Le Sommet de l'OTAN de Bucarest, le plus large de l'histoire de l'organisation, aura eu trois temps forts: le choix des nouveaux candidats à l'adhésion; l'annonce de la future réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l'organisation, qu'elle avait quitté à la demande du Général De Gaulle en 1966; et le réaménagement de la force d'intervention en Afghanistan, l'ISAF (voir billet). L'emplacement du sommet, dans le Palais du Parlement roumain (voir photo), construit sous l'ère communiste de Ceausescu, qui avait été, pour l'occasion, décoré aux couleurs de l'OTAN, signait symboliquement le changement d'époque, d'une alliance occidentale devenue une alliance euro-atlantique, en attendant d'autres élargissements potentiels. Le Sommet de l'OTAN aura été suivi du Sommet Russo-Américain à Sotchi pour un dernier point entre George Bush et Vladimir Poutine sur le Bouclier Anti-Missile, le rôle de la Russie dans l'OTAN, le Partenariat Euro-Atlantique et la géopolitique du monde russe ("l'étranger proche" ou voisinage de la Russie, dont l'Ukraine, "la petite Russie", est un des principaux sujets de discorde). Cependant, malgré le bruit médiatique provoqué par les annonces et les craintes au sujet du dossier afghan, la toile de fond des débats demeure la redéfinition de l'OTAN; comme c'est le cas depuis le Sommet de Londres en 1990, et l'importance accordée aux aspects politiques de l'organisation, dont la "sécurité politique" des Etats membres face à toutes les formes de déstabilisation. Les principaux axes de discussion sur l'avenir de l'alliance sont:
- son rôle en tant qu'alliance militaire, avec des objectifs stratégiques renouvelés dont la lutte contre le terrorisme transnational, la prolifération nucléaire, les Etats agissant en déstabilisateurs des équilibres mondiaux (Soudan, Iran, Corée du Nord); l'assistance militaire aux actions humanitaires d'urgence (Pakistan, Turquie, Soudan);
- ses futurs élargissements, en Europe de l'Est, dans les Balkans, dans le Caucase, mais aussi à l'échelle internationale avec d'autres Etats démocratiques;
- sa relation évolutive avec les ensembles régionaux et internationaux, notamment vis-à-vis de l'Union Européenne, mais aussi de l'Union Africaine (UA) dans le cadre de sa mission au Soudan (AMIS), et l'ONU dans les Balkans, en Afghanistan, et au Soudan;
- son action dans un cadre légal international avec l'agrément des sources de droit international, comme les résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU, les cas d'agressions, tels que décrits dans le chapitre 7 de la charte de l'ONU ou, à l'inverse, les actions réalisées en dehors d'un cadre international pour cause de blocage du Conseil de Sécurité par un membre permanent avec droit de véto.
L'aspect le plus marquant de l'ensemble de ces discussions aura été la recherche d'une plus grande disponibilité de troupes actives, afin de répondre aux besoins internationaux croissants. Dans les faits, l'OTAN doit être capable de mieux répondre aux besoins internationaux en forces de maintien de la paix (le nombre de Casques Bleus déployés est passé de 14 000 en 1998 à 70 000 en 2006), forces de projection rapides, et aux besoins des conflits existants et latents au Moyen Orient (plus de 130 000 soldats américains déployés), en Asie Centrale (entre 47 000 et 70 000 soldats internationaux déployées) et en Afrique (entre 20 000 et 30 000 soldats internationaux déployés). Par ailleurs, les forces de l'OTAN s'intègrent encore mal sur le terrain avec les fonctions civiles de reconstruction des autres organisations internationales (UE, UA, ONU, certaines de ses agences, voire des ONG très présentes sur certains théâtres), c'est le cas en Bosnie, au Kosovo et en Afghanistan. Cette mauvaise intégration s'explique en partie par l'interdiction faite aux cellules de planification de l'OTAN de travailler sur les aspects civils des missions, à la demande des français, sous la présidence de Jacques Chirac (l'objectif était de préserver le rôle de l'UE en tant que seul fournisseur de services hybrides civils et militaires). Afin de répondre aux différents scenarii opérationnels qui se présentent et se multiplient, plusieurs tendances peuvent être dégagées, comme:
- la confirmation d'un rôle potentiel pour l'OTAN sur tous les théâtres géographiques; la répartition des rôles et la spécialisation opérationnelle croissante entre l'OTAN et la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD);
- la réorganisation de l'alliance vers une défense dépendant plus fortement des capacités techniques (bouclier anti-missile, cyber-sécurité etc.) et moins d'une défense traditionnelle du territoire (il n'y aura pas eu, pendant le sommet, de débats houleux au sujet du Traité sur les Forces Conventionnelles en Europe, FCE, et le moratoire russe sur son application depuis décembre 2007);
- le développement des capacités de projection multiformes de l'Alliance et la recherche de nouveaux alliés se situant dans des zones traditionnellement lointaines des zones opérationnelles de l'organisation (Japon, Corée du Sud, Australie, Nouvelle Zélande, etc.), qui pourraient pérenniser leurs alliances temporaires sur des théâtres spécifiques.
