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16 avril 2008

Quindi... La troisième victoire de Silvio Berlusconi démontre l'ampleur des crises politiques et économiques en Italie

Pd_pdl2 La morne campagne électorale législative, régionale,  provinciale et communale italienne aura débouché sur des résultats politiques inespérés: une nette victoire du centre-droit italien, lui permettant, avec ses alliés, d'avoir une majorité confortable (chose qu'on disait impossible avec la loi électorale en place) dans les instances législatives; une vague de centre droite traverse l'ensemble des scrutins (la droite conservant les deux régions en jeu, la Sicile et Friula-Venise-Giulia, et, dès le premier tour, les villes de Brescia et Viterbo); la disparition de la représentation parlementaire de la gauche radicale;  la montée en puissance des petits partis autonomistes du nord et du sud du pays; et la confirmation du bipolarisme croissant de la scène politique italienne avec un parti néoconservateur et un parti démocrate (et ce malgré la présence de 70 partis politiques sur la scène italienne). En parallèle, le niveau atteint par la crise économique du pays et les crises spécifiques incubées pendant trop longtemps (ordures à Naples, privatisation d'Alitalia, investissements en infrastructures énergétiques, aéroportuaires, ferroviaires etc.) auxquelles sera confronté le nouveau gouvernement, le 62ème en 63 ans, ne permettent pas d'être optimiste en ce qui concerne les résultats escomptés du troisième gouvernement de Silvio Berlusconi (pas plus que pour ses deux premiers gouvernements). Ce réveil électoral de la droite italienne, à peine deux ans après sa mise à l'écart à l'échelle nationale, est un "comeback" impressionnant, réalisé grâce au travail de destruction progressive de la gauche italienne par l'opposition au cours des 20 derniers mois. Symbole de cette vague électorale, la mise en ballotage de candidat du Parti Démocrate à la mairie de Rome, Francesco Rutelli, qui remplaçait Walter Veltroni, devenu leader du parti (ce dernier avait pourtant gagné les élections locales de 2006 avec 61,5% des voix).

 

La situation institutionnelle du pays a quelque peu changé. Le nécessaire passage à un bipolarisme afin d'éviter la fragmentation du vote en une multiplicité de formations qui pouvaient faire tomber le gouvernement (voir billet), a laissé sa place à un parlement avec deux grandes formations  (le Popolo della Libertà, PdL, de Berlusconi ayant gagné 37,4% des voix à la chambre des députés, soit 272 députés, et 38,2% au sénat, soit 141 sénateurs; et le Partito Democratico, PD, de Veltroni avec 33,2% des voix à la chambre des députés, soit 211 députés, et 33,7% au sénat, soit 116 sénateurs) et une majorité stable. La modification de la loi électorale, négociée par les deux principaux partis pendant le mandat de Romano Prodi, mais repoussée à mai 2008, risque de pâtir de cette élection et de son résultat favorisant déjà, sans modification de la loi électorale, la bipolarisation de la représentation politique. Les moeurs politiques dégradées de ces deux dernières années, lors du passage par l'opposition de la droite italienne, qui tentait de renverser le gouvernement à chaque vote parlementaire, pourraient cependant s'améliorer. Une plus grande entente entre les deux partis sur les sujets institutionnels ou d'importance nationale deviendrait possible grâce à la mise à l'écart des forces extrémistes des deux camps et des micro-partis politiques, tous deux avec des pouvoirs de déstabilisation importants sous les législatures précédentes. Un premier pas a déjà été réalisé dans ce sens par Silvio Berlusconi proposant, au lendemain de sa victoire électorale, une réunion entre les têtes de listes des deux principaux partis, ce qui tranche avec les pratiques antérieures du Cavaliere (dès son élection confirmée, Silvio Berlusconi a d'ailleurs pris un ton plus sombre). L'entente cordiale entre les deux têtes de liste marque aussi un changement important par rapport aux antagonismes historiques entre Silvio Berlusconi et Romano Prodi, dont les tempéraments opposés ne permettaient aucun dialogue. Cela n'empêche pas les observateurs de la politique italienne de craindre une remise en cause supplémentaire des contre-pouvoirs de la démocratie italienne, et une personnalisation à l'extrême de la politique nationale. Un des facteurs qui pourrait favoriser cette tendance est la disparition de pans entiers d'opposants dans les deux chambres législatives: le parti Démocrate Chrétien, l'UDC, qui avait décidé de ne pas s'allier avec Silvio Berlusconi pour ce scrutin sort perdant en devenant le quatrième parti d'Italie (après fusion de Forza Italia et Alleanza Nazionale, il était le troisième parti italien dans la législature antérieure); la gauche radicale perd sa représentation dans les deux chambres législatives (Rifondazione Comunista avait, à elle toute seule 5,84% des voix en 2006, son alliance avec les autres forces communistes, socialistes et les verts en 2008 avec une liste Arc en Ciel - La Sinistra l'Arcobaleno - n'atteint pas le seuil critique de représentation fixé à 4%, en obtenant uniquement 3,08% et 3,2% des voix dans chacune des chambres, alors que ces formations cumulaient 10,2% des voix à l'assemblée et 11,3% des voix au Sénat en 2006); l'Udeur, le petit parti catholique du centre qui avait fait tombé le gouvernement Prodi perd toute représentation (il a aussi perdu le bâtiment du siège du parti). Le sort de La Sinistra l'Arcobaleno et de l'Udeur est probablement lié au vote utile en faveur du Parti Démocrate, mais peut-être aussi, à l'instabilité gouvernementale constante provoquée par ces partis de la gauche radicale et du centre catholique, incapables de créer une alternative crédible à l'échelle nationale.

