La préparation du sommet de l'OTAN aura, à nouveau, provoqué des tensions politiques chez les pays membres de la coalition internationale sous mandat de l'ONU luttant contre les Talibans en Afghanistan (ISAF - International Security Assistance Force, forte de 47 000 hommes, avec la participation de 40 pays). Cela avait déjà été le cas lors d'une première série d'augmentations des contingents militaires en 2007, qui provoquèrent des débats politiques dans plusieurs pays dont le Japon (avec un navire ravitailleur dans l'Océan Indien), la Corée du Sud (210 hommes jusqu'à fin 2007), l'Australie (avec 1100 hommes), la Nouvelle Zélande (110 hommes), les Pays Bas (1 730 hommes) et notamment l'Italie (2 360 hommes), où Romano Prodi avait provoqué une crise de confiance en son gouvernement afin de faire passer la loi permettant l'augmentation du nombre de troupes italiennes en Afghanistan (troisième contingent européen après le Royaume Uni avec 7 750 hommes et l'Allemagne avec 3 490 hommes). Cette fois-ci, c'est le débat politique en France qui est perturbé par la volonté de Nicolas Sarkozy de renforcer le contingent français (1 500 hommes en tout dont 700 à 800 sur le terrain) au sein du dispositif de l'OTAN de 47 000 hommes, dans le cadre d'une réintégration de la France dans la stratégie de combat de l'OTAN en Afghanistan (et non plus simplement en tant que pays contributeur lambda), au même titre que les Etats-Unis, le Royaume Uni, le Canada et les Pays-Bas, tous responsables de zones de combats intenses dans le sud et l'est du pays. Les autres pays augmenteront progressivement leur participation afin d'éviter un débat public trop marqué. Par ailleurs, la coordination entre l'ONU, les Etats-Unis, l'UE et l'OTAN fera probablement l'objet de discussions houleuses car un des aspects les plus défaillants de la conduite de la guerre en Afghanistan est le manque d'impact des politiques de reconstruction et développement, notamment celles qui concernent les services publics de base. Il en va de même pour la formation militaire des forces gouvernementales afghanes, qui se trouve encore sous juridiction des forces armées nationales (américaine et européenne) plutôt que de l'ISAF, et des aides internationales de l'ONU, encore limitées à la région de Kaboul. Le manque de renseignements sur les activités des chefs tribaux, leur système politique local particulier; le manque d'experts sur les situations politique, économique et le trafic de drogue afghans; et la publicité insuffisante des actions de l'ONU et de l'ISAF en Afghanistan; ne permettent pas la création d'un capital sympathie à l'égard des actions de la communauté internationale dans le pays, et handicapent les efforts des forces internationales. La toile de fond de ces discussions est l'augmentation des attaques des Talibans (les attentats suicides ont augmenté de 27% en 2007 par rapport à 2006, de 600% par rapport à 2005, et les attaques en tous genres ont augmenté de 400% par rapport à 2005), du nombre de morts causées par ces attaques (8000 morts pour cause de conflit en 2007 dont 1500 civils et 230 soldats étrangers) et la réduction progressive des conflits conventionnels (à part les attaques contre le personnel, les installations, et le matériel de l'ISAF) pourtant toujours réguliers au sud et à l'est du pays. Les officiers de l'OTAN n'hésitent pas à dire que cette guerre n'est pas gagnable sur le terrain.
En ce qui concerne l'aide internationale, la mission de l'ONU en Afghanistan (UNAMA / MANUA)
devrait rapidement devenir une administration parallèle en Afghanistan
(elle est composée de 1000 personnes dont 80% d'afghans à l'heure
actuelle). Bien que son rôle ait démarré dans les années 50, la
structure de l'ONU à Kaboul était embryonnaire jusqu'en 2002 (à travers
le PNUD, le HCR
et l'UNSMA, première agence spécialisée sur l'Afghanistan) et une
partie de la charge de reconstruction à l'extérieur de la zone de
Kaboul était à la charge des forces militaires dédiées de l'ISAF (PRT
- Provincial Reconstruction Team), un concept de généralisation des
travaux de reconstruction et services sociaux effectué par des
militaires, développé pour la première fois en Afghanistan. Cependant,
le mandat de la MANUA a été étendu le 23 mars 2008, pour non seulement
gérer l'aide internationale et le règlement politique (Loya Jirga) issus des Accords de Bonn
de 2001 (Accord sur des arrangements temporaires en Afghanistan avec
une aide financière et un plan de stabilisation politique du pays),
mais aussi des activités de conseil politique pour la pacification du
pays, les activités internes de l'ONU pour la reconstruction, le
développement et l'assistance humanitaire (à travers ses agences
spécialisées dont principalement, le PNUD, la FAO, le PAM, le HCR, ONUDI, FNUAP, UNODC, UNOPS et UNICEF) et la la mise en place de l'Afghanistan Compact.
L'Afghanistan Compact représente une série d'accords signés à Londres
en 2006 entre la communauté internationale, l'ONU, et le gouvernement
afghan, prévoyant des plans quinquennaux permettant au gouvernement
afghan de progressivement prendre en charge les efforts de
reconstruction. Ces accords ont des volets économiques, prévoyant une
aide internationale de $10,5 milliards, une électrification de 65% des
zones urbaines et 25% des zones rurales, l'accès à l'eau domestique
pour 50% des habitants de Kaboul et 30% des autres zones urbaines, la
scolarisation de 75% des garçons et 60% des filles, l'accès de 90% de
la population aux services de santé de base, la réduction de l'extrême
pauvreté (3% par an) et de la faim dans le pays (5% par an); des volets
politiques pour la création d'institutions gouvernementales afghanes
stables, évitant les gaspillages excessifs; des volets militaires
prévoyant la formation de l'armée gouvernementale afghane (ANA), avec
70 000 hommes fin 2010, le déminage de 70% du territoire (l'Afghanistan
a subit plusieurs campagnes de minage de son territoire lors des
guerres contre l'URSS, les guerres civiles, la guerre contre les
Talibans) et le désarmement des milices; et, des volets sociaux,
finançant la lutte anti-drogue du gouvernement, et prévoyant la
réintégration des femmes dans le monde du travail afghan, notamment les
administrations publiques. C'est en analysant de près les objectifs
fixés par l'Afghanistan Compact qu'on réalise la tâche dantesque dans
laquelle s'embarquent les Nations Unies et les forces de l'ISAF avant
de réussir à stabiliser le pays (le cinquième plus pauvre du monde) et
démarrer son développement économique (totalement dépendant du trafic
d'opium, l'Afghanistan étant le premier producteur mondial). Pourtant
d'autres opérations internationales de ce type (avec une opposition
armée moins imposante) ont réussi en Angola, Mozambique, Cambodge etc.
