Le cessez le feu qui avait été signé en 2002 (et a expiré de facto il y a deux ans) sous l'égide de la Norvège mettant fin à la guerre civile au Sri Lanka avait été très peu respecté depuis la fin 2005 (4 000 morts entre 2005 et 2008) et a été dénoncé par le président, Mahinda Rajapakse, le 2 janvier 2008 (indiquant plus de 10 000 violations du cessez le feu). Depuis, plusieurs attaques ont eu lieu, dont la pose de mines sur les routes du centre et du sud du pays par les rebelles, les Tigres Tamoules (Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul - LTTE), qui ont fait 24 morts et 66 blessés le 16 janvier, et le bombardement ce matin de positions d'un rassemblement de hauts dirigeants Tamoul (dans la ville de Killinochchi) par le gouvernement (7 civils tués).
Le Sri Lanka, pays de 20 millions d'habitants, divisé entre ses populations cingalaise (85% du pays) et tamoul (12% du pays) et ses religions (70% bouddhiste, 12% chrétien, 10% musulman et 8% hindou) est un pays qui dépend de ses réservoirs d'eau artificiels bâtis dès le Vème siècle. Le Nord du pays fut envahi à plusieurs reprises par les Chola, principal vecteur de diffusion de la culture Tamoul, dynastie régnant sur le sud de l'Inde et la partie orientale de l'Océan Indien entre le 3ème et le 13ème siècle. L'histoire coloniale fut aussi mouvementée avec une occupation portugaise (XVIème), néerlandaise (XVIIème) puis britannique (1815-1948). Ces derniers jouèrent sur les divisions entre les cingalais et les tamouls par le biais de la politique de « représentation par comité » pour mieux contrôler l'île (malgré des incident inter-communautaires à partir des années 30). Après la deuxième guerre mondiale, les pressions populaires devinrent très fortes pour l'indépendance. Obtenue en 1948, les élections donnèrent la coalition cingalaise nationaliste de Don Stephen Senanayake gagnante contre la coalition tamoul Tamil Arasu Kachchi (dans les années 60, la coalition cingalaise eut Simiravo Banaranaike à sa tête, la première femme Chef de Gouvernement élue au monde). L'instauration du cingalais comme langue officielle en 1956 (jusqu'à la reconnaissance du tamoul en 1977) et l'utilisation du sentiment nationaliste par les deux groupes mena à la dégradation des relations sur l'île dans les années 50 à 80 jusqu'à l'apparition des Tigres Tamoul (LTTE). Afin de devenir les seuls représentants de la communauté Tamoul, le LTTE eut recours aux assassinats des autres leaders tamoul (TULF) au cours des années 80.
S'en suivit, à partir de 1983, une guerre civile entre le gouvernement et les Tigres Tamoul qui exigeaient la création d'un Etat indépendant (Tamil Eelam) au nord et à l'est du pays (avec, au début du conflit, une aide des services de renseignement indiens, le R&AW, sous Indira Ghandi). D'abord centrée sur les institutions de l'état (assassinats de policiers, militaires et politiciens tamoul travaillant avec le gouvernement) et les révoltes populaires (Juillet Noir 1983), elle se poursuivit de manière plus violente avec des massacres de civils en 1984 et 1985 (bis), des attentats suicides (commis par les Tigres Noirs, une branche du LTTE, provoquant plus de 170 attentats suicide depuis 1987) et le recrutement d'enfants soldats. Compte tenu de la proximité avec l'Inde et du soutien de l'Etat indien de Tamil Nadu à l'indépendance du Tamoul au Sri Lanka, l'Etat indien, sous le gouvernement de Rajiv Ghandi, décida de participer plus largement à la résolution du conflit (une des raisons de son attachement aux Tigres Tamoul fut l'appui du gouvernement sri-lankais aux pakistanais pendant les guerres indo-pakistanaises) avec des aides aériennes et humanitaires aux Tigres Tamouls ce qui força la signature d'un accord de paix entre le gouvernement sri-lankais et le gouvernement indien en 1987 (sans participation explicite des Tigres Tamoul, leurs intérêts étant préservés par les indiens). Cette participation* culmina avec l'envoi d'une force d'interposition indienne (IKPF) de 100 000 hommes sur l'île entre 1987 et 1990 pour assurer l'accord de paix; mais, avec le refus du LTTE de participer aux clauses de l'accord (notamment les élections de 1988), le risque d'une extension du conflit au Tamil Nadu indien, et le suicide collectif (par pilules de cyanure) des Tigres Tamoul détenus par l'IKPF, cela se termina par une guerre ouverte entre les Tigres Tamouls et l'IKPF pour le contrôle de la ville Jaffna et le retrait de l'IKPF par le nouveau gouvernement indien de V.P. Singh. En représaille, le 21 mai 1991, un attentat suicide (activation d'une bombe pendant la pose d'un collier de fleurs) d'une militante des Tigres Noir tua l'ex-premier ministre indien Rajiv Ghandi. Les assassinats (notamment celui du président sri-lankais, Ranasinghe Premadasa en 1993 et celui raté en 1999 contre le président Chandrika Kumaratunga qui y perdit un oeil), attentats (dont celui contre l'aéroport de Colombo et les avions militaires et civils de Sri Lankan Airways en 2001), massacres, bombardements, agissements des escadrons de la mort et les embargos d'aide humanitaire, redoublèrent d'intensité pendant les années 90, de même que la signature de plusieurs cessez le feu rapidement annulés. Les organisations humanitaires en sont arrivées à estimer le déplacement d'un million de personnes à l'intérieur du pays au début 2000. Le camp de la paix pris progressivement le dessus (manifestations, conférences, médiations etc.) et une demande de médiation fut faite à la Norvège.
