves pour le processus israélo-palestinien (Norvège) ou sri-lankais (Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Islande, voir billet). Ce rôle pourrait potentiellement introduire un acteur de poids, officialisé par quelques appuis clé, comme celui de la Fondation des Nations Unies, qui ne pourrait être simplement balayé lorsqu'il intervient contre les intérêts des autres acteurs (puissances) des relations internationales. L'autre option serait celle d'un groupe mettant en avant certains éléments stabilisateurs internationaux comme les droits de l'homme, le suivi international d'élections (comme la Fondation Carter). La diplomatie personnelle active de certains Elders comme Nelson Mandela et Desmond Tutu en Afrique (dernièrement au Kenya), Kofi Annan (sur l'ensemble de la planète), Muhammad Yunus et Ela Bhatt sur des sujets de micro-finance, Gro Bruntland sur des sujets environnementaux et de santé publique, Nelson Mandela sur des sujets d'éducation en milieu rural (la Fondation Nelson Mandela et ses actions contre l'épidémie du Sida et pour l'éducation en Afrique), Mary Robinson sur des questions humanitaires, etc., mais aussi de figures exerçant une pression morale comme Aung San Suu Kyi ou Nelson Mandela sur leur pays et régions respectifs, obligeant les principaux acteurs à ne traiter, même sous forme de blocage, leurs causes de démocratisation, peut être une force décisive pour de nombreux conflits. En 2008, cela a déjà été le cas pour les crises en cours au Kenya, en Birmanie, au Darfour, au Zimbabwe, à Gaza.
La mission de Jimmy Carter en Palestine démontre un élément diplomatique basique. On ne peut choisir les parties avec qui doivent avoir lieu les négociations. Ce type de choix condamne toute négociation de paix à l'échec et perpétue une guerre larvée, vieille de 60 ans. Néanmoins, on ne peut non plus nier que la pression financière et sociale internationale, avec un coût humain démesuré, et l'impasse des négociations intra-palestiniennes, auront forcé le Hamas à réaliser des gestes dramatiques (dynamiter la frontière avec l'Egypte, négocier la gestion de la frontière avec le Fatah, négocier une -lointaine - reconnaissance d'Israël avec Jimmy Carter). De plus, le débat frise souvent la caricature avec des comparaisons entre la politique israélienne en Palestine et d'autres périodes historiques, dont les contextes étaient sensiblement différents, pour débloquer le statu quo (Jimmy Carter compare - de manière réfléchie - la politique israélienne en Palestine à la colonisation des européens, et la politique de l'Apartheid en Afrique du Sud, son argumentation raisonnable étant trop souvent ignorée; l'ambassadeur libyen à l'ONU, Giadalla Etthali, pas le plus neutre des observateurs, la compare à l'Holocauste). Est-ce que tout cela fait avancer le débat et la prise de conscience? Le "processus de paix"?
Le Moyen Orient est en mouvement, plusieurs initiatives, dont certaines contradictoires sont en cours de la part de tous les acteurs, les dernières laissent présager d'un statu quo devenu inacceptable pour toutes les parties:
- les critiques de l'ONU envers la politique de fermeture des frontières entre Israël et Gaza et la Cisjordanie, qui ont provoqué un nouvel arrêt des livraisons de carburant et de vivres de l'organisation internationale, dernier rempart en cas de crise humanitaire (cf. Le Monde 24.04.2008) pour alimenter plus de 650 000 réfugiés palestiniens à Gaza sur une population d'un million (le manque de carburant provoque aussi une crise alimentaire et une crise des ordures);
- la vague de raids aériens de l'armée israélienne sur Gaza et leur condamnation internationale;