Les principales tâches auxquelles elles s'étaient attelées étaient la
mise en place d'institutions solides et d'un système de justice fiable,
préalables nécessaires dans une société déstructurée par la guerre
contre l'URSS, les guerres civiles et les combats entre chefs tribaux
et mujahidin pendant 30 ans. L'aspect sécuritaire et de justice prend
une importance démesurée en Afghanistan car une partie de la
population, particulièrement dans le sud du pays, admirait les
résultats obtenus, dans la lutte contre la criminalité, par les
Talibans, avec leurs méthodes radicales et expéditives (couper les
mains et les pieds des voleurs, pendre les criminels). Afin de mettre
ces objectifs en place, les contributions internationales viennent
d'une série impressionnante d'organisations internationales (Union
Européenne, Banque de Développement Asiatique, Banque de Développement
Islamique, Organisation de la Conférence Islamique, Banque Mondiale,
FMI, OCDE et la Fondation Aga Khan) et pays contributeurs (une
cinquantaine en tout). La problématique rencontrée jusqu'à présent
concerne surtout la prise de décision inefficace pour la répartition de
cette aide (concentrée dans deux conseils avec des représentants
internationaux et des ministères afghans, le Joint Coordination and
Monitoring Board, JCMB et le Policy Action Group) qui devrait être
concentrée au sein d'un Conseil de Surveillance unique. Sur le terrain,
les militaires demandent aussi un renfort en personnel civil spécialisé
afin de contribuer à leur tâche de reconstruction au sein des PRT. Il
s'agit pour l'essentiel d'agronomes, médecins, vétérinaires,
ingénieurs hydrauliques, ingénieurs électriques, ingénieurs du
bâtiment, etc. C'est cette demande qui alimente les Think Tanks
militaires qui ont produit des propositions d'un corps d'experts civils
pouvant être déployé en parallèle de l'armée (cf. programme de
politique étrangère de John McCain, voir billet).
A
partir de la fin 2003, l'ONU avait donné l'autorisation à l'ISAF de
s'étendre au delà de Kaboul, mission qui aurait normalement du revenir
exclusivement aux forces armées gouvernementales afghanes, mais
qu'elles n'étaient pas en mesure d'accomplir. La difficulté pour
obtenir des renforts en 2004 a retardé le déploiement sur l'ensemble du
territoire afghan de l'ISAF jusqu'en octobre 2006. Lors de cette
dernière phase d'extension des prérogatives de l'ISAF, et de reprise
des tâches de l'opération militaire américaine Enduring Freedom, les
objectifs de la force multinationale sont devenus plus complexes. Afin
d'éviter une prise de contrôle des provinces afghanes par les Talibans,
l'ISAF a du reprendre le rôle proactif américain à l'encontre des
Talibans et Al Qaïda (bien que des forces spéciales de plusieurs pays
dont les Etats-Unis et la France conservent un petit contingent à
l'extérieur de l'ISAF réservé à la lutte contre Al Qaïda - c'est cette
unité française qui, ayant acquis une expérience à l'est du pays,
justifie un redéploiement français plus important dans cette zone en
2008), une évolution importante de son rôle, réservé jusqu'à cette date
à la sécurisation des zones sous contrôle gouvernemental, l'assistance
militaire et la reconstruction. En parallèle, l'intensité des combats
dans la zone sud, celle de Kandahar, ancien fief des Talibans pendant leur régime, Uruzgan (centre-sud) et celle de Helmand,
commençait à dépasser, selon certains commandants britanniques,
canadiens et néerlandais sur le terrain, celles des combats corps à
corps de la Guerre de Corée. Cette intensification des combats a aussi
rendu tout effort de reconstruction impossible dans ces zones
(notamment ceux de la Task Force Uruzgan
des Pays Bas), pourtant essentiels pour obtenir un renversement des
alliances locales défavorables à l'ISAF pour le moment. Compte tenu des
renforts en hommes et moyens matériels apportés au conflit afghan,
suite aux accords passés entre les alliés de l'OTAN (les américains ne
pouvant se permettre d'engager un grand nombre de troupes
supplémentaires compte tenu de leurs engagements en Irak, voir billet),
le résultat le plus probable est une intensification des combats, avec
des pertes plus lourdes, surtout de la part de l'ANA. Il s'agit pour
l'essentiel d'insérer sur le théâtre des opérations des troupes
européennes, dont les français, au sud-est du pays (zone de contrôle
des liens humains et en matériel entre tribus pachtounes afghanes et
pakistanaises des PATA et FATA - Provincially / Federally Administered Tribal Areas - des régions du Balouchistan et Waziristan au Pakistan, voir billet)
afin de permettre aux troupes américaines plus aguerries aux combats en
Afghanistan, de venir en renfort des troupes britanniques, canadiennes
et néerlandaises au sud du pays (les canadiens ayant menacé de se
retirer d'Afghanistan d'ici 2009 si les autres pays alliés ne lui
apportaient pas un soutien supplémentaire). Si ces renforts sont
utilisés à bon escient, ils pourraient permettre, en un premier temps,
de mieux cibler les chefs militaires Talibans (200 ont été tués et 100 arrétés en 2007),
les chefs militaires étrangers (de plus en plus nombreux venus
remplacer les Talibans morts grâce aux réseaux d'Al Qaïda), et
désorganiser une insurrection efficace qui gagne du terrain. En un
deuxième temps, des renforts importants en matière de formation des
troupes gouvernementales de l'Armée Nationale Afghane (ANA) et de
policiers, pourraient renforcer de manière exponentielle les troupes
mises à disposition pour contrer les Talibans et assurer la sécurité
dans les zones reprises aux Talibans (ces zones repassent souvent sous
contrôle Taliban car l'ISAF et l'ANA n'ont pas les moyens de contrôler
le territoire pour de longues durées sans réaliser des alliances
locales avec les chefs tribaux). Au niveau local, la difficile
coordination pour la mise en place d'une force de police efficace,
entre le moment du retrait Taliban et l'arrivée de l'ANA et l'ISAF,
provoque souvent l'augmentation de la criminalisation des échanges
commerciaux (que les Talibans empêchaient en partie), l'augmentation de
la corruption parmi les forces sécuritaires locales, et donc, le
mécontentement des populations locales qui s'en prennent aux forces
internationales. Par ailleurs, une des problématiques militaires les
plus dures à assumer sur ce terrain d'opérations est la faible
visibilité des guérillas talibanes. Cela entraîne des bombardements
massifs de l'ISAF avec des conséquences graves en dommages collatéraux
(morts de civils) qui aggravent le faible soutien populaire de l'ISAF
et de l'ANA. Les Talibans cherchent à profiter de ces actions en se
maintenant proches des zones de civils, et le gouvernement Karzaï a
déjà cherché, à plusieurs reprises, à se démarquer de la position
internationale sur ce sujet. Le changement des règles d'engagement
militaires ont permis une réduction des pertes collatérales, mais au
risque de laisser un nombre supplémentaire de zones aux Talibans, d'où
l'importance de renforts sur le terrain pour pallier au manque
d'efficacité croissant des opérations aériennes.
