Lors du dernier sommet ibéro-américain se tenant au Chili jusqu'au 10 novembre dernier, le président du gouvernement espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero s'est vu interrompre de manière brutale par Hugo Chavez lors des déclarations de clôture du sommet. Le sujet de ce dialogue de sourds: l'ex-président du gouvernement espagnol: Jose Maria Aznar , qualifié de fasciste pour ses positions politiques et sa participation supposée à une tentative de coup d'état contre le président vénézuélien en 2002. Zapatero s'est alors retrouvé dans la position inconfortable de celui qui doit défendre son adversaire politique. Les arguments de Zapatero pour contrer les accusations de "fascisme": la légitimité démocratique d'Aznar pour accéder au pouvoir et le la manque d'à propos diplomatique des calomnies de Chavez lors d'un sommet. Tout cela sous les yeux interloqués du Chef d'Etat espagnol, le Roi Juan Carlos Ier, qui excédé, s'est retourné vers Chavez en lui lançant "Porque no te callas?" (Pourquoi tu ne te tais pas ?).
Le côté burlesque de cette altercation entre chefs d'Etats et de gouvernement (qui a fait le tour des informations mondiales et de la blogosphère hispanophone) a eu un effet boule de neige: les opposants au gouvernement et aux mesures de changement institutionnel au Venezuela se sont servis de la formule "porque no te callas" dans leurs meetings; les produits dérivés reprenant la phrase se multiplient (sonneries, T-shirts)...
Pourtant, au delà de l'effet comique, les conséquences négatives de cet incident sont nombreuses:
- Cette forme de dialogue entre politiciens de haut rang devient plus régulière: Hugo Chavez et Silvio Berlusconi en sont les meilleurs exemples récents (certains rajouteraient Ahmadinejad). Par contre, l'utilité de leurs excès verbaux est très discutable, elle porte systématiquement atteinte à leurs pays et leurs citoyens. L'aspect le plus grave étant la banalisation d'un discours permettant de traiter quiconque de fasciste plutôt que de dialoguer ouvertement et intelligemment.
- Qu'un Chef d'Etat, qui plus est, un Roi, utilise une formule rapide et peu réfléchie lors d'un sommet avec un micro devant lui démontre le passage à une époque où le manque de retenue diplomatique peut avoir des conséquences graves (Ahmadinejad et ses menaces nucléaires en est le meilleur exemple)
- Que les représentants de l'Espagne aient dit à un Chef d'Etat latino-américain de se taire lors d'un sommet ibéro-américain lance un signal qui peut être mal interprété comme quoi les européens auraient encore un droit sur la liberté de parole de leurs ex-colonies (Hugo Chavez ne s'est d'ailleurs pas privé d'utiliser cette interprétation à l'extérieur de l'enceinte du sommet et lors de tous ses point presse depuis l'altercation).
- Que le Chef d'Etat vénézuélien se permette de manipuler les indiens d'Amérique du Sud en argumentant que le Roi d'Espagne s'était sûrement lassé d'entendre les indiens à la tribune comme le président bolivien Evo Morales pendant le sommet est aberrent et renvoi à la manipulation de la cause palestinienne par Sadam Hussein et Ahmadinejad (cf. El Pais 21/11/2007: "Chavez llega a Paris sin dar pistas sobre Ingrid Betancourt")
- Que des sociétés espagnoles soient soumises à de nouvelles contraintes règlementaires au Venezuela (l'Espagne est le premier pays investisseur dans ce pays) comme résultat de ce genre d'altercation (cf. Le Monde 14/11/2007: "Hugo Chavez annonce "une profonde révision" de relations de son pays avec l'Espagne") démontre la fragilité des relations entre l'Europe et l'Amérique Latine (un autre exemple étant les difficiles relations entre le président argentin Kirchner et l'UE).
- Que cette altercation soit reprise et transformée en accusation de fascisme, cette fois contre le Roi d'Espagne, par les représentants du PT brésilien, et le FAG argentin est lamentable (son rôle dans la démocratisation de l'Espagne moderne étant rapidement oublié).
- Un écran de fumée médiatique a été créé permettant à certains d'oublier les enjeux réels de ces sommets: dialoguer des problèmes actuels de l'Amérique Latine et de l'Europe. Ainsi, les discussions sur les négociations avec les FARC, sur les changements constitutionnels discutables de M. Chavez, sur le prix du pétrole et sa gestion par l'OPEP (dont le Venezuela et l'Equateur sont membres), sur le changement de régime cubain à venir, sur la possible entrée prochaine du Venezuela au Mercosur, sur le programme nucléaire vénézuélien, sur la redéfinition du rôle du FMI en Amérique Latine, sur les relations entre le Venezuela et l'Iran (etc.) auront tous été rendus secondaires pendant le cycle de presse consacré à ces enjeux... était-ce là le véritable but de l'altercation provoquée par Hugo Chavez?












J'ai vraiment halluciné en voyant la video. Je trouve l'attitude de Chavez totalement irresponsable et l'intervention du chef d'état d'espagne, comme tu l'as souligné, très maladroite.
D'ailleurs, après cet incident, Aznar a téléphoné à Zapatéro pour le remercier...
PS: bonne idée les liens wikipédia
Rédigé par : Antonin | 21 novembre 2007 à 22:16