 

Les contre pouvoirs, déjà bien entamés sous les législatures précédentes de droite, avec l'institutionnalisation du contrôle des médias télévisuels privés par Mediaset, le groupe de Silvio Berlusconi, et la mise en cause des juges, notamment ceux qui étaient responsables de la surveillance des activités du groupe Mediaset, mais aussi ceux qui étaient responsables des opérations anti-mafia ("mani pulite"), pourraient à nouveau souffrir des attaques directes du pouvoir exécutif (une des propositions du candidat Berlusconi est de faire passer des examens psychiatriques aux juges) . Le gouvernement Prodi n'ayant pas cherché à retourner les lois favorisant les intérêts commerciaux de Silvio Berlusconi ces deux dernières années, l'avantage médiatique du nouveau chef de gouvernement se perpétuera, ainsi que ses accusations de politisation des affaires judiciaires pouvant aller à l'encontre de ses intérêts privés. Avec une majorité législative plus large, et compte tenu des actions antérieures de Silvio Berlusconi, il pourrait donc être question d'une nouvelle vague de destruction des contre-pouvoirs italiens, avec des mesures d'inspiration libérale et une concentration du pouvoir dans les mains de l'exécutif. La victoire de Silvio Berlusconi, même si difficilement compréhensible vu de l'extérieur de l'Italie, signale aussi le besoin d'une personnalisation de la politique et de la défiance des italiens envers les partis politiques (le parti actuel de Berlusconi est nait il y a 5 mois; il n'a pas encore finalisé les procédures d'enregistrement, il s'agit donc pour le moment d'une liste commune, vouée à devenir le premier parti italien). Cet homme de 71 ans qui aborde son troisième mandat, avec une durée probable de cinq ans, n'a rien d'un outsider de la politique (avec une image cultivée par les spin doctors d'un homme venu de la société civile), ayant déjà gouverné de 1994 à 1996 et de 2001 à 2006. Son expérience d'entrepreneur rassure sa base électorale économiquement libérale, cependant, c'est l'expérience politique, avec tous les excès du personnage, qui captive la droite italienne et le rend incontournable sur la scène politique italienne (et ce, malgré des moeurs allant à l'encontre de ceux de la droite catholique). La crainte formulée par certains analystes serait de voir l'ancien système qui favorisait la démocratie chrétienne (1942-1994) se muer en système de centre droite, avec un Silvio Berlusconi dominant le système politique italien pendant 12 ans en tant que Président du Conseil (1994-1996, 2001-2006, 2008-2013) qui se ferait par la suite élire Président de la République (mandats de 7 années renouvelables); le Président de la République en poste Giorgio Napolitano ayant 83 ans (ses deux prédécesseurs ayant quitté la présidence à 85 ans et 80 ans) et son mandat venant à échéance en 2013, tout comme celui du Président du Conseil s'il arrive à terminer la législature. En cas de présidentialisation du régime (dont l'essentiel des fonctions exécutives sont détenues par le Président du Conseil), ce système pourrait durer 25 à 30 ans (certes cela s'apparente à de la politique fiction, mais la décrédibilisation des contre pouvoirs rendrait ce scénario plausible). Il faudra cependant regarder de près le positionnement politique du numéro deux du PdL, Gianfranco Fini, ancien président d'Alleanza Nazionale (AN, deuxième composante du PdL avec Forza Italia, le parti de M. Berlusconi), ancien Ministre des Affaires Etrangères et numéro deux de la précédente coalition de droite. Ce dernier est, théoriquement, voué à remplacer Silvio Berlusconi à la tête du PdL, mais il a déjà du céder sa place de tête de liste en 2008 (avec en compensation la présidence de la Chambre des Députés), à cause des manoeuvres politiques de Silvio Berlusconi, malgré la rénovation de la vie politique italienne que cette relève aurait représenté. De même, la cohabitation entre les différentes forces au sein de la coalition de centre droite / droite, avec des libéraux (Forza Italia), des protectionnistes / corporatistes (Forza Italia, AN) et des fédéralistes / autonomistes / sécessionnistes (Lega Nord) ne devrait pas être simple à l'heure des choix économiques et institutionnels de l'éxécutif.