Le gouvernement Karzaï ne contrôle qu'une partie infime du territoire afghan (pour l'essentiel la région de la capitale). Les attentats récents à l'intérieur même de Kaboul et des zones internationales de la ville, laissent penser que ce contrôle est en train de s'effriter. La représentation politique n'est pas issue d'un scrutin à la proportionnelle, ce qui a exclu un grand nombre de représentants tribaux, empêche la création de véritables partis politiques en renforçant la personnalisation politique, facteur classique de déstabilisation institutionnel dans les sociétés fragmentées, et affaiblit les institutions législatives (comme Hamid Karzaï l'avait souhaité). De même les administrations provinciales officielles n'ont que très peu de pouvoir et sont parfois inexistantes. Dans ce système, les nominations gouvernementales ne se font pas en fonction des compétences, mais de la loyauté aux membres du gouvernement, afin d'éviter des renversements internes de majorités. Les actions de la police afghane, souvent brutales, contribuent à la dégradation des relations entre les afghans et leur gouvernement. La gestion des aides et prêts internationaux par le gouvernement a été désastreuse, avec des résultats (issus des actions propres du gouvernement) quasi nuls en termes de sécurité, justice et services publics de base pour la population. Le manque de décentralisation de l'aide, par le biais des administrations provinciales, empêche la reconstruction sur le terrain des infrastructures de base. Le manque de coordination de l'aide internationale est aussi partiellement responsable des résultats actuels. Cependant, la dégradation des relations entre le gouvernement et les forces pachtounes ont eu pour résultat un alignement de ces derniers sur les Talibans plutôt que sur les forces internationales et de l'ANA. C'est ce qui justifie l'intensification de la prise de contacts discrets entre les forces internationales (UE, Etats-Unis, ONU) et les chefs tribaux pachtounes, voire certains Talibans, pour tenter un retournement d'alliances locales, et une diminution des combats contre l'ISAF et l'ANA. Une solution probable serait le financement, par versements réguliers, des chefs de guerre pachtounes et l'intervention directe dans les zones tribales afin de pallier les besoins sociaux (santé) avec les moyens de l'ISAF au début (en généralisant les initiatives de type PRT avec des renforts en moyens civils), puis avec les moyens qui doivent être déployés par l'ONU. Une autre solution serait l'accélération du déploiement de la Force de Police de l'Union Européenne (EUPOL Afghanistan qui ne comprend que 200 hommes) qui devrait venir en assistance de la police afghane et du Ministère de l'Intérieur (un des plus corrompus) et éviter le recrutement et l'entraînement en 10 jours d'anciens miliciens (tel que réalisé par les forces privées utilisées par l'armée américaine pour former des policiers) qui n'ont pas la formation nécessaire pour mettre en place un système policier fiable (et éviter la désertion d'hommes armés). Un travail policier plus approfondi permettrait de réduire considérablement les attentats suicides, avec un grand nombre de tentatives dénoncées par les populations locales. Par ailleurs, l'élimination des champs de pavot (qui a atteint un record de ventes en 2007, avec une production équivalent 93% des ventes mondiales d'opium selon l'UNODC, concentrée dans le sud et l'ouest du pays, à la frontière avec l'Iran, finance les Talibans et la corruption des fonctionnaires) envisagée par l'ambassade américaine par le biais d'une dispersion aérienne de produits chimiques (la lutte anti-drogue ne faisant pas partie du mandat de l'ISAF) serait un élément supplémentaire de cooptation des agriculteurs afghans et les chefs tribaux par les Talibans et leurs alliés tribaux pachtounes.
Du point de vue géopolitique, la faiblesse historique de l'Afghanistan
s'explique par le besoin des grandes puissances qui l'entourent de la
vassaliser. Pour le Pakistan, il s'agit d'obtenir une "profondeur
stratégique" afin d'englober un territoire plus large et concurrencer
son voisin Indien; à l'inverse l'Inde agit discrètement pour bloquer
cette expansion potentielle, qui représente un risque réel pour les
régions indiennes de Jammu, Cachemire, Penjab, Rajasthan et Gujarat,
avec d'importantes minorités musulmanes et sikhs). L'Iran est le
vecteur principal d'exportation de l'opium d'Afghanistan, ce lien
transnational ne peut être éliminé sans causer d'énormes pertes à
l'économie iranienne. Les liens traditionnels entre tribus Pachtounes, Tadjiks, Turkmènes, Chahar Aimaks (Hazaras), Lors et Perses,
des deux côtés de la frontière afghano-iranienne, créent aussi une
situation où l'Iran exige un droit de regard sur les affaires
intérieures afghanes. Il est d'ailleurs remarquable que les relations
ne soient pas plus tendues entre l'ISAF et l'Iran. La Russie ne
souhaite pas voir émerger un nouvel Etat islamique fort à sa frontière
sud, qui pourrait alternativement s'allier avec deux de ses concurrents
dans la région, l'Iran et le Pakistan. Il en va de même pour la Chine,
qui cherche aussi à limiter les potentiels alliés qui pourraient
assister les mouvements régionaux musulmans dans sa région occidentale
du Xinjiang peuplée, entre autres, par des populations Tadjiks, Turkmènes et Ouzbeks
(qui commencent à prendre de l'ampleur dans le sillage des mouvements
tibétains). Ainsi, il est dans l'intérêt de tous les intervenants
régionaux de maintenir l'Afghanistan instable. La seule possibilité de
voir émerger un gouvernement stable serait d'insérer l'Afghanistan dans
un système de coopération régionale et internationale qui garantisse sa
stabilité politique régionale et son développement autonome. Un premier
pas vers l'acceptation d'une nécessaire coopération internationale est
l'accord donné par la Russie de laisser transiter par son territoire
(voies aériennes et routières) du matériel non militaire à destination
de l'Afghanistan (via le Turkménistan, l'Ouzbékistan ou le
Tadjikistan). Le Pakistan semble lentement intégrer les risques de
déstabilisation interne que peuvent provoquer les liens transnationaux
armés entre tribus pachtounes au Baloutchistan et Waziristan, et ce,
malgré une longue histoire de coopération entre les services de
renseignements pakistanais (ISI) et les tribus afghanes.