Les enjeux des négociations du Sommet de Bucarest sur les nouvelles adhésions étaient considérables: après la création d'une alliance militaire de l'Europe de l'Ouest, de son élargissement aux anciens membres du Pacte de Varsovie en Europe de l'Est, aux trois pays baltes, parties intégrantes de l'ex-URSS, et un pays périphérique de l'ex-Yougoslavie, la Slovénie, (le Groupe de Visegrad et sept des dix membres du Groupe de Vilnius), il s'agissait de démarrer la troisième vague d'adhésions, avec les pays des Balkans, et de préparer la quatrième vague, avec les autres républiques ex-soviétiques d'Europe de l'Est et d'Asie Centrale. Le choix des nouveaux candidats à l'adhésion, qui marquait la fin d'un processus vieux de 15 ans, aura été compliqué, car le manque d'expérience démocratique des pays candidats créait de nouveaux critères pour l'adhésion, et pour cause d'interventions directes des russes et des grecs dans ce processus. Les pays candidats qui pouvaient être considérés étaient la Croatie, l'Albanie, la Macédoine (ARYM / FYROM) - les trois membres restants du Groupe de Vilnius -, l'Ukraine et la Géorgie. Les deux premiers ont obtenu le droit d'adhésion sans difficultés (l'Albanie est déjà un des principaux pays contributeurs de soldats de l'alliance, et les progrès d'intégration de la Croatie sont spectaculaires); la candidature du troisième aura été bloquée par la Grèce, comme cela a été le cas depuis la création de cette République indépendante, à cause de la dénomination de cet Etat qui porte le même nom qu'une province grecque (selon les grecs, cela sous-entend des ambitions territoriales sur la province grecque de Macédoine, ils souhaitent ainsi que la Macédoine devienne la "Haute Macédoine", ou la "Nouvelle Macédoine"); l'adhésion des deux derniers aura fait l'objet de débats intenses entre membres de l'OTAN, notamment entre ceux qui y étaient opposés (l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Espagne, la Belgique et les Pays-Bas), et les Etats-Unis. Les trois pays candidats qui ne deviendront pas membres à l'issue de ce sommet, demeurent candidats et leur adhésion future est encouragée (même s'ils ne participent pas aux Plans d'Actions d'Adhésion de l'OTAN, l'organisation les encourage à s'y représenter dès décembre 2008). Dans le cas de la Macédoine, cette adhésion pourrait avoir lieu dès qu'un compromis est trouvé entre cette république et la Grèce. L'Ukraine et la Géorgie, pays de l'ex-URSS, qui ont quitté le giron politique russe lors de leurs révolutions respectives, Révolution Orange en Ukraine en 2004, et Révolution des Roses en Géorgie en 2003, continuent à souffrir de la diplomatie russe qui envenime leurs relations avec les organisations internationales comme l'UE et l'OTAN, fragilise leurs institutions démocratiques avec un soutien important octroyé aux adversaires politiques des deux révolutions, et déstabilise leur flux énergétiques. Par ailleurs, l'adhésion à l'OTAN étant généralement un acte annonciateur d'une future adhésion à l'UE, les principales puissances européennes ont souhaité éviter d'accélérer ce mouvement alors que ces deux pays posent des problématiques particulières pour une adhésion; bien que la longueur de leur processus d'adhésion leur ait déjà permis d'être prêts, militairement, pour l'inter-opérabilité avec les forces de l'OTAN. Pour l'Ukraine, la principale crainte des Etats membres de l'OTAN est le manque de soutien de la population russophone (17% de la population), et du parti des régions pro-russe de Viktor Ianoukovytch (de l'est du pays, représentant 34% des voix à l'échelle nationale), au processus d'adhésion (OTAN et UE), ce qui pourrait exacerber les tensions internes. Pour la Géorgie, les provinces d'Abkhazie et Ossétie du Sud (voir billet), indépendantes de facto grâce au soutien russe, créent une situation de tension sécuritaire permanente dans le pays, dont le gouvernement est, par ailleurs, soutenu par les Etats-Unis et l'UE. Ces facteurs empêchent une adhésion rapide de ce pays, tant qu'un règlement définitif régional n'est pas accordé entre la Géorgie et la Russie. La Géorgie a aussi la particularité de se situer dans la région du Caucase, une région excentrée des frontières actuelles de l'UE, bien que frontalière avec la Turquie, pays membre de l'OTAN et candidat à l'UE. Il faut cependant intégrer que l'Ukraine et la Géorgie ne souhaitent pas forcément une adhésion rapide à l'OTAN, mais une marque de reconnaissance qui leur permette d'accélérer les réformes nationales pour les futures adhésions à l'OTAN et l'UE. Finalement, lors du Sommet de Bucarest, d'autres pays des Balkans ont présenté leur souhait de rentrer dans une phase de négociation avec l'OTAN ("Dialogue Intensifié"), dont la Bosnie (qui vient de réformer ses institutions policières pour répondre aux critères de l'UE), le Monténégro, et la Serbie, qui souhaite renforcer sa coopération avec l'Alliance (du moins la présidence serbe; la position du gouvernement sur ce sujet épineux sera déterminée après les prochaines élections législatives de mai). Il s'agirait, dès intégration de la Macédoine et lancement des négociations avec les trois pays précités des Balkans, de verrouiller le processus de pacification de la région, une première dans l'histoire, mais aussi de préparer l'anti-chambre pour l'adhésion de tous les pays des Balkans à l'UE (restera le point le plus problématique, celui d'une reconnaissance officielle du Kosovo par la Serbie, et toutes les autres puissances qui craignent une généralisation du principe de démembrement d'un pays voir billet).
Pour
ce qui est de la réintégration de la France dans le commandement
militaire intégré de l'OTAN, les arguments politiques utilisés par
Nicolas Sarkozy pour cette réintégration sont une meilleure
sécurisation des frontières et le besoin impérieux de permettre à
l'Union Européenne, via la PESD, et à l'OTAN de communiquer entre elles
à l'extérieur du cadre restreint des transferts de mission (Bosnie et
Macédoine, où l'OTAN a transféré ses responsabilités sur le terrain à
l'UE). Selon les structures actuelles, et le secret militaire que
s'imposent les deux organisations, les missions parallèles, comme
celles de la KFOR (OTAN) et d'EULEX (UE) au Kosovo, ou celles de l'OTAN
au Soudan et de l'EUFOR au Tchad et en RCA, ne permettent pas un
dialogue entre les deux entités et une coordination, hormis celle
officieuse sur le terrain. Il en va de même pour les besoins militaires
des deux organisations qui doivent être réconciliés dans un
environnement de coupes budgétaires qui finit par les affecter toutes
le deux, mais sans mise en place d'un pool de ressources communes. La
rivalité politique et bureaucratique entre les deux organisations a été
entretenue par les gouvernements français de Jacques Chirac,
britanniques et américains et connait aujourd'hui un renversement de
tendances pour cause de conflits en cours, utilisation des capacités
militaires existantes sur de nombreux théâtres d'opérations et
réductions budgétaires. La redynamisation de la PESD (qui a déjà
effectué une vingtaine de missions dont quatre missions militaires,
cinq policières, deux de contrôle frontalier, et trois missions
d'assistance institutionnelle; voir billet),
avec une participation plus importante du Royaume Uni (première
puissance militaire européenne), et une coopération naturelle avec
l'OTAN, permettrait la mise en place d'une autre stratégie,
d'inspiration américaine. Il s'agirait de compenser le hard power de l'armée américaine avec le soft power de la PESD. Cette réflexion, entamée sur le terrain en Afghanistan avec la mise en place des PRT
(Provincial Reconstruction Teams), intègre l'utilisation des moyens de
reconstruction et développement économique et social basique (aide
alimentaire, aide médicale, construction d'infrastructures
hydrauliques, routières et aéroportuaires, mise en place d'un système
scolaire basique etc.) de contrôle des frontières, d'assistance
institutionnelle, assistance policière, formation policière et
militaire pour lesquelles l'UE excelle. La "spécialisation" relative
des armées et la dynamisation de la PESD permettrait de réduire le
poids des actions militaires internationales de long terme pour chaque
armée (la durée des actions en Irak, Afghanistan, Tchad/RCA devrait
être relativement longue). Pour cela, le Ministre de la Défense
français, Hervé Morin,
propose de rendre le centre opérationnel européen permanent, de créer
un budget de la défense européen, d'investir pour un système
satellitaire de défense européen, et de former les armées des Etats
membres de l'UE qui le souhaitent.
