Les élections législatives démocratiques à la Barbade le 15 janvier dernier ont permis une alternance dans l'assemblée de 30 membres de l'île des caraïbes. David Thompson, leader du Parti Travailliste Démocratique (DLP) est arrivé en tête avec 20 sièges (7 sièges lors des élections précédentes de 2003) devançant le premier ministre en fonction Owen Arthur du Parti Travailliste de Barbade (BLP). Les deux partis sont pour l'essentiel centristes avec très peu de différences idéologiques entre eux Des alternances périodiques ont lieu depuis l'indépendance du pays en 1966, la dernière datant de 1994. En ce qui concerne l'élection de 2008, elle s'est essentiellement jouée sur le besoin d'alternance après 13 ans au pouvoir d'Owen Arthur et le besoin de changement dans le style de gouvernance. La plateforme programmatique du DLP faisait état d'une plus grande transparence dans la gouvernance de l'île (grâce en partie à une pression des blogs de la Barbade), l'éradication des poches restantes de pauvreté et une meilleure gestion de la construction d'infrastructures (retardées et sous-évaluées).
Ce petit pays de 280 000 habitants fut ainsi nommé par l'explorateur portugais Pedro A. Campos en 1536 lorsque celui-ci vit les longues racines aériennes des ficus ("les barbus"). L'indépendance obtenue suite à une période de transition de 5 ans à partir de 1961 permit à la Barbade de devenir une monarchie constitutionnelle (avec Elisabeth II à sa tête et un parlement sur le modèle de Westminster) membre du Commonwealth. Des débats sont en cours sur la possible transformation de la Barbade en république. L'île est cependant exceptionnelle au vu de sa position géographique car elle est systématiquement classée parmi les 50 premiers pays de l'indice de développement humain (IDH, indice composite développé par le prix nobel en économie indien Amartya Sen et le pakistanais Mahbud ul Haq) du Programme de Développement des Nations Unies (PNUD). Cet indice prend en compte les facteurs de santé, espérance de vie, satisfaction des besoins naturels (eau potable, alimentation, hygiène), éducation (taux d'alphabétisation...), PIB et pouvoir d'achat par habitant. Le classement IDH 2005 plaçait la Barbade 31ème mais surtout troisième dans les Amériques après le Canada et les Etats-Unis. Le PIB par habitant de la Barbade est, en 2007, le 59éme d'un classement comprenant 232 pays. Par ailleurs, Transparency International place la Barbade deuxième au niveau régional en terme de lutte anti-corruption.
Membre fondateur du Caricom depuis 1973 (Communauté Caribéenne de 15 membres avec un marché unique, le CSME, et une future Cour de Justice régionale), l'économie est basée sur le tourisme qui attire un demi million de personnes par an (hôtels, réserves écologiques, duty free...), les droits obtenus grâce aux Pavillons de Complaisance, la production de canne à sucre (activité historique qui devrait perdre son statut préférentiel parmi les importations de l'UE d'ici 2015) et la manufacture de biens de consommation. Depuis quelques années, un boom se fait sentir dans le secteur de la construction et potentiellement dans le pétrole suite à la découverte de quelques gisements offshore (difficilement exploitables techniquement mais pour lesquels plusieurs compagnies ont répondu aux appels d'offre d'exploitation) . Globalement l'économie se porte bien mais le taux de chômage demeure élevé (autour de 7%, il était de 27% en 1993), les coûts des matières premières augmentent (comme ailleurs), de même que les coûts de logement (lié au développement du tourisme et les acquisitions de maisons par des étrangers) et la dette publique est excessivement élevée à 88% du PIB. Une option envisagée par le BLP pour préserver la production de canne à sucre était l'utilisation des produits de basse qualité pour la production de biocarburants et d'électricité et l'exportation (avec un label) comme produit de qualité supérieure du reste de la production (qui a un coût de revient très élevé). La deuxième problématique à laquelle doit faire face l'île est la concurrence accrue des bateaux de croisière pour les hôtels de l'île (qui sont confrontés à la hausse des coûts).
