Le Forum Economique Mondial est le fruit d'une initiative de Klaus Schwab, un allemand ayant étudié au MIT et à Harvard qui souhaitait créer une association des leaders économiques européens en les réunissant pour la première fois en 1971 (cette première réunion avait été financé par le Commissaire Européen aux Affaires Economiques de l'époque, le centriste Raymond Barre et avait réuni 400 dirigeants économiques, chercheurs et fonctionnaires). Le choix du lieu de rencontre, Davos, une petite ville dans les Alpes Suisses, s'effectue principalement sur la base de son isolement. A partir de 1974, les leaders politiques seront également invités (la Chine sera invitée au forum dès 1979, contribuant ainsi à son désenclavement économique). La promotion du modèle économique européen, principal objectif des réunions jusqu'en 1987, se transforme progressivement en mise en place d'un forum pour une communauté de dirigeants politiques, économiques et sociaux d'horizons différents (et d'une tribune mondiale pour la résolution des conflits) afin de discuter de l'état du monde.
La réunion, devenue Forum Economique Mondial (WEF), s'est doté d'une structure organisationnelle associative basée à Genève, et d'un staff permanent de 280 personnes qui publie plusieurs rapports, dont celui sur la compétitivité des pays (annuel). La réunion unique annuelle de Davos avec la participation de 2 400 dirigeants est devenue multiple avec une réunion parallèle à Davos des entreprises par secteur d'activité (17 secteurs dont les secteurs très prisés comme l'énergie, l'aéronautique et l'automobie), une deuxième réunion se tenant en Chine depuis 2007 réunissant les nouveaux entrepreneurs de l'économie mondiale, une troisième à l'intention exclusive des femmes, une quatrième uniquement pour les médias (afin d'assurer la transparence des activités) et des réunions régionales irrégulières (Amérique Latine, Moyen Orient, Inde, Turquie, Russie). Depuis la formation du Forum Social Mondial, bien que celui-ci ait perdu en notoriété depuis son départ de Porto Alegre (le forum change régulièrement de localisation géographique: Mali, Venezuela...), et l'image ultra-libérale associée au WEF, des efforts sont menés envers les entrepreneurs des pays en développement dont la récompense annuelle de la Fondation Schwab, attribuée aux meilleurs "entrepreneurs sociaux". Par ailleurs, un nombre croissant d'ONG et de gouvernements participent chaque année au forum de Davos et les partenariats entre les entreprises, les gouvernements et les ONG se multiplient (comme ceux entre Bill Gates et plusieurs associations de réduction de la pauvreté, promotion agricole ou municipalités).
Le WEF 2008 (du 23 au 27 janvier) aura eu un prix annuel de $70 millions, dont un peu moins de la moitié provient de partenariats avec des industriels (surtout intéressés par les réunions sectorielles), et le reste des adhésions annuelles des membres (€26 300 par personne) et des droits de participation au forum de Davos. Cependant le WEF est devenu une vitrine incontournable pour présenter les nouvelles initiatives aux partenaires internationaux de manière efficace. Le gouvernement français l'a bien compris, avec son retour au devant de la scène lors de cette réunion avec la présence du Premier Ministre François Fillon, interrogé par Klaus Schwab (mais sa performance, faisant preuve d'un excès d'autosatisfaction, a démontré le peu d'expérience qu'avait le Premier Ministre dans les discussions avec ses pairs et les entrepreneurs internationaux). De même, les tensions financières mondiales permettent au WEF d'être un havre parfait, l'espace de 5 jours, pour les grands banquiers du privé et les gestionnaires des principaux fonds spéculatifs de retrouver leurs homologues des bourses, Banques Centrales indépendantes et du FMI pour discuter des issues possibles de cette crise lancinante et des risques systémiques pouvant exister dans le système financier international. Les discussions sur les locomotives de la croissance mondiale ont pris une dimension plus importante avec un rééquilibrage probable entre l'Amérique et l'Asie, au profit de cette dernière, et un fort ralentissement prévu en Europe. Les hausses importantes dans les prix des matières premières et du pétrole contribuent aussi à la déstabilisation économique mondiale et font l'objet d'intenses discussions entre représentants des pays en développement. Toutes ces tendances croisées pouvant, par effet de ricochet, entraîner un sérieux ralentissement de la croissance en Amérique Latine et en Afrique. Une autre possibilité envisagée serait l'accélération des acquisitions de sociétés américaines par des sociétés des BRIC+KMS (voir billet à ce sujet) et des fonds souverains, dont les réserves disponibles sont estimées à $2 900 milliards (plutôt que de continuer à investir dans les bons du trésor américains). Ce premier test de l'économie globalisée issu, pour la première fois depuis vingt ans, d'un pays développé, a donc fait l'objet de nombreuses spéculations à Davos. Tony Blair (membre du directoire du WEF) a insisté sur le risque, pendant cette période trouble, de voir les dirigeants politiques manquer d'audace sur les sujets d'actualité, vitaux pour la croissance, comme les négociations commerciales et le réchauffement climatique. Plusieurs tendances critiquables ont commencé à se dessiner chez certains dirigeants économiques, comme celle de "produire local" avec tous les effets secondaires que cela pourrait entraîner, de "privatisation" accélérée des normes internationales du commerce (comme les normes comptables IFRS) ou encore des exigences supplémentaires et spécifiques de transparence aux fonds souverains asiatiques lors de leurs investissements aux Etats-Unis.