A partir de la fin 2001, le LTTE (sûrement par peur de devenir un objectif de la guerre américaine contre le terrorisme) et le nouveau gouvernement de Ranil Wickremasinghe (qui avait fait campagne sur une plateforme en faveur de la paix) acceptèrent la signature d'un accord de paix (février 2002) et un suivi des conditions de cet accord par une mission de pays scandinaves. A partir de 2002, les structures pseudo-gouvernementales qu'avaient mises en place le LTTE dans le nord du pays depuis 1990 furent renforcées. Les discussions suivantes en Thaïlande et en Allemagne accordèrent une solution fédérale (plutôt qu'une indépendance tamoule). Les difficultés se sont toutefois fait sentir dès 2003 avec la formation d'un gouvernement de coalition à Colombo (pro paix / nationaliste) entre le président de Chandrika Kumaratunga et le premier ministre et le réarmement progressif du LTTE. Le LTTE choisit le premier de sortir de la négociation de paix prétextant un manque de soutien financier international et le gouvernement, sous l'impulsion du président, se radicalisa (une nouvelle élection donna la majorité au président en 2004, son nouveau premier ministre Mahinda Rajapaksa, lui succèdera à la présidence en 2005). Le Tsunami de 2005 (30 000 morts au Sri Lanka) et la répartition de l'aide sur la zone contrôlée par le LTTE créa aussi des tensions dans le pays. L'assassinat du ministre des affaires étrangères, Lakshman Kadirgamar, un tamoul critique du LTTE, par un sniper du LTTE en 2005, ainsi que la demande faite par le LTTE aux tamouls de boycotter le scrutin présidentiel de 2005 firent perdre le peu de support international qui restait au groupe rebelle et redémarra les hostilités de manière plus visibles entre les deux camps. Depuis la reprise du conflit fin 2005 (attentats suicides et attaques contres les forces armées, massacres -dont ceux de 17 membres d'ACF- et coupures des réservoirs d'eau par le LTTE; tortures et bombardements gouvernementaux) le gouvernement semble avoir repris le contrôle de l'est du pays.
Quindi... On estime à 68 000 le nombre de morts pendant le conflit et 200 000 le nombre de déplacés pour cause de conflit sur l'île actuellement. Aujourd'hui le LTTE est considéré comme une organisation terroriste dans 33 pays (dont l'UE). Il semble probable que la volonté du gouvernement d'en découdre provienne d'une conviction qu'ils peuvent cette fois ci vaincre le LTTE dans le nord (comme cela semble être le cas dans l'est) du pays; probablement avec un soutien international tacite. Malgré le manque d'appuis internationaux du LTTE, les combats incessants entre 1983 et 2002 puis depuis 2005 ne permettent pas d'anticiper une victoire totale (sans qu'une guérilla larvée s'en suive). Ce conflit qui n'a jusqu'à présent eu qu'une intermédiation légère de l'ONU en raison des intérêts indiens (pour le LTTE puis contre le LTTE) et pakistanais, israéliens et sud-africains en faveur du gouvernement (avec la vente d'armes et l'utilisation des ports du pays comme base dans l'Océan Indien) doit revenir sur le devant de la scène. Seule une force armée lourde d'interposition composée de pays neutres (comme la Norvège, l'UE, les Etats-Unis, le Japon et la Russie) sous mandat de l'ONU suite à la signature d'accords de paix et de reconstruction a une chance de pouvoir, à terme, amener la paix sur cette île ravagée par la guerre civile depuis 25 ans. Le nombre de morts qu'a déjà provoqué ce conflit devrait forcer la main du Secrétaire Général de l'ONU, Ban Ki Moon, et celui du Conseil de Sécurité pour agir avant que le conflit ne dégénère à nouveau!
*une deuxième participation indienne eut lieu en 1988 ("opération cactus") pour contrer la tentative de prise de contrôle des Maldives par un groupe tamoul sécessionniste du LTTE, le PLOTE, via un coup d'état pour remplacer le président Gayoom par M. Luthufi (un maldivien avec des intérêts économiques au Sri Lanka).












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