Avant de devenir candidat républicain aux primaires de 2008, Willard Mitt Romney a eu plusieurs vies. D'abord comme PDG de la société de conseil en management Bain & Co., puis organisateur des Jeux Olympiques d'hiver de Salt Lake City en 2002 avant de devenir le gouverneur de l'Etat du Massachusetts entre 2003 et 2007 (son père avait été le gouverneur de l'Etat de Michigan). Il avait fait une tentative (quasi impossible) de récupérer le siège du sénateur démocrate Ted Kennedy en 1994. Comme pour chacune de ses campagnes politiques, les réserves financières personnelles du candidat lui permettent d'avoir une longueur d'avance sur ses concurrents républicains lors des élections primaires ($17 millions ont été financés de sa poche pendant la campagne des primaires). En tant que Gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney a permis à l'Etat de renouer avec les surplus budgétaires grâce à une politique d'augmentation des taxes et impôts et réduction des dépenses (notamment universitaires, importantes dans cet État) et a opposé la légalisation des mariages homosexuels dans son État (il avait brièvement soutenu l'union civile comme solution de compromis). Par ailleurs, pendant une grande partie de sa vie, Mitt Romney a été un évêque (à temps partiel) de l'église mormone américaine (après une période 30 mois passée en France en tant que missionnaire de la même église entre 1966 et 1968), ce qui le rend un peu moins populaire avec une partie de l'électorat républicain (un quart considère que l'église mormone est une secte) malgré l'impact important de la religion sur cette campagne électorale. Ses positions changeantes sur l'avortement (pour lors de sa campagne du Massachusetts et contre lors de la campagne présidentielle) sont attaquées par la frange la plus croyante de l'électorat républicain.
Son programme de politique étrangère cherche à regrouper les républicains réalistes et néo-conservateurs en une seule force cohérente capable de renouer les liens entre la puissance américaine et ses alliés historiques et de dépasser les divisions entre les différentes branches du gouvernement américain. Supporteur de la première heure de la politique américaine en Irak, Romney soutient aussi le renforcement des troupes de 2007 ("troop surge"). De façon générale, il oppose toute forme d'immobilisme en politique étrangère. La position la plus controversée de sa politique étrangère est son soutien aux mesures prises dans les prisons militaires de Guantanamo et Abu Ghraib et les prisons secrètes extra-territoriales de la CIA d'utiliser des "méthodes d'interrogatoire améliorées", assimilables, selon la Croix Rouge et de nombreux autres organismes internationaux, à de la torture.
Irak: Mitt Romney est opposé à tout retrait immédiat des troupes américaines en Irak, de même que la partition du pays en trois entités (Kurdistan, Sunnites & Bagdad, Chiites) afin de mieux les gérer individuellement. Il part du principe que l'Iran prendrait le contrôle de la zone chiite au sud, Al Qaïda de la zone sunnite et que le Kurdistan irakien serait rapidement déstabilisé par la Turquie; le tout menant rapidement à une guerre civile avec une intervention nécessaire des États-Unis.
Iran: Les résultats insuffisants des Nations Unies sur le dossier nucléaire iranien doivent être renforcés avec des sanctions plus efficaces.
Soudan: Sur le Darfour, Mitt Romney n'hésite pas à qualifier le conflit de génocide (de même que George Bush) et souhaite une action rapide, mettant les Nations Unies à l'écart. Ses vecteurs préférés d'intervention seraient les alliances régionales et, potentiellement, la mise en place d'une nouvelle organisation pour la défense des droits de l'homme.
La Guerre contre le Terrorisme: Sa vision est que cette guerre ne peut être réduite aux conflits de l'Irak et l'Afghanistan comme cela est le cas dans les débats parlementaires américains. A ses yeux, la lutte doit être généralisée à l'islamisme radical qui souhaite la mise en place d'un califat régional. Ce conflit s'apparente donc en taille aux conflits menés par les générations des années 40 (seconde guerre mondiale) et 50-80 (guerre froide) même s'il n'oublie pas de préciser la différence avec les moyens disproportionnés entre les États-Unis et les terroristes, il met aussi en avant l'efficacité des réseaux transnationaux pour les opérations et les cellules terroristes, les vaisseaux de recrutement que sont les réseaux religieux avec les écoles / madrasas et les prisons et la communication en réseau moderne qui empêche un espionnage efficace. Sa peur principale est l'utilisation d'armes nucléaires par les terroristes de manière offensive et non comme arme dissuasive. Sa solution est l'augmentation des investissements dans les branches militaires (100 000 troupes additionnelles) et le renseignement ($30 à $40 milliards supplémentaires par an en tout); son raisonnement étant une reprise de celui de Ronald Reagan "les guerres ne sont pas initiées parce que les États-Unis sont trop puissants" (il souhaite donc le retour au niveau de dépenses militaires de 6% de l'administration Reagan au lieu de 4% actuellement).