L'opportunité historique pour une redynamisation de la PESD est unique car il s'agit de la première fois, dans la courte histoire de ce programme, qu'aucun pays ne cherche à limiter la puissance de l'OTAN et de l'UE. Plusieurs freins existent cependant, mis à part la méfiance historique des russes, il s'agit pour l'essentiel d'opinions politiques existant au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Etats-Unis, dans les pays européens de l'OTAN, non membres de l'UE, et plus spécifiquement la Turquie. Le Royaume-Uni et la France sont les deux seuls pays européens à avoir une capacité de projection indépendante en Europe occidentale (même si elle laisse parfois à désirer), avec les plus grandes réserves de troupes, ainsi que les moyens de production et acquisition d'équipements militaires les plus conséquents. Ils sont à eux deux responsables de l'existence de la PESD (suite au sommet de Saint Malo de 1998) et doivent maintenant développer cette coopération et la faire vivre au sein de l'OTAN, malgré le souhait des Etats-Unis de maintenir une structure de 28 pays au sein de l'OTAN, plutôt qu'accepter la création d'un pôle européen. Cependant, malgré des intérêts communs, comme la possibilité de renforcer les forces armées des pays européens afin qu'ils contribuent plus aux déploiements internationaux, les visions française et britannique sur le PESD ne s'imbriquent pas parfaitement, notamment sur la création d'un centre opérationnel permanent européen, plutôt qu'un centre intermittent, hybride civil / militaire, comme à l'heure actuelle (la première fois que cette option fut proposée était en 2003 par les principaux pays européens opposés à la Guerre d'Irak), que le Royaume-Uni juge superflu compte tenu de la mise à disposition des centres régionaux de l'OTAN à l'UE, ou de l'existence de centres permanents au Royaume-Uni, en France et en Allemagne. La France a d'ailleurs avancé sur ce point en chargeant le centre existant de planifier les potentielles futures missions de l'UE. La structure du Centre de Commandement Européen sera, sans aucun doute, l'élément qui fera l'objet d'un compromis afin de réconcilier les positions du Royaume-Uni et de la France sur la PESD, en échange d'une autorisation donnée à l'OTAN de planifier des missions hybrides civil / militaire en usant des moyens civils de l'UE. Les Etats-Unis semblent déjà avoir effectué des demandes auprès du Royaume-Uni allant dans ce sens. Les autres pays membres de l'OTAN mais pas de l'UE (le Canada, la Norvège, l'Islande et la Turquie) craignent aussi la création d'un pôle européen au sein de l'OTAN qui les marginaliserait à l'extérieur des deux grands ensembles que formeraient les Etats-Unis et l'UE. La constitution d'un pôle européen avec des positions uniques au sein de l'OTAN, pourrait aussi frustrer les américains compte tenu des divergences intra-européennes sur certains sujets, dont la guerre d'Irak, qui pourraient ralentir la prise de décision (et potentiellement renforcer l'unilatéralisme des américains). La Turquie pose un problème particulier car, en tant que membre de l'OTAN et pays candidat de l'UE, elle refuse de laisser l'OTAN partager des informations militaires avec deux pays membres de l'UE mais pas de l'OTAN, Chypre et Malte (avec qui il n'existe pas encore de convention à ce sujet). La Turquie est directement responsable de la séparation opérationnelle effectuée entre l'UE et l'OTAN, dont les opérations des deux organisations dans les Balkans (Bosnie, Macédoine, Kosovo) ce qui lui a attiré les foudres de certains pays membres (qui l'accusent de mettre en péril des soldats car les deux organisations militaires ne savent pas communiquer correctement sur le terrain). Cependant la Turquie a démontré sa volonté de participer à la PESD, en fournissant des avions de transport pour les missions de l'UE en Afrique, ainsi que sa volonté de participer à l'Agence Européenne de Défense (qui a pour mission d'homogénéiser les acquisitions militaires des Etats membres de l'UE). Enfin, la mise à disposition de son armée pour les missions de la PESD, la plus grande du continent, pourrait être un atout de taille. Afin de dépasser ces blocages, l'intégration de la Turquie dans la PESD (à la demande du Royaume-Uni, pays qui met le maximum de pression pour une intégration de la Turquie dans l'UE), avec un statut spécial provisoire, semble nécessaire, mais cela risque d'entraîner des blocages de la Grèce et de Chypre...
Ce sommet reconnait donc une situation de fait, celle de tâches de défense réparties entre la l'OTAN et l'UE, en fonction de la nature du théâtre d'intervention. L'expérience acquise entre les deux ensembles politico-militaires ces dernières années ont permis de séparer quatre cas de figure:
- l'OTAN intervient pour finaliser le processus de fragmentation dans les Balkans, avec une intervention diplomatique et militaire forte des Etats-Unis, avant transfert de ces responsabilités à l'UE (c'est déjà le cas en Bosnie et en Macédoine, et ce sera probablement le cas à moyen terme au Kosovo);
- l'OTAN intervient en coalition lorsque les intérêts de tous les Etats membres sont en jeu - notamment les Etats-Unis, l'UE et le Canada - en tant qu'alliance militaire, unique en son genre dans le monde actuel, pouvant peser dans la résolution d'un conflit d'envergure, avec ou sans mandat de l'ONU (comme c'est le cas en Afghanistan, mais aussi avec des aides ciblées aux forces de l'UA au Soudan);
- l'UE (EUFOR) intervient lorsqu'il s'agit d'intérêts avant tout européens, dans une stratégie de multilatéralisme venant en renfort des Casques Bleus ou d'organisations multilatérales régionales (Union Africaine dans le cas de l'EUFOR Tchad/RCA, voir billet). Ces interventions ne s'opèrent que dans le cadre des missions autorisées par le Chapitre 7 de la Charte des Nations Unies;
- des missions hybrides, de faible envergure, mixtes entre l'OTAN / l'UE / les Etats membres de l'OTAN / les organisations militaires régionales de pays membres (comme AFRICOM) / les organisation multilatérales régionales (comme l'UA, l'ASEAN, Mercosur, la SADC etc.), peuvent être développées, comme c'est le cas pour la mission de formation des militaires de certains pays du Golfe de Guinée par AFRICOM et plusieurs puissances européennes, ou de la formation de militaires de l'Union Africaine à Addis-Abeba (Ethiopie) et El Fasher (Soudan).