Dans la perspective d'une stabilisation progressive de l'Afghanistan, au delà de la guerre actuelle, une première initiative publique de négociation avec les Talibans (et non Al Qaïda) a été proposée par le Ministre Britannique de la Défense et Ministre pour l'Ecosse, ancien Ministre pour l'Irlande du Nord, Des Browne (un écossais membre du Parti Travailliste), dans une tribune du Daily Telegraph***. Ce positionnement semble confirmer des négociations en cours entre les services de renseignement du MI6 / SIS et les Talibans d'une part, et entre les représentants européens de la PESD en Afghanistan, Michael Semple, et celui de l'ONU, Mervin Patterson, et les Talibans non alliés à Al Qaïda d'autre part (ces deux représentants de l'UE et l'ONU ayant été expulsés d'Afghanistan par le gouvernement Karzaï suite à la découverte de leurs discussions). Une première différenciation semble donc s'opérer, dans les faits, entre les Talibans alliés, ou non, à Al Qaïda sur le terrain. A l'image de ce qui se fait sur le terrain en Irak (voir billet), ce sera sur le terrain que continueront les tractations avec les Talibans, via la participation de Chefs Tribaux aux actions de pacification menées par le gouvernement, avec l'aide des forces de l'ISAF. Mais ce débat ne s'opérera pas au niveau du sommet public de l'OTAN. Par ailleurs, après le sommet de Bucarest de l'OTAN et les nouvelles contributions militaires européennes à l'ISAF, il n'existera presque plus d'options militaires disponibles (les Européens auront déployé approximativement 60 000 hommes à l'étranger et les américains 220 000), à moins d'un désengagement massif et rapide d'Irak par les américains (scénario très peu probable, quel que soit le prochain président américain). Il semblerait donc, qu'il est nécessaire d'intégrer l'ensemble des acteurs pour que cette stratégie double en cours (actions militaires de l'ISAF contre les Talibans et des forces spéciales américaines et européennes contre Al Qaïda / actions civiles de l'ONU et d'EUPOL, en parallèle de négociations avec les Talibans sans liens directs avec Al Qaïda) ait des chances de réussite. Il s'agit avant tout de préparer le gouvernement afghan aux possibilités réelles de partage du pouvoir avec d'autres forces pachtounes, et éventuellement des forces talibanes n'ayant pas de liens directs avec Al Qaïda, réalité stratégique qu'il ne semble pas disposé à accepter compte tenu des expulsions récentes de représentants de l'UE et l'ONU qui négociaient avec les Talibans. Par ailleurs, il serait nécessaire de préparer l'opinion mondiale lentement à l'évolution de la stratégie en Afghanistan, de même que cela a pu s'opérer sur la stratégie américaine en Irak. Al Qaïda en Afghanistan pose un problème particulier car, contrairement à l'Irak, l'organisation mère a une relation forte avec la principale force talibane insurgée en Afghanistan. Ses combattants qui ont lutté aux côtés de certains Talibans ces 6 dernières années (voire plus si on remonte à la guerre contre l'URSS) auront d'autant plus de crédibilité qu'il s'agit, des seuls renforts internationaux venus aider les Talibans, et d'une force idéologique armée qui partage une vision similaire de l'organisation islamiste de l'Etat (mise en place de la Sharia dans une de ses versions les plus radicales, droits des femmes, actions internationales, liens transnationaux avec les autres partis salafistes internationaux etc.). Ne pas assimiler les forces ayant rejoint les Talibans récemment et le noyau de forces talibanes historiques qui s'est allié de longue date avec Al Qaïda semble donc être une distinction opérationnelle qui pourrait s'avérer payante sur le terrain.
Quindi... Pour imaginer une sortie totale de la crise afghane, il est nécessaire d'en revenir à la conception de l'Etat afghan contemporain. L'unique véritable organisation pragmatique du pays devrait s'effectuer sur le modèle de la confédération de type suisse, qu'imaginait le Commandant Ahmed Shah Massoud. Ce modèle, garantirait une représentation politique aux puissances politiques traditionnelles, les chefs tribaux afghans (pachtounes, tadjiks, hazaras, ouzbeks et autres, qu'ils soient sunnites ou chiites), et aux puissances naissantes, plus fondamentalistes, les intellectuels Talibans (littéralement les "étudiants") formés aux madrasas de Peshawar (Pakistan). Si la destruction du noyau organisationnel Taliban et d'Al Qaïda ne s'avère pas possible par des moyens militaires conventionnels, et ceux des forces spéciales, alors la réintégration politique locale des Talibans (et donc la capacité des talibans d'influencer, sur le terrain et dans la durée, les systèmes de justice, d'éducation et de culture), s'opérera avec un prix. Il correspondra probablement à une série de mesures mises en place pour assurer le "containment" politique des Talibans, notamment, le un maintien du gouvernement confédéral, le transfert de l'ensemble des armes à ce gouvernement, la présence d'une force policière internationale pendant plusieurs décennies, et l'expulsion des forces armées non nationales (les arabes d'Al Qaïda) des territoire contrôlés par les Talibans (sans forcément passer par une remise de ces forces aux autorités internationales, point probablement non négociable compte tenu des liens de guerriers, intellectuels, inspirateurs, résistants, qui se sont crées entre les deux noyaux de ces groupes). Cela, mettra en péril d'autres régimes (à l'image de ce qui s'est passé au Soudan lors de l'organisation de la base arrière d'Al Qaïda dans ce pays au milieu des années 90), mais moins qu'auparavant avec une surveillance accrue du renseignement international et une répartition de la tâche de justice sur l'ensemble des territoires concernés. La difficulté à rassembler les guérilleros d'Al Qaïda sera le véritable prix à payer pour la communauté internationale à court terme (avec le risque d'un regain de tension immédiat au sein de la communauté sunnite d'Irak, et des groupes rebelles au Pakistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Liban, Palestine, Egypte, Soudan, Erythrée, Somalie, Jordanie, Indonésie, Thaïlande et Philippines. La radicalisation de la gestion des territoires confédérés afghans sera probablement inévitable (à confirmer en fonction de futurs résultats électoraux), mais ce transfert du pouvoir militaire des Talibans à un pouvoir issus des urnes, sera une source de stabilisation nécessaire pour l'Afghanistan, le préalable inévitable pour l'intégration de ce pays dans la communauté internationale sans appui indéfini et fragile de forces armées internationales dans le cadre d'un conflit (plutôt que dans le cadre d'une action policière de maintien de la paix). La "bataille" s'installerait alors sur le terrain économique et culturel. L'objectif étant d'apporter un soutien financier certain, mais discret, à l'ensemble des forces démocratiquement élues qui appliqueraient une version plus ouverte et tolérante de l'Islam, en s'assurant que la gestion de ce soutien financier ne sert pas à cultiver l'opium, mais bien à développer les services public et les industries qui permettraient, à long terme, de changer la donne en Afghanistan. Il s'agirait, de manière quelque peu utopiste, en favorisant une approche très pragmatique et non idéologique, de réaliser un ensemble de micro-politiques de développement à long terme, s'assurant de la reconversion des forces combattantes, et d'une répartition équitable des fruits d'un développement (re)trouvé.