Au niveau géopolitique, la Barbade bénéficie comme ailleurs des tensions entre Taïwan et la Chine qui sont tous deux prêts à investir pour obtenir/éviter la reconnaissance diplomatique de Taïwan (Taiwan a éclaboussé l'élection législative avec une accusation de financement du DLP en échange d'une reconnaissance). Par ailleurs, l'île voisine de Trinidad est devenue un investisseur important à la Barbade (qui a privatisé bon nombre de services publics) et cherche à obtenir le contrôle du premier conglomérat, celui du commerce, Barbados Shipping & Trading. Le Canada est devenu le premier investisseur sur l'île et la Barbade se place parmi les cinq premières destinations canadiennes d'investissements directs à l'étranger (IDE).
Quindi... Compte tenu du manque d'enjeux géopolitiquex ou économiques majeurs de cette région, on parle peu de ces îles (malgré la présence voisine de lanternes rouges comme Cuba, Haïti, Venezuela et Panama). Cependant, la politique de ce genre de petit territoire est intéressante car elle révèle les nouveaux problèmes économiques et géopolitiques auxquels doivent faire face ces Micro-Etats. En l'occurrence il s'agit à court terme de la hausse des prix de matières premières et d'énergie, des coûts de main d'oeuvre dans le secteur hôtelier, la hausse de coûts de production des cultures traditionnelles (canne à sucre) et la transformation de ces productions (qui demeurent essentielles pour la gestion du territoire) en industries du XXIème siècle (énergie renouvelable). Une nouveauté pour la Barbade serait la nomination probable d'une femme, Mia Mottley, à la tête du parti BLP suite à la défaite d'Owen Arthur (tendance d'autant plus nécessaire que Thompson n'a nommé que deux femmes sur 18 membres dans son gouvernement). A plus long terme, l'immigration guyanaise d'origine indienne pourrait changer l'équilibre culturel de l'île et le réchauffement climatique pourrait avoir une influence importante pour le pays (effet sur le tourisme, la gestion des côtes, la faune marine, la production d'électricité etc.). L'organisation régionale (Caricom) de l'ensemble de cette zone peut non seulement permettre la bonne gouvernance de la Barbade de servir de modèle aux autres pays, mais aussi à la zone de mieux défendre ses intérêts économiques et écologiques dans les forums internationaux. La bonne nouvelle régionale est la suite de scrutins démocratiques menés sans incidents majeurs ces derniers mois: Jamaïque en septembre, Saint Lucie & Saint Vincent et Trinidad & Tobago en novembre... Pour une fois qu'on peut donner des bonnes nouvelles, pourquoi s'en priver!












Sri Lanka, Taiwan, Guatemala, maintenant La Barbade, je trouve tout cela impressionnant ! Pour une fois qu'on ne se limite pas qu'aux 10 pays les plus gros...
Bravo pour cet énorme travail !!!
Rédigé par : Florian | 24 janvier 2008 à 11:15
Merci beaucoup Florian!
Je trouve qu'il n'y a aucune raison de se concentrer uniquement sur les gros pays alors que les petits ont parfois beaucoup plus de choses à nous apprendre...
A ce sujet, d'ailleurs, le débat qui s'est ouvert sur la gestion micro-économique des petits territoires par rapport à la gestion macro-économique nationale, régionale ou internationale me semble passionnant, voir ici:
http://bayrou-modem.exprimetoi.net/le-monde-f27/barbade-un-exemple-democratique-pour-les-caraibes-t2464.htm
Rédigé par : ArnaudH | 24 janvier 2008 à 13:09
Quelle déception : Prodi n'a pas eu la majorité au Sénat, il s'est fait insulté par des sénateurs de droite, un tel comportement est honteux. J'espère que l'Italie se sortira de cette crise politique supplémentaire, elle n'en avait vraiment pas besoin...
A presto
Christelle
Rédigé par : Christelle | 25 janvier 2008 à 11:02
Oui, j'espérai que l'Italie puisse bientôt sortir de ce cycle incessant entre Prodi et Berlusconi pour laisser la place aux nouveaux partis mais cela ne semble pas être le cas cette fois-ci (trop tôt, pas assez de temps de préparation, campagne électorale à venir probablement trop courte)... voici mon (long) billet à ce sujet:
http://quindi.typepad.com/log/2008/01/quindi-fin-de-l.html
Rédigé par : ArnaudH | 25 janvier 2008 à 13:14