 

Parmi les politiques qui pourraient changer les équilibres fondamentaux de la législature antérieure se trouvent ceux qui son liés au retour en force de néoconservateurs / néofascistes au pouvoir (même si ces derniers sont désormais minoritaires au sein de la coalition gouvernementale réduite au centre-droite, contrairement aux deux premiers gouvernements Berlusconi). D'une part, la politique étrangère du pays devrait être réalignée sur celle de la droite occidentale (notamment celle au pouvoir aux Etats-Unis et en France, et dans l'opposition en Espagne et au Portugal) avec des positions tranchées à l'avance sur les dossiers du Moyen-Orient (Israël, Palestine, Liban, Syrie, Irak, Iran; dont un ré-engagement des troupes italiennes en Irak pressenti en cas d'élection de John McCain) et l'Asie Centrale (Afghanistan, Pakistan), une realpolitik avec la Russie, et des positions déstabilisantes vis-à-vis des organisations multilatérales. D'autre part, la nouvelle majorité italienne ne fait pas secret de sa position sur Mussolini et ses actions. Ainsi, elle souhaiterait modifier l'enseignement de l'histoire du pays en minimisant le rôle de la résistance italienne pour favoriser les "réussites" de la longue période mussolinienne. Ce vecteur de communication, allié aux médias télévisuels, et les autres organismes médiatiques de la droite italienne, remettraient en cause le pluralisme cultivé et raisonné de l'époque de la démocratie chrétienne italienne (qui couvrait l'ensemble du centre politique italien, allant des catholiques de gauche au centre droite), et consoliderait l'assise politique et culturelle du pouvoir en place. L'autre facteur majeur qui pourrait changer la politique extérieure de l'exécutif italien est l'alliance gouvernementale avec la Lega Nord, parti régionaliste, populiste, et anti-européen, devenu le troisième parti politique du pays avec 8% des voix, 60 députés et 25 sénateurs, et le Mouvement pour l'Autonomie (MPA), petit parti autonomiste du sud ayant récolté 1,1% des voix aux législatives. L'influence de la Ligue du Nord sur la politique européenne du gouvernement reste à déterminer, mais elle ne sera pas de bon augure pour l'approfondissement institutionnel de l'UE. En effet, la Lega Nord est membre du Groupe Indépendance / Démocratie du Parlement Européen (avec, entre autres, le MPF français et l'UKIP britannique), eurosceptique, souverainiste, et traditionaliste. L'élément qui viendra compliquer la donne de la politique européenne et étrangère du gouvernement, est la nomination, le surlendemain de l'élection, au poste de Ministre des Affaires Etrangères Italien, de Franco Frattini, le vice-président de la Commission Européenne chargé des affaires de justice et des affaires intérieures (en vacances de sa fonction européenne), un des signataires du TCE. Les attaques populistes à répétition de Silvio Berlusconi à l'encontre de la gestion de l'euro par la Banque Centrale Européenne, la rendant responsable des problématiques de pouvoir d'achat des italiens, devrait aussi compliquer la politique européenne du nouveau gouvernement. Finalement, le changement réel de l'équilibre actuel s'effectuera au niveau de l'immigration. En réponse aux demandes xénophobes de la Lega Nord, Silvio Berlusconi a déjà promis d'intervenir pour limiter l'immigration dans le pays (en "fermant les frontières") et multiplier les centres de détention provisoire afin de permettre une accélération des procédures d'expulsion. Sur ce dernier point, un front commun entre la France et l'Italie pourrait changer l'orientation de l'UE lors de la présidence française de la deuxième moitié de 2008. Par ailleurs, la Lega Nord, n'a pas hésité à parler d'un projet de "dévolution fiscale", cherchant à ranimer par le biais économique, son projet de création d'une fédération italienne (et de prise d'indépendance de la Padanie, un morceau non clarifié du Nord de l'Italie), déjà refusé lors du référendum de juin 2006. Ce projet rentrerait en conflit avec les intérêts du MPA qui cherche, au contraire, à renforcer les transferts fiscaux vers la Sicile, base géographique historique du petit parti.