Nous ne pouvons retourner en arrière, en 1997, lorsqu'un appui décisif apporté à l'Alliance du Nord du Commandant Massoud aurait radicalement transformé l'avenir de l'Afghanistan et des relations internationales; en 2002 quand l'ISAF, avec 4 500, hommes était cantonnée à Kaboul et la sécurisation du territoire s'opérait par des alliances avec des milices, dont bon nombre se sont alliées aux Talibans, ou se sont reconverties en gangs criminels; en 2007 avec le manque de coordination entre les organisations internationales et les forces armées internationales et afghanes, et le manque de suivi pour la mise en oeuvre de l'Afghanistan Compact. Nous pouvons par contre planifier de manière plus responsable la suite du conflit, afin de réduire la contagion progressive des combats à forte intensité sur l'ensemble de l'Afghanistan et du Pakistan, la transnationalisation du conflit par la croissance des réseaux de jihadistes et terroristes, les énormes déficiences du gouvernement afghan; il en va de la sécurité de continents entiers. Il existe donc deux stratégies pour terminer, à terme, ce conflit, celle qui maintien une force armée étrangère forte pour contenir et attaquer les Talibans, et met en place un gouvernement capable d'assumer toutes les fonctions étatiques régaliennes, mais aussi celles qui assurent un développement tangible pour la population; et la stratégie qui cherche, à travers une négociation avec certains Talibans non alliés (de manière permanente) avec Al Qaïda sur le terrain (a priori majoritaires compte tenu des effectifs réduits de l'organisation terroriste), leur réintégration dans le système politique afghan. Cette dernière stratégie est plus risquée, compte tenu des profondes différences idéologiques existantes entre les Talibans et les autres formes de gouvernement de la région, et sa probabilité de succès est faible. Cependant, elle a un avantage considérable, celui d'être complémentaire et autonome de la première stratégie, ce qui permet, en cas d'échec, de ne pas remettre en cause la première stratégie, initiée il y a 6 ans et partiellement mise en oeuvre depuis 2 ans, avant d'être renforcée le mois dernier. En parallèle des efforts de la communauté internationale, de l'ISAF et de la MINUA dans le cadre de l'Afghanistan Compact, toute négociation avec les Talibans devra probablement s'opérer dans un cadre plus large, en y intégrant les chefs tribaux* des zones pachtounes du Pakistan (FATA, PATA) et en agitant, par intermittence, entre les opérations militaires à forte intensité, la possibilité d'un règlement politique du conflit, d'un départ "honorable" des forces alliées arabes, dans le cadre d'un désarmement, d'une action policière internationale, et de l'instauration d'un système confédéral avec des élections régulières. Chaque refus de la part des Talibans doit être accompagné d'un regain d'intensité des combats à l'initiative de l'ISAF et d'une intensification des efforts économiques et sociaux (santé, éducation, infrastructures routières) de l'ONU, protégés par l'ISAF. La mise en oeuvre de ce système de contre-insurrection implique l'intégration totale de la "coordination d’opérations militaires, de guerre psychologique, de progrès économique, le tout fondé sur un dessein politique" tel que théorisé par Gérard Chaliand**, c'est la condition sine qua non d'une victoire politique (la victoire militaire seule, n'étant probablement pas à portée de main avant une période longue, ce qui sera probablement inacceptable pour des pans entiers de l'opinion internationale). Ce nouveau modèle de guerre, alliant objectifs militaires, policiers, sociaux, économiques, institutionnels et politiques à court et long terme, alliant vision et pragmatisme, peut sembler complexe, mais intègre tous les facteurs de la guerre "asymétrique" (principe dépassé mais qui décrit bien les divergences de moyens entre les forces en présence), ou la guerre à géométrie variable (un concept que je chercherai à explorer lors de futurs billets), devenue la norme au XXIème siècle.
Tout cela n'empêche pas le sentiment de perplexité que peut engendrer l'idée de négocier avec les Talibans (même triés en fonction de leurs liens ou non avec la centrale terroriste internationale d'Al Qaïda). Le régime d'oppression des Talibans faisait preuve de dogmatisme idéologique islamiste, surtout au sein de l'enseignement religieux dans les madrasas, de la politique culturelle (destruction du patrimoine mondial de l'humanité, interdiction des vecteurs culturels et communautaires habituels comme le théâtre, le sport, la télévision etc.), de la mixité sociale (femmes accompagnées n'ayant pas le droit à l'éducation), des fonctions de justice (avec une interprétation dure de la sharia et l'utilisation de moyens violents pour les sanctions), et de la promotion de forces islamistes extrémistes (au delà d'Al Qaïda et des moyens armés parmi les plus violents, comme ceux de décapitation et attentats suicide, il s'agit aussi des aides aux mouvements islamistes au Pakistan et les républiques ex-soviétiques de la région). Le financement de ces politiques par le biais de la production et l'exportation d'opium, au mépris des risques sociaux et économiques internationaux que cela fait encourir aux autres pays (y compris musulmans) laisse aussi perplexe. C'est ce qui permet d'avancer que ces forces extrémistes doivent, comme dans d'autres sociétés, pouvoir accéder au pouvoir politique local, dans un système confédéral qui leur empêche d'obtenir, compte tenu du marquage territorial de ces forces au sud du pays, une majorité nationale, afin de démontrer les limites de leurs politiques, lorsqu'elles peuvent être comparées au développement humain que peuvent fournir des forces plus modérées (qui ne seraient pas corrompues, ou n'auraient pas des désavantages comparatifs en termes de ressources naturelles).
