La conférence de paix d'Annapolis qui s'est tenue le 26 novembre 2007 a t'elle été en pure perte? Préparée pendant plus de quatre mois par les principaux interlocuteurs, le Premier Ministre Israélien Ehoud Olmert, le président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas et la Secrétaire d'Etat américaine Condoleeza Rice, aucun compromis réel ne s'en est dégagé si ce n'est celui de poursuivre les négociations en espérant arriver à un accord définitif à la fin 2008.
La participation de représentants de Syrie et d'Arabie Saoudite parmi les 40 pays représentés était considérée comme un succès. De même la mention du plateau du Golan comme un point d'une négociation de paix plus globale pour toute la région. Que dire à part que cela n'a absolument rien d'exceptionnel par rapport Conférence de Madrid de 1991 (16 ans déjà), voire même que c'est le constat d'un échec terrible.
Les principales raisons du blocage total du processus de paix sont relativement simples... elles sont surtout liées aux difficultés internes ou à une politique étrangère menant vers une impasse régionale pour chacun des principaux participants. Le résultat, comme toujours avec ce conflit, est l'agrégation de facteurs exogènes empêchant un règlement pacifique pour un bout de terre de 6300 km2 (approximativement). Ces facteurs sont:
- L'état de la coalition au pouvoir en Israël: Ehoud Olmert est à la tête d'une coalition hétérogène composée de "centristes" de Kadima; de Travaillistes dont le leader Ehud Barak (ex-premier ministre, actuel ministre de la défense) semble avoir tourné la page du processus de paix; de russophones de droite dure du parti Israël Beytenou; et de quelques députés ultra-orthodoxes. Les deux principaux partis sont en sérieuse perte de vitesse et le premier ministre ne s'est jamais remis de la baisse brutale de sa popularité au lendemain de l'incursion de l'été 2006 au Liban. Ne pouvant laisser une empreinte positive de son action jusqu'à présent, Ehoud Olmert cherche donc à rester dans l'histoire en tant que faiseur de paix. Cependant, sa faiblesse politique ne lui laisse quasiment aucune marge de manoeuvre par rapport aux positions classiques israéliennes (Jérusalem comme capitale unique de l'Etat Israélien, annexion des colonies israéliennes en Cisjordanie, contrôle permanent des frontières de la Palestine, refus du droit de retour des réfugiés palestiniens, maintien d'une présence israélienne sur le plateau du Golan...).
- La position affaiblie de Mahmoud Abbas en Palestine: président depuis 2005 d'une autorité palestinienne, il n'a que des pouvoirs réduits sur une partie de la Cisjordanie (zones A et B définies par Les accords d'Oslo puis Oslo2, représentant 28% du territoire de la Cisjordanie, et sur lesquels l'autorité palestinienne peut uniquement agir dans les domaines de l'éducation, la culture, la santé, la sécurité sociale, l'imposition directe et le tourisme - son pouvoir régalien de sécurité ne pouvant être exercé qu'exclusivement sur la zone A qui représente 2% du territoire de la Cisjordanie). Le président ne peut donc que difficilement gérer ce petit territoire dont le développement économique et les forces de sécurité ont été constamment sabotés par les politiques au pouvoir en Israël (Peres, Netanyahou et surtout Sharon puis Olmert) et aux États-Unis (George W. Bush) jusqu'à la fin de la participation du Hamas au gouvernement en 2007 (qce dernier avait pourtant obtenu une légitimité démocratique issue des urnes). De plus, l'autorité palestinienne a perdu tout pouvoir dans la Bande Gaza suite à ce qui s'apparente à une guerre civile entre le Fatah et le Hamas en Juin 2007. Compte tenu de tous ces éléments pesant lourd sur le quotidien des palestiniens, Mahmoud Abbas n'est pas libre de faire des concessions pour le processus de paix, qu'elles soient territoriales (frontières de 1967, Jérusalem comme capitale de deux Etats, démantèlement des colonies, accès à l'eau du Jourdain), de compétences régaliennes (sécurité de l'Etat, contrôle des frontières) ou sur le droit de retour des réfugiés (du moins en Cisjordanie et Gaza, mais peut-être même en Israël). Il n'est pas non plus capable d'assurer la sécurité en Palestine ou l'arrêt des actions de guérilla de groupuscules armés palestiniens à l'encontre d'Israël comme lui réclament les israéliens (les mêmes qui ont détruits les maigres forces de sécurité de l'Autorité Palestinienne) et les américains.