 

Plus affaiblie que les autres pays de la zone euro, l'économie italienne, avec une croissance du PIB de 1,5% en 2007 (faisant suite à 0,6% en 2005 et 1,8% en 2006) et une prévision entre 0,6% et 0,3% (FMI) pour 2008, souffre d'un manque de compétitivité allant au delà des difficultés de la conjoncture internationale et de la politique monétaire européenne (l'Italie ayant plus souffert que les autre pays des pressions inflationnistes suite à son accession à l'euro). Ces difficultés se retrouvent dans la faible consommation et la panne des investissements en matière de logements. La faible marge de manoeuvre de l'économie aura été crée par la politique budgétaire stricte du gouvernement Prodi menant à une levée des restrictions budgétaires imposées par l'UE. Cependant, le vieillissement de la population italienne exerce une pression budgétaire considérable qui devrait engendrer, à terme, une diminution de la protection sociale, malgré les promesses du contraire réalisée pendant la campagne électorale. La baisse du taux d'imposition (déjà réalisée en grande partie par le gouvernement Prodi) et la flexibilisation accrue du marché du travail tel que prôné par la plateforme électorale du PdL pour relancer la croissance, ne permettront pas la réalisation, en parallèle, des réformes structurelles nécessaires pour assainir et redynamiser l'économie italienne. Ainsi, les coûts salariaux comparativement importants en Italie (malgré des gains de productivité à partir de 1998), la précarisation du marché de l'emploi, avec ses effets considérables sur la consommation, les déséquilibres budgétaires, et la protection sociale en mal de réforme pour mieux s'adapter aux évolutions démographiques du pays, ne devraient pas faire l'objet de réformes en profondeur pendant le prochain quinquennat du nouvel exécutif italien. La crainte est de voir les acquis des gouvernements de centre gauche, la stabilisation de la dette, l'augmentation des recettes fiscales, l'augmentation des revenus minima, et la lutte contre les corporatismes, détruits par une politique populiste de centre droite, sans pour autant que celle-ci réussisse à augmenter le pouvoir d'achat des italiens. L'économie italienne souffre aussi d'une structure entrepreneuriale faiblement consolidée avec 95% de PME qui ne peuvent accéder aux sources de financement plus développées (l'auto-financement des entreprises atteignant 60%) et limite leur capacité d'investissement en recherche et développement.

 