Afin d'envisager toutes les possibilités, il nous faut aussi contempler les conséquences d'un retrait des forces internationales. Dans les conditions actuelles, cela signifierait automatiquement une déstabilisation des régimes afghan puis, à terme, pakistanais. C'est un risque que la communauté internationale ne peut, en aucun cas, se permettre. La déstabilisation de l'Afghanistan et des régions tribales du Pakistan pourraient, potentiellement, signifier une prise de contrôle, par les islamistes les plus radicaux, d'un espace géographique très large, et d'un axe de déstabilisation s'étendant du Moyen Orient à l'Asie Centrale (avec l'Iran qui se verrait forcée à négocier avec ses voisins). Dans ce scénario catastrophe, il faudrait intégrer le risque d'une accession d'un régime islamiste radical au stock d'armes de destruction massives (ADM) du Pakistan, mais surtout de la pression géostratégique que ce nouveau positionnement politique provoquerait sur les autres puissances nucléaires de la région, l'Inde, la Chine et potentiellement l'Iran, voire Israël. La composition démographique de l'Afghanistan mènerait aussi probablement, en cas de victoire talibane, à l'extension du conflit sur les zones ex-soviétiques devenues indépendantes, en Ouzbékistan, Turkménistan et Tadjikistan, ainsi qu'en Iran et en Chine. La victoire talibane sur les forces occidentales coalisées, renforcerait le mythe de l'invincibilité de l'islamisme radical, déjà bien entamé grâce au retrait des forces soviétiques d'Afghanistan en 1989, mais aussi l'image d'un retrait des forces coloniales britanniques sur leur base arrière de l'Inde du Nord (le Pakistan) avec la création de la ligne Durand fixée en 1893 (traversant les zones pachtounes entre le Pakistan et l'Afghanistan, notamment le Waziristan, le Baloutchistan) entre la Couronne Britannique et l'Emir Abdur Raman Khan, premier Chef d'Etat de l'Afghanistan moderne. Cet enjeu est bien intégré par les forces talibanes, il devrait l'être davantage par les pays occidentaux. Laisser ce conflit s'étendre au delà des zones tribales afghanes et pakistanaises est un risque qu'aucune puissance internationale ne peut se permettre, malgré l'enlisement apparent (qui ne doit en aucun cas être comparé à celui du Vietnam, avec une situation et des enjeux diamétralement différents).
Au delà des Talibans et d'Al Qaïda, c'est l'interface entre les faibles institutions afghanes, et les apports massifs en aide de la communauté internationale, ainsi que la démultiplication des acteurs sous égide de l'ONU, des Etats-Unis, de l'Union Européenne et du Pakistan, qui compliquent la tâche de reconstruction et création d'un Etat stable, contrôlant l'ensemble de son territoire. Cet interface devra être revu lors de la prochaine conférence des pays et organisations donateurs en Juin 2008 à Paris. Dans tous les cas de figure, il semble probable que nous nous dirigeons vers un scénario de présence internationale à long terme, comme cela a pu être le cas pour les forces de l'ONU présentes à Chypre (UNFICYP présente depuis 1964), au Liban (FINUL présente depuis 1978), en Bosnie (la FORPRONU entre 1992 et 1995, devenue IFOR puis SFOR sous l'OTAN entre 1995 et 2004, et enfin l'EUFOR déployée par l'UE depuis 2004), au Timor Leste (UNAMET en 1999 qui après plusieurs versions est devenue la MINUT en place) etc. Il serait temps que les gouvernements en informent leurs populations de manière pédagogique.
Finalement, au sein des sociétés démocratiques internationales, quatre tendances politiques majeures semblent se dessiner au sujet de l'intervention en Afghanistan:
- des pressions exercées par les oppositions de gauche radicale (Italie, France, Allemagne, Espagne), de gauche sociale démocrate (France), des libéraux et démocrates (Japon) cherchant à se désengager du conflit afghan (sans pour autant y apporter une solution réelle) afin de répondre au pacifisme de leurs militants;
- des appels pour une meilleure gestion du conflit avec une stratégie, à long terme, de soutien aux forces internationales et de stabilisation mieux réfléchie de la part de certaines oppositions démocrates et libérales (LibDems au Royaume Uni, MoDem en France, Democrats aux Etats-Unis); notamment en ce qui concerne une meilleure répartition des ressources entre l'Irak et l'Afghanistan pour les américains et britanniques, ainsi que les conservateurs réalistes américains (et gaullistes en France?);
- une gestion de la situation par le biais d'une plus grande coopération au sein de l'OTAN, de l'UE et de l'ONU, d'un renfort des troupes, et de l'élimination des limitations émises pour l'utilisation des soldats de chaque contingent national. C'est la position de toutes les forces gouvernementales sociaux-démocrates (Royaume Uni, Australie, Espagne, Italie, SPD allemands), démocrates chrétiennes (CDU / CSU allemande, centre droite français) et des conservateurs (France, Etats Unis, Canada, Turquie), bien qu'on commence à entendre un début de réorientation des options stratégiques, de manière officielle, vers une plus grande négociation avec les Talibans et réduction des pressions sur les troupes internationales d'un conflit anti-guérilla.
- une guerre à outrance contre les Talibans, assimilés à une organisation terroriste, avec laquelle il ne peut y avoir de discussion, même informelle; c'est une position défendue par les composantes néo-conservatrices de certains partis conservateurs (Espagne, Italie, Etats-Unis) ou les branches extrémistes de droite (tous pays, ou presque).
Ces positionnements reflètent souvent, en ce qui concerne les positionnements aux extrêmes, le manque de compréhension du conflit, la méconnaissance des réalités militaires sur le terrain, des réserves disponibles de troupes internationales pouvant réellement être déplacées en Afghanistan, et des risques encourus par les soldats et policiers formateurs internationaux (surtout dans le sud et l'est du pays), les soldats et policiers afghans (sur l'ensemble du territoire), le personnel des organisations internationales (et notamment de l'ONU dont Al Qaïda a récemment fait une cible, à l'image de ses agissements à Bagdad et Alger) et les populations afghanes.
Photo d'osgo sous licence Creative Commons 2.0 ; Carte ISAF du Frankfurter Allgemeine Zeitung sous licence Creative Commons 2.5
* merci à houhou pour le débat entamé à ce sujet sur le magnifique blog d'Hervé Torchet (Jour Pour Jour)
** merci à François Duran sur son blog exceptionnel pour son superbe résumé du livre de Gérard Chaliand, "L'Amérique en Guerre"
*** merci à Vincent Jauvert pour ce billet sur son blog, Affaires Etrangères; et Thomas Lefebvre pour ce billet sur son blog, Croche Pied






















Tu m'impressionnes Arnaud. Tu n'es pas bon, tu es hyper-bon.
Je reste sans voix. J'ai relayé plusieurs éléments de ton analyse sur mon blog. J'aime beaucoup ton idée de système confédéral.