- L'impasse dans laquelle les néo-conservateurs ont placé la politique étrangère américaine au Moyen-Orient: la guerre en Irak, les tensions récentes avec l'Iran, le conflit avec Al Qaeda et tous ses satellites, la mise à l'écart constante de la Syrie et la défense en toutes circonstances de la politique israélienne ont, ensemble, créé une situation nouvelle pour les Etats-Unis: celle d'un blocage total de leur politique au Moyen-Orient. Aucun des éléments sus-cités ne peut être débloqué facilement sans une diplomatie active (à part la lutte contre Al Qaeda qui est du ressort de la lutte anti-terroriste). La seule sortie du bourbier moyen-oriental est donc devenu la négociation diplomatique, notamment avec les quatre principaux voisins de l'Irak: l'Iran, la Syrie, l'Arabie Saoudite et la Turquie. Cependant, tous ces États réclament depuis toujours (de manière légitime ou en tant que stratégie de blocage) l'intégration du conflit israélo-palestinien lors de toute négociation régionale. Ainsi, les néo-conservateurs se retrouvent dans la position étrange de devoir faire des gestes diplomatiques pour une conférence de paix à laquelle ils ne croient pas du tout; après avoir activement participé au démantèlement de toute légitimité de l'autorité palestinienne depuis leur arrivée au pouvoir en 2001. Résultat, la dernière solution cohérente de paix proposée en 2003 par le parlementaire israélien Yossi Beilin et l'ancien ministre palestinien Yasser Abed Rabbo, l'Initiative de Genève, reprenant tous les éléments nécessaires à la réalisation de la paix (connu de tous les intervenants depuis au moins 15 ans) n'a même pas été évoquée lors de la Conférence d'Annapolis.
- L'incapacité des européens à peser dans le conflit israélo-palestinien en dit long sur l'état de la politique étrangère commune de l'UE. Malgré les efforts de son haut représentant, Javier Solana, le rôle de l'UE est principalement relégué à celui de support financier et logistique de dernier recourt pour les palestiniens (même statut accordé aux monarchies "pétrolières" arabes de la région qui ne pèsent guère plus sur la résolution du conflit). A force de rechercher la neutralité dans ce conflit asymétrique; de permettre aux israéliens de traiter directement avec la diplomatie des États membres plutôt que la force conjointe de l'UE, cette dernière est devenue inaudible. Il existe un autre exemple symbolique d'impuissance, celui de Tony Blair, le nouvel émissaire du quartet devant suivre le précédent plan de paix (la feuille de route). Lui aussi a été totalement inaudible lors de la Conférence d'Annapolis.
- Le rôle croissant de l'Iran dans la région est devenu un facteur d'instabilité en Palestine. Ayant pris une position dure face à Israël et les États-Unis (allant parfois jusqu'à des positions caricaturales pathétiques, et même le négationnisme de la Shoah), l'Iran soutient la politique de blocage menée par le Hamas en Palestine et face aux israéliens (non reconnaissance de l'Etat d'Israël). Toute négociation de paix avec ces deux intervenants semble donc impossible pour le moment; pourtant elle semblerait être devenue incontournable pour trouver une solution au conflit, du moins avec le Hamas. De plus, le rôle régional accru de l'Iran (ou du moins l'utilisation que fait le président Ahmadinejad des éléments de "soft power" iranien) semble aussi être devenu un élément déstabilisateur supplémentaire pour le Liban, la Syrie, l'Arabie Saoudite et même l'Egypte, ce qui complique d'autant plus tout plan de paix régional.
- La diversion stratégique qu'a été le Liban ces deux dernières années: tous les pays de la région et les principaux intervenants de la communauté internationale sont intervenus dans la poudrière libanaise suite à une série d'éléments déstabilisateurs. Il s'agit essentiellement de l'assassinat du premier ministre Hariri et les tensions avec la Syrie menant à leur retrait militaire du Liban; une série d'attentats visant des hommes politiques libanais; l'incursion israélienne, le conflit avec le Hezbollah et le bombardement des infrastructures libanaises pendant l'été 2006; la démission des ministres shiites du gouvernement et le difficile maintien au pouvoir du gouvernement Siniora (avec un enchaînement de manifestations); la révolte armée du groupe Fatah al Islam dans le camp de réfugiés palestinien de Nahr-El-Bared; et les difficultés liées à l'élection du nouveau président en novembre et décembre 2007. Que ce soit par le biais des réfugiés palestiniens au Liban ou du conflit permanent latent entre le Liban, Israël et la Syrie, le conflit israélo-palestinien est tout aussi présent dans la politique nationale libanaise.