Les dossiers les plus pressants du nouveau gouvernement, ceux que l'ancien gouvernement n'a pas réussi à gérer et ont largement contribué à sa perte de popularité sont ceux des ordures de Naples, la privatisation d'Alitalia, la mise en chantier du Train à Grande Vitesse (TAV) dans le Val di Susa, de la relance des logements sociaux, et du pouvoir d'achat. Pour tous ces dossiers, Silvio Berlusconi n'a pas hésité, pendant la campagne électorale, à préciser son souhait de régler, au plus vite, ces problèmes mais sans forcément rentrer dans les détails. Dans le cas de la crise des ordures de Naples, liée au manque de place dans les décharges gérées par les mafias locales, et au refus des habitants de la région de laisse rouvrir des anciennes décharges, la première mesure, celle de tenir le premier conseil des ministres à Naples, est d'ordre populiste; les dons de négociateur chevronné de Berlusconi lui permettront peut-être de débloquer le dossier en négociant discrètement avec la camorra, mais aucune solution viable à long terme n'a encore été pressentie de la part de ses colistiers. Pour Alitalia, après avoir prôné une solution italienne au conflit pendant toute la campagne électorale (avec une reprise par un groupe d'investisseurs italiens, qui ne se sont jamais manifestés, de la compagnie aérienne, qui réalise des pertes allant de un à deux millions d'euros par jour, ou encore une nouvelle offre réalisée sur mesure pour le principale concurrent privé italien d'Alitalia, Air One, avec un partenaire international, Lufthansa), déstabilisant ainsi les négociations en cours entre le Groupe Air France - KLM, la direction de la compagnie (qui avait accepté l'offre), les syndicats (qui ont refusé la première offre suite aux propos de Berlusconi), et la ville de Milan (dont le Hub à Malpensa devait redevenir un aéroport de province), il Cavaliere est revenu sur sa position via un communiqué de presse, deux jours après son élection, précisant qu'il était ouvert à une solution qui permettrait à Alitalia de devenir un partenaire à part entière dans un groupe tripartite (solution non viable compte tenu des finances d'Alitalia, mais permettant de sauver la face). Le Hub de Milan Malpensa dont Air France -KLM voulait se débarrasser, fera probablement l'objet de toutes les négociations (les syndicats d'Alitalia seront probablement mis devant le fait accompli), compte tenu de la base géographique du pouvoir berlusconien. Ces trois manoeuvres démontrent, chacune à sa façon, avant l'heure, la méthode de gouvernance de Silvio Berlusconi, favorisant une personnalisation du pouvoir (les annonces et les négociations étant réalisées directement par le Président du Conseil, au mépris des négociations et des consensus) et une négociation derrière les coulisses (la version officielle n'étant qu'un trompe l'oeil par rapport à l'état d'avancement du dossier et l'état des négociations). La mise en chantier du passage du TAV dans le Val di Susa (avec son mouvement NO TAV) et Venaus, devrait poser de nombreux problèmes politiques, avec une opposition de la Lega Nord et du député Di Pietro aux projets de tunnel et ponts. Les projets de développement d'une série de centrales nucléaires privées, ainsi qu'un site de stockage des déchets radioactifs, devraient aussi rencontrer une large opposition en provenance de la gauche radicale. Cependant la réforme énergétique italienne devrait être limitée, compte tenu des rapports amicaux entre Silvio Berlusconi et Vladimir Poutine, qui renforceront probablement la dépendance italienne vis-à-vis des exportations de gaz russe (malgré l'opposition de la Commission Européenne à toute augmentation des importations d'énergie en provenance de la Russie). Finalement, la promesse électorale de construction de logements sociaux, pourrait souffrir des surcouts liés aux intérêts privés de Berlusconi et des autres députés du PdL; de même que la construction du réseau digital terrestre (TNT) qui, selon la loi italienne, est réservé au duopole d'émission analogique (la société publique RAI, et le groupe privé Mediaset propriété de Berlusconi), ce qui fera l'objet d'une taxe de €400 000 par jour de la Commission Européenne en cas de non libéralisation par le gouvernement Berlusconi (le maintien du duopole signifiant un surcout pour l'Etat Italien et donc les consommateurs italiens; l'impuissance du gouvernement Prodi face à cette loi démontre, a posteriori, la faiblesse politique de sa coalition pour faire front aux assauts probables des politiques pro-Berlusconi sous la législature précédente).

 