La relation de l'OTAN avec la Russie, bien que complexe sur la période longue compte tenu des antagonismes de la guerre froide, semble s'améliorer au fur et à mesure de l'augmentation du nombre de contacts entre personnel militaire et civil et des politiciens des deux ensembles (une série d'exercices militaires communs a été menée en Allemagne en janvier 2008, c'est la quatrième série depuis 2002; elle vient en sus des réunions fréquentes entre la Russie et l'OTAN). Ainsi, la satisfaction affichée par la Russie à l'issue du sommet, au delà du souhait de Vladimir Poutine de ne pas aggraver les dossiers litigieux (énergie, bouclier anti-missile, Kosovo), démontre un meilleur dialogue entre les membres du Partenariat Euro-Atlantique (CPEA), formule utilisée à partir de 1997 pour dépasser les initiatives de Conseil de Coopération Nord Atlantique (CCNA, 1991) et de Partenariat pour la Paix (PPP, 1994), fixant un cadre bilatéral de négociation entre l'OTAN et chacun des 21 pays de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), d'Europe de l'Est, des Balkans et d'Europe de l'Ouest, non membres de l'OTAN. Le CPEA a pour objectif le développement d'un partenariat opérationnel ouvert à tous permettant une "auto-différenciation" entre pays membres, chacun pouvant décider de lui-même du niveau et des domaines de coopération avec l'OTAN. De plus, à partir de 1999, le Concept de Capacités Opérationnelles (OCC) sera lancé au sommet de Washington, visant à améliorer l'inter-opérabilité des forces mixtes de l'OTAN et de ses partenaires CPEA sur le terrain. Toutefois, cette coopération était limitée aux exercices communs car les décisions militaires s'opéraient entre membres de l'OTAN avant d'être soumises aux membres du CPEA. Afin de dépasser la frustration de la Russie, issue d'une non participation aux instances de décision de l'OTAN, un système a été mis en place à partir de 2002, permettant à la Russie de participer en tant que partenaire égal à toutes les discussions qui pouvaient la concerner (ce qui explique la multiplication des militaires russes présents aux siège de l'OTAN à Bruxelles et son commandement militaire à Mons). Cette coopération militaire renforcée, y compris dans le domaine décisionnel interne de l'OTAN, pourrait augurer d'une future phase d'élargissement de l'OTAN, la quatrième, envers toutes les anciennes républiques soviétiques d'Asie Centrale. Dans l'immédiat, le dialogue au sein du CPEA permet une diminution des tensions liées aux élargissements de l'OTAN, notamment grâce aux intérêts communs de la Russie et de l'OTAN, de voir les pays issus de l'ex-URSS et de l'ex-Yougoslavie retrouver une certaine stabilité sécuritaire, et une prospérité économique, infléchissant ainsi les tendances sécessionnistes de certaines provinces et la déstabilisation régionale qui s'en suit (élément récurrent dans les Balkans et le Caucase). La coopération accrue permet aussi la multiplication des enceintes de dialogue entre les Etats-Unis, l'Union Européenne, et la Russie, empêchant ainsi l'étalage des malentendus entre ces trois puissances, malgré l'extension progressive de l'OTAN aux frontières de la Russie. L'autorisation donnée par les russes de laisser passer par leur territoire du matériel et du personnel non militaire de l'OTAN en direction de l'Afghanistan est aussi un signe encourageant. Le début d'un dialogue entre la Serbie et l'OTAN sera aussi de bon augure pour l'avenir des relations entre la Russie, l'UE et les Etats-Unis, de même que le règlement des conflits gelés d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud lors de l'adhésion définitive de la Géorgie. Tous ces éléments associés pourraient potentiellement accélérer l'intégration de la Russie en tant que partenaire privilégié de l'OTAN, et, à long terme, en tant que futur membre d'une alliance élargie.
Quel que soit l'avenir de la relation entre l'OTAN et la Russie, cela n'empêchera pas les divergences diplomatiques et stratégiques au sujet des pays tiers, comme la Corée du Nord et l'Iran, ou encore en matière de prolifération nucléaire, du Kosovo (voir billet), de déploiement des forces conventionnelles (traité FCE, Forces Conventionnelles en Europe) et de Bouclier Anti Missile. En ce qui concerne les Droits de l'Homme, les pratiques démocratiques, la liberté de la presse, le respect de l'opposition, (etc.), les différences entre les pratiques des pays membres de l'OTAN et les pratiques russes ne sont probablement pas conciliables à moyen terme. A l'inverse, le développement des relations commerciales et énergétiques entre l'UE et la Russie (pour lesquels l'Ukraine, avec qui l'UE négocie des accords d'association et de libre échange, joue souvent un rôle déterminant) devraient consolider la notion de communauté d'intérêts entre ces deux pôles. L'Europe importe déjà un quart de ses consommations en gaz naturel de Russie et la proportion devrait augmenter (compte tenu des différends géostratégiques avec l'Iran et des efforts de la Russie pour réduire les exportations de la Mer Caspienne). De plus, la Russie n'hésite pas à manipuler le marché européen en faisant pression, notamment sur l'Allemagne, pour éviter une libéralisation des fournitures de gaz, et la clarification des contrats de fournitures et de distribution de Gazprom sur le continent européen. Le bouclier anti-missile devrait aussi faire l'objet de nombreuses négociations. Accepté par l'OTAN en tant qu'outil de défense légitime de l'alliance, la Russie ne souhaite pas voir les bases du bouclier s'installer en Pologne (10 missiles intercepteurs) et République Tchèque (un radar), par peur que cette défense soit dirigée contre ses missiles. Les propositions effectuées par la Russie, de participer pleinement au Bouclier Anti Missile, en utilisant une base de lancement de missiles au Kazakhstan comme plateforme complémentaire, bien que stratégiquement et technologiquement cohérentes, n'ont pas obtenu l'assentiment américain lors du sommet bilatéral de Sotchi (ces derniers ne souhaitent pas une participation russe au projet mais la présence d'officiers de liaison russes). Les négociations devraient donc continuer sur ce point, avec un potentiel accord à la clé, permettant de mettre un terme à la décennie de divergences sur ce dossier. Le dossier de la future intégration de pays de l'ex-URSS n'est pas clos non plus, que ce soit pour les deux pays avec qui l'OTAN devrait bientôt négocier, l'Ukraine et la Géorgie ou tous les autres Etats qui pourraient à l'avenir être tentés par cette démarche d'adhésion. Hormis les difficultés pour résoudre les conflits figés en Géorgie (qui pourraient avoir pour résultat la perte d'une partie du territoire géorgien), l'adhésion de l'Ukraine sera réellement problématique pour la Russie. Sa conception de l'Etat ukrainien est peu respectueuse ("la petite Russie" n'est pas un pays pour de nombreux russes, simplement une province égarée de la Russie), et la capacité de déstabilisation que la Russie détient sur les institutions, la politique régionale, les approvisionnements énergétiques et le commerce ukrainiens est démesurée.