Le plus surprenant vu de l'extérieur, à part la durée de la crise, est le manque d'urgence dans les recherches de résolution de cet agrégat de conflits. Les éléments permettant de dire qu'il y a une nette dégradation de la situation sont la résurgence d'un islamisme radical aux portes d'Israël (bande de Gaza), le défi démographique que représente pour Israël la non résolution de la question des réfugiés, l'escalade nucléaire potentielle au Moyen-Orient (et la valeur symbolique que représente le conflit israélo-palestinien pour justifier cette escalade) et l'isolement grandissant d'Israël sur la scène internationale.
Quindi... Compte tenu de la faiblesse des dirigeants israélien et palestinien actuels, de leur difficile remplacement, de l'impossible obtention de concessions compte tenu du jeu d'alliance politique israélien et de la rigidité négociatrice de Mahmoud Abbas pour faire face au Hamas... que peut-on espérer? Serait-il possible d'imaginer une solution pragmatique?
La première que je puisse envisager serait que ce nouveau processus de paix soit la préparation pour une négociation finale réalisée par les prochains gouvernements israélien et palestinien (avec l'appui d'une nouvelle administration américaine ayant changé sa stratégie régionale au Moyen-Orient). Ces derniers seraient théoriquement frais, énergiques et bénéficieraient d'un capital politique qui ne serait pas encore entamé et permettrait ainsi de confronter leurs alliés politiques qui ne souhaiteraient pas rejoindre le camp de la paix. Trop optimiste? Oui, sans aucun doute car cela sous-entend un gouvernement qui perdrait tout son capital politique dès les premiers mois au pouvoir, à moins que celui-ci soit récupéré par un sentiment de paix renoué au sein de la population... un pari difficile mais nécessaire.
La deuxième que je puisse imaginer est la nomination d'un nouveau médiateur. Les norvégiens? déjà fait. Les suisses? déjà fait. Le quartet? peu efficace. Une proposition: l'OTAN. Faute de pouvoir recourir à l'ONU et son expertise en la matière - parfois réussie, parfois échouée (Angola, Mozambique, Cambodge, Chypre, Yémen...) ou à un processus 4+2 comme en Corée ou en Allemagne (déjà tenté avec la feuille de route et sans succès jusqu'à présent), l'OTAN serait peut-être plus crédible... Sa crédibilité de médiateur pour les israéliens serait issue de la présence des États-Unis dans cette enceinte et de la capacité de protection des frontières (de manière crédible), assurant ainsi la sécurité israélienne pendant une période de transition. Sa crédibilité de médiateur pour les palestiniens viendrait de la présence des européens et de leur expérience en soutien financier et institutionnel (Conseil de l'Europe) pour la reconstruction et le maintien de la paix (expérience acquise dans les Balkans et en Afrique). L'OTAN étant déjà sorti de son périmètre historique en Afghanistan, plus rien ne l'empêcherait théoriquement d'agir au Moyen-Orient.
En réalité, les occasions et les solutions pour avancer dans les négociations de paix ne manquent pas (et n'ont jamais manqué), seuls la volonté et le courage politique manquent. Des hommes et des femmes qui sachent finalement arriver au rendez-vous qu'ils ont avec l'histoire (même en arrivant en retard), à l'image d'un Yitzhak Rabin et d'un Yasser Arafat avançant malgré les obstacles vers une paix difficile mais essentielle pour leurs peuples.
Ouf, pas facile à écrire ce billet (!) je vais me coucher moi maintenant...












merci pour ce joli article :) la palestine est le seul pays arabe ou le taut d'analphabetisme et trop bas et ce pays a donné de très iminent intrelectuel arabe faut trouvé une solution a ce conflit n'oublions que nous sommes tous les descendant d'adam et eve :)
Rédigé par : paix | 15 juillet 2009 à 17:50