Quindi_pd_manifesto_2 Quindi... La vague électorale de centre droite qui vient de traverser l'Italie, dont  la situation à Rome est symptomatique avec la mise en ballotage difficile du candidat Francesco Rutelli (45,77% des voix face à son adversaire de droite, Giovanni Alemanno avec 40,73%), malgré un système complexe d'alliances avec l'ensemble des forces de centre gauche et de gauche radicale, déstabilisera probablement le nouveau Parti Démocrate. Les efforts déployés au niveau organisation et programmatique pendant la campagne électorale lui avait laissé espérer un résultat serré qui aurait validé la stratégie d'indépendance par rapport à la gauche radicale. Malgré des résultats proportionnellement en hausse (plus de 33% dans les deux chambres en 2008 par rapport à 31,3% dans la chambre des députés pour l'Ulivo et 27,7% au sénat pour la Margherita et DS en 2006), le cumul des voix du centre gauche et de la gauche aurait diminué de 3 millions de voix entre 2008 et 2006. Les principaux facteurs de cette réduction de l'électorat de centre gauche et de gauche seraient, a priori, la baisse de la participation (-3% malgré une participation globale de 80%) mais surtout le transfert de voix de la gauche radicale aux mouvements autonomises et xénophobes (Lega Nord et MPA, surtout en Lombardie, Vénétie et au Piémont). Les débats à venir seront probablement centrés sur cette évolution, qui venait de loin, et à laquelle la politique du gouvernement Prodi aura contribué. Le refus de Walter Veltroni de se dissocier de cette politique explique en grande partie la déception des italiens vis-à-vis de ce nouveau parti (l'assimilation de l'offre politique du PD avec le gouvernement Prodi signifiant une confusion entre la politique proposée par le PD et le ressenti des italiens pendant ces deux dernières années, celui d'une augmentation des impôts et taxes sans retour en termes de pouvoir d'achat), et ce, malgré une campagne politique très novatrice, faisant état des valeurs démocrates / centristes du nouveau parti (se dissociant ainsi d'une image de gauche historique, et intégrant la laïcité, la tolérance l'union civile, l'ouverture politique, la politique culturelle, le respect institutionnel - etc. - comme valeurs fondamentales du PD), mais qui n'a pas réussi à contrer correctement les propositions populistes et concrètes de Silvio Berlusconi (axées, de manière très professionnelle sur chaque groupe démographique), malgré un début d'identification du PD avec le modernisme politique et de mobilisation contre les pratiques berlusconiennes. Le PD devra, à l'avenir, grignoter une part de l'électorat catholique qui trouve toujours refuge dans la démocratie chrétienne (UDC qui a déjà effectué un premier pas en s'éloignant, lors de ces élections, du pôle de centre droite, malgré le prix électoral d'une réduction de sa représentation). Dans tous les cas de figures, le PD aura réussi à moderniser la vie politique italienne avec une bipolarisation de facto (avec un passage à un parlement avec 5 partis représentés, au lieu des 30 partis de la législature précédente), qui reste à institutionnaliser.

 

Un gouvernement Berlusconi signifie en grande partie la reprise de l'idéologie néo-conservatrice en matière de politique étrangère, comme cela avait été le cas pendant son deuxième mandat exécutif, de pratiques discutables envers la démocratie (il n'hésite pas à dire ouvertement  qu'il est un admirateur de Vladimir Poutine), et d'une gestion économique qui ne permet pas d'entrevoir une sortie de la période de crise. Avec la disparition de la représentation politique de la gauche radicale, on ne peut donc que craindre une augmentation du nombre de conflits politiques trouvant leur issue dans la rue et potentiellement les conflits avec la police. Le pire exemple en la matière ayant eu lieu sous le deuxième gouvernement Berlusconi pendant les émeutes du G8 de Gênes en 2001 provoquant la mort d'un manifestant. La campagne aura été entachée de promesses électorales excessives qui ne pourront être réalisées, sauf à empirer l'état des finances du pays. On ne peut que craindre la réalisation d'un objectif voilé des néo-conservateurs, celui d'une libéralisation totale d'un Etat incapable de financer ses politiques sociales. Le gouvernement Prodi qui, aux yeux de tous les observateurs indépendants, aura effectué des réformes nécessaires, mais insuffisantes, dans un climat politique difficile, finira cependant son mandat avec un cadeau à la ville de Milan, pourtant tenue par le PdL: l'organisation de l'Expo 2015 (Exposition Universelle) candidature pour laquelle Romano Prodi aura mobilisé le maximum d'énergie (de l'avis du Maire de Milan). Cet Homme d'Etat qui n'aura pas hésité à faire le choix d'une gestion économique responsable, au détriment de la popularité dans les urnes, ne s'est pas représenté au Parlement Italien. Il en va de même pour le Ministre de l'Economie, Vicenzo Visco. L'Italie lui restera redevable d'une gestion responsable.

 

Pour finir, une réflexion sur les aspects comiques du personnage berlusconien: ses provocations (les dernières en date: son niveau de latin lui permettrait de déjeuner avec Jules César; les italiennes de droite sont plus belles que les italiennes de gauche), attaques (l'horreur que provoque en lui le Ministre, ex-Magistrat, Antonio Di Pietro), et gaffes, ne sont pas sans rappeler les excès de Mussolini; ce sont toutes ces phrases (je ne me ferai pas l'écho des injures des deux premier mandats) qui sont passées à la postérité et qui demeurent dans les discussions politiques entre italiens de l'ère post-fasciste. A l'image de ce que faisaient les fascistes à une autre époque, il faut donc s'attendre à de nouveaux excès, et l'assimilation de ces excès (et des critiques qu'elles provoquent chez les ennemis politiques de la droite italienne) à une forme de résistance anti-système par les supporters politiques de Berlusconi, et ceux de la droite néoconservatrice européenne. Les critiques rapides doivent donc être évitées, la politique italienne, une des plus ancienne et complexe du continent, ne doit pas être simplifiée à l'excès, c'est justement cette caricature qui renforce le pouvoir berlusconien et lui permet de se perpétuer avec de nouvelles incarnations stratégiques à chaque élection.