Parallèlement à cette stratégie de spécialisation des deux
organisations, un mouvement sous-jacent est en train de se développer
avec une politique progressive d'intégration de pays non atlantiques /
européens au sein de l'Alliance. Ce mouvement n'en est qu'à ses débuts,
avec l'intégration d'un pays comme la Géorgie, excentrée de l'ensemble
européen, bien qu'ayant une frontière avec un pays membre de l'OTAN, la
Turquie. Cependant, plusieurs Think Tanks américains et états majors nationaux de
pays membres de l'OTAN semblent avoir intégré le besoin d'une institutionnalisation de
la coopération militaire internationale au sein d'une alliance unique;
c'est le cas de la coopération militaire avec l'Australie, la Nouvelle
Zélande, le Japon, la Corée du Sud, qui participent déjà aux missions
extra-territoriales de l'OTAN en Afghanistan, mais cela pourrait
s'élargir à d'autres pays démocratiques comme l'Inde, l'Afrique du Sud,
le Mexique, le Brésil, l'Argentine, et, à long terme (une fois ces
vagues d'intégration à l'extérieur de l'espace euro-atlantique
intégrées), à certains pays de l'ASEAN (Thaïlande, Malaisie,
Philippines, Indonésie), du Mercosur (Chili, Paraguay, Uruguay) etc.
Ces réflexions se ont déjà été ébruitées dans le programme de politique
étrangère du candidat républicain à la Maison Blanche, John McCain, sous l'appellation "La Ligue des Démocraties" (voir billet).
Les objectifs stratégiques élargis de l'OTAN depuis 1996, et la participation de l'alliance à la SFOR en Bosnie, ont permis plusieurs missions à caractères spécifiques (autres que les engagements militaires lourds de la KFOR au Kosovo et de l'ISAF en Afghanistan). Le document cadre, accordé au Sommet de Washington en 1999, permet des interventions dans les domaines divers et variés de la sécurité collective, comme la dissolution des Etats, les abus de Droits de l'Homme, les rivalités religieuses et ethniques, la sécurité des mers et autres voies de communication etc. Dans le domaine de la dissuasion sur un théâtre d'opérations spécifique, l'OTAN est intervenue en Turquie entre février et avril 2003 (opération Display Deterrence) afin de contrer toute invasion ou acte d'agression d'un pays membre, la Turquie, par l'Irak lors de la concentration des troupes américaines d'invasion sur la frontière sud koweïtienne. Ce scénario de protection territoriale pourrait se reproduire plus régulièrement au fur et à mesure que l'OTAN intègre de nouveaux pays membres, de même que le scénario de stabilisation mené en Macédoine (qui pourrait se reproduire en Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie, et Moldavie). Deux missions ont été réalisées à partir de 2001 en Macédoine, pour éviter un embrasement du conflit latent entre albanophones et macédoniens, via leur désarmement (Task Force Harvest), puis la surveillance du processus de pacification et stabilisation du pays (Task Force Fox / Allied Harmony). D'autres scénarii peuvent aussi faire appel aux moyens considérables de l'alliance, comme la patrouille maritime au Détroit de Gibraltar pour les escortes militaires et les arraisonnements de navires pouvant transporter des marchandises illicites (Active Endeavour, depuis 2001), ou l'assistance aux pays membres en cas de fardeau sécuritaire exceptionnel (Jeux Olympiques de 2004 en Grèce). Finalement, l'OTAN est devenue, y compris pour des pays ne participant pas au CPEA, une organisation qui peut fournir une assistance logistique d'urgence (c'était le cas après le tremblement de terre au Pakistan en 2005, avec le transport d'approvisionnements, d'équipes médicales et ingénieurs), une formation militaire et organisationnelle dans des pays en crise (comme en Irak, NTM-I), ou mettre à disposition des moyens militaires dont ne disposent pas des organisation multilatérales comme l'Union Africaine et l'ONU au Soudan (l'OTAN effectue l'essentiel du transport pour la rotation des soldats de l'UA).
Parmi les nouveaux domaines que l'alliance atlantique commence à aborder se trouve la cyber-sécurité, considérée comme une voie de communication et passage d'information sensible qui peut être déstabilisée, au même titre que d'autres voies de communication physiques. L'exemple de l'Estonie en avril 2007 avec l'attaque informatique sur son réseau bancaire, gouvernemental et médiatique, qui s'écroule en quelques jours, et dégénère en accusations croisées de déstabilisation entre les gouvernements estoniens et russes, a secoué tous les Ministères de l'Intérieur, de la Défense, et des Affaires Etrangères des pays membres de l'alliance. Le cas d'une tension territoriale pouvant dégénérer en attaques sur les réseaux informatiques (CNA, Computer Network Attacks) s'était déjà produit à plusieurs reprises: entre la Chine et les Etats-Unis lors du bombardement de l'Ambassade de Chine à Belgrade pendant la guerre du Kosovo en 1999, entre la Malaisie et l'Indonésie en 2005, issues de la négociation sur l'appartenance du bloc pétrolier Ambalat, dans la Mer des Célèbes, et entre l'Estonie et la Russie en 2007 au sujet du déboulonnement de statues honorant des soldats soviétiques. D'autres attaques auront eu lieu contre le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, et les Etats-Unis en 2007, probablement à l'initiative de la Chine. Le risque d'une dégradation rapide des relations entre un pays membre de l'alliance et un pays tiers (et pas n'importe lesquels), sans que la source de l'attaque puisse être clairement déterminée (ce qui implique que tous les Etats peuvent être source de déstabilisations informatiques), aura donc accéléré la prise en compte de cet aspect dans la défense collective de l'OTAN, avec la création, lors du sommet de Bucarest, d'un "Centre de Cyberdéfense" de l'organisation.
Quindi... Quoi qu'en disent ses détracteurs, la mutation de l'OTAN d'une alliance de défense entre l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord, à une alliance avec des critères militaires et politiques, englobant 50 Etats (28 Etats membres, 21 Etats dans le CPEA, Kosovo) de l'Hémisphère Nord, assurant une progressive démilitarisation des relations entre les anciens ennemis de l'Ouest et de l'Est de l'Europe, ainsi que le développement du concept de sécurité régionale, et permettant une lente pacification des zones historiquement initiatrices de conflits, comme l'Europe Centrale, les Balkans, la Mer Egée et Chypre, et bientôt le Caucase, est un fait majeur de l'histoire du continent européen. A très long terme, deux scénarii se présenteront: celui d'une Russie intégrant une alliance élargie à l'ensemble des grandes démocraties, ou alors d'une Russie s'alliant avec la Chine et d'autres puissances asiatiques, au sein d'une contre-alliance, à l'image de l'Organisation de Coopération de Shanghai (avec le risque, peu probable mais à surveiller, du déclenchement d'une nouvelle Guerre Froide) qui serait plus musclée. Le premier scénario dépendra des relations de la Russie avec l'Iran et des relations avec la Chine (qui pourrait devenir plus hostile envers la Russie afin d'obtenir la souveraineté de zones riches en matières énergétiques en Asie du Nord-Est). Le deuxième scénario serait le fruit d'une avancée trop rapide de l'OTAN en intégrant des pays de l'ex-URSS (dont l'Ukraine et la Géorgie), et en démultipliant les armes déterritorialisées (satellitaires, anti-missiles, informatiques etc.), mais sans intégration de la Russie dans l'alliance, ce qui alimenterait la crainte historique de la Russie de se faire encercler par une alliance militaire qui lui serait hostile. Cette crainte est aussi alimentée par la volonté des Etats membres de l'OTAN d'étendre les frontières de la démocratie au delà de leur propre territoire, et donc influencer l'évolution du système politique russe.