Rédigé par: L'Hérétique | 05 avril 2008 at 15:35
Oui, un système confédéral peut apporter de nombreuses solution et pas seulement en Afghanistan.
Je regrette qu'on n'est pas mieux détaillé les origines de ce conflit qui a démarré en 1978 avec la guerre froide qui a fait d'énormes dégâts dans la plupart des pays du tiers-monde en Asie, en Afrique et en Amériqe latine.
c'est à cette époque que les mouvements islamistes ont été instrumentalisés dans le monde arabe pensant qu'ils seront un rempart parfait contre le communisme et les choses se sont accélérés à la cute du bloc soviétique quand l'Amérique bushiste s'est sentie investie d'une mission évangeliste en montrant du doigt son ennemi: l'Islam. L'erreur fatale fut la première guerre du golf menée contre un Etat laïc : l'IRAK, le vrai rempart contre l'islamisme sunnite et chiite: le seul état qui était capable d'empêcher tout extension de l'intégrisme.
La politique américaine était dictée à cette époque par le lobby sioniste qui a pesé de tout son poids sur la politique étrangère américaine. On en reparlera plus tard.
Ben Laden n'est que le rejeton de la politique américaine au moyen -orient. Le reste n'est que bavardage. en s'installant en Arabie saoudite, les USA ont donné les plus beaux arguments aux fous de Dieu. Le reste découle de cela. l'internationale islamiste du Maghreb aux Philippines n'est que le résultat des plans américains de conquête du pétrole d'Arabie.
Tout aurait pu être réglé de manière politique. Les faucons de la maison blanche, en ont décidé autrement.
Et je suis persuadé que la liste des morts au combat en Afghanistan, en Irak et ailleurs continuera à s'allonger tant qu'un seul soldat américain restera en Arabie. L'occident n'a pas les moyens du guerre de longue haleine
Rédigé par: houhou | 05 avril 2008 at 17:55
@ L'Hérétique: c'est trop d'honneur; une version brève des points saillants pourrait être utile (surtout vu le passage sur ton blog); la formule confédérale est du Commandant Massoud surtout, il connaissait mieux que quiconque les aléas de son pays et y avait réfléchi longuement; dommage qu'on ait pas su l'écouter à l'époque.
@ Houhou: il y a des tendances sous-jacentes tribales à ce conflit qui remontent encore plus loin (au moins au XIXème siècle, pour ne pas dire beaucoup plus), ces tendances tribales, puis religieuses (sunnites / chiites) se sont par la suite internationalisées au XXème siècle. Les américain n'ont que (mal) joué sur une tendance pré-existante. Après, en effet, la géopolitique du pétrole, de "containment" de l'URSS, et aujourd'hui de "containment" d'Al Qaïda et des Talibans, ont joué / jouent un rôle primordial dans la gestion du conflit afghan et aussi celui d'Irak (à titre d'exemple, Karzaï a travaillé en tant que consultant pour la société américaine UNOCAL d'exploration et transport pétrolier qui envisageait la construction d'un pipeline à travers l'Afghanistan. Est-ce qu'un retrait d'Arabie Saoudite aurait satisfait Ben Laden... je ne le pense pas (malgré ses écrits), surtout compte tenu des tendances idéologiquement salafistes de son entourage et des principales composante d'Al Qaïda.
Rédigé par: ArnaudH | 05 avril 2008 at 18:26
Trés long et fouillé article. Je vais en faire une copie papier, mon écran n'étant trop recommandé pour une longue lecture.
Concernant l'Iraq ''laic'', il s'agit d'une belle illusion datant de l'alliance franco-irakienne des années 1970, Houhou se trompe ''d'ennemi'', ce qui ne m'étonne pas vut sa prose. Qui à inscrit ''Allah est grand'' sur le drapeau Irakien en 92 aprés sa défaite pour avoir tenté de faire le hold up du siécle ? ce n'est pas ''le lobby juif'' ni les présidents Bush pére et fils.
Je lui suggére de lire ''Dans le secret des Princes'' d'Alexandre de Marenches, le prince des espions de notre république dans les années 1970, sortie en 1986 alors que S Hussein était ''notre meilleur ami'', il y apprendra pourquoi nous nous sommes acquoninés avec celui ci et pourquoi les Américains ont laché le Shah, pour ce dernier, c'est la méme raison que fait le régime islamiste de Téhéran est à couteaux tirés avec l'Occident aujourd'hui, le NUCLEAIRE. Plus que le controle des ressources pétroliéres, c'est voir la ''Bombe'' dans cette région ultra sensible qui fait frémir d'horreur les chancelleries occidentales. Le Pakistan avec ses essais ont était une trés mauvaises surprisespour Washington qui à par 2 fois empéché une guerre nucléaire entre l'Inde et le Pakistan, un larron de plus assit une montagne de pétrodollars est un cauchemar qu'ils ne veulent pas voir.
Rédigé par: Frédéric | 05 avril 2008 at 19:46
Arnaud, chapeau!
Ces 2 derniers billets sont des must du genre. Nous nous associons bien volontiers aux propos de l'Hérétique.
En tout cas, on est très loin des salmigondis simlificateurs et populistes déversés cette semaine par le président français et son pseudo-ministre de la défense (cf sur Riposte : http://www.france5.fr/ripostes/video.cfm?file=http://www.france5.fr/images/emissions/008867/26/riposte_20080406.asx
)
Pour avoir, il y a vingt ans rencontré des lieutenants de Massoud, nous ouvons confier qu'en effet, ils avaient très tôt pensé déjà à une solution confédérale d'autant qu'ils avaient pleinement conscience (à l'époque de l'occupation soviétique dont nombre de tribus pachtounes, tadjiks et même ouzbeks patissaient pourtant) de la difficulté d'un Etat centralisé dès lors que les différences etniques ont été entretenues et alimentées par l'extérieur (anglais, russes, américains aujourd'hui) depuis des siècles.
Rédigé par: Alcibiade | 07 avril 2008 at 02:05
Déjà dit sur le blog de l'Hérétique, mais ce billet (terme bien trop réducteur ici) est effectivement impressionnant. C'est plus qu'un plaisir, c'est un soulagement de découvrir de tels espaces de réflexions aussi poussées qu'humbles.
Je viens le répéter ici pour te remercier d'avoir ajouté mon petit bord de fenêtre à ta blogroll. Je te renvoie bien sûr l'ascenseur.
