J'initie ici une série de billets sur les programmes de politique étrangère des candidats à la Maison Blanche (2008). Ces billets sont construits sur la base des articles publiés par les candidats eux-mêmes dans la revue Foreign Affairs et en fonction des menaces sécuritaires actuelles.
John Edwards, avocat, ex-sénateur de Caroline du Nord (1998-2004), réputé proche d'Al Gore, est apparu sur la scène politique nationale américaine en 2004. Candidat malheureux aux primaires 2004 (en grande partie à cause de son inexpérience politique), il est ensuite devenu le colistier à la vice-présidence de John Kerry. L'élection à la Maison Blanche perdue il est devenu professeur à l'Université de Chapel Hill et directeur d'un comité d'action politique avant de se représenter à l'élection présidentielle en 2007, cette fois-ci comme un homme connaissant ses dossiers sur les bouts des doigts.
Son programme de politique étrangère se présente globalement comme celui d'un multilatéraliste démocrate mais avec des variations intéressantes sur l'Irak, les réponses aux nouveaux défis du XXIème siècle, la lutte contre le terrorisme et, son idée fétiche, le Corps Marshall.
Irak: Son analyse du conflit le mène à dire sans détours que la présence américaine en Irak intensifie le terrorisme et renforce la narrative du "Choc des Civilisations" d'Al Qaeda (bien qu'il ait voté l'entrée en guerre en 2002, il s'en est par la suite excusé). Son objectif est de sortir à court terme du bourbier irakien en ne préservant qu'une force minimaliste dans la zone verte de Bagdad et une force de réaction rapide au Koweït tout en lançant une offensive diplomatique pour éviter un génocide ou une guerre régionale.
Iran: En ce qui concerne la gestion des relations avec le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, Edwards souhaite utiliser toutes les ressources d'une politique étrangère et de sécurité: la diplomatie, les sanctions, la diplomatie informelle et, si nécessaire, la force militaire. Il s'agit notamment de multiplier les contacts avec les forces politiques modérées, d'augmenter la pression diplomatique de la communauté internationale contre son programme nucléaire et d'accroître la pression économique sur le régime.
Soudan: Ce conflit doit servir d'exemple pour restaurer le "leadership moral" des Etats-Unis. Dans ce cas précis, il s'agirait à court-terme de renforcer le déploiement des troupes de l'Union Africaine avec un appui logistique, opérationnel (surveillance) et financier de l'OTAN et tous ses membres et une pression diplomatique continue sur la Chine.
La Guerre contre le Terrorisme: Cette guerre est qualifiée de slogan politique plutôt que de stratégie globale anti-terroriste. Le résultat de cette approche erronée est le déclin dramatique de la popularité des Etats-Unis un peu partout mais surtout dans les pays islamiques modérés stratégiques comme la Turquie (12%) et l'Indonésie (30%). Faisant référence aux cinquante années de politique étrangère précédent G.W. Bush, Edwards met en avant le pivot que sont les alliances militaires mais aussi diplomatiques. Il en conclut que cette "guerre" contre le terrorisme ne peut être gagnée sur un champ de bataille. La preuve étant les études récentes du NCTC démontrant la réhabilitation de la capacité de frappe d'Al Qaida à son niveau de 2001.
Nouveaux Défis du XXIème siècle: Les principaux défis du XXIème siècle sont reconnus comme étant les acteurs non-étatiques (terrorisme, mouvements ethniques ou régionaux), les limites de la puissance d'Etat (états en faillite), la juridiction des organisations internationales et le développement du droit international. La réponse de John Edwards est la promotion de la démocratie mais sous des formes nouvelles comme le renforcement des institutions, des constitutions, du pluralisme et de la presse. Il souhaite aussi mettre l'accent sur le budget de l'aide internationale à l'éducation primaire dans les pays souffrant d'extrémisme politique et le financement des programmes de micro-crédit. Par ailleurs, il faudra gérer dans l'urgence le changement climatique (réfugiés climatiques, réduction des ressources naturelles) et l'augmentation des pandémies. Ces nouvelles stratégies doivent dépasser le débat stérile entre "Hard Power" (militarisation) et "Soft Power" (diplomatie et acteurs non étatiques). Reste bien sûr le risque de prolifération des ADM qui pourrait être réduit en améliorant les institutions de non prolifération.
"Marshall Corps": Se référant au travail considérable de reconstruction - non militaire - en Europe à partir des théories du Général Marshall (pour lesquelles il reçut le prix Nobel de la paix en 1953), Edwards met en valeur les défaillances de la stratégie américaine du tout militaire en Irak et en Afghanistan. A cela s'ajoutent les besoins de reconstruction liés à des événements comme le Tsunami de 2005 ou les Etats en faillite. Sa réponse est la mise en place d'un "Corps Marshall" de 10000 civils spécialistes en purification de l'eau, médecine, , droit, finance (etc.) pouvant être déployés à l'étranger pour des missions humanitaires, de reconstruction ou de stabilisation afin de pallier au déploiement de militaires peu préparés pour ce genre de missions.
Quindi... Il me semble que malgré des avancées et des intentions allant dans le bon sens, John Edwards fait preuve d'une certaine naïveté dans ses intentions en Irak et en Iran. Ces deux zones de conflits (réel / potentiel) sont extrêmement complexes (militairement / diplomatiquement) et une approche trop floue créée des faux espoirs de résolution à moyen terme de ces conflits. Je ne peux qu'applaudir l'approche prise contre Al Qaeda (l'aspect militaire n'étant qu'une partie infime de la solution) mais me méfier du manque de réflexion sur les réseaux d'espionnage sur le terrain. De même, les défis du XXIème siècle sont, il me semble, bien posés, mais le développement durable n'est pas suffisamment mis en avant. Finalement, j'avoue adorer l'idée (bien nommée) du "Marshall Corps": une armée de médecins, juristes, administrateurs et gestionnaires me semble être la prochaine étape dans la sécurisation des zones d'instabilité (en complément de forces militaires, de police et humanitaires) - à l'image de ce qu'ont pu faire les Nations Unies au Cambodge (mais c'est une histoire pour un autre billet...).
Après quelles sont les chances réelles d'élection de John Edwards? ... faibles, mais il pourrait à nouveau devenir le candidat à la vice-présidence, cette fois-ci d'une Hillary Clinton ou d'un Barack Obama.












Très intéressant les différents points du programmes que tu éclaires.
Merci !
Rédigé par : Antonin | 21 novembre 2007 à 22:06
Merci, je vais essayer de faire un billet par candidat (les 6 plus importants) puis un comparatif à la fin... (dès que je trouve le temps d'écrire tout ça, lol)
Rédigé par : ArnaudH | 21 novembre 2007 à 22:18
référencé sur France démocrate http://www.francedemocrate.info/spip.php?breve317
Rédigé par : FrédéricLN | 23 novembre 2007 à 11:51
J'en profite pour signaler sur France démocrate ce recueil de citations de politique étrangère de Barack Obama :
http://www.francedemocrate.info/spip.php?article259
Rédigé par : FrédéricLN | 24 novembre 2007 à 13:50
Merci beaucoup Frédéric d'avoir référencé ces articles dans les brèves de France Démocrate.
D'ailleurs le journal compte déjà plusieurs articles sur Obama, pour démarrer:
http://www.francedemocrate.info/spip.php?article264&var_recherche=obama
Rédigé par : ArnaudH | 27 novembre 2007 à 07:07