Les déboires de la mission de l'OTAN en Afghanistan, et des Etats-Unis en Irak, semblent avoir créé une pression supplémentaire pour réformer l'OTAN, ainsi que sa relation avec l'UE, afin de permettre à cette dernière de contribuer de manière plus importante dans les domaines de la pacification des conflits et la reconstruction dans les zones post-conflit. Cela augure aussi d'un changement profond de la doctrine militaire américaine qui semble se diriger vers une composante civile plus importante dans la planification de ses projections militaires. La pierre angulaire de cette évolution de l'OTAN passerait par une réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l'organisation, une plus grande coopération militaire intra-europénne (mais pas exclusivement réservée à l'UE), notamment sur les sujet épineux du transport de matériel et personnel militaire, la certification de l'OTAN sur le niveau de préparation des unités militaires, et une plus grande participation européenne aux projections extérieures. Une préoccupation américaine à plus long terme concerne la réduction des budgets européens de la défense, qui pourrait, en cas de renforcement de la tendance, mettre à l'épreuve cette nouvelle stratégie de coopération. La réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN pourrait aussi avoir deux résultats:
- Dans le premier scénario, le renforcement de la Politique Européenne de Sécurité et Défense (PESD) permettrait à l'Europe de se constituer en deuxième pôle, un peu plus homogène qu'à l'heure actuelle, de l'OTAN, en attendant l'arrivée potentielle, à terme, d'un troisième pôle (Russie, Voisinage centre-asiatique de la Russie), puis d'un quatrième pôle (les nouvelles puissances moyennes démocratiques que sont le Brésil, l'Argentine, l'Afrique du Sud, l'Inde, l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon et la Corée du Sud). Dans ce cadre, l'Europe renforcerait sa capacité pour agir de manière autonome, comme c'est le cas pour l'EUFOR Tchad / RCA, de même que sa cohérence interne, dépassant définitivement les divisions historiques d'influence post-coloniale, et les divisions entre l'est et l'ouest du continent, notamment en ce qui concerne les positions de défense vis-à-vis des Etats Unis et de la Russie, issues de la guerre froide, mais aussi les difficultés pour établir une stratégie commune de défense. La politique commune d'acquisition de matériel militaire favoriserait une homogénéisation des budgets militaires et renforcerait la capacité de projection de l'UE (qui souffre de manques en matière de transport de matériel et de troupes à l'extérieur des théâtres européens).
- Dans le deuxième scénario, le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN en 2009, ne fait pas l'objet d'un accord entre les principaux pays contributeurs pour le renforcement de la défense européenne (France, Royaume-Uni, Allemagne, Etats-Unis, Turquie). C'est ce scénario que défend l'opposition française et que l'entourage de Nicolas Sarkozy laisse entendre (en opposition avec la plupart des forces politiques de centre droite, de centre gauche et démocrates). En effet, dans ces circonstances, la France perdrait son statut de puissance indépendante aux yeux de nombreux analystes, mais cela ne signifierait pas une perte d'indépendance militaire. Les décisions au sein de l'OTAN se prenant à l'unanimité des membres, il n'existe pas de risque pour la France de se retrouver entraînée dans une guerre qu'elle n'approuverait pas. Elle pourrait, à ce titre, comme tout autre pays membre, refuser de donner l'autorisation à l'OTAN de s'engager dans une opération (cf. guerre d'Irak) ou ne pas participer à une action extérieure de l'OTAN (cf. Kosovo, Soudan) qui n'impliquerait pas une attaque extérieure directe sur le territoire d'un pays membre (solidarité obligatoire, de même que pour les pays membres de l'UE selon le Traité de Lisbonne) ou une crise naturelle et / ou humanitaire sur le territoire d'un pays membre. Les uniques craintes légitimées par ce scénario, à terme, seraient l'incapacité de la France d'influencer la création d'un pôle européen depuis l'extérieur de l'alliance (relatif, compte tenu de la participation à tous les comités à part le commandement militaire intégré), et le risque, avec une extension du nombre de membres, d'un changement des règles d'engagement de l'organisme (à relativiser aussi compte tenu d'une nécessaire unanimité pour changer ces règles d'engagement).
La première décision sur la réintégration potentielle de la France dans le commandement militaire intégré de l'OTAN ayant été tranchée par Nicolas Sarkozy, lors des discussions bilatérales officieuses avec les britanniques et les américains, puis de manière officielle, une première fois en août 2007 lors d'une conférence des ambassadeurs français, une deuxième en septembre 2007 dans une interview accordée au New York Times, une troisième en avril 2008, lors du sommet de Bucarest avec une déclaration d'intention, mais sans être validée (cette validation pourrait avoir lieu lors du sommet d'avril 2009 de l'OTAN, devant se tenir, pour fêter le 60ème anniversaire de l'organisation, à Strasbourg et Kehl), il reste une marge de manoeuvre au gouvernement français. Les premières pistes seront éclaircies fin avril 2008 avec la sortie du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale française (supposé faire "entrer la politique de défense dans l'ère de la mondialisation" et dont le mélange des deux concepts, celui de "défense" et celui de "sécurité nationale", est importé des Etats-Unis, son objectif étant de renforcer la coopération entre civils et militaires sur le territoire national), la Revue Générale des Politiques Publiques (RGPP) et la loi de programmation militaire (2009-2014); cela n'empêche pas aux commentateurs et politiques* de poser de nombreuses questions** sur cette réorientation de la politique étrangère française (qui n'est pas demandée au sein de l'OTAN selon le représentant permanent de la France), ainsi que des questions sur le degré de préparation stratégique*** de la commission de livre blanc. L'orientation de la politique française au sein de l'OTAN a été décidée (réintégration du commandement militaire intégré, relance de la défense européenne, augmentation du nombre de français dans les instances dirigeantes de l'OTAN d'approximativement 900 officiers) mais les modalités demeurent floues (l'envoi de 700 troupes de combat dans le sud de l'Afghanistan était clairement un geste de bonne volonté à l'égard des Etats-Unis, du Canada, et du Royaume-Uni). C'est de cela que doivent se saisir le gouvernement et l'opposition: Une réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l'OTAN sans contrepartie pour la Politique Européenne de Défense ne serait pas acceptable; une limitation du rôle géostratégique de l'UE au seul domaine économique non plus. L'objectif étant de libérer la PESD, lui permettant de passer, d'un programme utilisé uniquement dans un cadre étroit, coincé entre les politiques multinationales de hard power de l'OTAN, et les actions multiples de hard et soft power, mais de faible envergure, des Etats membres de l'UE et de l'OTAN, à une véritable politique faisant de la PESD le principal vecteur militaire, d'assistance policière, juridique, institutionnelle, de gestion des frontières ou de formation, lors de la projection de l'UE à l'extérieur de son espace géographique, bref, un instrument de hard et soft power européen, ayant atteint un seuil critique d'efficacité dans l'action extérieure. Les actions des gouvernements français, britannique, américain, allemand et turc, pendant cette prochaine année seront suivies de près par tous les analystes géostratégiques et militaires. Les arguments historiques d'un manque d'inter-opérabilité des armées européennes ne seront plus recevables compte tenu des efforts d'intégration effectués par les armées européennes ces dernières 60 années, en grande partie grâce à l'OTAN, et des missions conjointes réalisées sur des théâtres d'opérations multiples dont les Balkans et l'Afghanistan sous l'égide de l'OTAN, et les Balkans et l'Afrique sous l'égide de l'UE. Le seul manque de cohérence existant, hormis la volonté politique, se situe au niveau des choix d'équipements des armées nationales, qui souffrent d'un manque budgétaire et de déficiences à pallier dans le cadre d'une politique d'acquisition d'armements mieux coordonnée (entre temps, l'UE pourra toujours louer du matériel militaire qu'elle n'a pas à disposition, comme cela a pu se faire avec du matériel ukrainien dans le passé, ou obtenir dans certains cas, l'autorisation d'utilisation de matériel réservé à l'OTAN).
