Mikheïl Saakachvili a remporté l'élection présidentielle anticipée en Géorgie hier soir. Suite à une véritable défiance d'une partie de la rue en novembre 2007, il a néanmoins réussi à obtenir 52,8% des suffrages (après le dépouillement d'une majorité des bulletins - exception faite des résidents à l'étranger) du vote face à une opposition divisée; et cela avec un taux de participation de 57% (le minimum requis pour valider l'élection est de 50% en Géorgie) et avec la présence d'observateurs internationaux de l'OSCE (460 observateurs ont été dépêchés de le BIDDH - la branche de suivi électoral de l'organisation- qui ont validé la méthodologie du vote). La république caucasienne issue de l'Union Soviétique, pourra ainsi maintenir sa politique pro-occidentale avec le double objectif d'adhérer à l'OTAN et, à terme, à l'Union Européenne, politique qu'elle s'est fixée suite à la Révolution des Roses de novembre 2003 (qui avait déposé l'ex-président Edouard Chevardnadze suite à une contestation des résultats des élections législatives où les candidats pro-gouvernementaux avaient remporté la victoire après 11 ans au pouvoir) et de l'élection présidentielle de 2004 où M. Saakachvili l'avait remporté avec 96% des voix.
Ce vote était double avec, en complément, un référendum lancé par le gouvernement pour ou contre le lancement du processus d'adhésion à l'OTAN. Cette direction géostratégique choisie par la Géorgie depuis 2003, avec l'appui des États-Unis et de l'Union Européenne, justifie probablement en partie les tensions de la dernière année dans le pays. Les russophiles géorgiens, avec l'appui de la Russie, comme ailleurs dans les ex-républiques soviétiques issues de l'URSS (et notamment de manière très visible en Ukraine), ne souhaitent pas voir leur pays se séparer complètement de la Fédération de Russie et la CEI et rejoindre le monde occidental et l'OTAN.
Les troubles de novembre 2007 où 100 000 personnes avaient manifesté pendant cinq jours avant d'être délogées par la force par le gouvernement Saakachvili (avec l'usage de gaz lacrymogènes et des tirs avec des balles en caoutchouc puis l'instauration de l'état d'urgence pendant 9 jours) avaient mené à une déstabilisation partielle du pouvoir (le démarrage de la crise avait été provoqué par la ministre des affaires étrangères, Salome Zourabichvili, ancienne ambassadeur de France en Géorgie, devenue une des figures de l'opposition). D'une part, l'usage excessif de force pour disperser les manifestants et la saisie des biens de l'opposition (station TV Imedi fermée par les forces spéciales, fermeture d'une banque, une brasserie et un parc d'attractions gérés par le chef de l'opposition) avaient provoqué des réactions diplomatiques virulentes de la part des États-Unis et le de l'UE (et ce, deux ans après une visite de George Bush dans le pays). D'autre part, ces manifestations avaient été dénoncées par le gouvernement comme une tentative de déstabilisation financée par la Russie pour remettre en cause l'alliance entre la Géorgie et l'Occident. De fait, cela avait réduit les financements (pourtant vitaux) du pays par l'Occident qui craignait un retour du pays vers la violence des années 90 plutôt que vers une stabilisation progressive avec une entrée possible dans l'OTAN et la signature d'accords d'association avec l'UE (bien qu'une entrée effective dans les deux organisations soit un parcours semé d'embûches). Afin de déjouer cette mise en cause de sa crédibilité démocratique, le président Saakachvili a ainsi décidé d'anticiper l'élection présidentielle d'un an en assurant la surveillance internationale du scrutin.
Du coup, le score relativement élevé de l'opposition au pouvoir (par rapport au scrutin de 2004), et surtout de Levan Gatchetchiladzé (à la tête d'une coalition de neuf partis) avec un score estimé de 27%, est plutôt rassurant par rapport à l'état réel de la démocratie géorgienne. De plus, ce scrutin fait suite à une campagne électorale chaotique où un candidat auto-financé, le milliardaire Badri Patarkatsishvili, a été obligé de se retirer suite à une tentative de corruption d'un fonctionnaire de la commission électorale et la fermeture de la principale chaîne de télévision de l'opposition, Imedi.