Rédigé par: Aurélien | 07 avril 2008 at 06:54
@ Alcibiade: Merci beaucoup; je n'avais pas vu l'émission de Riposte, en effet, la "façon plus positive de voir les choses", le "génie commun", la "communauté d'intérêts", « l’afghanisation », le lien direct entre Afghanistan / Attentats en Europe, la faiblesse analytique d’une simple différenciation entre Talibans et Terroristes, démontrent à quel point Hervé Morin n’a pas suffisamment creusé tous ces concepts, ce qui est perturbant par rapport aux enjeux de ce conflit, du rôle de la France dans le monde, et de l’OTAN...
Tout à fait d’accord sur la manipulation des différences ethniques qui continue; aujourd’hui, tout comme les américains, c’est surtout les voisins de l’Afghanistan (voire les tribus locales elles-mêmes aux frontières afghanes) qui jouent sur ces tensions internes…
Quelle chance d’avoir pu connaître les hommes de Massoud (tout comme le Général Morillon), je vous envie !
@Aurélien : Merci beaucoup pour ce commentaire et le lien ; j’ai aussi beaucoup d’espoir pour l’avenir, ainsi que pour la construction d’une force de propositions alternatives, quand je vois le niveau des débats et des commentaires de politique étrangère sur certains blogs, dont les vôtres (« La France de toutes nos forces » ; « Démocratie et Hérésie Economique » ; « Du bord de ma fenêtre… »)
Rédigé par: ArnaudH | 07 avril 2008 at 10:03
ArnaudH :
1 - j'ai lu quelque part qu'il était envisagé de détruire les cultures de pavot avec "l'agent orange", soit le napalm. Ceci interdirait donc toute autre culture pour les années à venir, ce qui ne semble pas judicieux. Tu as des infos ?
2 - ce concept de guerre "à géométrie variable", tu l'as développé ?
3 - j'avoue que j'ai du mal avec cette idée de talibans non liés à Al Quaïda, il y a sans doute moyen de s'en assurer, mais...
Rédigé par: d0m1 | 21 mai 2008 at 22:20
Bonsoir Dom,
1. Rien de très précis, je te ferai suivre ce que je trouve. Ce que je sais c'est qu'il s'agissait des techniques utilisées en Colombie ("Plan Colombia") et en Bolivie qui n'ont pas rencontré un grand succès; en cas d'éradication des terres de production, alors la reconversion est impossible (sans parler des risques sanitaires à long terme comme au Vietnam), et les producteurs ne font qu'aller plus loin et chercher à mieux dissimuler leurs champs.
2. S'il s'agit des guerres asymétriques, non car ce concept est très impopulaire parmi les géopolitologues, qui considèrent que toutes les guerres sont asymétriques (une guerre conventionnelle équilibrée est une construction intellectuelle très théorique). S'il s'agit de guerres impliquant des composantes civiles (services sociaux de base, reconstruction, développement), rapprochement politique local, actions anti-terroriste, de maintien de la paix, de guerres conventionnelles, etc., en fait il s'agit d'un concept en développement au sein des structures militaires / civiles du Pentagone, de l'OTAN et la PESD (cf. billet OTAN); la seule autre guerre ou cela s'applique pour le moment, de manière quelque peu différente, est celle d'Irak (voir billet antérieur à celui-ci):
http://www.quindiblog.eu/log/2008/04/quindi-lirak-es.html
J'ai aussi développé un modèle théorique pour une intervention en Birmanie (qui correspond à une intervention multiforme (composantes humanitaires, et si nécessaires militaires, politiques nationale, politiques en accord avec les minorités et les guérillas historiques, et politiques régionales pour réinsérer le pays dans son environnement géostratégique afin d'éviter tout conflit secondaire):
http://www.quindiblog.eu/log/2008/05/quindi-birmanie.html
Sinon ce modèle de réflexion existe au sein des opérations de maintien de la paix de l'ONU depuis longtemps, car c'est la seule option permettant de sortir d'une opération de maintien de la paix pour créer une situation de résolution de conflit (et donc d'extraction des militaires envoyés en un premier temps). Il existe de nombreux exemples historiques réussis (Cambodge, Mozambique, Salvador, etc.) ou en cours (Chypre, Bosnie, Timor Oriental, Haïti, etc.). Quelques interventions de ce genre ont totalement échoué (Somalie, Liban). Voici deux billets (Chypre, Timor) traitant, entre autres, des différentes composantes des opérations de l'ONU (je pense en faire un autre dans les semaines qui viennent sur une potentielle intervention en Somalie de l'ONU dans les mois à venir):
http://www.quindiblog.eu/log/2008/02/quindi-le-nouve.html
http://www.quindiblog.eu/log/2008/02/quindi-attentat.html
3. Il faut prendre en compte que les Talibans sont une organisation très décentralisée, composée de chefs de guerres (Sheikhs) locaux. La distinction entre les Talibans liés à Al Qaïda, et ceux qui ne le sont que très peu, ne peut se faire que sur le terrain en fonction des informations obtenues par les renseignements afghans et internationaux. L'idée d'une telle distinction ne vient pas de moi mais des représentants européens sur place en fonction des informations du SIS, la DGSE, la CIA etc. Ce genre de distinction pour des combats de guérilla très durs a déjà du s'opérer sur d'autres théâtre d'opérations comme l'Algérie suite à la guerre civile des années 90. Les amnisties distribuées étaient conditionnelles en fonction des informations obtenues sur les exactions de chaque groupe armé. En Algérie, comme en Irak, la dureté des combats menés par Al Qaïda et ses groupes d'origine (AQMI - GSPC en Algérie; AQI - Jama'at Al Tawhid Wal Jihad en Irak), avec des attentats suicide (et autres attentats plus graves) ne permettent pas de faire la paix avec eux. Cela ne s'applique pas aux autres combattants qui mènent des guerres plus "conventionnelles" (actions de guérilla classiques).
Rédigé par: ArnaudH | 21 mai 2008 at 22:47
Combattre, reconstruire, user de propagande…oui, mais ce sont des jeunes gens qui sont là-bas, et demain, c’est la fête des mères ; je vais donc m’autoriser une régression, et passer de l’autre côté, et regarder avec les yeux de l’autochtone.
Le jour…
Soldat, tu me donnes de l’eau et de la lumière, sois-en remercié.
Tu reconstruis mon pays, mais vois-tu, je n’aime pas trop que tu tentes d’organiser mon chaos.
Soldat, tu traques mes frères…
De part ta compétence ou ta maladresse, nous rendons leur corps à la terre.
Et la nuit…
…je partage le pain avec nos combattants.
Ou mon cœur incline vers eux,
Ou mon être tout entier tremble devant eux,
Ou : les deux dans le même temps,
Ou…je suis l’un d’eux.
Tu foules ma terre, soldat !
Prends garde à toi…
Rédigé par: d0m1 | 24 mai 2008 at 16:43