* merci à l'Hérétique pour ce billet sur son blog , Démocratie et Hérésie Economique
** merci à Vincent Jauvert pour ce billet sur son blog, Affaires Etrangères; et Thomas Lefebvre pour ce billet sur son blog, Croche Pied
*** merci à Jean Dominique Merchet pour ce billet sur son blog, Secret Défense
Photos copyright OTAN / NATO (ici et ici)












Enorme ton blog...par contre j'ai juste une question tes articles ...comment fais tu pour avoir des articles aussi longs ..?
Rédigé par : blauesauser | 16 avril 2008 à 17:07
Merci. Bravo aussi pour ta couverture de l'élection américaine et la recherche documentaire (photos / vidéos). Pour les articles longs: tu veux dire techniquement? (c'est automatique en fait, du moins sur la plateforme Typepad) ou bien en terme de temps consacré pour l'écriture ? (les semaines où j'écris des articles longs, j'en écris peu et j'accumule le maximum d'infos de sources variées sur lesquelles je prends des notes pendant plusieurs jours; mais bon, selon mon expérience sur le dossier / pays, de part mon métier de consultant, c'est plus ou moins facile; pour ce qui est de l'écriture elle-même, j'ai toujours eu du mal à faire bref, je suis un peu l'anti-blogueur, lol, mais c'est justement le principe d'une analyse aussi complète et pertinente que possible qui m'a toujours fasciné, des fois ça marche, des fois moins, "whatever you do, you're always gonna win some, and lose some, it's how you play that counts")
Rédigé par : ArnaudH | 16 avril 2008 à 17:31
1 - "verrouiller un processus de pacification" = poser des conditions ?
2 - peut-il exister des décisions rétroactives ? exemple : non à l'engagement de la France en Irack ?
3 - CPEA "auto- différenciation" : ce "menu à la carte" est-il généraliste ou bien est-il défini lors d'une opération précise ?
Rédigé par : d0m1 | 23 avril 2008 à 20:03
@ d0m1: alors reprenons notre discussion multi-sites, lol:
1. Dans ce cas précis je sous-entendais: finaliser le processus de pacification des Balkans
2. Si j'ai bien compris la question, oui, lors d'une future décision consensuelle (sans opposition d'un membre), si l'OTAN décide d'agir en Irak, cette décision reviendrait sur la décision tacite de 2003 de la France et l'Allemagne de ne pas s'engager dans ce pays. Pour que cette action soit légale, il suffirait que les forces de l'OTAN soient "invitées" par le gouvernement irakien (qui est l'autorité légale en Irak selon la résolution 1546 Conseil de Sécurité de l'ONU).
3. Le CPEA est "à la carte" pour tous les pays européens - que ce soit pour la gestion en temps de paix ou pour leur participation éventuelle à une opération de l'OTAN (c'est le cas par exemple de plusieurs pays non membres de l'OTAN mais membres du CPEA qui participent en Afghanistan et/ou au Kosovo).
Sur toutes ces questions, d'autres blogueurs ont avancé sur le sujet:
http://heresie.hautetfort.com/archive/2008/04/23/quel-otan-pour-la-france-et-l-europe.html#comments
http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/04/23/exlusif-le-plaidoyer-de-bush-pour-l-europe-de-la-defense.html#comments
http://egea.over-blog.com/article-18830674.html
Je suis à ta disposition pour répondre à toute autre question ;)
Rédigé par : ArnaudH | 24 avril 2008 à 20:15
@ Arnaudh : j'y vois (un peu ) mieux - je vais voir les sites indiqués, j'ai déjà visité les 2 premiers.
Espère que je trouve mes prochaines réponses, il s'agit du nucléaire (lol).
Rédigé par : d0m1 | 24 avril 2008 à 20:53
les blogs : oui + les notes. Je n'ai pas de limite de temps pour piger, donc, ce n'est qu'une question de patience...
j'ai suivi les notes PESD - donc :
question : hypothèse - un pays joue avec une bombe nucléaire et la balance sur un pays de l'Otan - qui décide (l'Otan), d'une réplique nucléaire. La France dit "non" (c'est son droit, il me semble). Mais l'Otan a besoin de son "Redoutable" ou autre joujou.
(NB : j'appartiens à la génération qui a une trouille bleue de ces trucs).
Quelles sont les marges de marges de décision autonomes ?
Rédigé par : d0m1 | 25 avril 2008 à 21:25
"les marges de manoeuvre", je voulais écrire.
Rédigé par : d0m1 | 26 avril 2008 à 00:58
Il s'agit d'une question complexe que je ne pense pas être en mesure de répondre totalement.