Cependant, cela n'enlève en rien les causes sous-jacentes qui ont permis une critique du gouvernement en place depuis 2003: sa gestion économique (sous forme de traitement de choc) critiquée avec une inflation galopante (issue en partie de l'augmentation mondiale des prix des denrées alimentaires), des tarifs de services publics constamment rehaussés, un taux de chômage élevé et une désindustrialisation partielle dans les zones périphériques du pays passent mal auprès de la population malgré les réussites réelles du gouvernement issu de la "Révolution des Roses" (taux de croissance avoisinant les 10% en 2007; la restauration du centre historique de Tbilissi suite à la guerre civile; la réparation des infrastructures routières et énergétiques; l'amélioration du niveau d'éducation; la mise en place d'une économie du tourisme; la réduction du niveau de corruption publique; la suppression des permis illégaux de construction; les privatisations permettant une modernisation de l'économie du pays). Le style parfois brutal, "d'homme pressé" du président, âgé seulement de 40 ans, qui use rarement de pédagogie pour faire passer ses réformes est aussi un point souvent critiqué par les opposants du gouvernement. La campagne de Saakachvili aura donc été axée sur le besoins sociaux du pays avec des promesses d'augmentation des retraites et des salaires de certains fonctionnaires comme les enseignants.
Par ailleurs la relation entre Tbilissi et Moscou est parmi les plus complexes de l'ex-URSS. Deux républiques séparatistes, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, cohabitent inconfortablement avec l'Etat central en Géorgie (depuis la guerre civile de 1992-1993 suite à la deuxième déclaration d'indépendance de la Géorgie de l'URSS en 1991). Elles bénéficient de l'appui inconditionnel de la Russie et sont des pays indépendants de facto . Ceci contribue aujourd'hui à la détérioration continue des relations russo-géorgiennes avec la mise en place d'un blocus économique russe en 2006 et les déclarations de Saakachvili sur la reconquête de l'Abkhazie (afin d'assurer l'intégrité territoriale de la Géorgie et d'y reloger les 250 000 réfugiés). A l'inverse, les relations entre les Etats-Unis et la Géorgie se sont aussi réchauffées grâce à la mise en place d'un oléoduc qui traverse la Géorgie et permet un accès occidental aux hydrocarbures de la mer caspienne (passage de la frontière avec l'Azerbaïdjan à la mer noire) sans intervention russe.
Quindi... Bien que l'opposition ait choisi, dès avant le scrutin, de dénoncer les conditions du vote et la fraude massive, il ne semble pas que cela puisse dépasser quelques cas isolés, comme semble le sous-entendre la validation du vote par l'OSCE. Les appels à manifester lancés par l'opposition (M. Gatchetchiladzé et M. Maisachvili) dès le lendemain du scrutin, avant même l'annonce des résultats officiels, confirment en partie la tentative de déstabilisation du pouvoir en place (malgré leurs affirmations du contraire et leur volonté de poursuivre la contestation du scrutin par des moyens légaux) plutôt que le souhait de participer à un processus réellement démocratique. Ces tentatives sont-elles téléguidées par Moscou? Ce ne serait pas la première fois.
Par ailleurs, les élections présidentielles russes à venir et le sommet de l'OTAN au printemps seront de nouvelles occasions pour des provocations gratuites des russes dans les républiques séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.
En ce qui concerne l'entrée de la Géorgie dans l'OTAN, elle semble peu probable compte tenu des conflits latents en Abkhazie et Ossétie du Sud avec la Russie et l'opposition farouche de la Russie d'avoir des Etats membres de l'organisation à sa frontière. De même, l'entrée dans l'UE dans un futur proche semble improbable compte tenu de la distance de la Géorgie des frontières actuelles de l'UE et des débats échauffés sur les frontières de l'entité supranationale (l'utilisation par Saakachvili d'un drapeau modifié de l'UE en toile de fond lors de ses communication télévisuelles ne devrait pas y changer grand chose), bien que sur le terrain, des efforts non négligeables sont réalisés pour adapter les institutions géorgiennes au standards de l'UE.












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