- les préparatifs militaires d'Israël, du Hezbollah, de la Syrie, et de l'Iran, qui ouvrent la possibilité d'une escalade militaire inévitable en cas d'actions tactiques irréfléchies, même insignifiantes, de la part de n'importe quelle guérilla de la région (toute intervention d'Israël contre la Syrie pourrait entraîner une intervention plus active de l'Iran; toute intervention d'Israël au Liban que les forces de l'ONU, la FINUL renforcée, et l'Armée libanaise n'arriveraient pas à délimiter au sud du pays, pourrait entraîner une intervention syrienne), pourraient aussi rentrer dans une logique plus large de guerre entre les Etats-Unis et l'Iran, ainsi qu'un alignement de toutes les puissances étatiques et non étatiques (guérillas, groupes "humanitaires et sociaux", groupes terroristes) sur les positions d'un camp ou de l'autre;
- les négociations entre Israël et la Syrie, par le biais de la diplomatie turque, sur un éventuel retrait du Plateau du Golan, avec supervision américaine, posant des conditions réelles sur le liens entre la Syrie et le Hamas et la Syrie et le Hezbollah, mais aussi sur les liens entre la Syrie et l'Iran, permettraient d'aborder des éléments quasi tabou des négociations internationales;
- les difficiles négociations entre Israël et le Hamas, par le biais de la diplomatie égyptienne, sur un éventuel cessez-le-feu à Gaza et arrêt du blocus de la bande pour six mois, extensible à la Cisjordanie, avec des conditions (cessez le feu de l'ensemble des groupes palestiniens, ouverture de tous les points de passage) qui l'invaliderait rapidement (l'Egypte proposerait de rouvrir le passage de Rafah si Israël continue son blocage de Gaza);
- les accusations des Etats-Unis envers la Syrie et la Corée du Nord sur une éventuelle coopération en matière de nucléaire militaire.
Est-ce que tout cela rentre dans une logique de désengagement final, qui ferait que les israéliens préparent les dernières offensives militaires en Palestine et au Liban (contre le Hamas et le Hezbollah) avant de négocier une paix nécessairement globale entre Israël, la Syrie, la Palestine, le Liban, avec l'aval de la Communauté Internationale, dont les Etats-Unis, l'Union Européenne, l'Organisation de la Conférence Islamique (avec l'Egypte et l'Arabie Saoudite), et la Turquie (dissociant les positions de la Syrie et de l'Iran et replaçant l'Iran à la périphérie du Moyen Orient, plutôt qu'au centre, comme c'est le cas actuellement; ce qui constitue le premier objectif d'Israël et des Etats-Unis)? Ou s'agit-il de désinformation, de vaines supputations habituelles lorsqu'on parle de la Géopolitique du Moyen Orient? Dans tous les cas de figure, l'apparition d'un nouveau groupe de médiateurs et négociateurs internationaux non étatiques et non affiliés, crédibles de facto compte tenu de leurs expériences passées, distançant celle des principaux acteurs géopolitiques actuels (et agissant même lorqu'ils ne sont pas invités par certaines parties), doit être applaudie et soutenue.
Merci à L'Hérétique et Tahar, Coeur de Lyon d'avoir démarré le débat sur ces sujets.
Article en anglais à lire sur les préparatifs militaires au Moyen Orient de Mahdi Darius Nazemroaya du Center for Research and Globalization, Canada
*“If [Palestinian Authority] President [Mahmoud] Abbas succeeds in negotiating a final status agreement with Israel, Hamas will accept the decision made by the Palestinian people and their will through a referendum . . . even if Hamas is opposed to the agreement.”
**"He has come at an inappropriate time, with an irrelevant agenda."







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toujours,un plaisir à lire tes articles bien documentés. Et c'est toujours intéressant de recouper les infos provenant d'autres blogs pour l'intérêt de tous.
sur le conflit moyen oriental, je l'ai abordé à plusieurs reprises sur des angles inhabituels qui permettent de se faire une autre idée.
voici un lien vers 2 articles
http://parolededemocrate.blogspot.com/2008/04/le-programme-cach.html
http://parolededemocrate.blogspot.com/2008/04/et-si-tout-ntait-quune-histoire-de.html
qui donnent donc un autre son de cloche et aux lecteurs de se faire leur propre idée.