Les articles du traité de l'OTAN exigent une défense mutuelle (sur le territoire européen et dans l'atlantique nord, pas les autres territoires des pays membres) en cas d'attaque mais n'en spécifient pas les moyens (ce rayon de défense s'étendra à l'ensemble des pays de l'UE si le Traité de Lisbonne est ratifié). Que je sache, l'OTAN a un Groupe des Plans Nucléaires pour gérer toutes les questions politiques liées aux forces nucléaires de ses trois membres qui disposent de ces forces (Etats-Unis, Royaume-Uni, France) et pour discuter de ces sujets avec la Russie (et les deux ex-républiques soviétiques qui disposaient d'armes nucléaires, l'Ukraine et l'Azerbaïdjan). Mais cela n'implique pas un contrôle militaire de l'OTAN de la force nucléaire de chaque pays qui reste nationale (ce qui n'empêche probablement pas l'OTAN, en coopération avec les états-majors de ses pays membres, d'avoir des plans de riposte nucléaire préparés). Bref, en cas d'attaque sur un de ces trois pays, c'est leurs commandements militaires nationaux qui décident la nature de la riposte, et de mettre leur arsenal nucléaire à disposition des forces du commandement de l'OTAN ou non. En cas d'attaque nucléaire sur un autre pays membre de l'OTAN, il n'y a pas d'automaticité que je sache. Bref, selon ma compréhension actuelle du sujet, dans ton scénario, l'OTAN ne peut pas utiliser les moyens militaires d'un pays membre sans son autorisation, à l'exception de forces qui sont mises à disposition de l'OTAN en permanence comme la Force de Réaction Rapide (non nucléaire). Les marges de décision autonomes de chaque pays sembleraient assez larges mais opaques, et cela est réalisé volontairement pour rassurer les populations nationales et au même temps agir de manière dissuasive envers tout pays qui pourrait attaque un pays membre de l'OTAN.
Je suis conforté dans la non-automaticité de mon raisonnement par la lettre récente des ex-chefs d'état-major (dont l'Amiral Lanxade) qui demandaient la création d'une dissuasion nucléaire automatique (plus de droit de véto, et plus de décisions consensuelles, ils prônent une règle de la majorité) et d'une force de frappe préventive (ce qui implique que ces deux concepts ne sont pas appliqués, même tacitement) - je suis, à titre personnel, absolument opposé aux deux concepts:
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=7891
http://www.guardian.co.uk/world/2008/jan/22/nato.nuclear
Je crois que je vais reformuler tout cela est poser le problème à un blogueur spécialiste des affaires militaires. Qu'en penses-tu?
Pour l'anecdote, moi aussi j'ai été traumatisé à vie lorsqu'à 11 ans, en lisant le journal, je me suis aperçu que j'habitais dans une des premières zones à se faire attaquer par une arme nucléaire en cas de guerre (j'habitais la région de Washington D.C. à l'époque).
Rédigé par : ArnaudH | 26 avril 2008 à 11:19
merci Arnaudh ! C'était simple "avant" : tu m'attaques, je riposte" ( = ne m'attaque pas). Mais là...
je continue à potasser...
Rédigé par : d0m1 | 26 avril 2008 à 18:04
Ca n'a pas vraiment changé en fait: le principe de dissuasion doit, selon les théoriciens actuels, être élargi à l'extérieur du cercle européen pour couvrir l'ensemble de la planète (effet ricochet de la mondialisation / globalisation: les intérêts de chaque puissance sont devenus mondiaux; que ce soit en matière d'approvisionnements, intérêts financiers, intérêts commerciaux, intérêts stratégiques, ce qui explique la démultiplication des ensembles sécuritaires / ensembles régionaux).
Rédigé par : ArnaudH | 26 avril 2008 à 23:24
tout ceci me donne l'impression que les risques sont démultipliés.
si tu trouves un bloggueur spécialiste des affaires militaires...
tu vas rire, mais je m'interroge depuis que le texte de la Constitution Européenne est sorti en librairie...pendant que les autres ne s'interrogeaient sur rien puis uniquement sur l'économie, je cherchais furieusement à comprendre les interactions militaires ; et ce n'est pas fini.
Rédigé par : d0m1 | 27 avril 2008 à 15:10
Je te livre mon impression: le contexte nucléaire n'est pas plus dangereux, il l'est même largement moins que pendant la Guerre Froide. Les pays à risque sont moins nombreux et moins bien armés:
- la Chine diminue sa rhétorique guerrière au fur et à mesure de son développement économique (à l'exception de Taïwan);
- l'Ukraine et le Kazakhstan se sont débarrassés de leurs armes nucléaires;
- la Russie est redevenue plus stable après la décennie 90, en partie grâce à sa richesse pétrolière, en partie parce que malgré tout, un président et un premier ministre "élus", c'est plus stable qu'un politburo qui pouvait changer de tendance radicalement, le pays s'insère progressivement dans une forme de capitalisme hyper-libéral, profondément inéquitable mais qui n'est que très peu contesté sur place;
- les conflits latents issus de la répartition des territoires de l'ex-URSS sont en cours d'accalmie (Transnistrie, Moldavie, Biélorussie, Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan, Tchétchénie; même si les conflits potentiels en Abkhazie et Karabakh pourraient redémarrer);
- les conflits issus de la dislocation de l'ex-Yougoslavie sont dans leur phase finale (a priori);
- l'Afrique du Sud, le Brésil, l'Argentine, et la Libye ont abandonné leur programmes nucléaires militaires;
- les conflits en cours et potentiels sont en dehors de l'espace "Européen et Nord Atlantique" et il s'agit de puissances non nucléaires ou de puissances avec une force nucléaire très faible: je ne cherche pas à nier les risques de ces puissances régionales, mais elles sont nettement moins conséquente que celle de la Russie et la Chine en son temps. La Corée du Nord est rentrée dans un cycle de négociations (certes imprévisible, mais ses besoins économiques sont dantesques). Pour les autres puissances nucléaires en devenir (Iran, Syrie), l'occident cherche l'élimination des prmiers éléments d'un programme nucléaire. Evitons la panique.
Il nous faut distinguer la rhétorique guerrière et des risques des néo-conservateurs et des militaires (ces derniers effrayés par ces ennemis pour lesquels nous ne disposons pas de la masse d'information dont nous disposons pour les russes et les chinois, et réciproquement, ainsi que par l'obtention d'un engin nucléaire - même une bombe radiologique - par un groupe non étatique). Pour moi, il nous faut revenir à un discours de la raison, de la diplomatie, et de la limitation des risques par le biais de la non-prolifération etc. Bref, je suis partisan de la mise en place de politiques de non prolifération au sein de l'ONU, l'AIEA, l'OTAN, l'UE (etc.), mais cela ne doit pas se transformer en une panique populaire qui n'a pas lieu d'être.
A l'inverse, les risques de guerres conventionnelles se sont démultipliés depuis la fin de la Guerre Froide, que ce soit pour raison de conflits ethniques, de frontières mal définies, de ressources énergétiques qui se raréfient, d'Etats peu institutionnalisés qui peuvent servir de base arrière pour des groupes de terroristes, de guérillas, de fanatiques etc. C'est ce choc que nous devons apprendre à mieux gérer, du point de vue diplomatique, militaire, institutionnel, économique, etc.
Pour les relations avec la Russie et les ex-républiques russes à l'ouest et au sud, voir la partie "Monde Russe" du blog: http://www.quindiblog.eu/log/politique_monde_russe/index.html
Pour les analyses sur l'ex-Yougoslavie: http://www.quindiblog.eu/log/europe/index.html
Rédigé par : ArnaudH | 27 avril 2008 à 16:50
non, pas de panique...juste un fond d'inquiétude.
Rédigé par : d0m1 | 01 mai 2008 à 03:18