Nouveaux Défis du XXIème siècle: Pour Mitt Romney, les Etats-Unis doivent retrouver une indépendance énergétique afin de ne plus dépendre de politiques peu favorables de la part de l'Iran, la Russie et le Venezuela. Cela passe par un investissement massif dans les nouvelles technologies (solaire, biomasse), l'utilisation de l'énergie nucléaire, du charbon, de la production agricole pour l'éthanol et le forage dans les zones jusqu'à présent protégées d'Alaska.
La remise à jour du système international actuel passe par une multiplication des rôles attribués à des organisations comme l'OTAN (selon la vision de l'ancien premier ministre espagnol Jose Maria Aznar) et la mise en place de sommets avec les nations musulmanes modérées pour remédier aux problèmes économiques de la région et faciliter la lutte contre les extrémistes (sur le principe de l'OSCE). L'objectif a plus long terme serait la mise en place d'une coalition d'Etats pouvant investir dans des systèmes éducatifs qui ne sont pas favorables aux wahhabites et la modernisation des systèmes bancaires, de micro-crédit, de santé, de commerce et de justice dans les pays musulmans modérés. De plus, le démantèlement progressif des barrières tarifaires avec les pays du Moyen-Orient qui acceptent les échanges commerciaux avec Israël pourrait aussi favoriser la création d'une communauté d'intérêts économiques et la pacification de la région comme cela a été le cas avec l'Egypte.
Le soutien en Amérique Latine dont bénéficie Hugo Chavez lui semble aller à l'encontre de la démocratisation du sous-continent. Un des défis majeurs du XXIème siècle doit, pour Mitt Romney, être la lutte contre le développement de nouvelles pandémies et le Sida.
La mise en place d'une autorité unique pour les programmes internationaux non-militaires: Sur la base du raisonnement réalisé pendant la seconde guerre mondiale cherchant à unifier tous les commandements militaires américains dans une même structure et avec des déclinaisons régionales, Mitt Romney souhaite opérer la même chose pour tous les programmes non-militaires. Ainsi, il souhaite unifier les efforts internationaux dans les domaines diplomatiques, d'éducation, de santé, bancaires, énergétiques, commerciaux et de police et justice dans une même bureaucratie avec des commandements continentaux. Cela permettrait, selon lui, de luter de manière plus efficace au Liban et en Palestine contre des organisations comme Hezbollah et le Hamas et de mieux organiser les efforts de reconstruction de la coalition en Irak.
Quindi... Le programme de Mitt Romney est désespérant dans sa légèreté. Son seul véritable programme est l'augmentation des crédits accordés aux forces armées en utilisant ainsi la vision simpliste que Ronald Reagan a gagné la guerre froide en injectant plus de moyens dans les programmes militaires, là où les soviétiques ne pouvaient suivre. Toute analyse approfondie de la lutte contre Al Qaïda ou de l'effet de la présence militaire américaine au Moyen Orient semble être bannie de son raisonnement. Son unique apport à la réflexion sur les interventions en Irak et en Afghanistan de ces dernières années est sa volonté de regrouper les efforts non militaires en une bureaucratie plus efficace (la même chose est demandée par les autres candidats sous des formules différentes) et le développement d'une politique d'investissement dans les pays musulmans modérés. Aucune réelle position n'est prise sur les conflits en Iran ou au Soudan, voire même en Afghanistan! (si ce n'est une critique facile et simpliste du rôle des Nations Unies).
De même pour la lutte climatique; la recherche d'une diversification des ressources énergétiques américaines avec des investissements massifs, peu importe si l'énergie obtenue est plus propre ou non, est le seul véritable objectif énergétique.
Ses positions sur les défis à venir au XXIème siècle sont tout aussi légères. Somme toute, il s'agit ici du candidat de l'establishment républicain, celui qui ne propose rien et ne peut donc déranger. En termes programmatiques, il n'arrive pas à la cheville des autres candidats républicains plus expérimentés en relations internationales que sont Rudy Giuliani et John McCain.
Ce billet est le quatrième d'une série de 7 billets sur la politique étrangère des candidats à la Maison Blanche (les billets précédents sont disponibles ici, ici et ici).












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