 

A lire sur ce sujet, le blog de Diego Melchior (bien qu'adversaires politiques en France pour le moment, nous sommes dans le même parti en Italie).

Photos de Simone Ramella (1; 2; 3), forzafoto, aromano, sous licence Creative Commons 2.0

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Commentaires

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Salut Arnaud !

J'ai tout lu. Globalement d'accord sur comment vont se profiler à l'avenir les politiques de la droite. Néanmoins, je serai plus modéré sur comment considérer les excès de Berlusconi qui reste quand même un modéré par rapport à Nicolas Sarkozy par exemple. Je parle bien sûr pour les idées pas pour le style ni la rhétorique.

En revanche, je suis bien plus inquiet du score de la Ligue...

Bref, on va voir. Mais Veltroni a déjà fait savoir qu'il y aura un shadow cainet. C'est une bonne idée !

ce qui se passe en italie est-il comme certaines analyses le disent un "laboratoire" de ce qui va se passer un peu partout en europe, voire ailleurs?

la gauche radicale est en voie d'extinction un peu partout de même que les verts( sauf en allemagne). la droite s'impose partout en europe(sauf quelques exceptions).

mais ses socialistes qui gagnent sont-ils réellement de gauche? personnellement je dirais que non. Ils sont de gauche au sens français du terme, au sens ancien du terme car ils défendent certaines valeurs classiques de gauche par rapport à certaines valeurs classiques de droite : avortement, mariage homosexuel, le rapport à la religion catholique, l'autorité etc....

Mais au sens européen du terme c'est à dire au sens moderne du "nouveau socialisme" ils sont centristes car ils défendent sur le plan économique et social des idées allant classiquement du centre gauche au centre droit. l'exemple le plus flagrant de cette gauche moderne est incarnée par zapatéro en espagne. l'économie de marché s'est imposée et les socialistes modernes s'y adaptent.

il est sans doute possible de dire la même de la gauche anglaise que blair a transformé en balayant l'idéologie socialiste du passé par une approche pragmatique des problèmes, par une réal-politique.

la gauche italienne a perdu sans perdu parce qu'elle n'a pas su gérer la crise économique et l'alternance s'est logiquement imposée non pas pour un vote pour mais pour un vote contre. d'ailleurs berlusconi n'a pas fait de promesses intenables comme il l'avaient fait avant....

de plus le bipartisme doit-il être la règle? oui diront certains car il impose une stabilité politique en donnant un majorité relative claire, quoique..... d'autres diront que non, car même si les petits partis sont faibles par rapport aux grands partis, ils représentent malgré tout quelques millions d'électeurs qui n'ont plus leur mot à dire.

autre réflexion : le radicalisme de gauche doit-il faire comme cela été fait en allemagne dans les années 80 intégrer les verts en se donnant une autre image et en acceptant de plus être totalement en dehors du système démocratique mais en l'intégrant complètement petit à petit......même si ce n'était pas le cas en italie

@ Diego: est-ce que Berlusconi est moins conservateur sur le fond que Sarkozy, je ne sais pas, on va regarder cela de près. J'ai bien peur que le transfert de voix de la gauche radicale à la droite autonomiste, ainsi que le populisme économique de Berlusconi (notamment sur l'euro; et ses intérêts directs), accentuent son conservatisme... à suivre ;)

@ Europium: oui, je suis d'accord, l'Italie est un laboratoire, mais est-ce une tendance ou simplement un exemple, je ne saurai pas dire. La gauche socialiste européenne qui gagne (cf. Zapatero) s'est en effet muée en une force politique qui accepte parfaitement l'économie de marché et cherche à en limiter l'impact social potentiellement négatif, voire à en profiter pour dynamiser une économie du développement durable, de l'information, etc. (la gauche anglaise est une exception à ce titre car elle presque devenue de centre droite et à échangé son positionnement politique avec les LibDems - vais devoir écrire un billet là dessus; le centre gauche italien s'est lui aussi transformé en un parti démocrate épousant des valeurs beaucoup plus modernes que celles des socialistes - d'ailleurs, ils ne sont jamais vraiment passés par la case socialiste compte tenu de leurs origines provenant d'une part de la démocratie chrétienne, et d'autre part, du communisme, brièvement social-démocrate; cette évolution venait de loin mais s'est réalisée relativement rapidement dans les faits). Bref, existe-t-il encore un modèle socialiste européen, je ne crois pas. Il existe soit un modèle social-démocrate nordique ou un modèle démocrate (fusion des sociaux démocrates, libéraux démocrates, démocrates chrétiens, verts, dans des proportions différents selon chaque historique national) en gestation en Italie, en Grande Bretagne et en France (l'Allemagne bloque encore entre le FDP / SDP / Grünen, mais une évolution est possible, à suivre dans les Länders).