Rédigé par: houhou | 25 avril 2008 à 12:46
Merci pour le commentaire houhou; je suis d'accord sur le principe de la multiplication nécessaire des analyses afin de trouver la meilleure approche. Sur le billet concernant la géopolitique de l'eau, je suis d'accord, c'est un enjeu majeur des conflits au Moyen Orient (mon analyse de la question de l'eau sur une échelle plus large: http://www.quindiblog.eu/log/2008/03/quindi-gopoliti.html ). Pour ce qui est de l'article de Gush Shalom, il verse, à mon avis, de l'huile sur le feu: citer les paroles d'un militaire, ex-chef d'état major, général en 1956, 1967, et qui a perdu une partie de son équilibre mental entre 1967 et 1973 (estimation personnelle), décédé en 1981, ne permet pas d'expliquer la politique actuelle de gouvernement israélien. A l'inverse, je suis d'accord sur la conclusion de l'article, demandant un examen critique des 60 ans d'histoire d'Israël, afin d'avancer dorénavant dans une direction d'équilibre et de réciprocité avec son voisinage régional.
Rédigé par: ArnaudH | 25 avril 2008 à 19:34
Parfois manque de temps (ou bien de pratiques ?) de lire l'ensemble de tes articles, mais quel bonheur à chaque fois de découvrir des infos dans un domaine que j'ai pratiqué il y a quelques années...
Merci.
Noa from Ilium
PS : Sur la thématique du conflit israëlo-palestinien, il y a l'Atlas Géopolitique d'Israël de Frédéric Encel qui vient de sortir chez Autrement, de même que le dossier Israël - Palestine (avril mai - juin 2008) dans le magasine Histoire.
D'ailleurs, Encel sera présent au café géopoltique de l'IFG ce 5 mai (http://www.geopolitique.net/article.php3?id_article=237)
Rédigé par: Ilium | 25 avril 2008 à 19:43
Merci beaucoup Noa :) J'en profite pour signaler, à tous ceux de passage, le blog Ilium 2.0 (bientôt 3.0 si j'ai bien tout compris, lien à droite dans le "Roll Politique France"), la politique de la ville de Paris vue à travers le prisme de la Guerre de Troie, A LIRE! Je vais de ce pas commander l'Atlas Encel sur Amazon (c'est plus fort que moi, j'adore les atlas, la collection de livres de géopolitique de l'IFG est pas mal du tout d'ailleurs: http://www.geopolitique.net/article.php3?id_article=218 ) mais je ne pourrai aller à son café géopolitique, étant résident à Rome :( (bon, je ne vais pas me plaindre non plus, lol)
Rédigé par: ArnaudH | 25 avril 2008 à 20:00
Marrant cet réunion des Elders, je ne connaissais pas. Mais ça me laisse dubitatif, cette belle image de beaux vieillards agissant pour le bien de l'humanité. Les intérêts stratégiques des pays dont vous parlez me semblent primer (malheureusement) sur ce type d'initiative. pas facile de rester optimiste !
http://www.themediafactory.fr
http://notmade-in-china.blogspot.com
Rédigé par: Marshka | 26 avril 2008 à 23:11
@ Marshka: Oui et Non. Oui, en effet, il ne s'agit pas de résoudre deux des conflits les plus complexes de la planète, qui ont respectivement 53 ans et 60 ans, du jour au lendemain. Mais plutôt d'officialiser, capitaliser, et consolider le pouvoir de médiateurs / négociateurs qui agissent déjà sur tous ces conflits. Rien qu'en 2008, il est révélateur de voir à quel point ces médiateurs auront contribué à la pacification de la crise kenyane (Kofi Annan, Desmond Tutu, John Kufuor, Jean Ping, etc. voir billet: http://www.quindiblog.eu/log/2008/01/quindi-les-tens.html ) et travaillent d'arrache pied sur la crise zimbabwéenne. Leur travaux sur la crise du Darfour, certes discrets, sont nécessaires car les difficultés rencontrées pour réunir une force de casques bleus en accord avec les engagements donnés, et l'envergure du conflit, traînent trop, au détriment des forces internationales en présence et de la sécurité des camps de réfugiés. Finalement (voir billet: http://www.quindiblog.eu/log/2008/01/quindi-leufor-e.html ); le petit déblocage réussi par Jimmy Carter avec le Hamas, est très significatif pour les négociations à venir. 11 mois après la saisie de Gaza par le Hamas, la balle est maintenant dans le camp d'Israël.
PS: merci pour les liens, je ne connaissais pas l'EGE
Rédigé par: ArnaudH | 27 avril 2008 à 06:54