Quindi... Compte tenu des incertitudes qui pèsent sur l'économie mondiale et les fausses alertes à répétition qui indiquent l'arrivée d'une crise comme celle de 1929 (comme le précise régulièrement George Soros), le WEF joue un rôle clé permettant aux principaux dirigeants économiques de se réunir et trouver un accord sur la meilleure stratégie globale à suivre, notamment enrayer le protectionnisme qui pourrait engendrer une crise plus importante, mais aussi aiguillonner la politique énergétique mondiale avant qu'elle ne se transforme, à son tour, en crise. C'est une manière unique d'ébaucher des décisions consensuelles pouvant avoir un impact très constructif lors de la prise de décision spécifique à l'échelon national, régional ou international. Ce n'est pas pour rien qu'a l'issue du WEF, les dirigeants des quatre principales économies européennes (Allemagne, Royaume Uni, France, Italie) et de la Commission Européenne se sont retrouvés pour lancer un message économique commun: les discussions, analyses et décisions potentielles avaient été préparées par leurs équipes à Davos, restait à trouver le lieu plus diplomatique pour que les Chefs de Gouvernement annoncent les décisions communes.
Un rôle plus discret, mais non moins important est celui de concentration de l'attention du monde sur un ou plusieurs sujets. En 2008, la mention de la répression en Birmanie est revenue à plusieurs reprises au devant de la scène. Mais contrairement au G8 qui se trouve bloqué pour cause de politique régionale de l'ASEAN, la Chine et l'Inde, les membres du WEF ont un réel pouvoir économique. La simple menace d'un arrêt total des investissements dans le pays a probablement aidé à la reprise du dialogue entre le gouvernement birman et le leader historique des démocrates, Aung San Suu Kyi, à la clôture du WEF.
Des réunions qui auront marqué l'histoire politique du monde se seront tenues à Davos: celle entre les dirigeants nord et sud-coréens en 1988, les discussions entre un Nelson Mandela, récemment libéré et le président sud-africain Frederik de Klerk en 1992 et celles de Yasser Arafat et Shimon Peres autour des accords d'Oslo.
Par ailleurs, le rôle d'aiguilleur des anciens Chefs D'Etat armés de leur expérience et du recul et du temps de celui qui n'est plus au pouvoir, prend de l'ampleur pendant ces réunions. Bill Clinton et Tony Blair en sont de très bons exemples. Ils contribuent, avec leur charisme et leur rôle naturel de médiateur à la stabilisation économique mondiale et la réduction des conflits inutiles.
Mais avant tout, Davos, c'est la possibilité donnée aux décideurs de dialoguer entre eux, sans le cirque diplomatique, sécuritaire et médiatique qui accompagne généralement les réunions internationales et consomme l'essentiel du temps de discussion. C'est une opportunité unique pour réduire les tensions avec l'aide des plus habiles d'entre eux, qui font souvent preuve de bonne volonté lors de ces réunions, sachant pertinemment que tout service rendu pourra, lors de négociations futures, être monnayé. Du cynisme? Plutôt l'acceptation réaliste du monde tel qu'il est avec le but de l'améliorer, par réseaux, plutôt qu'uniquement par initiatives personnelles.












Le protectionnisme américain notamment, contribuera a entrainer de lourdes inquiétudes au niveau mondial et de nouveaux deséquilibres.
La politique menée jusque là ne contribue pas rassurer sur le plan économique.
Face à la crise, les mesures ne sont pas cohérentes.
Rédigé par : immobilier | 15 juin 2009 à 13:57