La gauche radicale italienne a perdu sa représentation au profit d'un parti d'extrême droite, mais n'est ce pas un retour de balancier qui risque de revenir dans l'autre sens lors des futurs votes protestataires contre Berlusconi: ce sera à mon avis très parlant de l'état réel de l'électorat (et l'impact des forces populistes). Sur ce dernier point, la gauche radicale souffrait aussi partiellement de l'image de perturbateur politique qui empêchait la mise en place d'une politique cohérente et efficace; récemment regroupée au sein de l'Arcobaleno, et avec un potentiel changement de leadership, sauront-ils, à l'avenir, mieux représenter les altermondialistes et autres forces contestataires (qui risquent de croitre avec la crise économique), tout en les intégrant dans le système démocratique, mystère (ton exemple sur l'Allemagne est trompeur car les Verts ont intégré les gouvernements mais Die Linke est venu offrir une nouvelle voie pour les altermondialistes; au MoDem l'expert en la matière c'est Florian Chiron, voir blogroll "Pour une politique autrement"). D'ailleurs, en Italie, un autre parti de gauche radicale, le parti socialiste a obtenu 1% des voix dans les deux chambres. Un regroupement entre l'Arcoboleno et le Partito Socialista leur aurait permis d'avoir des élus dans les deux chambres... (ne les enterrons pas trop vite).

Sur le bipartisme, je suis d'accord, il n'est pas nécessaire en soit mais dépend, à mon avis, de l'équilibre politique du pays. Le système allemand avec cinq ou six partis représente correctement l'ensemble du spectre idéologique (même si des regroupements sont envisageables) et demeure fonctionnel. L'Italie avec ses 70 partis (les "nains politiques") avait besoin d'un regroupement et son bipartisme apparent se transformera probablement en un quadripartisme (d'où ma remarque sur la gauche radicale). La France devrait prendre le chemin de l'Allemagne, il me semble (même si les alliances seront différentes). Le Royaume Uni doit sortir de son bipartisme qui le bloque totalement sur les questions économiques et européennes (le seul parti clair sur ces questions est celui des LibDems).

L’eredità di Walter Veltroni

Antonello De Pierro, presidente di Italia dei Diritti, esprime la sua gratitudine a Veltroni per quello che è stato fatto nella capitale durante i suoi due mandati.



14/02/2008 - Roma – “Pur se inevitabili, queste dimissioni mi rattristano e commuovono. Roma perde un grande sindaco, che mi auguro possa trasferire il modello vincente della capitale su scala nazionale, per risollevare le sorti di un paese che affonda negli abissi di un declino senza precedenti”. Queste le dichiarazioni del presidente del movimento nazionale Italia dei Diritti Antonello De Pierro sull’ultimo giorno da sindaco di Walter Veltroni.

Ieri, a metà giornata, Veltroni è entrato nell’aula Giulio Cesare e davanti al consiglio comunale ha presentato le proprie dimissioni, ricordando in modo commosso i suoi sette anni di governo romano, e passando in rassegna i fatti salienti, dallo scoppio della palazzina di via Ventotene all’omicidio di Giovanna Reggiani, passando per i funerali di Alberto Sordi, e per le migliaia di mani strette, persone incontrate, decisioni prese.

La giornata si è conclusa con la partecipazione di Veltroni alla puntata di “Porta a porta” che lo ha visto protagonista e che ha dato definitivamente inizio alla sua campagna elettorale.

“Ho avuto modo di apprezzare Veltroni in più di un occasione” continua De Pierro, “ma in particolare mi sono nutrito al banco della sua sensibilità umana e civile in occasione di un incontro - conferenza durante la campagna del suo primo mandato. Temo che difficilmente assisteremo in futuro ad un ciclo amministrativo così felice e proficuo per la città”.


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Damien Guinet
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